686. Peter Gabriel, I/O, 2024 | BV

 


 

Je ne suis pas un grand connaisseur de Peter Gabriel, mais j’avoue que j’aime beaucoup son album Peter Gabriel [3] (celui de 1980, #897) ; très fin esthète, qui s’est bonifié avec le temps, il reste pour moi un chouia trop attaché à la pop et avec une certaine forme de variété, mais radical chic ; So et Us sont pour moi trop ancrés dans les son des années 80.

Ajoutons à cela qu’il n’est pas si courant de chroniquer un album « tout neuf » (il est sorti il y a un an et demi) : c’est d’abord que ce n’est pas simplement une galette de plus ; d’abord, c’est le premier album de Gabriel depuis plus de 20 ans. Ensuite, monsieur s’est payé le luxe d’avoir un projet — ce qui n’est plus si courant autour d’un « disque ») : il a sorti chaque morceau en single téléchargeable tout au long de 2024. En outre, le musicien propose deux versions, une « face claire » et une « face sombre », avec deux mixages différents.

Alors bien sûr il y a des passage plus romantiques ou inspirés qui tombent un peu à côté — et de ce point de vue, le mixage « dark » n’y peut pas grand chose malheureusement — ce « dispositif » apparaissant un peu comme forcé — comme le morceau éponyme ou Playing for time ; d’autres sont des morceaux à mon avis un peu moins puissants, mais qui fonctionnent vraiment (par exemple avec une mélodie), comme Four kinds of horse ou Olive tree, tandis que Panopticon, Road to joy, This is home sont des chansons pop qui n’éveillent pas chez moi plus d’intérêt que ça ; Live and let live et The court sont typiquement de l’auteur, bien mieux écrites mais vaguement ennuyantes — on conçoit que ça puisse être un style. Les meilleurs efforts sont le hollisien/björkien Love can heal et les watersiens So much et And still, c’est-à-dire des tentatives de sortir de ses habitudes. Mais l’ensemble est réalisé (en dépit des mixages somme toutes pas tellement radicalement différents) avec savoir-faire (passant si l’on veut de la tarte à la crème au café, de l’énième coucou de Manu Katché à l’inébranlable Brian Eno, venus donner un coup de main), et assez bon goût, et reste un ensemble solide.