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467. The Sex Pistols, Nevermind the bollocks, 1977 | BV

 


 

Il fallait bien y passer.

Voici l’un des exemples les plus éclatants de l’arnaque du rock’n’roll en tant que musique populaire.

Lorsque je le découvris la première fois, je m’attendais à une espèce de bombe inaudible de larsens et de virulence ; j’ai été à la fois déçu et agréablement surpris de cette suite de morceaux tout à fait dans la veine du rock classique qu’ils prétendaient déboulonner. Certes, Respectable ou When the whip comes down sont des réponses du berger à la bergère et sont donc influencés par la menace qui se profile sur le front du punk, mais ces morceaux des Stones tant honnis n’ont rien à envier à ceux-ci, des Sex Pistols, ni ceux-ci à ceux-là, c’est bien la même énergie qui est ici en lice. Surpris agréablement car les morceaux sont tout à fait valides d’un point de vue musical, textuel et de production.

Mais déçu, également, car de musique transgressive, pour moi, alors, pas de trace ici (il faut dire qu’il y avait Nirvana à l’époque, qui avait poussé un peu plus loin l’exigence — nevermind, lol) ; aussi faut-il dire aussi que Malcom McLaren nous a brisé les bollocks fin pour nous avoir fait croire — et à eux aussi — à un Johnny pourri, à un Sid vicieux, alors qu’on venait juste (moi à l’époque, enfant) d’apprendre le destin de Brian Jones ou Syd (l’autre) Barrett, ou le rôle des Andrew Loog Oldham ou Phil Spector dans la machination de stars. Probablement l’ai-je entendu à un moment non propice.

Mais c’est un très bon album. J’ai presque envide de dire que c’est un très bon album EMI. Mais ce n’est certainement pas un disque de punk aussi fort que Marquee Moon ou même London callin’ — si on reste dans les statures « officielles ».

 

 

185. IAM, L’école du micro d’argent, 1997 | BV

 


 

Un plaisir et un honneur, et une responsabilité, parler de ce disque, qui est un chef d’œuvre, et qui n’a pas bougé, dans l’esprit et dans la forme depuis sa parution en 1998. Tout le monde connaissait IAM et Je danse le mia, et tout le monde les appréciait, mais L’école du micro d’argent a mis tout le monde d’accord.

Petite expérience personnelle : à cette époque, je renâclais sur toute la musique non instrumentale — un débat totalement inutile — et je n’arrivais pas à écouter du hip-hop. Mais j’ai craqué et pour ne pas me faire pécho (je n’assumais pas) j’ai acheté la cassette de l’album. J’ai adoré les paroles, les sons, les mix et les scratchs et les samples et, bien évidemment, les percussions (disons), du Tempo et surtout de Demain c’est loin.

Ce dernier morceau, bien sûr, leur tout meilleur, est une claque poétique et musicale.

Autre petite expérience personnelle : une dizaine d’années (la parution de l’École), j’adore cet album et je reste un peu sur ma faim avec les albums successifs (pour ne pas dire presque vexé) ; je donne des ateliers d’écriture dans une téci et nous parlons poésie ; et je balance l’une après l’autre Ces gens-là et Demain c’est loin ; les gamins restent stupéfaits par l’interprétation de Brel… et moi je reste stupéfait de leur connaissance des paroles de Demain c’est lin par cœur !

Dis ans après, je le constate à nouveau : cet album est devenu une pierre angulaire de la « culture hip-hop » (si elle existe)n comme What’s goin’ on (1971, #127) ou London callin’ (1979, #391) si on veut. Il y a un avant et un après. Il y a identification, et une inscription notable. Avec la parution, l’année suivante, du disque homonyme du Suprême NTM (#418), la scène « urbaine » se retrouve durablement vitrifiée, au moins jusqu’à l’émancipation de Booba.