361. The Presidents Of The United States Of America, The Presidents Of The United States Of America, 1995 | BV

 


 

Voilà un disque qui se veut potache, et qui finit — surtout au regard du long temps passé depuis — beaucoup plus fin et solide que prévu.

À la blague : « aujourd’hui on est plus près de 2050 que de 1995 », les gens de ma génération (X) tordent le nez : « Meuh nooon… » Et puis ils blanchissent. Ah si.

Les années 90, finalement, c’était juste après les années 80. Pas beaucoup plus loin. Il n’y a pas beaucoup de temps (passé) entre Brothers in arms (1986, #1306) et Nevermind (1991, #164) (cinq années !). Et il y a eu une déconstruction patiente et progressive, avec Daydream nation (1988, #687), Automatic for the people (1992, #393), Debut (1993, #529) (je cite sans trop réfléchir).

Les Presidents etc. déboulent là-dedans, pondent leur disque, et s’en vont. Ils ont eu une carrière, oui, mais consciente de la chance accordée par les tubes de ce premier disque (Lump). Ils se confondent assez vite avec l’énorme bataillon de guitare fuzz enrôlées sous la bannière du post-grunge et ils se dispersent aisément dans les esprits, et les oreilles, entre ennui, mépris, voire ressentiment.

Mais cet album, initialement porté par la vague grunge de Seattle (Peaches), est assez malin pour ne pas se prendre au sérieux tout en étant consciencieux de ses qualité à la fois typiquement punk (la sobriété ? de Stranger, Dune boogie, la reprise du MC5 (?), mais finalement presque tous les morceaux) et moderne (le « beckisme » de l’étrange Boll weevil, mais aussi Body, Naked and famous mais finalement de presque tous les morceaux). Après coup, ce qui frappe est la valeur des morceaux, c’est-à-dire leur construction, leurs mélodies, et même peut-être ou presque, leur paroles. Et aussi leur caractère d’hymne, de riff ou de gimmick frappants, en quelque sorte de… fable (et cela combine leur nom même, et mon approche critique de la contre-culture, surtout américaine).

Un bon disque, en fin de compte, bien meilleur que les milliards de copies de Nirvana qui ont inondé le marché dans ces (lointaines) années-là.