Archives de catégorie : Disque sur disque

605. Neil Young, Harvest moon, 1992 | BV

 


 

Neil Yoing reprend pied dans les années 90 et souhaite livrer une suite à Harvest (1972, #366). Beaucoup mieux interprété, sans la sauce dégoulinante de Kamen qui nuisait au choix pourtant excellent des morceaux, Harvest moon, sans atteindre ce niveau de composition, comporte de bien beaux tires qui deviendront des classiques youngiens, immédiatement défendus sur scène dans l’incomparable Unplugged (1993, #251).

Ces morceaux sont From Hank to Elvis, Unknown legend et Harvest moon. Difficile de critiquer cet album ; mais soucieux de se tenir loin de la nostalgie, et de l’amertume, il n’en demeure pas moins doux et mélancolique.

 

 

592. Germs, (GI), 1979 | BV

 


 

Si Neil Young écoutait vraiment du punk du temps de Rust never sleeps (1979, #273), il aurait pu citer l’album de Germs comme typique exemple de qui s’embrase plutôt que ne se fane, et aurait parlé de Darby Crash plutôt que de Sid Vicious. Voilà vraiment du pur punk, rageux, accrocheur, déterminé. Le guitariste et coauteur Pat Smearbalance des riffs évidents et plusieurs morceaux deviennent indispensables (les membres restants sont Lorna Doom à la basse et Don Bolles à la batterie, excellente d’ailleurs). Le premier titre dure 44 secondes.

De la violence brute, mais élégante, tout comme l’esthétique pochette. La production est de Joan Jett (!), et rend fidèlement l’esprit.

 

 

1191. Queen, Innuendo, 1991 | BV

 


 

Ce n’est certainement pas un album en tous points non discutables, et d’ailleurs il est 1191e sur 1334 à la date où j’écris ces lignes. Ce n’est pas un bon classement mais ce n’est pas un score indigne, je rappelle que la moyenne, 3, débute à la 1238e place (le 4 à la 658e, et le 5 à la 16e) !

De multiples raisons des plus aux moins objectives font de cet album un album important, malgré tout. La magnifique pochette, le pathos, au moins une pépite (Slighty mad) et deux très bons morceaux (et iconiques : Innuendo et Show must go on), la bravoure, la gentillesse et la sincérité du groupe, son caractère chevaleresque… et il y a également des problèmes : des morceaux parfois gentiment ineptes, un côté « religieux » un peu trop marqué, la naïveté et le mauvais goûts (quoique assumés, je crois).

J’ai découvert The miracle, l’album précédent (1989, non chroniqué) en même temps que pratiquement tout le rock, et je ne parvenais pas à me persuader que c’était le même groupe, toujours vivant, et semble-t-il toujours uni, que celui qu’écoutait mon frère du temps de Flash Gordon. Le groupe n’avait pas tellement changé, et le son était toujours approximatif. Entre-temps, sans que je le sache (j’avais 13 ans !), le groupe avait sorti The Game, The Works (1984, #1187) et Kind of magik (1986, #1306), et s’était établi comme reine de la pop sans sourciller.

L’album avait ses moment sympathiques mais était globalement faible. Je fus d’autant plus surpris de les retrouver deux ans après, beaucoup plus énergiques (faute à la concurrence grunge et métal ?), cohérents et concentrés.

Ce qui n’était pas su, c’était fin programmée du groupe et la disparition de son leader.

Or celle-ci jeta une lumière rétroactif sur ces deux albums en particulier… leur conférant une puissance jusque là insoupçonnée. Difficile d’écouter un album sans y projeter ses désirs, son propre fonds musical, et son histoire. Innuendo s’en sort mieux encore que Miracle, car à sa sortie, le secret était (pour nous pequenauds du moins) entier. Et c’était le meilleur album de Queen depuis A night at the opera (1975, #581, le plus haut classé ici), auquel il faisait allusion parfois (pochette, les deux morceaux phares, la chanson sur les bagnoles de Taylor, .

Comme nous vieillissons et comme le rocj est adolescent nostalgique, nous écoutons aujourd’hui cet lbum avec respect et émotion.

(Les clips montrant un Mercury amaigri, sans moustache, mais joyeux et volontaire, sont les plus poignants.)

 

 

44. Pink Floyd, More, 1969 | BV

 


 

Cette fois c’est le hasard qui tire de la liste l’un de mes albums préférés de tous les temps (sinon le) et certainement l’un des meilleurs de Pink Floyd. J’en ai fait un récit dans Pistes et sillages.

C’est un album transitoire, une commande de plus (une bande originale du film de Barbet Shröder), mais cela n’empêche qu’il autorise à la fois des recherches hardies et témoigne d’une cohésion des membres au service de la musique.

Le lien des morceaux avec le film n’est pas toujours évident (Cymbaline), mais tous les morceaux sont valables. Il y a des chefs d’œuvre, justement Cymbaline, Green is the colour ou l’incroyable Up the khyber (de Mason et Wright !). Les deux premiers morceaux seront d’ailleurs deux fers de lance live pour de nombreuses années, avant d’être abandonnées dans les années précédent (et amenant à) Dark side.

Comme on le sait bien, c’est l’album, avec Ummagumma, où la nouvelle formation (Gilmour ayant remplacé Barrett) se cherche et, grâce sans doute à la qualité de la guitare mélodique et stylée de Gilmour (probablement le plus inventif de ses pairs) et le propos et le sens de l’écriture de Waters, donc à leur entente peu durable, que le groupe se réinvente littéralement.

Le film est très beau, la pochette est très très belle, et le thème central est très très très beau — illustre parfaitement toute l’atmosphère.

 

 

189. Adult Jazz, Gist is, 2014 | BV

 


 

Cet album, dans le froid et désolant 2014 (je parle du point de vue de la musique populaire type pop-rock) a été une très agréable surprise. Une formation assez originale, à emprunter un peu d’air à Byrne ou XTC, de majors de promos de la fac de Leeds, qui s’essayent à toutes sortes d’expérimentations, sur des dizaines d’instruments joués tous live, tout en conservant un souci mélodique perturbé par un contrepoint permanent, et un falsetto entêtant. Avant rock ou post folk pop, difficile de définir ce jazz pour adulte.

C’est tout à fait original, et assez risqué (évidemment, il ne faut pas tomber dans l’expérimentation pure ou l’intellectualisme forcené) et on frôle toujours la catastrophe. Mais dans ce premier album (le groupe joue depuis un an !), ce risque est maintenu et préservé dans sa virginité.

Deux ou trois morceaux parfaits (Am gone, Idiot mantra, Springful), et le reste se tient bien. C’est un peu l’album rêvé du démiurge devant son écran, qui pourrait composer en toute liberté selon le timbre ou la clef désirée. Ils l’ont fait, en direct.

 

 

198. Morphine, Cure for pain, 1993 | BV

 


 

Morphine est l’un de mes groupes favoris ; est-il oublié ? Un peu. Formé d’une batterie, d’une basse écordée (Mark Sandman) et d’un sax ténor (Dana Colley), trio donc original, il a publié trois albums chez Ryko, tous valables ; les deux derniers sur une major sont plus faibles. Sandman et sa basse deux cordes meurent sur scène d’une crise cardiaque en 2000.

Cet album est le deuxième ; il est plus solide que le premier, Good (1991, #545) ; Jerome Deupree (qui reviendra sur le troisième, Yes, 1995, #52) est remplacé sur cet album par Billy Conway. Le moins qu’on puisse dire est qu’il enfile les titres sérieux comme si de rien n’était. La suite Buena, I’m free now, All wrong, Candy, plus Cure for pain, Mary, et Sheila sont assez indiscutables. L’effort sera transformé avec Yes, mais on conçoit les limites d’une telle formation ; le groupe l’a bien compris qui n’a pas hésité, plutôt que de s’engager uniquement sur des arrangements externes (claviers, guitares, qui existent toutefois), à soigner les mélodies de ces chansons qui pourraient donc les faire pencher vers une espèce de lo-folk, mélancolique mais brillant.

 

 

202. Frank Zappa, Broadway the hard way, 1988 | BV

 


 

Cet été j’ai beaucoup écouté cet album et cela a dû influer sur le dé à mille faces, car le voici tiré au sort indéfectible et souverain.

C’est un album live (d’une suite de trois albums, de son dernier tour, les autres étant publiés en 1991 seulement : l’un de classiques zappaiens, l’autre de titres plus jazz), composite (plusieurs concerts), conceptuel, politique : il vient nourrir la campagne présidentielle dans laquelle se jettera Zappa, follement. C’est un disque orienté politiquement, très critique vis-à-vis des Républicains, bien entendu, mais également vis-à-vis des Démocrates. Zappa est à la fois percutant, drôle et lucide.

Des rumeurs indiquent que Zappa aurait été éliminé pour avoir trop affiché ses opinions, encouragé les gens à s’inscrire sur les listes et à voter (installant des scrutins durant cette tournée précisément), et avoir qualifié les USA de théocratie fasciste — ce qui n’est pas totalement absurde au regard des évènements mondiaux où se sont illustrés les Américains depuis 1988.

L’album reprend un certain nombre de thèmes venus d’autres albums, pour renforcer le propos (Outside now provenant de Joe’s garage, 1979, #965, chantée par le génial Ike WIllis, seul artiste commun aux deux albums, Dickie’s such an asshole de sessions des années 70 publiées après coup, Why don’t you like me reprise de Tell me you love me de Chunga’s revenge, 1970, #208…).

Le propos est politique, et américanocentré : ceci peut évidemment nous déconcerner ; mais si l’on s’intéresse à la politique américaine, certain propos sont à mourir de rire. En sus, Zappa écorne les mythes d’Elvis (Elvis has just left the buildng), Michael Jackson (Why dont you like me), dénonce les télé-évangelistes, les clowns de tous bords, et cite nommément Reagan, Nixon, etc.

Zappa est un chantre de la contre-culture, avec goût (et mauvais-goût), subtil, exigent. Mais dans cet album, aucune pincette, il balance ses porcs avec brio et désinvolture ; il faut une sacrée dose de courage pour faire cela, et c’est au moins l’un des mérites de l’album. En cela il est épaulé par un groupe parfait (incroyable section cuivre), des arrangements complexes et somptueux, bien que très big band ou américains, et… Sting, donnant une version jazz de Murder by numbers de Police (Synchronicity, 1983, #1205).

Peut-on faire du rock (ou du jazz, ou simili) engagé ? Cet album nous permet de réfléchir sur la question. Mais de fait, il devient le premier album (le « meilleur » album) de Zappa dans notre Souche, devant Chunga’s revenge, Hot rats (1969, #225), loin devant tous les autres albums généralement encensés… La critique n’est pas un métier facile.

 

 

701. Deer Hoof, Milk man, 2004 | BV

 


 

Un ami qui les connaît bien, et a même réalisé des performances avec eux, m’a fait découvrir ce groupe underground américain.

Leur discographie est infinie, et j’en ai passé cinq en revue, et celui-ci est le deuxième, après Apple ‘O, peut-être leur plus célèbre (2003, #543). La musique de Deerhoof est extrêmement fluide et changeante, mais toujours bien exécutée. La cohésion du groupe compense en quelque sorte leur curiosité tous azimuts. Cet album raconte l’histoire d’une espèce de flûtiste qui emprisonne les enfants dans son durant leur rêve. C’est l’occasion de pousser la musique vers quelques expérimentations progressives, voire électroniques, tout en conservant le côté bruitiste et peut-être un peu moins rigolard des précédents.

Le risque de l’expérimental est de se caricaturer et c’est-à-dire de trop se prendre au sérieux (le risque est aussi de se répéter, même si tous le smembres sont très appliqués à leurs instruments). La voix de Deerhoof, Satomi Matsuzaki, est l’un des garants de cet aspect ; notons que cet album est illustré par Ken Kagami, dont l’univers colle assez bien à l’atmosphère du groupe.

 

 

131. David Bowie, Hunky dory, 1971 | BV

 


 

Malgré le succès commercial et critique des simples Space oddity l’avant-veille, et de The man who sold the world la veille, on peut dire que la carrière de Bowie débute avec cet album, après des débuts plus que laborieux. C’est son quatrième album. Bowie semble avoir tiré des leçons de ses égarements et errements passés, tout en ne rechignant pas à l’exigence. C’est un album absolument superbe, dont le seul défaut peut-être est d’être peut-être un peu trop morissonien. Mais non seulement l’interprétation et les arrangements sont géniaux (et Bowie se révèle un arrangeur délicat et bourré d’idées, Lou Reed s’en rendra compte à son corps défendant) mais les morceaux sont à peu près tous essentiels.

Sans rejeter son passé théâtral, burlesque et opérette (Kooks), et conservant un certain esprit rock de l’album précédent (Queen bitch), l’Artiste pond des grandes belles chansons de folk, fortement littéraires, qu’il s’agisse d’hommages aux collègues, Warhol, Dylan ou donc la queen Reed, ou des excursions mystico-philosophiques (Oh! You pretty things et Quicksand).

L’équipe autour de lui, notamment Visconti et Ronson, est à l’aise et répond de manière cohérente. Je trouve que Eight lines poem est l’une des plus belles chansons (poème) de toute sa discographie et de la musique populaire. Il y a une discrète clin d’œil à l’ère psychédélique, mais tout en retenue (The Bewlay brothers et Life on Mars?.

Et puis il y a Changes, qui sonne étonnement moderne, de quinze ans en avance (on dirait Fame). Je crois que nous sommes nombreux à l’avoir usé jusqu’à l’os cet album. Je l’ai découvert avec tout plein d’autres concomitamment (je pense a A night at the opera #580, 1975) et c’était bizarre ; mais il apparut tout de suite comme une évidence, comme le premier Creedence (#138, 1968), Sticky Fingers (#107, 1971) ou LA Woman (#267, 1971) ou donc Transformer (#229, 1972) (qui est en partie un album de Bowie).

C’était donc un classique personnel.

Et c’est donc un classique, « tout court », comme disent les anglais. Il était voué à ça — probablement l’artiste de culture populaire le plus cohérent et profond.

 
 

555. The Rolling Stones, Foreign tongues, 2026 | BV

 


 

25e et probablement ultime album des Rolling Stones, sorti le 11 juillet, autorisant donc pour une fois de ne pas tumbling les dice.

Je pense qu’il n’est pas nécessaire de s’appesantir sur le sujet, et toutes les chroniques qui affirmeront que « c’est probablement le meilleur album des Stones depuis Some girls (1978, #157) », phrase qu’on entend depuis Tatoo you (1981, #705) », soit n’en ont rien à foutre, soit mettent trop d’enjeux mal placés (idéologie) dans la publication des albums de musique populaire.

Ce n’est pas un album inoubliable, mais comme ce sont les Stones, il y a des morceaux qui ne sont pas mauvais, comme le single Rough and twisted, pour moi peut-être le meilleur de l’album ; pour le reste, la clef générale est jaggerienne (excellent aure single Mr Charm, et diverses balades et même chanson country) (et le chant est toujours maîtrisé) ; ce qui m’a frappé est l’absence ou la manque d’intérêt de Richards ; Ron Wood fait ce qu’il peut pour combler, et Steve Jordan est impeccable dans son rôle. Mais l’absence de Watts se fait sentir et la production de Watt (sans jeu de mot), réitérant l’objet du précédent album, en quelque sorte un chouia plus intrigant, me paraît aussi daté qu’erronée.

Il y a deux superbes reprises, d’Amy Winehouse et de Chuck Berry, finalement, qui fonctionnent ; il me semble qu’on voit là l’empan esthétique qui est à portée du groupe actuel : du rock historique à la pop-rock d’avant 2000. Que faire du rock aujourd’hui ? C’est peut-être la question que pose cet album (le troisième de la décennie, plus un album de reprises de blues, Blue and lonesome, 2017, #160 : le meilleur des quatre, et de loin).

L’album est honnête, meilleur que bien des albums de rock, un peu comme Emotional rescue (1980, #720), mais reste un peu en berne au sein de la discographie.