Nagoya mon amour : de quoi la biodiversité est-elle le nom ?


Biodiversité, objet de toutes les préoccupations de l’hypercontemporain… et terme qui recouvre différentes réalités, et différents enjeux. Terme qui peut aisément, aussi, être posé comme une borne, à la croisée des chemins : biologie, écologie, bien sûr, mais aussi philosophie, éthique, économie, géographie… A vrai dire, c’est moins la définition de la biodiversité qui est changeante que la forme des attentions qui se portent sur elle.

Et ces attentions partagent rarement les mêmes valeurs. Aujourd’hui, quand on parle de biodiversité, on dit qu’elle s’érode, comme s’érode une montagne, un sol : socle la biodiversité ? Racine ? Ou arbre ?


1. Définir ?

Définir est utile mais peut se révéler également spécieux : il réduit les explorations marginales d’un terme, là où les sèmes se mélangent, et le “rigidifie” dans une acception pratiquement définitive. Pour le mot biodiversité, on recourt généralement à trois première définitions : la biodiversité spécifique où la variété d’êtres vivants présentes en un lieu donné ; cette définition très générale s’étaie de deux compléments : en “amont”, la biodiversité génétique, c’est-à-dire la variété des gènes (par exemple au sein d’une même espèce) ; en “aval”, la biodiversité écologique, c’est-à-dire la variété des habitats.

Cette définition nécessite alors, rapidement, qu’on s’entende sur une définition commune du vivant. Qu’est-ce qui est vivant ? Une définition simple consiste à considérer comme être vivant ce qui associe les trois (et toutes les trois en même temps) propriétés suivantes (Joël de Rosnay) : l’autoconservation (qui est la capacité des organismes à se maintenir en vie par l’assimilation, la nutrition, les réactions énergétiques de fermentation et de respiration), l’autoreproduction (leur possibilité de propager la vie) et l’autorégulation (les fonctions de coordination, de synchronisation et de contrôle des réactions d’ensemble). On peut éventuellement inclure l’évolution comme la dynamique générale du vivant au-delà des entités de l’individu et de l’espèce.

C’est ainsi que, pour autant qu’ils sont organiques (constitués de cellules organiques) ou produits par un organisme, les graines et les spores, les gamètes, les virus, certaines variétés et races (agricoles par exemple), certaines formes cybernétiques ne sont pas des êtres vivants en tant que tels.

Les virus, par exemple, sont tantôt considérés comme des êtres vivants, tantôt non : bien que constitués de séquences d’ADN ou d’ARN, ils ne disposent pas de la fonction métabolique. Le feu, qui réalise la fonction d’oxydation propre à la digestion, n’est pas un être vivant. Le mouvement n’est pas un critère suffisant pour définir le vivant, et l’eau et le vent ne sauraient en être.

Ce sont les critères qui définissent le vivant qui vont donc inclure ou exclure des organismes. La question qu’on peut poser également dès l’abord : les Pokémons sont-ils des êtres vivants ? Dieu est-il un être vivant ? En tout état de cause, on ne peut nier que les pokémons ou les dieux sont des êtres vivants.


2. Classer, trier, ranger

Une fois qu’on s’est entendu sur la définition commune du vivant, il faut encore prendre en considération le niveau d’étude, soit à l’intérieur d’un individu (mais qu’est-ce qu’un individu ?), soit à l’intérieur de l’espèce (mais qu’est-ce qu’une espèce ?), soit à l’intérieur ou d’un habitat (mais qu’est-ce qu’un habitat ?)… et l’on voit qu’on pourrait encore propager les définitions.

Sans occulter l’importance de ces questionnements, on peut essayer de les rassembler dans le dispositif ou l’attention qui les sous-tend tous les trois, et consiste en l’élaboration d’un guide critériologique. J’emploie à dessein cette périphrase peu élégante afin de me défaire de la distinction à présent établie (à l’école par exemple) entre trois termes qu’on ne peut plus confondre : ranger, classer, trier.

Quel que soit le verbe qu’on choisisse (personnellement je ne fais pas une distinction exacerbée), ce qu’il faut retenir c’est 1. le critère de différenciation (ou le caractère) qui permet de séparer un ensemble en deux sous-ensembles selon une différence (à quelque niveau qu’elle se situe : ordre alphabétique, morphologie, fonction écologique, etc.), et 2. la catégorie ainsi créée, ou la boîte qui permettra par la suite une lecture du monde qui est une organisation de ces boîtes.

Pour citer une référence très célèbre, on trouve chez Jorge Luis Borges, une encyclopédie chinoise qui classe les animaux de la manière suivante :

  • appartenant à l’Empereur
  • embaumés
  • apprivoisés
  • cochons de lait
  • sirènes
  • fabuleux
  • chinchards
  • chiens en liberté
  • inclus dans la présente classification
  • qui s’agitent comme des fous
  • innombrables
  • dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau
  • qui viennent de casser la cruche
  • qui de loin semblent des mouches
  • autres…

Cette organisation nous paraît absurde, puisque on ne trouve pas de critère distinctif qui permette les différentes catégories ; on ne retrouve ni les caractères ni les boîtes et on est plongé dans l’inquiétude et l’inconfort qui peut être aussi celui de l’exotisme…

Il faut pourtant bien comprendre qu’une telle liste n’est pas plus absurde, c’est-à-dire pas plus arbitraire que la classification linnéenne ou la classification phylogénétique. En effet, toute classification est une lecture du monde, une construction (supplémentaire) de langage : elle est donc orientée et fautive, de fait. La seule “vérité” (la justesse) étant la biodiversité elle-même.

Comme on comprendra, il n’est pas ici question de justifier tel ou tel classement, ou de proposer une théorie propre à la biodiversité, pas plus que de déplorer son érosion, d’en lister les causes ou de proposer des solutions. Il s’agit ici de parcourir les différents réflexes ou les intentions plus ou moins déclarées de la connaissance (observation et classification), de la préservation et de la gestion de la biodiversité.


3. En effets

Sous forme de liste, voici les principales préoccupations qui animent, qui devraient animer, n’importe quel gestionnaire, n’importe quel naturaliste, et sans doute n’importe quel penseur sur l’écologie comme fait humain, concernant la biodiversité.

L’effet papillon

On nous répète à l’envi que “le battement d’ailes d’un papillon en Amérique latine peut provoquer un tremblement de terre en Europe…” Ceci pour indiquer l’interrelation constitutive du vivant sur la planète — et donc la nécessité de considérer le continuum du vivant comme une pellicule sur la planète (terme qu’on donne parfois à la biosphère, partir du globe où se meut le vivant). Cette bonne résolution indiquerait, en tout état de cause, qu’il est nécessaire également de considérer l’espèce humaine comme une maille dans cette chaîne ou ce tissu et de ne pas, en conséquence, s’en extraire au prétexte de la connaissance, de l’évolution ou l’illumination (la foi) — au prétexte du langage donc, qui crée des mots absurdes comme environnement (ce qui environne, ce qui nous tourne autour).

L’effet loup

Voilà bien le sujet qui fâche : le loup aujourd’hui en France n’a pas droit de cité (ou droit de forêt). Pourquoi ? Espèce protégée, espèce également menacée, elle est pourtant régulièrement mise en cause dans le cas de prélèvements sur les troupeaux, la plupart du temps à juste titre, d’ailleurs. Mais le loup pose problème : il questionne les pratiques agricoles, devenues productivistes, qui permettent à des troupeaux immenses de se mouvoir sans berger et parfois sans chien. Le débat peut être retourné dans tous les sens : un troupeau nécessite un berger et le loup est un superprédateur. Il n’y a pas à tergiverser. Soit on éradique cette espèce, soit on l’accepte en tant que superprédateur. Les superprédateurs (loup, ours, aigle royal, hibou grand-duc, brochet) entrent tous en concurrence avec l’homme dans ses pratiques agricoles, mais aussi, de manière beaucoup plus souterraine et moins maîtrisée, dans son imaginaire, dans la mythologie, etc. Ils sont tous en danger d’extinction (hors d’Europe aussi) : n’est-ce pas un signe fort ?

L’effet panda

Comme le superprédateur dérange parce qu’il questionne en silence, certains décident de protéger à tout prix le vivant, au point qu’ils décident, comme ça, que, pour autant que l’homme est lui aussi un superprédateur, il est devenu une super menace pour le vivant. C’est un peu le revers de la difficulté qu’a l’être humain à accepter de faire partie du flux vivant ; c’en est une autre application : comme nous sommes doués de raison, nous allons “charger” les espèces d’épithètes : espèce rare ou menacée, espèce protégée, espèce invasive… Evidemment, d’un point de vue scientifique, on peut tout à fait organiser le monde qui nous entoure à notre idée, et lorsqu’on évalue objectivement, la fragilité de telle ou telle espèce, on arrive à obtenir des outils qui pourront orienter notre action (comme l’épatant travail de l’UICN et l’établissement des listes rouges). Mais le critique peut se demander : de quel droit décidons-nous que telle espèce est à protéger et telle autre à éradiquer ? Et selon quels critères, surtout, et donc selon quel point de vue ? Ces questions, il faut toujours se les poser lorsqu’on entreprend une étude d’observation, de préservation ou de gestion de la biodiversité.

Nous sommes souvent floués par notre émotivité : si les grandes ONG utilisent des mascottes c’est bien pour nous toucher dans notre sensibilité1 : le panda, le bébé phoque, sont plus “vendeurs” que la mygale ou le poulpe (ou une bactérie, un champignon) — mais agissant ainsi, on ne permet pas une prise de conscience découplée de l’anthropomorphisme, et on retombe dans les excès démiurgiques, les délires déistes de l’être humain.


L’effet pokémon (extrait d’un autre texte)

Je développerai un cas plus précisément en me penchant sur un exemple unique : les Pokémons®.

Les pokémons peuplent un monde imaginaire créé par Satori Tajiri, à l’origine pour un jeu électronique mais décliné rapidement dans toutes les dimensions qu’une franchise commerciale autorise. Le jeu de cartes est un double réel du jeu électronique.

Dans le monde des Pokémons, ceux-ci représentent des créatures disposant de capacités spéciales, des pouvoirs et toute l’intrigue de la narration (il existe une série télévisée et plusieurs films d’animation) repose sur les combats que se livrent ces créatures, les pokémons, entrainées à cet effet par des humains appelés “dresseurs”, qui les capturent dans leur milieu d’origine, les exercent et les entretiennent, les collectionnent2, et peuvent parfois tisser des relations fortes avec elles (amitié, amour, compassion, pitié, toute la gamme existe).

Le jeu possède des règles assez strictes (et codifiées) et nécessite une certaine stratégie. Les créatures quant à elles, sont décrites assez précisément selon un modèle qui ressemble à s’y méprendre aux classifications biologiques fondées sur la morphologie3.

La “série” Pokémons confond allègrement la curiosité à l’endroit de la biodiversité avec l’appât du gain et la collectionnite aiguë. Le monde vivant, censé être représenté, est le plus souvent décevant : les animaux dits supérieurs (mammifères en tête) sont légion, les autres sont le plus souvent dépréciés (arthropodes notamment), les plantes sont très rares, les autres règnes (champignons, bactéries) quasiment absents4. L’idée est de posséder des créatures, qu’on capture grâce à une “pokeball”, sphère qui peut contenir un individu de l’espèce. Enfin, il y a toujours confusion entre l’espèce et l’individu, de sorte qu’on appelle Pikachu non pas une espèce de créatures (les pikachus, parmi lesquels il y a des mâles et des femelles, des jeunes et des vieux, etc.), mais un individu singulier, Pikachu (le pikachu de Sacha, le héros de la série).

Cette impression désagréable est exacerbée par le fait même que le cri des pokémons est, dans la grande majorité des cas, leur nom, ce qui autorise cette question : est-ce parce que Pikachu dit Pikachu qu’il s’appelle Pikachu ou bien est-ce que parce qu’on appelle Pikachu Pikachu qu’il dit Pikachu ?

Cette franchise, qu’on nous présente comme un succédané de la biodiversité (et qu’on imagine donc avoir pour intérêt sa compréhension voire sa préservation), ne fait au final que trahir les pires pulsions utilitaristes, déterministes et anthropocentrées de l’être humain et noie la responsabilité en une simple chasse au trésor — et la biosphère en un terrain de jeu. En ce sens, elle ne diffère guère de la manie de certains passionnés de nature comme les adeptes des sports dits nature, certains photographes spécialiste de macro, et même des naturalistes, pour lesquels la rareté (et donc la préservation qui en découle) ou la beauté (et donc la préservation qui en découle) sont les seules valeurs attribuées au monde vivant, entendu comme un dehors que l’on est censé “gérer”. Ce qui est tout autant un manque d’humilité qu’un aveuglement.


Nagoya mon amour

Cet aveuglement est à ce point tel que l’ensemble des commentateurs ont applaudi lorsque s’est déroulée la Conférence des parties sur la convention de la diversité biologique à Nagoya du 18 au 29 octobre 2010.

Or cette conférence a clairement exposé ses intentions et ses actions : la biodiversité est au service de l’être humain ; sa connaissance est primordiale (il faut donc poursuivre les recherches, favoriser les cartographies, notamment les cartographies d’espèces protégées et les cartographies d’habitats), tout comme sa préservation : elle va pouvoir revêtir une valeur fiduciaire, financière et pénétrer ainsi sur le marché ; les états vont pouvoir s’échanger des “points-biodiversité”, etc.

On écrit des rapport sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité : par exemple ici, ici, ici, ici, ou encore, de Bernard Chevassus-Au-Louis, Jean-Michel Salles, Jean-Luc Pujol, Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes – Contribution à la décision publique, Centre d’analyse stratégique, 2009, téléchargeable ici : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics//094000203/0000.pdf.

L’Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire a identifié quatre catégories de “services pour l’homme5” :

  • les services support ; ce sont les sols pour l’agriculture par exemple ;
  • les services d’approvisionnement ; eau, chasse et pêche, etc ;
  • les services de régulation ; concernant par exemple le climat ;
  • les services culturels et sociaux ; tourisme par exemple !

Je cite l’un de ces documents effrayants :

1. Les services support – sont ceux qui sont nécessaires pour la production de tous les autres services de l’écosystème. Ils sont différents des trois premières catégories de services, par le fait que leurs effets sur les hommes sont soit indirects soit apparaissent sur des longues périodes de temps.
Ainsi, certains services, tel que le contrôle de l’érosion, peuvent être caractérisés aussi bien comme « support » ou « de régulation » en fonction de l’échelle de temps des effets de ses changements sur les êtres humains.
Par exemple, les êtres humains n’utilisent pas directement les services de formation de sol de l’écosystème (services « support »), même si des changements dans ce service affecteraient indirectement les êtres humains par l’effet sur la production alimentaire.
De la même manière, la régulation du climat est caractérisée comme étant un service de « régulation » car les changements de l’écosystème peuvent avoir un effet sur le climat local et/ou global à des échelles courtes, comparables avec l’échelle de la vie humaine (décennies ou siècles), alors que la production d’oxygène par le processus de photosynthèse est un service « support » car tout impact sur la concentration d’oxygène de l’atmosphère et sur sa disponibilité aux humains ne se manifesterait qu’à une échelle très longue de temps.
Des exemples de services support sont la production primaire, la production d’oxygène atmosphérique, la formation et la rétention du sol, les cycles bio-géo-chimiques, le circuit de l’eau, et l’offre de habitat.

2. Les services d’approvisionnement permettent aux hommes d’obtenir des biens commercialisables, par l’exploitation des écosystèmes tels que :
– la nourriture, les fibres. Cette catégorie inclut une large catégorie de produits alimentaires dérivés de plantes, animaux, bactéries, ainsi que des matériaux tels que le bois, le jute, le chanvre, la soie…
– le combustible. Bois énergie, tourbe, le fumier et autres matériaux qui servent de sources d’énergie
– les ressources génétiques – incluent les gènes et l’information génétique utilisée pour l’élevage des animaux, la culture des plantes et la biotechnologie.
– les substances chimiques – beaucoup de médicaments, biocides, additifs alimentaires tels que les alginates, et matériaux biologiques sont dérivés des écosystèmes.
– les plantes médicinales (menthe de Milly-la-Forêt)
– les ressources ornementales – sont les produits tels que les peaux et les coquillages, les fleurs utilisées comme ornements, même si la valeur de ces ressources est souvent déterminée par le contexte culturel de leur usage.
– les matériaux de construction – bois, sablons, etc.
– la faune chassable

3. Les services de régulation – sont des bénéfices obtenus de la régulation des processus des écosystèmes, tels que :
– le maintient de la qualité de l’air : les écosystèmes apportent des produits chimiques et extraient des produits chimiques de l’atmosphère, influençant ainsi la qualité de l’air.
– la régulation du climat : les écosystèmes influencent le climat aussi bien à échelle locale qu’à échelle globale. Par exemple, à échelle locale, des changements dans l’occupation du sol peuvent influencer aussi bien les températures et le régime des précipitations. A échelle globale, les écosystèmes peuvent jouer un rôle important dans le climat, soit en séquestrant soit en émettant des gaz à effet de serre.
– le cycle de l’eau : la récurrence et la l’importance du ruissellement, des inondations, et la recharge des aquifères peuvent être fortement influencés par les changements dans l’occupation des sols, par des altérations qui peuvent changer le potentiel de stockage de l’eau au niveau de l’écosystème. De telles altérations peuvent être déterminées par la conversion des zones humides ou des forêts en zones agricoles, ou des zones agricoles en zones urbaines.
– le contrôle de l’érosion – la couverture végétale joue un rôle important dans la rétention du sol et dans la prévention des glissements de terrain.
– la purification de l’eau et le traitement des déchets. Les écosystèmes peuvent apportés des impuretés dans l’eau, mais peut aussi aider à filtrer et décomposer les déchets organiques introduits dans les zones humides, les eaux intérieurs et les écosystèmes marins.
– la régulation des maladies humaines. Les changements dans les écosystèmes peuvent changer directement l’abondance des pathogènes humains ; tels que le cholera, et peut altérer l’abondance des vecteurs de maladies, tels que les moustiques.
– le contrôle biologique – les changements des écosystèmes peuvent affecter la prévalence des maladies et des prédateurs des cultures et du cheptel.
– la pollinisation – les changements des écosystèmes peuvent affecter la distribution, l’abondance et l’efficacité de la pollinisation.
– la protection contre les tempêtes et contre les inondations – par exemple, la présence des écosystèmes forestiers peut diminuer l’intensité des vents et/ou des eaux

4. Les services culturels et sociaux – sont des bénéfices non-matériels obtenus par les hommes à partir des écosystèmes à travers l’enrichissement spirituel, le développement cognitif, la réflexion, la création, les expériences esthétiques, comprenant :
– l’offre d’emploi, qui est le résultat de la gestion, restauration, protection etc. des écosystèmes
– les valeurs éducatives : les écosystèmes et leurs composantes fournissent une base pour l’éducation dans beaucoup de sociétés.
– source d’inspiration – les écosystèmes offrent une source d’inspiration riche pour l’art, le folklore, les symboles nationaux, l’architecture et la publicité.
– les valeurs esthétiques – beaucoup de personnes trouvent de la beauté ou des valeurs esthétiques dans des aspects variés des écosystèmes ; ceci se reflète par exemple dans les visites des parcs, des « paysages » et dans le choix des localisations pour construire des maisons.
– des relations sociales – les écosystèmes influencent les relations sociales. Par exemple, le fait de bénéficier des aspects esthétiques et récréatives des écosystèmes (forestiers, parcs urbains…) peut contribuer au renforcement des liens sociaux (ex. : entre les jeunes d’un groupe, entre les voisins…).
– les valeurs « patrimoniales » : beaucoup de sociétés apprécient le maintien de paysages historiquement importants (« paysages culturels ») ou d’espèces ayant une signification culturelle.
– recréation et éco-tourisme – par exemple, les gens choisissent souvent les endroits de leurs vacances en fonction des caractéristiques naturelles du lieu.
Bien-être : Le bien-être de l’Homme est composé de multiples éléments dont, les éléments de base pour une vie agréable, la liberté et la possibilité de choisir, la santé, les bonnes relations sociales et la sécurité. Représenté sur un continuum, le bien-être est à l’opposé de la pauvreté définie comme une “absence prononcée de bien-être”. Les constituants du bien-être tirés de l’expérience humaine et tels que perçus par les hommes sont dépendants des situations elles-mêmes reflet des conditions géographiques, culturelles et écologiques locales.

Je trouve ainsi des sites qui “vendent” de la biodiversité (comme Néoconservation.org6

Plutôt que de répéter mal les questionnements citoyens et/ou de certains scientifiques sur les intentions réelles de cette subite considération de la biodiversité, je préfère ici renvoyer aux deux émissions consacrée à la Conférence par Ruth Stégassy pour son émission Terre A Terre sur France Culture (lorsque ces émissions ne seront plus disponibles à l’écoute, on pourra s’adresser à la revue).
http://www.franceculture.fr/emission-terre-a-terre-conference-des-parties-de-la-convention-sur-la-diversite-biologique-cop-10-la
http://www.franceculture.fr/emission-terre-a-terre-nagoya-2-conference-des-parties-de-la-convention-sur-la-diversite-biologique-

Il conviendrait que les naturalistes, les chercheurs, les médecins, les biologistes se posent une question, se penchent sur ce problème. Lorsque l’économie libérale s’intéresse à un domaine qu’elle va chercher à monétiser et sur lequel elle est prête à déposer des brevets, donc à décréter des états de propriété, on peut penser que ce n’est pas avec les meilleurs intentions “environnementalistes”.

Malheureusement, et malgré tout notre équipement scientifique, théorique, philosophique voire religieux ou psychanalytique, nous n’en démordrons pas : nous sommes pris dans le mouvement, pris dans la masse. Nous faisons partie de ce tout, et ne pouvons, ne pourrons jamais nous en défaire. Considérer que l’on s’exclue de l’ensemble revient à nier toute réalité sensible ou esthétique ; consiste à objectiver le réel et le réifier ; consiste à se prendre pour dieu — ce qui est absurde. Nous devons nous considérés idiots, indiens, des captifs éclairés, pas — jamais — des savants fous.


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  1. Voir les textes de Gonzague de Montmagner et de Sophie Nivet dans ce même numéro.
  2. Ceci mérite précision : le joueur réel collectionne les cartes Pokémons ; le joueur virtuel (imaginaire), le dresseur, cherche à créer une équipe de ces créatures et cela peut l’amener à se séparer de certains de ses membres au cours des aventures
  3. Dans l’univers du jeu, de l’imaginaire populaire contemporain des jeux, jouets, séries et films de divers genres dits mineurs, la classification est monnaie courante, comme en attestent par exemple les encyclopédies de super-héros Marvel, les fiches techniques de Star Wars, etc.
  4. Il y a tout de même des familles de pokémons semblables à des éléments chimiques, à des machines, voire à des signes et symboles.
  5. Voir l’incroyable site : http://www.millenniumassessment.org/en/index.aspx.
  6. Biens et services fournis par la biodiversité

    La biodiversité nous procure, souvent gratuitement, de nombreux biens de consommation et services.

    Voyage au cœur de la première entreprise du monde, la biodiversité…

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    Alimentation

    Chasse et cueillette : Les espèces sauvages représentent la principale ressource alimentaire dans la plupart des pays. Au Ghana, les ¾ de la population tirent l’essentiel de leur ration protéique des espèces sauvages.

    Pêche : Aujourd’hui, le tonnage mondial des pêches s’élève à 80 millions (dont essentiellement des poissons sauvages), dont les ¾ sont destinées à la consommation humaine directe. Et en Afrique, le poisson est toujours la première source de protéines animales.


    Agriculture

    Pollinisateurs et abeilles : Environ la moitié des espèces végétales, incluant un grand nombre d’espèces utilisées par l’alimentation, est pollinisée par les animaux. Sans les abeilles, nous aurions peu de fruits et de légumes à consommer. Dans certains secteurs des USA, les techniques agricoles modernes ont tellement réduit les populations d’abeilles, que des ruches mobiles sont nécessaires pour assurer la pollinisation des champs. Le coût de ce service est estimé à plusieurs milliards de US $ par an.

    Pâturages : Dans un écosystème de prairie, plus la biodiversité est forte, meilleure est la productivité de biomasse.

    Terre nourricière : Le sol produit et accumule tous les éléments nécessaires au développement de la vie (azote, phosphore, calcium, potassium, fer…). Les organismes qu’il abrite constituent la plus vaste réserve génétique du globe. Bactéries, vers, insectes, rongeurs, plantes s’y côtoient et tous participent à la formation de cette fine « peau » enveloppant notre planète. Mais les sols fertiles sont une ressource fragile et rare. L’agriculture intensive, la déforestation, le surpâturage, l’urbanisation et les pollutions diverses grignotent ce patrimoine à une vitesse inquiétante, laissant derrières eux des terres stériles et inhabitables, sans culture ni troupeaux.

    Capital génétique : Le « capital génétique » de la biodiversité contribue à la moitié de l’augmentation annuelle des récoltes céréalières et est un élément clé de notre capacité à répondre aux changements climatiques, aux maladies et aux ravageurs des cultures.

    Eau douce : L’agriculture consomme environ 70 % de l’eau dans le monde, et la consommation d’eau d’irrigation devrait augmenter de 50 à 100 % d’ici 2025.

    Agriculture intensive : Moins de 30 espèces végétales fournissent plus de 90 % des denrées alimentaires de la population mondiale. Trois d’entre elles (blé, maïs, riz) en représentent la moitié. Pourtant, au moins 80 000 espèces de plantes sont comestibles.

    Blé sauvage et cultivars : Un parent sauvage du blé, en Turquie, a fourni des gènes de résistance incorporés à plusieurs variétés commerciales de blé, induisant un profit estimé pour les seuls États-Unis à 50 millions de dollars par an.

    Ailleurs : Les communautés agricoles des Andes utilisent quelques 3 000 variétés de pommes de terre, et les cultivateurs de Java plantent jusqu’à 600 espèces dans un seul potager (plus le nombre d’espèces cultivées est important et mieux les paysans arrivent à nourrir leur famille. Les récoltes s’échelonnent dans le temps, certaines céréales peuvent être stockées, et cela permet une meilleure exploitation de différents microenvironnements et une diversification des revenus).

    Vaches : Sur 145 races bovines inventoriées en Europe et dans les pays méditerranéens, 115 sont menacées. Pommes : Il existe 20 000 variétés de pommes répertoriées dans le monde. Guillaume Tell : Aucun rapport avec la biodiversité, mais avec les pommes, un lien tenu, une flèche.

    Manchots et agroalimentaire : La sphéniscine, une protéine qui aide à la conservation des aliments, a été découverte dans l’estomac du manchot royal et pourrait servir de conservateur à 40°C.

    Santé

    Médicaments : Historiquement, presque tous les médicaments proviennent de plantes, d’animaux ou de micro-organismes. Par exemple, l’aspirine, anti-inflammatoire, extraite de l’écorce de saule en 1829, la morphine, antalgique isolée en 1817 des fleurs de pavot, la quinine, tirée de l’arbre à quinine en 1820, originaire des Andes, longtemps efficace contre le paludisme (malaria), la digitaline tirée de la digitale pourpre, régulateur cardiaque qui aide des millions de personnes dans le monde, et la liste est infinie…

    Médicaments, bis : Dans les pays industrialisés, aujourd’hui, entre 40 et 70 % des médicaments dérivent de substances naturelles. Ex., 2 alcaloïdes, la vinblastine et la vincristine, extraits de la pervenche de Madagascar en 1958-1965, qui sont un des traitements de la leucémie infantile et de la maladie de Hodgkin (un des traitements les plus efficaces découvert contre le cancer), ou le taxol, en 1971, anticancéreux (cancer du sein et des ovaires) extrait de l’écorce de l’if.

    Plantes : Aspirine, morphine, quinine, digitaline, etc. : au total, 119 médicaments issus de plantes sont encore couramment utilisés.

    Champignon du Congo : Un exemple parmi tant d’autre d’un végétal qui posséderait un composé chimique agissant comme l’insuline, et qui pourrait produire une pilule inespérée contre le diabète.

    Diabète toujours : Une molécule isolée dans une éponge du Pacifique, au large du Japon., pourrait être la molécule de demain contre la forme la plus grave de diabète, celle de type 1. La vie des diabétiques soignés aux premiers stades des symptômes s’en trouverait totalement transformée, soit, rien qu’en France, entre 10 000 et 20 000 personnes.

    Perspectives : Seulement 5 000 des 250 000 plantes à fleur dans le monde ont été analysées pour leurs propriétés pharmacologiques potentielles. Pour les invertébrés, une fraction très faible a été explorée. Moins de 1 % des plantes connues ont été étudiées pour leurs alcaloïdes (substance organique ayant une action physiologique comme la morphine). Plus de 6 000 alcaloïdes ont déjà été inventoriés.

    Avenir : Sur 18 000 substances provenant d’organismes marins, 15 % ont permis l’isolement de nouvelles molécules actives. À ce jour, la composition chimique de 1 % seulement des espèces marines répertoriées a été analysée. L’AZT, dérivé synthétique utilisé contre le virus du SIDA, provient de molécules sécrétées par une éponge des coraux des Caraïbes, aujourd’hui en danger.

    Tourisme et Loisirs

    Aires protégées : On estime qu’environ 55 % des touristes de toutes nationalités se rendent dans des aires protégées.

    Tourisme vert : 80 % des Canadiens pêchent, photographient la nature, ou pratiquent d’autres loisirs orientés vers la nature.

    Tourisme vert et $ : Dans le monde, le tourisme « vert » correspond à 12 milliards de US $ / an. Lion : À travers les safaris-photos, on peut estimer qu’un lion rapporte 27.000 US $ à l’économie du Kenya ou de la Tanzanie. Nouveau monde : Les USA exportent environ 5 millions d’écotouristes chaque année, chacun dépensant en moyenne 2 à 3.000 US $.

    Économie

    Chiffres : 40 % de l’économie mondiale repose sur les produits biologiques et les processus écologiques (PNUE).

    Valeur des services écosystémiques, estimation : La valeur obtenue pour la planète entière, et jugée conservatrice, est de 33 millions de millions $ US (soit 33 trillions US $), soit près du double du PNB mondial (Constanza et al., Nature, 1997).

    Chiffres encore : La valeur des services que les zones humides rendent à l’humanité est estimée à 50 Milliards € par an.

    Chiffres toujours : Les forêts du Parc National de La Tigra au Honduras fournissent plus de 40 % de l’eau à 850 000 personnes de Tegucigalpa, la capitale.

    Idée reçue (à combattre…) : La plupart des gens considèrent comme allant de soi les énormes services que les écosystèmes rendent gratuitement. Ils pensent que la nature continuera de les assurer, quels que soient les dommages qu’ils causeront.

    La vie, assurance-vie : La biodiversité représente pour l’humanité son « assurance vie », la conserver est l’application la plus évidente du principe de précaution. La diversité des espèces, écosystèmes et habitats influence la productivité et les services rendus par les écosystèmes. Lorsque la diversité des espèces dans un écosystème évolue, la capacité de l’écosystème à absorber la pollution, maintenir la fertilité des sols et les microclimats, assainir l’eau, et fournir d’autres services inestimables se modifie également. Une plus grande diversité biologique est une sorte d’assurance biologique. Les communautés appauvries ne sont ni prévisibles, ni stables. Il serait idiot de détruire des écosystèmes qui rendent l’air respirable, le climat supportable, l’eau buvable ou les sols fertiles.

    Services écologiques au catalogue

    Écosystèmes en vrac : Équilibre de la biosphère, maintien de la qualité de l’atmosphère, régulation des climats, régulation des gaz à effet de serre, épuration de l’air, formation des sols arables, protection des sols contre l’érosion et le maintien de leur fertilité, maintien des cycles biogéochimiques (fixation du carbone de l’atmosphère et la production de l’oxygène), fourniture d’agents de pollinisations et d’agents anti-parasitaires, décomposition et recyclage des déchets.

    Travail : Au Québec, la biodiversité représenterait 225 000 emplois directs et environ 16 milliards $.

    Vêtements : L’industrie textile s’est d’abord développée à partir de la production d’espèces animales ou végétales : coton, chanvre, lin, laine, soie – sans oublier les cuirs. Tous ces produits ont joué un rôle important dans l’économie mondiale. Ils sont encore largement utilisés malgré la concurrence des produits de synthèse.

    Forêts : Matériaux de construction, combustible, médicaments, nourriture, fibres, vêtements, eau douce, stockage du carbone, régulation des climats, lutte contre l’érosion.

    Forêts brumeuses : Les forêts brumeuses ont la capacité de retenir l’humidité des nuages et de la brume. Elles alimentent ainsi en eau salubre de nombreuses régions. Les forêts brumeuses du Parc national de La Tigra au Honduras fournissent 40% des besoins en eau des 850 000 habitants de la capitale, Tegucigalpa. Au Mont Kenya, pendant la saison sèche, les forêts permettent le ruissellement des rivières qui approvisionnent cinq millions de personnes. Les forêts brumeuses ne constituent pourtant que 2,5 % de la superficie des forêts tropicales humides. C’est-à-dire 400 000 km2 au total, à protéger des menaces dues aux changements climatiques, au défrichement, à la construction routière entre autres, et identifiées par les auteurs du rapport. L’urgence est surtout en Asie où se trouve 60 % des forêts brumeuses dans le monde. L’Amérique latine en possède 25 % et l’Afrique 15 %.

    Précision forestière : La couverture forestière absorbe l’eau pendant les périodes pluvieuses et la rediffuse pendant les périodes sèches. La forêt régule le cycle de l’eau. Sa disparition élimine cet équilibre et entraîne une succession d’inondations et de sécheresse. On le voit partout, mais on cite rarement son origine.

    Zones humides et rivières : Absorption de l’eau de ruissellement, épuration, production et distribution d’eau potable, réapprovisionnement des nappes phréatiques, contrôle de la qualité de l’eau.

    Milieu côtier (estuaires, fonds sous-marins de faible profondeur, mangroves, bancs d’algues et récifs coralliens) : Zone d’alevinage des poissons, production d’éléments nutritifs pour la faune et la flore, filtration des eaux polluées, protection des zones habitées et des côtes tropicales contre les tempêtes, production de nourriture, zone de loisirs, etc.

    Pleine mer : Régulation des gaz de l’atmosphère, production de nourriture, cycle alimentaire, etc.”

Une réflexion sur « Nagoya mon amour : de quoi la biodiversité est-elle le nom ? »

  1. Greg

    Voilà qui donne du baume au coeur : la perspective, rendue possible par bien-intentionnés, de jouir enfin matériellement et tout à fait originalement de son labeur et d’en retirer bénéfice simultanément sur le produit.

    Maïrde, je m’aperçois honteusement de mon erreur, et comprends que ceci s’appelle Kapital…pas pour les lettres…mais seulement pour mettre les êtres…comprenne qui souhaitera…d’aucuns souhaiteront cependant ne plus comprendre.

    Promis, demain j’investis dans les matières premières : tant d’êtres, si peu de ressources, mais tant de ressources pour un seul être…être ou ne pas être…mais quelle était la question déjà ?

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