1191. Queen, Innuendo, 1991 | BV

 


 

Ce n’est certainement pas un album en tous points non discutables, et d’ailleurs il est 1191e sur 1334 à la date où j’écris ces lignes. Ce n’est pas un bon classement mais ce n’est pas un score indigne, je rappelle que la moyenne, 3, débute à la 1238e place (le 4 à la 658e, et le 5 à la 16e) !

De multiples raisons des plus aux moins objectives font de cet album un album important, malgré tout. La magnifique pochette, le pathos, au moins une pépite (Slighty mad) et deux très bons morceaux (et iconiques : Innuendo et Show must go on), la bravoure, la gentillesse et la sincérité du groupe, son caractère chevaleresque… et il y a également des problèmes : des morceaux parfois gentiment ineptes, un côté « religieux » un peu trop marqué, la naïveté et le mauvais goût (quoique assumés, je crois).

J’ai découvert The miracle, l’album précédent (1989, non chroniqué) en même temps que pratiquement tout le rock (toujours via la médiathèque de Montélimar), et je ne parvenais pas à me persuader que c’était le même groupe, toujours vivant, et semble-t-il toujours uni, que celui qu’écoutait mon frère du temps de Flash Gordon.

Le groupe n’avait pas changé (c’ets une rareté), et le son était toujours à peu près le même (cette guitare). Entre-temps, sans que je le sache (j’avais 13 ans !), le groupe avait sorti The Game, The Works (1984, #1187) et Kind of magic (1986, #1306), et s’était établi comme reine de la pop sans sourciller.

L’album The miracle avait ses moment sympathiques mais était globalement faible. Je fus d’autant plus surpris de les retrouver deux ans après, beaucoup plus énergiques (faute à la concurrence grunge et métal ?), cohérents et concentrés. Je me souviens qu’on l’a eu au moment où nous partîmes avec ma classe de 3e en voyage scolaire à Rome et Naples. Je me souviens qu’avec Julien on hallucinait sur sa qualité, son énergie retrouvée.

Ce qu’on ne savait pas, ce qui n’était pas su, c’était fin programmée du groupe et la disparition de son leader.

Or celle-ci jeta une lumière rétroactive sur ces deux albums en particulier… leur conférant une puissance jusque là insoupçonnée. Difficile d’écouter un album sans y projeter ses désirs, son propre fonds musical, et son histoire. Innuendo s’en sort mieux encore que Miracle, car à sa sortie, le secret était (pour nous péquenauds du moins) entier. Et c’était le meilleur album de Queen depuis A night at the opera (1975, #581, le plus haut classé ici), auquel il faisait allusion parfois (la pochette, les deux morceaux phares, la chanson sur les bagnoles de Taylor, et l’autobiographie…) Et ça le reste, malgré quelques faiblesses.

Comme nous vieillissons et comme le rock est adolescent nostalgique, nous écoutons aujourd’hui cet album avec respect et émotion.

(Les clips montrant un Mercury amaigri, sans moustache, mais joyeux et volontaire, sont les plus poignants.)