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14. John Coltrane, Sun ship, 1966 | BV

Il faut bien que la période des fêtes serve à quelque chose, aussi nous nous sommes dit, à la rédaction (de cette chronique), qu’on pourrait pour une fois faire faux-bon au hasard, et choisir, pour les cinq dernières semaines de l’année, celles du mois de de décembre, cinq disques parmi nos préférés, qu’ils aient ou non 5 sur 5, clôturant ainsi la troisième année de cette chronique. Comme pour le 100e numéro, où nous avions choisir Dark side, et comme nous venons de voir le 150e, Check your head, et puisque en effet seuls deux disques de cette suite royale sont tombés du cornet à dés (à 1000 faces), Low, Brilliant corners ; nous pouvons alors nous concentrer sur ces cinq pépites — à notre avis non objectif mais sincère.

 


 

C’est peut-être l’un des disques les plus ardus à écouter de toute la Souche, avec quelque œuvre d’Albert Ayler ou Music metal machine de Lou Reed !

Mais dans le même temps c’est l’un des plus beau manifestes free dont j’ai connaissance ; Colrane est au sommet de son art et on dirait que, libéré de ses obligation opératives : A love supreme (#81) et Ascension (#… 1!) sont réalisés (mais ne sortira que l’année suivante), et Meditations (#441) arrive, tout ceci en cette même année 1965. Ainsi s’engage-t-il dans sa propre liberté de liberté.

Sur la base de quelques notes et parfois d’un seul accord, il peut miser sur le groupe qui l’accompagne depuis plusieurs années, McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones, et leur évidente télépathie musicale.

Jones et Garrison trouve toujours un moyen de débunker le contrepoint de Coltrane, tandis que Tyner le seconde dans sa folie sans le perdre de vue. Dearly beloved ou Attaining donnent des exemples plus lents de cette salade, tandis que Ascent qui démarre sur une contrebasse d’une simplicité et d’un groove déconcertants, se termine en jungle sonore inspirée.

Quant à Sun ship, qui ouvre l’album, elle incarne le feu qui anime le dernier Coltrane et qui revendique son intégrité presque mystique non dénuée d’une certaine rage — comme, dans un autre registre, Amen, qui le clôt, s’autorise cette synthèse du swing mué en astucieux et espiègle free.

Sun ship est du dernier meilleur Coltrane — il ne sera même publié qu’en 1971, posthume (enregistré en 1965) et fait de Coltrane le nouveau roi du free, au-delà de l’avant-garde qu’il menait déjà depuis plusieurs années. Il ; le morceau éponyme sera repris par Marc Ribot avec Henri Grimes (?) au Village Vanguard…

 

 

263. Albert Ayler, Love cry, 1968 | BV

 


 

Des disques d’Albert Ayler, souvent sans compromis, jaillit un flot de sons aussi violents que beaux, qui nous laissent sans voix à notre tour. Cet album est probablement moins impitoyable et, à l’image de la police du titre sur la pochette, nous emmène volontiers vers des paysages plus amènes, même si bordés de gouffres acides.

Et en effet, les morceaux enchainés ici exposent improvisations et musiques entraînantes, au pied de la fanfare en marche. On conçoit l’effort, pour Impulse!, de vouloir polir un Ayler par ailleurs notable de libertisme (Spiritual unity), et le fait qu’il reprenne ici des morceaux par ailleurs bien connus (quoi qu’ailleurs plus exigeants encore, Ghosts, Bells) le démontre.

On rejoint parfois Coltrane ou Shepp dans les sphères cuivrées du jazz acide.

Néanmoins Ayler reste maître de son jeu, le groupe (avec son frère Donald, dont c’est le dernier enregistrement avec lui, Carl Cobbs, inégal, section rythmique, Alan Silva-Milford Graves au top) suit, et chacun maintient la tension free jusqu’au bout des ongles, et des mesures parfois hardies… tout en laissant, étonnement, un goût mélodique entêtant, même une fois l’album terminé.