À l’époque, j’étais totalement passé à côté du disque, bien que j’aie connaissance de l’existence du groupe. Je l’ai écouté récemment, je l’avoue, pour ce projet. Je n’ai pas été déçu. Certes, il y a des sons déjà entendus mille fois, mais il y a cette fantaisie (un peu ironique) que rend bien la superbe pochette (et le titre), ou par exemple Don’t fight it, feel it… beaucoup de tentatives, dans plusieurs directions, qui en font un ensemble plutôt hétéroclite mais sympathique, finalement plutôt insouciant comme l’époque (brève) de relatif bonheur qui s’ouvrirait bientôt (et se fermerait aussi vite) — et dont la maison acide serait le repaire, la joyeuse et triste bannière.
Il semble qu’on a jamais été si près de l’hiver américain et pourtant ce manifeste froid intelligemment produit est aussi daté qu’il est d’actualité. C’est un paradoxe c’est vrai. Tout comme parler de l’Amérique ici aujourd’hui.
Le catalogue des formes est probablement infini. Il n’y a qu’à voir la variété des poissons de par le monde. De là, deux difficultés : les retrouver (il faut un lexique des traits) & s’y retrouver (toute liste à son tableur). Bref encore un grand disque de toute une série de disques dans le genre. Je parlais de poissons : ils sont bien là, et aussi les oiseaux, toute une série de gammes sinueuses et liquides, je dirais même que les êtres chthoniens s’incarnent volontiers dans le violoncelle, qui comme le dit l’encyclopédie, est un instrument rare en jazz. On est donc bien dans un cas classique de naturalisme musical.
Découvert par hasard grâce à l’émission de France Inter (dont je ne sais plus le titre), jamais pu me détacher de cet album, qui manque de très peu la première place du podium, pourquoi ? Pour des broutilles, peut-être ce corporatisme intellectuel new-yorkais à la fois minorité à la fois cool. En concert une tuerie. Mais oui leur premier album est le meilleur.
Il faudrait d’ailleurs en dire un peu plus… Mis à part les innovations formelles typiques du son du groupe, de hip-hop non consensuel, et pas forcément d’ailleurs pas grand public (mais évidemment sans succès médiatique), parfois rapproché de l’IDM (ce genre de techno créative).
Des morceaux qui ne rechignent pas à lorgner du côté du jazz, même free (expliquant leur futur album avec Matthew Shipp) comme le magnifique Eyewall, des choses étranges comme Smores ou Driving in circles.
Il y a aussi de petites pièces sonores revigorantes, parfois instrumentales. Mais on a surtout des morceaux de flot très solide : Sllab en tête, mais aussi Laundry, Nude paper, Rinseflow, 9.99, Lift. Ce qui n’est pas rien sur un tel album.
Le groupe, qui signera bientôt chez Warp (Aphex Twin, Autreche, etc.) est prêt pour ravir les oreilles curieuses, tout en ne parvenant pas à franchir le cercle assez fermé du rap underground (avec Jurassic 5, Kool Keith, Mos Def) sans toutefois non plus parvenir à cette minimaliste gloire.
L’album est l’un des plus beaux du monde, je le jure, et confine à la perfection, je ne sais pas, d’un Kronos Quartet ? Je veux dire dans le choix des instrumentations, des sons, et leur agencement. Et pour ne rien gâcher des textes parfois obscurs, parfois abstraits, mais toujours à la fois très poétiques et très politiques, ce qui là aussi, n’est pas si courant (même chez Nas ou le Wu-Tang Clan).
Sans doute un excès d’épices un peu forcées, voire forcenées, nuit à la bonne foi de l’ensemble — ah et puis on est certainement repoussé dans un canton expérimental — le tout confinant à un je-ne-sais-quoi de vaguement radical chic — mais avec de belles altercations parfois entre deux grosses têtes chercheuses musicales… Un morceau au-dessus du lot, Two against three. Le titre est excellent.
C’est le premier disque que j’ai entendu de lui. Il me plaît beaucoup que cela se passe au Carnegie Hall, cette musique à la fois classe et simple, pleine d’émotion et efficace. J’adore Bill Withers ; on peut être un peu ramolli par son aspect un peu trop romantique, et ses longues introductions, mais il aligne les chansons (c’est un véritable chansonnier) avec une grâce et un groove incomparable et impeccable.
Tout un pan de cette musique oscillant entre pop, rock et électro m’a échappé, je l’avoue, dans les années 2000, mais j’avais d’autres chats à fouetter. Cornelius est sympathique et il est habile. Artisan sonore, il est un producteur impeccable. Les moments les plus foufous sont les plus intéressants certainement, Fly, Point of view Point et Another view Point. Ensuite il y a des faiblesses, dues à cette espèce d’excès d’aménité qui peut parfois peser sur l’écoute (la reprise de Brazil en est emblématique).
Premier album acheté d’occase à G, pas du tout déçu, il serait parfait si l’autre, Gris-Gris, n’était pas plus parfait. Découvert Dr John dans le fameux documentaire de Philippe Manœuvre sur le blues et le Crossroad. Le Médecin de l’Âme tire la couverture à lui, à un certain moment, et délivre une magistrale leçon de blues (docu introuvable par ailleurs parfait pour débuter, un disque avait même été produit, avec Keith Richards — par ailleurs exquis dans la vidéo — interprétant Key to the highway). Ici au sommet de son art entraîneur, l’album, porté par Such a night et Right place, right time contient également d’incomparables (et inquiétantes) pièces comme Same old same old, Qualified, où l’envoûtant (et parfait) I been hoodood.
Un souvenir des années 90, un morceau imbattable (2:1). Et de bonnes chansons (Vaseline) mais qu’après coup on peine à ne pas avoir déjà entendues quelque part. Un des nombreux albums propres, bien interprétés, justement balancés entre punk et réalisme des années 90, mais qui marque le pas à acquérir son indépendance.
(Il faudrait poser ici tout un roman sur les vicissitudes de ce groupe, supplément ou apostille (ou hernie ? ou biopsie ?) du groupe Suede, qui n’est pas trop ma tasse de thé (l’album éponyme est classé 1291e dans la Souche, hem…), dont se sont exfiltrés Justine et Justin, respectivement chanteuse Frischmann et batteur Welch ; elle s’est retirée de la musique pour devenir artiste et lui est l’actuel batteur de Jesus And Mary Chain. Le monde est petit. Tellement petit, d’ailleurs, qu’ils ont eu pas mal de déboire pour cause de suspect plagiat sur plusieurs morceaux (Wire, Stranglers)… pas de quoi donc s’éterniser.)
Je connaissais la pochette par les livres. Je l’ai vue pour la première fois en vrai et en vinyle dans le car scolaire de mon bled pour Montélimar, sous le bras de A, qui venait d’un bled encore plus reculé et montagnard. J’avais follement aimé A à l’école maternelle puis surtout primaire, dès l’instant où elle a débarqué dans le village, je me rappelle bien. Ce jour de lycée, elle ramenait le disque à la médiathèque. On ne se parlait pas beaucoup. On ne s’est jamais beaucoup parlé. On s’est parlé autour du disque. Voilà : comment ne pas associer ce disque à A ?
Il y a quelque chose qui m’attirait très fort, et quelque chose de mystérieux qui m’inquiète encore. Il y a des morceaux parfaits : Brixton (l’une des meilleures chansons de l’Histoire), London, mais force est de constater qu’on n’est pas dans le punk hardcore… il y a des morceaux super mais aussi des morceaux moins intéressants, il faut le dire. C’est la variété qui frappe, ici, des genres, des thèmes, une espèce de bissectrice inédite entre Springsteen et Costello, secondée par une très nette maturité, parfois même un peu troublante, jusqu’au design, donc, de la pochette…