Guillaume Vissac • t • 04

Nous somme très honorés d’accueillir pour l’été une série de Guillaume Vissac intitulé t. Guillaume Vissac est auteur et éditeur. Il est l’une des valeurs sûres de la littérature à venir. Il publie ses textes ainsi que son journal et une traduction quotidienne d’Ulysse de Joyce sur son site Fuir est une pulsion.
A suivre tous les jeudis.

 

d’abord un taureau, ensuite un bouquetin

D’abord c’est à l’épaule mais c’est du crâne qu’elle part. Ça gicle comme on dit d’un liquide que ça gicle. C’est un nerf qui doit avoir cette sinuosité-là et ça finit dans le crâne. C’est chaud. Ça fait mal. Il disait ça : ça fait mal. Et des putain, putain, putain à n’en plus finir. Puis il est reparti dans le même geste qu’avant (avant que ça claque dans l’épaule, dans son cou, dans sa nuque, dans son crâne, et puis que ça brûle et que ça gicle à l’orée là de la brûlure), c’est-à-dire qu’il a repris la marche. Moi je suis derrière lui, je me suis arrêté quand il s’est arrêté, je l’ai regardé se tenir l’épaule, le cou, la nuque, le crâne, et dire putain, putain, putain dans les fougères. Le bruit des feuilles et des branches et des matières synthétiques frottées nous submerge, les autres sont devant, d’autres sont encore derrière, on marche en file indienne à la suite d’une liane de fourmilières et de scarabées. Ils sont par terre, remuent. On reprendra la marche à notre tour. Celui qui s’est fait claquer l’épaule, le cou, la nuque et dont le claquage a giclé dans le crâne et qui a dit putain, putain, putain à cause de ça, trois ou quatre jours après il racontera ça à son tour dans la bouche du réveil. Il est là et il dit : on est dans un champ, y a pas de clôture. C’est pas clair qui est qui et si je suis moi mais c’est souvent comme ça, hein ? C’est une de ces instances, il a dit, ça appelait une fin sa phrase, n’importe quelle fin, mais le silence est retombé. Je me souviens que dans ce champ-là, y avait un animal. Un taureau, un bouquetin. D’abord un taureau, ensuite un bouquetin, ensemble ou alternativement. L’animal c’est un jeune, l’air nerveux. Avec ses cornes il s’approche. Je suis là, il a l’air de dire. C’est une histoire de mâle cette histoire. Mais le mâle l’empale pas, non. Il se frotte à lui cinq minutes mais c’est jamais dangereux. Le rêve a sûrement dû durer plus ou moins longtemps que ça mais le rêve, c’est distendu. Quelqu’un a dit l’autre jour le rêve, c’est distendu. Le rêve, mais ce que ça voulait dire c’était les rêves en général.

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