
Cet été j’ai beaucoup écouté cet album et cela a dû influer sur le dé à mille faces, car le voici tiré au sort indéfectible et souverain.
C’est un album live (d’une suite de trois albums, de son dernier tour, les autres étant publiés en 1991 seulement : l’un de classiques zappaiens, l’autre de titres plus jazz), composite (plusieurs concerts), conceptuel, politique : il vient nourrir la campagne présidentielle dans laquelle se jettera Zappa, follement. C’est un disque orienté politiquement, très critique vis-à-vis des Républicains, bien entendu, mais également vis-à-vis des Démocrates. Zappa est à la fois percutant, drôle et lucide.
Des rumeurs indiquent que Zappa aurait été éliminé pour avoir trop affiché ses opinions, encouragé les gens à s’inscrire sur les listes et à voter (installant des scrutins durant cette tournée précisément), et avoir qualifié les USA de théocratie fasciste — ce qui n’est pas totalement absurde au regard des évènements mondiaux où se sont illustrés les Américains depuis 1988.
L’album reprend un certain nombre de thèmes venus d’autres albums, pour renforcer le propos (Outside now provenant de Joe’s garage, 1979, #965, chantée par le génial Ike WIllis, seul artiste commun aux deux albums, Dickie’s such an asshole de sessions des années 70 publiées après coup, Why don’t you like me reprise de Tell me you love me de Chunga’s revenge, 1970, #208…).
Le propos est politique, et américanocentré : ceci peut évidemment nous déconcerner ; mais si l’on s’intéresse à la politique américaine, certain propos sont à mourir de rire. En sus, Zappa écorne les mythes d’Elvis (Elvis has just left the buildng), Michael Jackson (Why dont you like me), dénonce les télé-évangelistes, les clowns de tous bords, et cite nommément Reagan, Nixon, etc.
Zappa est un chantre de la contre-culture, avec goût (et mauvais-goût), subtil, exigent. Mais dans cet album, aucune pincette, il balance ses porcs avec brio et désinvolture ; il faut une sacrée dose de courage pour faire cela, et c’est au moins l’un des mérites de l’album. En cela il est épaulé par un groupe parfait (incroyable section cuivre), des arrangements complexes et somptueux, bien que très big band ou américains, et… Sting, donnant une version jazz de Murder by numbers de Police (Synchronicity, 1983, #1205).
Peut-on faire du rock (ou du jazz, ou simili) engagé ? Cet album nous permet de réfléchir sur la question. Mais de fait, il devient le premier album (le « meilleur » album) de Zappa dans notre Souche, devant Chunga’s revenge, Hot rats (1969, #225), loin devant tous les autres albums généralement encensés… La critique n’est pas un métier facile.
