
Malgré le succès commercial et critique des simples Space oddity l’avant-veille, et de The man who sold the world la veille, on peut dire que la carrière de Bowie débute avec cet album, après des débuts plus que laborieux. C’est son quatrième album. Bowie semble avoir tiré des leçons de ses égarements et errements passés, tout en ne rechignant pas à l’exigence. C’est un album absolument superbe, dont le seul défaut peut-être est d’être peut-être un peu trop morissonien. Mais non seulement l’interprétation et les arrangements sont géniaux (et Bowie se révèle un arrangeur délicat et bourré d’idées, Lou Reed s’en rendra compte à son corps défendant) mais les morceaux sont à peu près tous essentiels.
Sans rejeter son passé théâtral, burlesque et opérette (Kooks), et conservant un certain esprit rock de l’album précédent (Queen bitch), l’Artiste pond des grandes belles chansons de folk, fortement littéraires, qu’il s’agisse d’hommages aux collègues, Warhol, Dylan ou donc la queen Reed, ou des excursions mystico-philosophiques (Oh! You pretty things et Quicksand).
L’équipe autour de lui, notamment Visconti et Ronson, est à l’aise et répond de manière cohérente. Je trouve que Eight lines poem est l’une des plus belles chansons (poème) de toute sa discographie et de la musique populaire. Il y a une discrète clin d’œil à l’ère psychédélique, mais tout en retenue (The Bewlay brothers et Life on Mars?.
Et puis il y a Changes, qui sonne étonnement moderne, de quinze ans en avance (on dirait Fame). Je crois que nous sommes nombreux à l’avoir usé jusqu’à l’os cet album. Je l’ai découvert avec tout plein d’autres concomitamment (je pense a A night at the opera #580, 1975) et c’était bizarre ; mais il apparut tout de suite comme une évidence, comme le premier Creedence (#138, 1968), Sticky Fingers (#107, 1971) ou LA Woman (#267, 1971) ou donc Transformer (#229, 1972) (qui est en partie un album de Bowie).
C’était donc un classique personnel.
Et c’est donc un classique, « tout court », comme disent les anglais. Il était voué à ça — probablement l’artiste de culture populaire le plus cohérent et profond.









