256. Mahmoud Ahmed, Erè Mèla Mèla, 1975 | BV

 


 

Voici l’un des plus représentatifs témoignages d’un entier courant musical porté par une entière nation à elle seule, et le fleuron d’une noria de titres et de disques que l’Europe a récemment redécouverts, abasourdie et ébahie.

Il a fallu l’incroyable engagement de la Buda Musique à Paris, qui s’est embarquée dans l’aventure de publier de la musique éthiopienne traditionnelle et moderne (jusqu’à la 32e livraison en 2026), poursuivant avec une collection dédiée à Zanzibar ; grand succès international, propulsé également par le film Black flower de Jim Jarmush, qui en reprend de nombreux titres du volume 4. (Ne pas oublier que cette fame soudaine a suscité quelques réactions chez les artistes concernés, dont certains se sont sentis dépossédés, d’ailleurs, des droits que leur a acheté la Buda avec parfois un renouvellement de licence tacite.)

L’éthio-jazz, qui est le fruit de la rencontre du jazz dodécatonique et de la musique amzari pentatonique, portée par des instruments et des formats plus héritées du funk ou de la pop, créant ainsi un genre à part entière. Le résultat est unique et, pour le moins, incontournable. Mahmoud Ahmed est l’un des fers de lance de ce mouvement, sans doute le plus célèbre, et ce disque est son meilleur, sas doute.

Le morceau éponyme (« Je cherche une solution ») et sa variation Mètché Nèw(« Quand ? » — incroyable piste reprise de manière non moins incroyable par le duo Asselefetch Ashine & Getenesh Kebret sur le volume 13 de ladite compilation), toutes deux variations de traditionnels déjà fréquenté dans le premier album de l’auteur, sont époustouflants. Tout ici transpire la maîtrise ensoleillé, de l’interprétation aux arrangements, de la composition à la présence. Ce disque est probablement l’un des meilleurs de la scène éthiopienne, et a connu un retentissement international extraordinaire.