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Lucie Desaubliaux | Feu(x) souterrain(s) 2/7. Guide de visite : La Porte de l’Enfer

 

Nous accueillons Lucie Desaubliaux pour un feuilleton inédit qui nous mènera de Samain à Imbolc. On est très heureux de recevoir l’auteure de La nuit sera belle (Actes Sud, 2017).

Lucie Desaubliaux écrit, pour les adultes et pour les enfants. Elle réalise aussi des performances et des installations. Elle code des sites internets, des bases de données, des jeux vidéos et des outils de cartographie ou de collaboration. Elle micro-édite des livres et des expériences numériques. Elle s’intéresse à l’agencement des formes de pensées, aux notions de travail et d’oisiveté et à la différence entre ce que est perçu et la réalité invisible du monde, en se nourrissant de différents domaines scientifiques qu’elle ne comprend pas trop et réinterprète beaucoup. Elle vit et travaille en Bretagne, seule ou en collectif : elle fait notamment partie de La Guerrière, du Vivarium et de WMAN.

 

GUIDE DE VISITE : LA PORTE DE L’ENFER

 

Il paraît que l’entrée de l’enfer se trouve au Turkmenistan.

C’est un cratère dont les parois brûlent de centaines de feux qui ne s’éteignent jamais.

Le diamètre de la porte de l’enfer est de 70 mètres.

La porte de l’enfer fait 30 mètres de profondeur.

L’enfer ne sent pas le soufre, l’enfer sent le gaz naturel.

On ne sait pas bien comment et quand la porte de l’enfer s’est ouverte ici. Ce pourrait être il y a une cinquantaine d’années, ce pourraient être des géologues qui ont mis le feu à une poche de gaz, ce pourrait être parce qu’ils pensaient qu’elle s’éteindrait au bout du compte. On ne peut pas vraiment savoir : ça a été classé TOP SECRET par l’URSS, qui ne devait pas vraiment savoir non plus.

Le premier homme à poser le pied au fond de la porte de l’enfer est Georges Kourounis. C’est un chasseur de tempête qui s’est marié au bord du cratère d’un volcan en éruption. Sur sa page wikipédia, il se définit comme un aventurier PROFESSIONNEL. Ce qui veut sûrement dire que des employeurs le payent pour faire des aventures. Pour descendre aux enfers, Kourounis porte une combinaison argentée résistante à la chaleur avec appareil respiratoire intégré et harnais en kevlar. Kourounis prélève quelques échantillons du sol de la porte des enfers. Dedans vivent des bactéries qu’on appelle extremophiles parce qu’elles aiment les environnements extrêmes, comme Kourounis. Kourounis cherche des indices de l’origine du cratère mais il n’en trouve pas.

En remontant, Kourounis déclare s’être senti comme une pomme de terre en robe de chambre.

En 2019, le Président du Turkmenistan Gurbanguly Berdimuhamedow veut contrer une rumeur lancée par les opposants du régime : la rumeur raconte qu’il serait mort. Il convoque la télévision nationale pour qu’elle le filme en train de faire des doughnuts, des dérapages au frein à main en 4×4 autour de la porte des enfers.

Dans la même vidéo, on le voit réaliser trois strikes au bowling habillé en militaire, devant une foule habillée de la même façon que lui. La foule lui fait une standing ovation.

En 2022, le président du Turkmenistan Serdar Berdimuhamedow, le fils de Gurbanguly Berdimuhamedow, déplore la perte de profits pour l’industrie du gaz naturel que représente la porte de l’enfer. Il conseille donc de la fermer. Mais personne sur terre n’a ce pouvoir, même pas Serdar Berdimuhamedow : la Porte de l’Enfer est restée ouverte.

Sur TripAdvisor, la porte de l’enfer a une note de cinq étoiles, “excellent”.

 

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639. Randy Newman, Sail Away, 1972

 




 

Sujet délicat, client difficile. Il y a quelque chose de Paolo Conte chez Randy Newman… et c’est probablement leur point commun : cette ironie, qui dénote une certaine supériorité, n’est jamais chienne (sinon cabotine). (Ni d’ailleurs dépressive comme deux autres têtes dures, Dylan et Cohen).

Comme Conte, mais las des comparaisons ! cette vision permet à Newman de jouer son numéro de pianiste de saloon dans un groupe pop, avec la même étrangeté que si Elton John intégrait Nine Inch Nails, ou Roger Waters les Bee Gees.

Mais le gars a du talent (en moins de son esprit je veux dire), et dans les mains, et dans la voix et dans les paroles (mais n’est-ce pas tout la même chose) et avec des morceaux tour à tour puissants ou sombres (merci Ry Cooder), une gamme qui va de You Can Leave Your Hat On à Old Man ou God’s Song (That’s Why I Love Mankind), franchement inspirées, il fait bien de se saisir de cette conscience.

N’oublions pas que nombre de ses chansons ont été interprétées par d’autres (Cocker pour Hat…, ici, mais aussi Simon Smith and the Amazing Dancing Bear par Alan Price puis Harry Nilsson) ou reprises par exemple dans des films (He Gives Us All His Love dans Cold Turkey, Burn On dans Major League).

Il y a quelque chose du monument ici, ou plutôt de son revers, comme une larme finale versée dans le verre d’un toast à l’Amérique de l’entretiennement.

 

 

115. Fela Kuti, Open and close, 1971 | BV

 




 

Je jure que c’est le hasard qui nous amène ici, à nouveau (comme la semaine dernière) chez le Fela Kuti. Bon comme on sait, on l’a dit la semaine dernière, il y a beaucoup de très bon Fela dans la Souche. Peut-être trop, oui, mais contrairement à d’autres grands éjaculateurs comme Prince ou Zappa, Fela a trouvé une astuce : ses disques contiennent deux, trois morceaux.

Eh bien pas grand chose à rajouter ici : ce disque avait disparu des radars, il nous est revenu, et grâce lui soit rendue. Ce sont encore de longues jams hargneuses aux paroles acérées, et portées ici par la rutilante formation Africa 70, dont on ne parle pas assez. Je gage qu’un prochain tirage au sort me permettra d’y voir plus clair, n’est-ce pas Tony Allen ?

Pour l’instant, j’ai piste.

 

 

Lucie Desaubliaux | Feu(x) souterrain(s) 1/7 : la foudre

 

Nous accueillons Lucie Desaubliaux pour un feuilleton inédit qui nous mènera de Samain à Imbolc. On est très heureux de recevoir l’auteure de La nuit sera belle (Actes Sud, 2017).

Lucie Desaubliaux écrit, pour les adultes et pour les enfants. Elle réalise aussi des performances et des installations. Elle code des sites internets, des bases de données, des jeux vidéos et des outils de cartographie ou de collaboration. Elle micro-édite des livres et des expériences numériques. Elle s’intéresse à l’agencement des formes de pensées, aux notions de travail et d’oisiveté et à la différence entre ce que est perçu et la réalité invisible du monde, en se nourrissant de différents domaines scientifiques qu’elle ne comprend pas trop et réinterprète beaucoup. Elle vit et travaille en Bretagne, seule ou en collectif : elle fait notamment partie de La Guerrière, du Vivarium et de WMAN.

 

LA FOUDRE

 

La foudre tombe quelque part en plein milieu de la mesa.

Le vieux dit : elle est pas tombée loin. Nash ne dit rien. La foudre a tiré un trait courbe du ciel à la terre, en plein milieu du paysage de Nash et du vieux. Elle est partie du plein milieu de leur ciel jusqu’au plein milieu de leur mesa. Elle a coupé en deux le monde de Nash et du vieux, qui sont assis sur des transats en toile de nylon en plein milieu de rien et de quelques bouteilles vides.

Le vieux porte un slip de bain rouge. Il crache sur le sol pour conjurer la foudre et il répète : elle est pas tombée loin. Nash crache sur le sol pour conjurer le vieux et les histoires de foudre qu’il raconte à chaque orage et c’est la saison en ce moment. Les crachats sont immédiatement absorbés par l’argile sèche, il ne reste que deux auréoles sombres et un filament de rôti de porc.

Le vieux pense qu’il est maudit, la foudre ne tombe jamais loin et elle lui est tombée trois fois sur le corps. Avec le slip de bain rouge, on voit bien les grumeaux en haut de sa cuisse gauche, l’anémone blanche sur la peau noire au-dessus de son pied, le gauche aussi, et le côté droit de sa bouche qui descend un peu plus bas sur son menton. Ce sont les trois marques de la foudre les trois fois où elle n’est vraiment pas tombée loin.

Le vieux raconte la foudre en montrant avec son index son corps autour du slip de bain. Pendant qu’il raconte il y a encore des éclairs et du tonnerre qui avalent beaucoup de ses mots. Chaque fois le vieux hausse les sourcils et hoche la tête : c’était encore vraiment pas loin. Il répète ce que Nash n’a pas pu entendre et Nash n’entend pas, il ne dit rien. Il ne regarde pas le corps du vieux, il regarde la petite fumée là où la foudre est tombée en plein milieu de sa mesa. La petite fumée est vraiment très petite, il faut regarder un peu à côté pour se rendre compte qu’elle existe, à l’Ouest de Dead Horse Canyon.

Le ciel violet craque enfin au milieu d’un coup de tonnerre et tire des fils de pluie jusqu’au sol devant la petite fumée. Le vent est Nord-Nord-Est, la pluie progresse vite vers Nash et le vieux. Ils l’entendent avancer sur l’argile qui change de couleur, la boue trempée devient rouge. Le vieux ne parle plus maintenant, il y a trop de bruit. Il bascule le dossier de son transat un peu plus en arrière, il étend de chaque côté ses bras et ses jambes. Ses bras pendent dans le vide et ses jambes reposent sur ses talons, la pluie arrive sur son corps et lave la poussière et la sueur et mouille le slip de bain qui devient rouge foncé. Nash est rentré dans la cabane en bois derrière, les bouteilles vides se remplissent ou se renversent sur le sol.

Si Nash était encore dehors il verrait que la petite fumée à l’Ouest de Dead Horse Canyon s’est éteinte

mais :

la foudre n’est pas tombée loin.

Elle est tombée sur un genévrier millénaire qui s’est embrasé. Le genévrier s’est consumé lentement et ses racines ont transmis le feu à la couche de tourbe souterraine. La tourbe a entamé une combustion lente et inextinguible qui pourrait durer des dizaines voire des centaines d’années.

La marche d’un feu de tourbe est inexorable

à l’Ouest de Dead Horse Canyon,

la température va monter à 345°C sous 95 centimètres d’argile

le feu va progresser d’un à deux mètres par semaine vers le Sud

il va longer Posey Creek

dans dix-huit mois il passera invisible entre les deux transats en toile de nylon

jusqu’à la cabane en bois dont il enflammera les fondations en pin

la cabane disparaîtra dans la nuit personne ne la verra brûler

le vieux et Nash seront repartis après leur saison de rangers

et le lendemain matin

un chien jaune

viendra renifler le carré de sol noir qui a poussé pendant la nuit

en plein milieu de sa mesa.

 

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233. Fela Kuti, No agrement, 1977 | BV

 




 
Je ne connaissais pas ce disque, je l’avoue, pendant des années. Puis je l’ai connu. Un peu en-deçà des autres chroniqués ici (mais celui-ci est le premier !), Gentleman, Expensive Shit ou Zombie, il n’en reste pas moins tout à fait valide.

Fela produit beaucoup, et pendant un temps assez long, sans fausse-note. Ce disque (parfois associé à Shuffering and Shmiling dans des versions ultérieures) est une longue jam, dans la lignée de Gentleman donc ; Fela, moins bavard, et plus percutant. Basse et guitare s’enchevêtrent parfaitement, laissant place à des soli inspirés — dont, et ce n’est pas rien, rien moins que la trompette de Lester Bowie.

La nuit est jeune.

 

 

10. David Bowie, Low, 1979 | BV ⚫ ▥

 




 

On ne va pas directement, dans la grande maison Bowie, où presque rien n’est à jeter, soit dit en passant, vers Low, bien qu’on dise souvent que ce chef-d’œuvre est son chef-d’œuvre.

Eh bien, c’est un chef-d’œuvre. Il est 9e, ce qui ne veut pas dire grand-chose, car les 16 premiers disques de mon fichier source, la Souche, ont tous une note de 5 sur 5 (ou 10 sur 10, ou 20 sur 20, ou Pi sur Pi, ou A, ou AAA, ou ce que vous voulez). Comme pour Monk, évoqué il y a quelques semaines, ce disque est l’un des seize meilleurs disques de musique populaire moderne de tous les temps. Voilà, ça c’est dit, on peut passer à autre chose.

Alors, sinon, on peut s’attarder sur plein de trucs, Berlin, Iggy Pop, ou la lecture poétique que j’ai faite de cet album dans un autre temps. Il n’en reste pas moins que : 1. ce n’est pas un disque fort dansant ; 2. on a pas mal d’électronique, qui repoussent largement les champs entraperçus depuis une décennie environ ; 3. il y a du Eno là-dedans.

Et que ça reste un chef-d’œuvre à tous points de vue : les idées, les interprétations, les arrangements, le son, les musiciens ; le disque est d’une palpable cohérence. Plus âpre que Station to station, mais plus inspiré que Heroes, il mêle à la fois des morceaux plutôt rock (sans être pop ou destinés à la radio), plutôt face A, avec des mélodies ou des riffs plutôt classiques, avec les guitares et le piano et tout (bien qu’en quelque sorte tordus par les arrangements), et des pièces expérimentales, plutôt face B, souvent instrumentales aussi gothiques que profondes et intemporelles (ces trois adjectifs ne collent pas), comme Art Decade qui ressemble à un générique d’une émission datée, genre Il était une fois la vie ou l’homme dans une version cyberpunk, Il était une fois l’intérieur de David Lynch… On reste confondu par le hanté Warszawa ou l’étrange et lancinant Subterraneans, avec de belles notes de saxophone dudit.

Il n’y a qu’une chose à faire, de toute urgence : l’écouter, et le réécouter.

 

 

248. Gavin Bryars, The Sinking of the Titanic, 1995 | BV

 


 
Je ne sais plus comment j’ai découvert ce disque (et ce gars), sûrement à travers des explorations post-Eno, mais le détour valait la peine. On pourra gloser longtemps sur l’avant-garde, le minimalisme, et tout le toutim, la musique prend toujours le dessus. On rappellera volontiers que les deux pièces de l’album, The Sinking of the Titanic et Jesus’ Blood Never Failed Me Yet sont les premières signées du label d’Eno, Obscure. Obscures, si on veut les approcher de biais, d’un point de vue esthétique (musique expérimentale, musique cérébrale) mais éclatantes de beauté et touchantes, alors l’obscurité des thèmes n’entrave en rien leur expression et leur développement.

Dans la première, ce sont les musiciens du Titanic qui jouent pendant que le navire coule, jusque sous l’eau. La deuxième prend le prétexte d’un chant très humble d’un clochard, répété à l’envi, celle-ci devenant même obsessionnelle à l’auditeur (et on favorise cette version plutôt qu’une ultérieure avec Tom Waits).

Le tout avec humilité et simplicité, une clef d’entrée dans cette œuvre riche et moderne, d’un des compositeurs les plus inspirés de la fin du siècle, et qui devrait être plus connue qu’elle ne l’était au soussigné.

 

 

3. Thelonious Monk, Brilliant Corners, 1957 | BV

 




 

Petite précision ici : les numéros renvoient à la liste de la Souche (mon fichier source) (il faudra bien que lui trouve un nom, genre Yoda ou Matrix ou quoi), en fonction des notes des albums ; or parfois, les albums ont la même note, et sont donc, ensuite, rangé par ordre alphabétique du titre. Et les 16 premiers disques de la la liste ont une note maximale de 5 sur 5. De fait, ce disque (avec ses quinze petits amis) est 1er exæquo, et est donc l’un des meilleurs de la musique populaire — en toute objectivité.

Avec une équipe absolument incroyable (qu’on en juge : Max Roach aux percussions, Sonny Rollins au saxophone ténor, Oscar Pettiford à la contrebasse et Ernie Henry au saxophone alto ; Paul Chambers à la basse et Clark Terry à trompette sur Bemsha Swing, excusez du peu). Monk livre ici une poignée d’inédits de toute beauté. Cette équipe saisit rapidement l’opportunité de jongler avec les plages acrobatiques du maître, alors même que celui-ci parvient sans effort à paraître ni cérébral ni surfait : il y a une fraîcheur ici, une naïveté (malgré les talents des différents impétrants) qui n’est au service que de la musique, pleine de dimensions (pensons aux timbales de Roach). Et la dimension Monkienne, subjuguée dans le soliste I surrender, Dear, démontrant la passion chaude de l’artiste, égrainée par les doigts.

 

*

 

187. Dire Straits, Dire Straits, 1978 | BV

 




 

Sans le carrousel de mes dés, je n’aurais pas songé à traiter ce disque aussi vite. D’ailleurs sans l’entêtement de ma Souche (c’est donc le nom du fichier source qui regroupe tous ces disques en un seul aleph), je n’aurais peut-être même pas pensé à traiter DS du tout.

Disons-le d’emblée et tout net : c’est leur meilleur album, et de loin pour tous les autres sauf peut-être Making Movies.

C’est l’album de l’exorde, et c’est donc la première chose qui frappe : un son très travaillé en total décalage avec l’époque. Du moins pour un premier disque, parce qu’on a l’impression ici d’un style vaguement suranné ou rural qui s’approche plus de JJ Cale, maintes fois évoqué pour parler du groupe, voire de Tom Petty ou Fleetwood Mac — sans oublier Dylan pour la voix.

C’est tout le coup de génie de cet album : sonner décalé dans un monde où le décalage est de mise (où règne le punk, qui balaie toute musique populaire sur son passage), avec pour risque assez évident de retomber assez vite sinon dans la tradition du moins dans la routine (et c’est bizarre de passer à côté de Police pour courir après Clapton ou donc Dylan). Ou pire, l’ennui. Pour y remédier, Mark Knopfler se croira assez jeune et large d’épaule pour donner une envergure progressive à sa musique. Et paradoxalement, il y perdra des plumes (l’envergure a ce défaut que le soleil brûle). Mais c’est une autre histoire.

Pour l’instant le groupe, hyper cohérent (une rythmique impeccable de Pick Withers dont le départ signe pour moi la fin des bonnes idées — et pour cause, c’était une mauvaise idée), dynamique, bien produit (là encore Knopfler voudra gérer en direct), tricote à toute allure ce rock-steady acéré, effilé, classieux, parfois même brillant, tout adonné à la guitare, encore insatiable, dudit. Je n’en dirai guère plus, j’ai écrit un livre sur cette période où tout est possible, et tout va se fracasser la gueule sur des soupes de théâtre de comédie, de plages de synthétiseurs et de star-guitar-hero-system. Mais tout est là, y compris le dobro (succédané de National Steel Guitar pas dégueu), le jeu, la voix, les paroles même. On retient : Down the waterline, meilleur intro de disque depuis longtemps (quinze jours au moins), Six blade knife tout en retenue, et puis une autre, au choix.

 

 

41. Parliament, Mothership Connections, 1975 | BV

 




 

Le hasard, toujours, mon dé à mille faces, nous porte cette semaine vers cette nouvelle perle de funk.

Probablement l’un des meilleurs disques du genre, pas seulement parce qu’ils pose des bases qui seront ensuite largement celles d’une multitude de suiveurs… et qui dégaine pas moins de trois parmi les meilleurs morceaux, Give Up the Funk, P-Funk et le morceau phare Mothership Connection.

Les cuivres, et notamment les petites lichées qui parsèment et soulignent les couplets, notamment dans ce dernier morceau, ou encore les cœurs chuintants, et enfin les usages bizarres et innovants des synthétiseurs, qui anesthésient définitivement les plumitifs successeurs et auront eu raison d’eux dès avant leur naissance… sans parler du rythme lui-même, guitare et section rythmique, dignement héritée de James Brown… tout ceci, en bref = une incroyable claque qui va jusqu’à offusquer le disco puis le rap durablement (n’est-ce pas Dre ?) jusqu’à souffler dans les bronches de la pop la plus perverse (Stevie ? Stevie ?).

George Clinton est une espèce de génie, et ses deux groupes Parliament et Funkadelic, deux des avatars de sa folie.

Cette formule-ci compte, outre Gary Shider, Michael Hampton, Glen Goins aux guitares et Michael et Randy Brecker aux cuivres, le magicien Bernie Worrell aux claviers, l’inénarrable Bootsy Collins à la basse, et, oui, vous lisez bien, Fred Wesley et Maceo Parker aux cuivres.

C’est un disque incontournable.

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