Vincent Tholomé † Instin et moi

je pense, je pense intensément que, nos têtes sont des usines folles

et

nos têtes produisent intensément, dans leurs fabriques, des fumées folles et des nuages, sans consistance, de guêpes et d’abeilles folles

et

je pense intensément que, cette production sans consistance de nuages, sans consistance, et d’essaims d’abeilles ou de guêpes est, généralement, sans conséquence dans nos vies et dans nos nuits parce que tout cela se dissipe dans l’air,

ou

dans le vide,

ou

le néant,

et

tout cela est aussi intensément léger qu’une fumée d’usine ou qu’un nuage parce que nous avons souvent à faire et qu’intensément nous faisons chose sur chose

et

tout cela demande une intense et folle concentration et, tant que nous faisons intensément et follement chose sur chose, nous pensons qu’il n’y a rien d’autre dans nos têtes alors qu’il se produit sans répit dans nos têtes, et intensément, de folles nuées de fumées légères et sans consistance et des essaims de guêpes et d’abeilles virevoltantes dans l’air

et

tout cela ne demanderait pas mieux, de temps en temps, de sortir un peu, de prendre l’air et de se décrasser les poumons, or, ça ne se fait pas tout seul, ça demande un sérieux coup de pouce, parce que nos têtes sans coup de pouce produisent d’intenses nuages et de folles guêpes, rien d’autre, c’est en tout cas mon cas, c’est ainsi que je fonctionne, ma tête, comme toutes les têtes, produit d’intenses et folles nuées de guêpes et, sans coup de pouce, c’est tout ce qu’elle fait,

et

ma tête produit, coup sur coup, d’intenses et folles productions qui naissent et disparaissent sans conséquence l’une après l’autre et sans répit, et toutes ces intenses et folles nuées d’usine s’enchaînent sans répit l’une après l’autre sans lien et sans liant

et

il me faut, personnellement, quelque chose pour que, tout à coup, cette production intense et folle sorte un peu et devienne consistante, c-à-d prenne corps devant moi, sous mes yeux, et devienne un objet un peu dur et un peu consistant, et Instin est une excellente manière, à mes yeux, pour que, personnellement, quelque chose se produise et prenne corps hors de moi, parce que Instin est comme un aimant, quelque chose qui attire à lui les guêpes et les abeilles produites intensément dans ma tête

et

Instin est un récipient vide, sans consistance,

et

Instin ne demande qu’à se remplir de toutes les fumées produites intensément dans les usines folles de nos têtes

et

Instin est un piège, apparemment vide et sans conséquence, qui capture les fumées intenses et les essaims d’abeilles

et

Instin est un de ces appareils de capture qui capte intensément les abeilles intenses et les guêpes qui, comme des folles, filent tout droit dehors et prennent joyeusement corps et soudainement consistance

et

c’est pourquoi j’aime Instin et que, de temps en temps, j’écris pour Instin parce que Instin est un piège et que, personnellement, j’ai besoin de piège pour écrire un peu de temps en temps et je profite alors d’Instin pour écrire et laisser aller devant moi des fumées qui, sans Instin et sans piège, seraient, certes, des choses intenses et folles mais ne seraient, d’abord et avant tout, que des choses inconsistantes et insignifiantes et filant droit, à la vitesse de la lumière, ou à peu près, du grand vide au néant.

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