
C’est le tirage au sort, ce n’est pas moi !
Eh bien, l’une des pièces phare de la tétralogie impeccable (et inédite dans l’histoire) qui va de Beggar’s banquet à Exile (avec un live au milieu), cet album marque la prise de commande de Keith Richards sur la composition musicale — et de Jagger pour tout le reste. La présence de Ry Cooder, qui faillit intégrer le groupe, est une belle surprise ; on conçoit que le duo n’aurait pu tenir longtemps. Un album de neuf chansons (étrange), qui poursuit Beggars tout en creusant un sillon nouveau, celui diabolique du blues-rock (blues retrouvé depuis le précédent disque, rock mature entrepris ici) : Midnight rambler, avec Live with me et Monkey man, sont des putains de bombes quasi punks. On est en 1969, souvenons-nous !
À côté de ça, l’incendiaire Gimme shelter, et le You can’t always get what you want sont des classiques, et hop deux de plus.
Manquerait presque Honky tonk woman comme dixième station — la version country délivrée ici est sympathique, mais pas de la même puissance. Single absent du disque est peut-être le morceau le plus emblématique des Stones (c’est lui qui débute ma compilation idéale, suivi de Shattered, 1978), il est l’ombre, la macula, qui donne sa clef à l’ensemble.
Et puis le morceau titre, Let it bleed, comme petit pied-de-nez- aux Beatles finissant permet aux Rolling Stones de prendre leur envol : un signe, Keith Richards s’arroge une chanson (ce qui deviendra une habitude) ; c’est le quatrième morceau où il est en lead (après Something happened to me yesterday, Connection, sur Between the buttons en 1967, Salt of the heart sur Beggar’s), mais c’est le premier où il est tout seul.
Et c’est le maître qui s’installe pour un moment, comme un hiver sur la lande désolée de la musique populaire.
C’est You got the silver, et c’est l’un des meilleurs morceaux du groupe — que je glisse ici en live, il y a déjà 20 ans.

