Archives de l’auteur : admin

1138. The Walkmen, Everyone who pretended to like me is gone, 2002 | BV

 


 

Bizarre de sortir ce disque après le Barrett de la semaine dernière… il y a quelque chose dans le chant qui n’est pas très lointain.

Album typique de l’époque, trop long à mon goût, pas excellemment produit, avec de bons morceaux (les deux premiers), et d’autres tout à fait passables. Intelligent, sans être génial, il devient vraiment bon dans l’abstraction (Roll down, Wake up, Stop talking)

 

 

902. Syd Barrett, The madcap laughs, 1970 | BV ⚫

 


Premier album de Syd Barrett, cette fois définitivement issu du Pink Floyd qu’il a pensé, et en partie produit par David Gilmour (son successeur au sein du groupe) et Roger Waters, il est tout à fait dans la lignée de la fantaisie de l’artiste échevelé. Les morceaux produits par ses comparses sont un chouia plus intéressants — mais la matière est bien la même, celle de Barrett même.

J’ai sans doute une préférence pour le deuxième album (Barrett, #46) parce qu’il est peut-être vaguement plus inspiré (difficile à dire, sorti la même année, cette fois produit en partie par le même Gilmour avec Richard Wright), et peut-être aussi un peu moins longuet, plus direct (j’ai contrôlé,il fait pourtant une minute et deux secondes de plus).

Il y a de belles choses, bien sûr, toutefois, ici, comme l’étrange Dark globe ou l’envoûtant Golden hair. Dans bien des instances, on a l’impression d’un disque de garage, d’un folk bancal, original mais qui se serait coincé la guitare dans la porte (Feel et surtout If it’s in you sont tout de même bien gonflées à balancer au public).
 

 

447. Jacques Brel, Ces gens-là, 1966 ▥

 


 
Comme c’est le cas pour les collègues de son époque, la discographie de Brel est particulièrement chaotique à ses débuts, où la formule ‘album’ n’est pas première. Celui-ci, à l’origine sans titre, parfois comptabilisé dixième (dans l’intégrale), est renommé plus tard Ces gens-là.

Eh bien Brel est pratiquement au sommet de son art, et toujours plus désespéré. Magistralement servi par Gérard Jouannest et Jean Corti, plus les arrangements et la direction de François Rauber, l’album est joue plutôt dans la catégorie « sombre ». À se jeter dans la Meuse.

Si l’on met de côté les « gentillesses » typiques du jeune Brel (Les bergers) et son côtés pacifiste grandiloquent (L’âge idiot), qui sont deux morceaux un peu inférieurs dans la composition, et les sensibleries comme les Désespérés qui rappellent Les paumés du petit matin et anticipent Orly… et, si on les trouve un peu trop joyeuses, si l’on passe sur l’excellente et satyrique Grand-Mère (sur le versant humoristique… meusien), et l’irrésistible Tango funèbre, le reste est proprement parfait, dramatiquement parfait. Qu’on en juge : Mathilde, Jacky (salut Dieulefit), Jef… Enfin, extraordinaire Fernand, incroyable Ces gens-là. A mettre d’urgence entre toutes les oreilles.

 

 

666. Moondog, Sax pax for a sax, 1994

 


 

Quelle flaveur new-yorkaise dans cet opus qui fait presque office de bilan d’une carrière et d’une vie mouvementée. Du moins est-ce mon impression, puisqu’il est bien stipulé que l’album et une collaboration entre Moondog et le London Saxophonic, ensemble de saxophones.

C’est peut-être moins d’avoir gardé en image ce grand guerrier casqué et aveugle dans les rues de New York City que de cet entrelacs de jazz tout droit sorti d’un gala du Radio City Music Hall qui donne cette impression.

Bilan, en tout cas de ses travaux pour le saxophone, dont Moondog (Louis Thomas Hardin) a le pétulant secret… faisant la part belle aux sonorité et aux variations savamment orchestrées d’un instrument qui sait difficilement rester discret. Et il y parvient, loin de l’improvisation, dans un art du contrepoint maîtrisé à l’extrême (et donc chacun reconnaît la maîtrise).

 

 

410. Bonnie « Prince » Billy, The letting go, 2006 | BV

 


 

Lo-fi, freak music, gothic ou alternative country, americana ou punk acoustique, les étiquettes conviennent difficilement au profil de Will Oldham, qui a adopté sur le tard le pseudonyme de Bonnie « Prince » Billy.

Cet album, qui est parfois considéré comme son plus abouti, présente essentiellement des balades qu’on peine à rattacher à de la pure country en effet, oscille entre Bert Jansch et Nick Drake (clairement assigné), mais aussi étrangement un je-ne-sais-quoi de Neil Young ou de Tim Buckley.

L’atmosphère étrange (l’album est enregistré en Islande), la fermeté de la voix (et de son double Fiona Dickinson), et la hardiesse des arrangements (The seeding ?), offrent un recueil de petits contes plus ou moins cruels, faussement mièvres ou naïfs, d’une drôle de mélancolie.

 

 

156. Gang Of Four, Solid gold, 1981 | BV

 

 

Démarrage en fanfare, enfin une fanfare bringuebalante, hachée, de zombies, Paralyzed en effet, cet album est une réussite qui permet d’allier en quelque sorte énergie punk et fantaisie funk (mais sans les paillettes). Gang of Four, politiquement conscient, mais sans moraline, a produit de beaux albums, dont Entertainment!, son premier classé dans la Souche 18e, c’est-à-dire… 3e si lo’n compte les ex-æquo.

Comme on l’a déjà dit, la meilleure guitare rythmique du monde de feu Andy Gill, vient taillader des textes déjà carrément acérés — sur cet étrange rythme funky (If I could keep it for myself). Ce n’est pas exactement dansant, mais c’est exactement ce qu’on attendrait d’un samizdat musical. Quelques titres rappellent le premier opus, et sont du même acabit, tant du point de vue du son (Ouside the trains don’t run on time) que des paroles (Cheeseburger).

Un disque énergique, une virée dans les subtilités du soft power occidental, sans doute un peu moins parfait (comme si ça existait) que le précédent, mais certainement tout aussi plaisant et surtout actuel.

 

 

Tableau de retour | HPJ

Le vieux renard édenté erre au bord de la route. Je l’observe depuis
la borne sur laquelle je me suis assis pour reprendre ma respiration.
L’automne a commencé, les feuilles des arbres jaunissent, je vois
advenir ce que j’ai toujours vu, je peux fermer les yeux, la vision
répétitive du temps qui passe crée peu à peu sa propre invisibilité.
Goupil efflanqué s’engage sur la route, il ne la traverse pas, il tourne
sur ses pattes, fait trois ou quatre pas en arrière et tourne sa tête
vers moi. Un geai vient de se poser sur le poteau d’une clôture. Suis-
je certain des couleurs de cet oiseau ? La distance ne me permet
pas de distinguer le gris foncé d’un bleu vif. Parfois, je me dis :
« qu’ai-je vraiment vu dans ma vie ? N’ai-je pas tout inventé ce que
je voyais ? Pourtant il y a des choses qui se sont imposées, des
choses que je n’ai pas décidé de voir… ». Le vieux renard s’est
couché dans le fossé, peut-être est-il aveugle.
Dans le ciel, les nuages s’unissent les uns aux autres, esquissent
d’étranges visages qui se mettent à danser. J’entends sa voix dans
un lointain qui se rapproche de mes oreilles et sa voix crée mon
absence. La violence du monde s’est retirée, au silence se substitue
le léger bruit de fonds d’une nature qui n’aura jamais cessé
d’épouser son temps. Je ne sais pas si je parviendrai à me lever, à
quitter cette borne devenue archaïque avec sa couleur jaune
destinée à la signaler dans la nuit. Que restera-t-il de nos amours si
je ne suis plus là pour y penser ?
66Devant mes pieds, un lézard s’étire. Pourtant, il fait trop froid pour
qu’il puisse, comme à son habitude, s’étirer au soleil. Depuis mon
enfance, j’ai toujours été fasciné par l’idée ou le fait que le lézard
abandonne sa queue à la main qui lui tire dessus. C’est, dans mes
pensées, la plus grande aventure de la vie. Cette faculté de se
séparer d’une partie de soi-même sans en éprouver une souffrance
radicale me rend perplexe. Car la queue repousse… La queue
réapparaît comme si elle n’avait pas disparu. Ce mouvement
magique m’a hanté, et je me suis dit que le lézard était le symbole
d’une mise en négation de la mort simplement comme phénomène.
J’ai vécu avec cette idée qui se fondait tout naturellement sur un
fait, sur un acte originaire. Un mot savant et bizarre venait le
signifier : l’autotomie. La capacité qu’aurait un être vivant de se
séparer d’une partie de lui-même et de ne point en subir des
conséquences désastreuses. Une véritable magie salvatrice de la
métamorphose.
Alors, une buse s’est posée sur un fil électrique. Nous nous sommes
regardés, je n’étais pas une proie, je n’étais qu’un prédateur parmi
d’autres. Je dois avouer que l’idée de la prédation ne m’effleurait
guère, j’avais plutôt la certitude d’avoir échoué là, sur la terre,
expulsé à contre cœur du ventre de ma mère. J’ai observé l’envol
de la buse, il était plein de grâce, j’ai même eu cette impression
invraisemblable qu’elle se moquait de moi.
En faisant mes premiers pas sur la route, j’ai constaté que le vieux
renard était mort. Il ne bougeait plus, sa gueule était légèrement
ouverte. La buse a disparu. Le lézard aussi. Telle une orchidée, une
idée a poussé dans le fossé : avec le temps, tout revient avant
d’avoir été.

262. Jacques Higelin, Live 2000, 2000 | BV

 

 

Pour une raison ou une autre, mais sans doute également dues aux circonstances personnelles (j’ai vu un concert de cette tournée), cet album d’Higelin, qui est à la fois live et acoustique, me paraît être l’un des mieux réussis ; en effet il permet de goûter toute la subtilité potache de ses chansons sans se perdre en trop de flabalas. Les morceaux nouveaux sont tout à fait solides (Chambre sous les toits) aux côtés de classiques comme Champagne.

Mais il faut dire deux chose, mis à part le caractère du personnage ou la teneur des titres : le son est impeccable, les arrangements sombres et somptueux et le niveau musical se pose là. De plus, l’album est bref (plus bref que les interventions souvent déliées d’Higelin, notamment entre les morceaux, le concert que j’ai vu a duré bien trois heures !), et le choix drastique, et c’est très bien comme ça.

 

 

49. Henri Grimes Trio, The call, 1966 | BV

 


 
Un disque représentant parfaitement les développements de l’avant-garde free, il est le fruit d’un trio pour le moins étonnant : un bassiste, le leader, auparavant méritant sideman d’une pléthore d’artistes de Benny Goodman à Archie Shepp et de Lenny Tristano à Sonny Rollins !, un clarinettiste, qui a jouté avec Dave Brubeck et qui est invité sur Mama too tight (#86, 1967) du même Shepp, Perry Robinson, et un batteur pour le moins obscur — mais très efficace — Tom Price (qui jouera avec Frank Wright)…

En 1967, Grimes disparaît de la scène, et de manière si radicale que tout le monde le croira mort. En 2002, on le retrouve dans un hôtel de Los Angeles, où il vivait depuis vingt ans, totalement désintéressé de tout ce qu’il s’est passé en jazz depuis son départ. Il recommence une carrière et ses explorations sonores, avant de succomber cette fois de la covid.

Le disque, pour être un vrai manifeste free, n’en demeure pas moins très écoutable, et même plutôt élégant, très réussi notamment sur le morceau titre (de Robinson) et sur For Django et le très réussi Sons of alfalfa de Grimes. La pochette est magnifique.
 

 

853. Barclay James Harvest, Barclay James Harvest and othr short stories, 1971 | BV

 


 
Sur la lancée de la quête de musique avide qui m’avait pris après la découverte de Pink Floyd, j’épluche de nombreux disques dits progressifs (mais pas ceux, encore, plus expérimentaux de Tangerine Dream par exemple). Si les arrangements sont pompiers, ils sont tout à fait typique et de l’époque et du genre… en revanche on est surpris de la qualité et même de la présence des morceaux eux-mêmes (mélodies…). Comme chacun écrit dans le groupe, l’ensemble est bigarré, mais il est toujours tenu.

Moderne il l’est par certains aspects, de même qu’entêtant. J’ai cherché d’autres albums avec plus ou moins de bonheur, mais celui-ci conserve pour moi cette espèce de pilule de nostalgie, cette glande pinéale qui secoue les nerfs, en particulier deux morceaux au-dessus des autres, Harry’s song et Blue John Blues.