
Depuis Jogà sur Homogenic, Björk nous avait fait comprendre qu’elle de redoutait pas d’exposer ses douleurs et leur soin — la musique d’ailleurs participant sans doute de celui-ci.
Depuis Homogenic toutefois, le temps laminoir faisant son œuvre, Björk nous avait un peu perdu de vue, ses projets complextuels (oui) nécessitant une certaine familiarité — sans pour autant que ce soit une critique négative — Volta (2007, #732) seul ayant pris conscience d’avoir perdu peut-être un peu son accès direct à la musique et à l’auditeur. Après Biophilia aux accents écotechnocosmiques (et que je ferais mieux de réécouter plutôt que de lui trouver un vilain qualificatif), Björk revient, plusieurs années après, au sortir d’une rupture qu’elle va tâcher de conjurer ici.
Document enregistré avant et après cette rupture, avec ce Black Lake comme interface, il peut intéresser de ce point de vue-là ; mais il est aussi un extraordinaire chantier musical mêlant voix, cordes et machines, dans la plus pure tradition björkienne, le tout faisant de ce drôle de disque… un drôle de disque, mais, malgré sa profondeur, sa tristesse et sa lucidité (ou grâce à ?) un beau disque. Notable le travail d’Arca, claustrophique la production de The Haxan Cloak, dispensable la voix d’Antony. Les deux dernières pistes, non liées à la rupture sont un peu moins bons peut-être (un peu d’une autre pâte surtout), mais Lionsong ou Notget demeurent parmi les classiques de la polyartiste.
