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467. The Sex Pistols, Nevermind the bollocks, 1977 | BV

 


 

Il fallait bien y passer.

Voici l’un des exemples les plus éclatants de l’arnaque du rock’n’roll en tant que musique populaire.

Lorsque je le découvris la première fois, je m’attendais à une espèce de bombe inaudible de larsens et de virulence ; j’ai été à la fois déçu et agréablement surpris de cette suite de morceaux tout à fait dans la veine du rock classique qu’ils prétendaient déboulonner. Certes, Respectable ou When the whip comes down sont des réponses du berger à la bergère et sont donc influencés par la menace qui se profile sur le front du punk, mais ces morceaux des Stones tant honnis n’ont rien à envier à ceux-ci, des Sex Pistols, ni ceux-ci à ceux-là, c’est bien la même énergie qui est ici en lice. Surpris agréablement car les morceaux sont tout à fait valides d’un point de vue musical, textuel et de production.

Mais déçu, également, car de musique transgressive, pour moi, alors, pas de trace ici (il faut dire qu’il y avait Nirvana à l’époque, qui avait poussé un peu plus loin l’exigence — nevermind, lol) ; aussi faut-il dire aussi que Malcom McLaren nous a brisé les bollocks fin pour nous avoir fait croire — et à eux aussi — à un Johnny pourri, à un Sid vicieux, alors qu’on venait juste (moi à l’époque, enfant) d’apprendre le destin de Brian Jones ou Syd (l’autre) Barrett, ou le rôle des Andrew Loog Oldham ou Phil Spector dans la machination de stars. Probablement l’ai-je entendu à un moment non propice.

Mais c’est un très bon album. J’ai presque envide de dire que c’est un très bon album EMI. Mais ce n’est certainement pas un disque de punk aussi fort que Marquee Moon ou même London callin’ — si on reste dans les statures « officielles ».

 

 

2. The Rolling Stones, Beggar’s banquet, 1968 | BV

Il faut bien que la période des fêtes serve à quelque chose, aussi nous nous sommes dit, à la rédaction (de cette chronique), qu’on pourrait pour une fois faire faux-bon au hasard, et choisir, pour les cinq dernières semaines de l’année, celles du mois de de décembre, cinq disques parmi nos préférés, qu’ils aient ou non 5 sur 5, clôturant ainsi la troisième année de cette chronique. Comme pour le 100e numéro, où nous avions choisir Dark side, et comme nous venons de voir le 150e, Check your head, et puisque en effet seuls deux disques de cette suite royale sont tombés du cornet à dés (à 1000 faces), Low, Brilliant corners ; nous pouvons alors nous concentrer sur ces cinq pépites — à notre avis non objectif mais sincère.

 


 

Et nous commençons par cette surprise de la Souche : j’aime vraiment beaucoup les Rolling Stones, que je continue à suivre, jusque dans leur plus étonnantes embardées (comme cet hommage à Clifton Chenier avec Steve Riley). Mon album favori est Exile, évidemment, ou bien Sticky fingers, ça dépend de l’humeur. Mais j’adore Tatoo you, Some girls et même Black’n’blue qui vient de ressortir et dont on peut mesurer l’extrême attention au son et à la production (Charlie, putain !).

Mais quand il s’est agi de passer au grill, eh bien c’est Beggar’s banquet qui est sorti en tête du lot ! Dois-je dire que ce n’est pas mon préféré ? Tout ça ne veut rien dire ! D’abord il est extrêmement bien enregistré, au moins aussi bien sinon mieux que Fingers, et mieux que Let it bleed, et évidemment Exile (qui est une bouillie sonore).

Mon ami S. l’avait en vinyle (sans sa version à la pochette censurée, faire-part blanc), et dans une boum, il l’a mis. Je ne sais pas si je connaissais déjà les Stones, mais j’ai tout de suite adhéré au projet.

Certes Sympathy for the devil (et Street fighting man peut-être, les deux simples) sort un peu du lot de ces chansons très bluesy-country, tout en étant encore fièrement européen. Ce qui frappe en pus de la qualité du son, c’est la netteté des morceaux, leur implacable modernité (pour 1968). Il y a des balades exceptionnelles comme No expectations, Jig Saw puzzle, des blues rageurs comme Stray cat blues, déjantés comme Parachute woman ou plus inspirés comme Prodigal son (reprise de robert Wilkins). L’engagement politique de Street fighting man ou Factory girl, culmine dans l’étonnant Salt of the earth, chanté par Keih Richards ; il n’est jamais déplacé ou ridicule ; les textes sont carrément à la hauteur (et le seront jusqu’à Angie à peu près). Même la chanson la plus potache, Dear doctor, n’a aucun défaut. Le groupe est uni, resserré (après le nimp beatlesien du précédent album), concis et à trouvé sa forme. Le monde devra désormais compter avec les Stones, ils ne rigolent plus ; et BB est le premier d’une quadrilogie unique en son genre.

Il y a toute la hargne refendue d’un Richards qui s’affirme comme auteur, la gouaille d’un Jagger qui s’échappe du lyric, le solide de la section rythmique, évidemment, et sans doute aussi, l’ombre évanescente d’un Brian Jones, qui est en train de s’évanouir — pour le pire et le meilleur — étrange destin similaire à celui d’un Syd Barrett (la même année d’ailleurs). L’une des autres responsabilités est certainement portée par Jimmy Miller, dont la verve ne commencera à s’épuiser qu’après Exile (Angie quoi). Enfin, comme dans la chanson que j’ai choisie, le piano (« boogie psyché ») du très grand Nicky Hopkins.

 

 

902. Syd Barrett, The madcap laughs, 1970 | BV ⚫

 


Premier album de Syd Barrett, cette fois définitivement issu du Pink Floyd qu’il a pensé, et en partie produit par David Gilmour (son successeur au sein du groupe) et Roger Waters, il est tout à fait dans la lignée de la fantaisie de l’artiste échevelé. Les morceaux produits par ses comparses sont un chouia plus intéressants — mais la matière est bien la même, celle de Barrett même.

J’ai sans doute une préférence pour le deuxième album (Barrett, #46) parce qu’il est peut-être vaguement plus inspiré (difficile à dire, sorti la même année, cette fois produit en partie par le même Gilmour avec Richard Wright), et peut-être aussi un peu moins longuet, plus direct (j’ai contrôlé,il fait pourtant une minute et deux secondes de plus).

Il y a de belles choses, bien sûr, toutefois, ici, comme l’étrange Dark globe ou l’envoûtant Golden hair. Dans bien des instances, on a l’impression d’un disque de garage, d’un folk bancal, original mais qui se serait coincé la guitare dans la porte (Feel et surtout If it’s in you sont tout de même bien gonflées à balancer au public).