Archives par étiquette : louise attaque

613. Lo’Jo, L’une des siens, 2002 | BV

 


 

Discogs me conseille : ceux qui ont aimé cet album ont aimé : Lhassa, Zebda, Mano Solo, Louise Attaque, Têtes Raides, Thomas Fersen, puis les Rita, Bashung et même Souchon.

Voilà l’état de ces débuts des années 2000. Un mélange de variété et de rock, une irréfragable envie de sortir (en boîte comme « à l’international), un zeste de no-border et de forum social, et de la musique, beaucoup de musique. Le groupe a également un longue tradition de collaboration circassienne et de nombreux kilomètres dans les pattes — et cela s’entend. Denis Péan et ses acolytes ont fait connaître le blues touareg, ont collaboré aussi avec Robert Plant et Jimmy Page, le sale caractère d’Erik Truffaz, ou encore Magik Malik ou Robert Wyatt. Dans le genre mondialisé, ils sont parmi les meilleurs, et c’est tout à leur honneur.

Alors sans tomber jusqu’à Zaz, toute cette période flirte étrangement entre le ridicule et la variété. c’est qu’on n’est qu’au début d’une ventennie où il ne va rien se passer en fait, politiquement, depuis le 11 septembre et l’arrivé de JMLP au second tour, jusqu’à… la guerre en Ukraine. Vingt ans foutus en l’air, les plus belles années, au bout desquels on se réveille la gueule enfarinée, avec trois guerres, les gilets jaunes et le Covid.

Donc bon, la musique… surfait sur les ondes de la gauche plurielle et des budgets positifs avant le grand déclassement. Lo’Jo c’est ça, un peu, que ça représente pour moi ; pour ne pas dire aussi que c’étaient mes dernières jeunes années, avant les réalités du monde d’adulte. Je les ai vus au Poët-Laval, dans cette ferme au pieds des monts d’Aleyrac, tout était parfait.

La pochette est moche, mais elle est fidèle à l’époque (les débuts de la VAO — vie assistée par ordinateur), quant au contenu… Impressionnants en live (dans mon souvenir), Lo’Jo est un groupe hybride qui mélange les sonorités du sud à un rock plus ou moins chanté avec du texte. Je n’en dirais pas beaucoup plus, parce que d’une part souvent le texte se suffit à soi seul (raison pour laquelle il a survécu au terrible jugement de la Souche), et la production est raccord.

La voix rauque de Péant fonctionne bien sur ces sarabandes colorées, un rien naïves, molto rêveuses, pleine de ciel, de mer, de sable, de paysages.

 

 

117. Dominique A, La mémoire neuve, 1995| BV

 


 

Dominique A a représenté pour moi, pendant un temps, parmi les écritures les plus exigeantes que les belles et insouciantes et nerveuses et déprimées années 90 ont pu nous offrir, et c’est à partir de cet album qu’il s’affirme au plus grand nombre.

C’était l’effervescence d’une espèce de renouveau de la chanson française, porté par Dominque Ané, mais aussi Têtes Raides, Katerine, Yann Tiersen ou Noir Désir, pour citer des gens très divers (et Louise Attaque, et Miossec, et Thomas Fersen…) Tous collaboraient plus ou moins ensemble, et tous revendiquaient plus ou moins l’héritage de Bashung ou Higelin, mais aussi de Brel ou Brassens, et via plus récentes étincelles telles Rodolphe Burger ou Hubert-Félix Thiéfaine.

Cet album accède même aux bandes FM grâce à son beau single Le Twenty-Two Bar. Une orchestration d’une esthétique étrangement très cinématographique, presque western (Calexico), qui oscille, musicalement, entre les dingos de cette époque (Burton, Kustorica, Lynch, et oserais-je, Gaultier, Goude, Jeunet…). Dominique A reste sobre, et réservé, tout en étant généreux sur ces arrangements ; la voix de Françoiz Breut amène un peu de sombre légèreté. Les mélodies sont soignées. IL n’y a pas de recommandations (comme sur d’autres albums), dont on se passe, ni de tortures ad libitum. Il y a même un humour distancié qui se tient.. Dans la Souche, c’est le premier de l’artiste, devant Remué, puis La musique.