Archives par étiquette : nick drake

444. John Martyn, Solid air, 1973 | BV

 


 

Solid air, titre éponyme et ouverture de l’album, donne le ton : genre de Woodstock (Joni Mitchell) sous acide — mais l’image n’est pas bonne, Woodstock était déjà sous acide ; au bas-mot, c’est au moins Woodstock héroïne, mais c’est en réalité pire que ça ; ce n’est pas une chanson sous effet de substances ; c’est une chanson chantée depuis la loge noire, depuis un univers parallèle (elle est écrite pour Nick Drake).

Si plusieurs morceaux sont plus classiques (Over the hill, Go down easy, Easy blues) mais plaisants, ressortissant du folk so british de l’époque (on cite Michael Champman ou Fairport Convention), d’autres, à l’image de Solid air, sont véritablement plus risqués ou entreprenants (faisant appel à une batterie, un rhodes, un saxophone) : entraînant Don’t want to know, soucieux Man in the station, ou suicidesque (je parle du groupe), presque stonien, I’d rather be the devil, petit chef d’œuvre du disque. Faisant de celui-ci une pierre angulaire de la chanson, triste et consacrée, à une époque où tous les possibles se voient figés par l’effroi. Et si tout cela n’était que du vent ?

 

 

410. Bonnie « Prince » Billy, The letting go, 2006 | BV

 


 

Lo-fi, freak music, gothic ou alternative country, americana ou punk acoustique, les étiquettes conviennent difficilement au profil de Will Oldham, qui a adopté sur le tard le pseudonyme de Bonnie « Prince » Billy.

Cet album, qui est parfois considéré comme son plus abouti, présente essentiellement des balades qu’on peine à rattacher à de la pure country en effet, oscille entre Bert Jansch et Nick Drake (clairement assigné), mais aussi étrangement un je-ne-sais-quoi de Neil Young ou de Tim Buckley.

L’atmosphère étrange (l’album est enregistré en Islande), la fermeté de la voix (et de son double Fiona Dickinson), et la hardiesse des arrangements (The seeding ?), offrent un recueil de petits contes plus ou moins cruels, faussement mièvres ou naïfs, d’une drôle de mélancolie.