L’émission du général : Guillaume Vissac


Mission m°pl

Mollusque avale\soleil insoumis. 
Inversions délicates. Pures ; et de poids.
Monopole.
GI


Vers l’ou-est. Avons marché des heures jusqu’à rebours. Les Zautochtones racontent qu’à s’enfoncer par là (par là parlant pour l’ou-est) on tourne tête au temps. D’abord sous la semelle de nos bottes, les Zautochtones sont sortis des charniers où des clones de nous-mêmes les y avaient collés, ont découpé des dents les goupilles des grenades étrangères importées, ont aspiré les flammes dans ces coquilles de rouille, ont remis les goupilles dans chaque rouille (dans l’espace prévu pour) et ont rangé la pomme soigneusement dans la poche de leur jean (les pommes sont les grenades). Leurs vieilles Kalash en bandoulières pointées sur nous ont sucé hors des peaux (toutes les nôtres), chairs et muscles (celles idem) des balles folles tailladées en étoile. Z’ont grimpé seules, intactes, dans la matrice de leurs chargeurs. Et en réponse les hommes (les nôtres) ont aspiré les leurs (leurs balles), ont recollé des crânes (en pièces), remboité des mâchoires (matées). En cercle autour de leur village rouillé avons-nous vu valser les armes en préambule ? J’avance talon d’abord sans voir où le corps, sans moi, s’avance. Je sors des jumelles de pupilles noires mes yeux. Ils nous balancent des drapeaux blancs jurant qu’ils sont serècnis. Après coup je les crois.

Tempête du désert dans l’oeil, l’soleil est mi mollet, dit l’un des gars, les yeux dans le dos, visant sa pisse d’une flaque d’eau chaude au pied des dunes jusque pile dans la fente tranchant son gland en deux miches mauves près des deux pouces. Bientôt, je l’ai vu boire des litres à la gourde avant que l’eau froidisse.

J’ai reconnu le carnet que j’efface page à page sous mes souvenirs fanés. Il ferme : il ferme avec un élastique plastique. J’écris en blanc dedans au bic. Mes mots sont ceux qui sans saveur s’en vont sans dire un mot. Je fais revenir salive dans ma gorge et ma langue (autour) et fais des bulles avec avant reprendre la marche sous le cagnard d’hier.

Avons domestiqué l’assaut sur des cartes en 3D en couleurs en parlant. Telle âme prendra tel flanc prendra telle balle venue de tel canon précis pointé sur eux. Qui donc ? D’autres que nous, préparant leur massacre à la même heure que nous le nôtre, mais dans d’autres espaces et sous d’autres ciels blancs.

Tel qu’on me voit (devine) je réchappe d’une tentative de déstabilisation par un tireur isolé qui voulait, seul, loin de tous ses semblables, me choper une guibolle et me faire voir le sable d’un peu trop plus que près. Un des gars sec me sort de terre et m’attire vertical vers les cimes de mon crâne. L’oeil de verre du sniper sous la lunette clignote ; il fait craquer tout seul ses trois fois dix phalanges.

Quant au lieutenant Gamin, voilà son corps. Marchons, marcherons, avons marché sur les traces d’une embuscade au sable. Nuit noir dessus nos os poisseux. Les gars soufflotent avare de l’air, avare ou avarié viré. Les tranchés, tout autour, schlinguent : et la mort et la caque et le sang. Lieutenant Gamin, le fameux fils d’un Général Quidonc (mais influent le con). Le sang, la mort et noire la caque s’échappe en rade de son crâne mort et ses rêves vieux de quelques vingt hiver (ou plus, ou moins) remontent sous forme de matière noire et grise (et blanche, et sans grumeaux au fond). Le sable chiasse le sang, la mort, la surface molle et l’entonnoir fait d’os qui jadis bouchait le trou de la balle avant, après, qu’elle entre et splatch. Je garde toujours mon livre de codes sur mon petit coeur. Prêt à déchiffrer les messages, prêt à comprendre tout lorsque l’ordre d’en haut sera largué sur nous. Longtemps, longtemps avant, après, tout ce corps misérable. Les gars dévalent en vertical les dunes, de l’en bas vers l’en haut, et volent à son secours de con. L’os est bouché, le corps crépite, vacillé le cadavre à nos pieds tiédissant. Dans quatre, trois, deux, un, lieutenant Gamin, apnéique ou tout comme, soulèvera son squelette vers la nuit. Je le mets à l’abri sous mon casque et reset à mon tour.

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