Archives par étiquette : pink floyd

363. Lou Reed, Berlin, 1973 | BV

 


 

On a évoqué dans une précédente chronique Metal music machine, qui est une aberration, et on est encore loin des chefs d’œuvre de Reed, Transformer (#267, 1972) et Coney Island baby (#1169, 1975). C’est Berlin, un album qui ressemble un peu à Transformer et Rock’n’roll animal (#992, 1974), mais avec une couche en plus : Bob Ezrin. C’est d’ailleurs le succès de Transformer qui a produit Berlin, et l’échec de Berlin qui a suscité Rock’n’roll animal.

Bon Ezrin est l’homme qui a réduit The wall (#328, 1979) en débris ; un arrangeur classique, qui a donné au rock un enrobage philharmonique, dont il se serait sans doute volontiers passé — mais, dans le même temps, qui lui va comme un gant, il faut le reconnaître.

Reed voudrait donc faire son disque le plus personnel et le plus ambitieux. Or si les chansons sont parmi les mieux écrites de l’auteur (Oh Jim, Caroline says, stratosphérique The bed), la production (parmi les musiciens, des pointures telles que Jack Bruce, Aynsley Dunbar, Steve Winwood, Tony Levin) lui confère subitement un pompier qui au final dessert (Lady day, Sad song).

 

 

78. Roxy Music, Roxy Music, 1972 | BV ⚫

 


 
Tu décroches le téléphone et une voix te dégueule sur l’épaule, ou bien tu marches dans la prairie et soudain tu t’enfonces dans la boue, mais de bien 35cm.

Ou tu avales un des ces chèvres dont seuls les coris et les argyrolobes ont le secret, et qui te tapissent les alvéoles de velours tout en pinçant ce qui te reste de sinus.

Au début la surprise et tu te dis « ah oui, d’accord. » Mais tu reviens, tu ne t’avoues jamais vaincu, eh puis il faut bien sortir de la situation où tu t’es mis.

Rien à faire : cet album est l’une des toutes meilleures premières expériences qu’un humain doit faire dans vie.

J’ai découvert Roxy Music sur le tard, bien que je connaisse assez bien, étrangement, l’histoire de Brian Ferry.

À vrai dire, je pense que le premier morceau que j’ai entendu était If there is something, dans une reprise de Tin Machine — Bowie, ça c’est un pote ! Je sais que les gens n’aiment pas le live de Tin Machine que je retiens comme un des meilleurs live de musique populaire (#236), mais c’est un autre débat ; reste qu’il y a une version sous amphétamines de ce morceau, qui pour moi sert de référence, de nœud, de moyeu à tout l’album.

J’avais lu jadis le commentaire sur YT d’une auditrice qui disait qu’à telle minute, telle seconde, le rythme de la chanson se transformait imperceptiblement, passant d’une country un peu hippie (honky tonk ?) à ce blues urbain et comment dire, victorien ou haussmannien ou weimarien, bref philosophe, industriel et austère — mais poignant. Eh bien cette minutes, cette seconde, existe, et est peut-être l’une des preuves que Bryan Ferry est un dieu ; la batterie se désarticule, le rythme se cambre et reprend, la voix s’enhardit et s’éclipse en même temps, la chanson papillon repart après sa première vie chenille.

Il y a certes des morceaux d’un rock d’un genre un peu nouveau (Would you believe, les marrants breaks de la fin de Remake/Remodel), mais il y a surtout une succession de perles telles que Chance meeting, 2H.B., Sea breezes. Qui en fait un album exceptionnel.

Et puis il y a l’inaltérable et inarrêtable Brian Eno, dont on sens le poids de la main, le poids des doigts.

Notons qu’il paraît en 1972, la p@#!§n d’année de Transformer (#267), Exile on Main St (#76), Harvest (#367), Vol. 4 ((#651), Gumbo (#211), Paul Simon (#535), Foxtrot (#921), Ziggie Stardust (#951), Machine head (#1162) ou Neu ! (#48) ainsi qu’une flopée de putains de bons disques de funk et rythm’n’blues — ou le live à Pompéi. Dans le lot, Roxy Music est un ovni, et de tous reste sans doute le plus actuel et le plus touchant.

 

 

902. Syd Barrett, The madcap laughs, 1970 | BV ⚫

 


Premier album de Syd Barrett, cette fois définitivement issu du Pink Floyd qu’il a pensé, et en partie produit par David Gilmour (son successeur au sein du groupe) et Roger Waters, il est tout à fait dans la lignée de la fantaisie de l’artiste échevelé. Les morceaux produits par ses comparses sont un chouia plus intéressants — mais la matière est bien la même, celle de Barrett même.

J’ai sans doute une préférence pour le deuxième album (Barrett, #46) parce qu’il est peut-être vaguement plus inspiré (difficile à dire, sorti la même année, cette fois produit en partie par le même Gilmour avec Richard Wright), et peut-être aussi un peu moins longuet, plus direct (j’ai contrôlé,il fait pourtant une minute et deux secondes de plus).

Il y a de belles choses, bien sûr, toutefois, ici, comme l’étrange Dark globe ou l’envoûtant Golden hair. Dans bien des instances, on a l’impression d’un disque de garage, d’un folk bancal, original mais qui se serait coincé la guitare dans la porte (Feel et surtout If it’s in you sont tout de même bien gonflées à balancer au public).
 

 

853. Barclay James Harvest, Barclay James Harvest and othr short stories, 1971 | BV

 


 
Sur la lancée de la quête de musique avide qui m’avait pris après la découverte de Pink Floyd, j’épluche de nombreux disques dits progressifs (mais pas ceux, encore, plus expérimentaux de Tangerine Dream par exemple). Si les arrangements sont pompiers, ils sont tout à fait typique et de l’époque et du genre… en revanche on est surpris de la qualité et même de la présence des morceaux eux-mêmes (mélodies…). Comme chacun écrit dans le groupe, l’ensemble est bigarré, mais il est toujours tenu.

Moderne il l’est par certains aspects, de même qu’entêtant. J’ai cherché d’autres albums avec plus ou moins de bonheur, mais celui-ci conserve pour moi cette espèce de pilule de nostalgie, cette glande pinéale qui secoue les nerfs, en particulier deux morceaux au-dessus des autres, Harry’s song et Blue John Blues.