{"id":469,"date":"2011-09-09T16:16:26","date_gmt":"2011-09-09T16:16:26","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=469"},"modified":"2011-10-29T16:26:10","modified_gmt":"2011-10-29T16:26:10","slug":"mathieu-brosseau-philippe-rahmy-neant_saccage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/mathieu-brosseau-philippe-rahmy-neant_saccage\/","title":{"rendered":"Mathieu Brosseau &#038; Philippe Rahmy | N\u00e9ant_saccage"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/image\/mb2.jpg\" alt=\"\" width=\"94\" height=\"93\" \/><em>N\u00e9ant_saccage<\/em> est de ces \u0153uvres rares, \u00e9chevel\u00e9es, radicales. De ces \u0153uvres dont la litt\u00e9rature a besoin comme d&rsquo;un b\u00fbcher, d&rsquo;un territoire extr\u00eame, pour insuffler en elle une urgence renouvel\u00e9e.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une litanie terrible, qui repousse loin les limites de l&rsquo;orthonorm\u00e9. C&rsquo;est un texte sauvage, incandescent, essentiel. De ces br\u00fblots qui \u00e9voluent au voisinage d&rsquo;Artaud, de Guyotat. Il ne sont pas tant, aujourd&rsquo;hui.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"http:\/\/remue.net\/Images\/rahmy2.jpg\" alt=\"\" width=\"82\" height=\"124\" \/><\/p>\n<p><em>Hors-Sol<\/em> est tr\u00e8s heureuse de pr\u00e9senter l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du texte, dont une partie a \u00e9t\u00e9 lue lors de \u201c<a href=\"http:\/\/remue.net\/spip.php?article4342\" target=\"_blank\">La Nuit Remue 5<\/a>\u201d en juin dernier, puis transcrite sur le site de la revue <a href=\"http:\/\/remue.net\/spip.php?article4420\" target=\"_blank\">Remue.net<\/a> que nous remercions, et avec elle surtout les deux auteurs, Mathieu Brosseau et Philippe Rahmny.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9ant Saccage, vide \u00e0 combler, baiser de la reine, je m&rsquo;escalade en pensant \u00e0 toi, que te dire sinon ton absence, \u00e0 redire mieux,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A redire avec d&rsquo;autres mots, quelle idiotie vaine &#8211; dira-t-on &#8211; pour mieux nous distraire de la vacuit\u00e9 des esp\u00e9rances vaines,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9ant saccages, pour tuer et retuer, les bo\u00eetes d&rsquo;allumettes, les bo\u00eetes \u00e0 sous, les bo\u00eetes cr\u00e2niennes, je me profile vite, je m&rsquo;arr\u00eate,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me sais dans un recoin d&rsquo;espace vierge, je me tue, il para\u00eet que cela est bon, je me d\u00e9lice dans un espace \u00e0 contempler,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>te donner ma parole, m\u2019engager \u00e0 te respecter et \u00e0 te servir en tout et toujours, \u00e0 te consoler, \u00e0 te prot\u00e9ger du mal, \u00e0 te demeurer attach\u00e9 dans les bons et les mauvais jours, dans la prosp\u00e9rit\u00e9 et la d\u00e9tresse, dans la sant\u00e9 et la maladie, \u00e0 te rester fid\u00e8le jusqu\u2019\u00e0 ce que la mort nous s\u00e9pare. Je me lie \u00e0 toi sans l\u2019\u00e9glise de merde, ni la r\u00e9publique corrompue, je me lie comme la foule se rassemble et se disperse, innocente de la putr\u00e9faction des corps et de l\u2019affirmation de soi.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mourir d&rsquo;aventure dans un espace clos, mourir d&rsquo;aventure dans une vie \u00e0 soi, les sois pour se reconstruire,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me profile vite et m&rsquo;arr\u00eate, il para\u00eet que se trouvent l\u00e0-bas la sph\u00e8re de l&rsquo;accomplir et la maladie de l&rsquo;action, celle qui d\u00e9phase,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bo\u00eete cr\u00e2nienne, roulette russe, je t&rsquo;aime, hasard de ceux qui n&rsquo;en font pas, je ne suis pas le hasard de ceux qui font,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9li\u00e9, la touche, par le devenir, maladie du devenir, n\u00e9ant_saccage, tu vois les immeubles en face, ils sont l\u00e0 pour te devenir, ils sont l\u00e0 pour t&rsquo;extraire d&rsquo;une solitude \u00e0 d\u00e9mettre,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>je r\u00e9ponds \u00e0 ton amour. Je suis le hasard de ceux qui font, rempla\u00e7ant ce qu\u2019ils perdent par quelque chose de plus pr\u00e9cieux. La r\u00e9p\u00e9tition me permet d\u2019imaginer le temps, l\u2019accumulation me donne l\u2019espace. N\u00e9ant saccage et le courage t\u00e9n\u00e9breux mutil\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la t\u00eate. L\u2019indice et l\u2019argument d\u2019une loi \u00e9l\u00e9mentaire. Bruit \u00e0 peine form\u00e9, roulement m\u00e9tallique d\u2019un store. Je veux et j\u2019ordonne ce gris uniform\u00e9ment sanglant entr\u00e9 par les yeux avec le pouvoir d\u2019\u00e9lire, et la rage folle instaure cette plus proche duret\u00e9, l\u2019intelligence sans rien, une profondeur solide de limites, et l\u2019agression de tout contre soi.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9ant_saccage, par en bas, par en haut, par le vide \u00e0 devenir, je me crois fort, il para\u00eet que c&rsquo;est le temps qui m&rsquo;agit, qui m&rsquo;agite,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que faire en d\u00e9sespoir de cause, je n&rsquo;ai pas de cause publique, je vous hais, tant qu&rsquo;il me para\u00eet ridicule de vous vivre, singe savant,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">je suis d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat, presque nul, je me dig\u00e8re en autant de cause \u00e0 devenir, c&rsquo;est la marche des monstres,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous nous effondrons, dans la peur, le peu, je me voue aux informes tonalit\u00e9s de l&rsquo;\u00eatre,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis en demeure et me dis : meurs \u00e0 chaque instant de verre, tu as les os qui craquent, tu as le nombre qui flanche, tu as l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un parasite de l&rsquo;action\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>Je t\u2019offre ma vie sans l\u2019anecdote de vivre\u2026 Le langage de la pr\u00e9sence physique n\u2019existe pas\u2026 Je r\u00eave d\u2019une \u00e9criture absente \u00e0 la parole qui ne perde rien de sa rectitude et de son innocence en se parjurant. Je suis le parasite de l\u2019action et de l\u2019accompli, l\u2019ennemi acharn\u00e9 de Zarathoustra, Dionysos, Wotan, de la puissance, de la facilit\u00e9 du cri et de l\u2019\u00e9motion<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dont il faudrait se d\u00e9barrasser, tu as l&rsquo;id\u00e9e, j&rsquo;ai la marche, celle du c\u0153ur, je vous aime, par dessus les \u00e9lans, mais que faire de l&rsquo;amour d\u00e9li\u00e9,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis la peur, le peu de temps, l&rsquo;excuse du temps pr\u00e9sent, que faire d&rsquo;elle en ses actions, il y a une maladie de l&rsquo;action, celle de n&rsquo;\u00eatre pas<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>la destruction de ce qui \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 durer, ce peu de chaque jour qui assure la survie de l\u2019esp\u00e8ce. Il se peut que ceux qui auront surv\u00e9cu, les cr\u00e9atures de l\u2019\u00e9mail de chiottes r\u00f4dant vers le d\u00f4me, vers ceux occup\u00e9s \u00e0 manger, \u00e0 lire les Essais de Montaigne, vous vous rendez compte, cette tenue de cols blancs, de machettes perl\u00e9es aux griffes, aux cuisses et ces putains \u00e0 museaux, de ces cages \u00e0 voix serr\u00e9es de colliers o\u00f9 pend la gourmette du cadavre, l\u2019orteil raide, noir, ongl\u00e9 dans le pot \u00e0 fraises, remuant pour les \u00e9clop\u00e9s le spectacle de la rage au prix du caviar, la rage \u00e0 la carte breloqu\u00e9e de putes plus propres que l\u2019\u00e9gout, disent certains, ou plus connes, ou simplement affam\u00e9es, celles-l\u00e0 non plus ne r\u00e9sistent pas \u00e0 la tentation de se faire du bien, qui n\u2019est rien qu\u2019un peu de p\u00e9trissure d\u2019asile, tandis que les autres, ceux dont on annonce l\u2019arriv\u00e9e imminente, les sauveurs, se font attendre et que les putes s\u2019empiffrent, c\u2019est leur excuse, on peut leur pardonner, l\u2019app\u00e9tit, il faut en avoir dans le ventre pour commencer \u00e0 faire des phrases, il faut en avoir dans le bide avant de foutre, il y aurait alors cette salle qui serait la r\u00e9plique de ce qu\u2019on appelle po\u00e9sie et tout \u00e7a, il y aurait les lustres, ce fond de cale avec huitres sur boulevard fouett\u00e9, cette parole que je te donne aussi, cette fa\u00e7on de jurer, de te jurer fid\u00e9lit\u00e9, il n\u2019est pas question qu\u2019elle se tienne \u00e0 distance de l\u2019image qui frappe les esprits \u00e0 d\u00e9faut de frapper au portefeuille cette faune vautr\u00e9e dans la distraction qui veut qu\u2019on lui en mette plein la vue, qui en veut pour son fric, tu relis Dos Passos et tu piges, tu vises ces gus \u00e0 cul plat, le froc baiss\u00e9, le pli d\u00e9gag\u00e9 derri\u00e8re les oreilles, tu vises la danseuse aux cuisses de banque, et en face, lorgnant le buffet en vitrine, ces d\u00e9barqu\u00e9s d\u2019Argentine, de Chine et d\u2019Ecosse, tous ces rouquins huil\u00e9s flairant la bonne occase au coins des boulevards, d\u00e9boussol\u00e9s, se foutant sur la gueule avec les mecs du coin, ceux de Gentilly descendus en traversant les \u00e9tangs de la Bi\u00e8vre, un panier de glace sur l\u2019\u00e9paule, tu vises le tableau quand le bourgeois rentre de le l\u2019op\u00e9ra, une grognasse sous le coude, et puis, soudain, le peu, le peu, la peur serait entrain de lire les essais de Montaigne, cet essaim d\u00e9sesp\u00e9rant l\u2019esprit humain. Je n\u2019aurai de paix avant que toutes les abeilles aient \u00e9t\u00e9 noy\u00e9es dans la fontaine, et, avec elle, la soci\u00e9t\u00e9 terrifi\u00e9e par le d\u00e9mon. Il faut du temps pour changer la vie en histoire. Il faut encore plus de temps pour que cette histoire descende au niveau de la rue. Je n\u2019ai d\u2019autre parole que sociale.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Violence pour permanence, il para\u00eet que d&rsquo;autorit\u00e9, il n&rsquo;y en a qu&rsquo;une, une pour parfaire la voix, une et unique voix de l&rsquo;\u00eatre en demeure, je me violence, je vous violence, il y a des actions pour se taire, des fant\u00f4mes pour se faire, l&rsquo;urgence du t\u00e9moignage, ce qu&rsquo;il faut pour \u00eatre, on dira que les fant\u00f4mes, et bien, \u00e7a sert \u00e0 \u00e7a,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a sert, bien heureux de la multitude, \u00e0 dire ce qu&rsquo;il y avait avant, pendant et apr\u00e8s, un sablier, quoi, N\u00e9ant_saccage, pour se faire, violence dans la bo\u00eete, dans l&rsquo;espace qu&rsquo;elle contient, dans l&rsquo;espace qu&rsquo;elle d\u00e9tient, souffre en surface, une bo\u00eete d&rsquo;urgence, un truc \u00e0 part, une solution dans laquelle se d\u00e9vide toute violence,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me sens heureux, je me sens joie parmi vous, pour vous, j&rsquo;ai la joie laiteuse, une solution du devenir, tu te trouves parmi les autres, en suspens, j&rsquo;ai la violence s\u00e8che et aqueuse, une pourriture de l&rsquo;\u00eatre<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un glacier devenu, in extremis, une boue inf\u00e2me, faut-il para\u00eetre pour mieux se retrouver ? Casse, casse des miettes, casse des chiens, casse des vip\u00e8res et des venins, casse Casse des gueules cass\u00e9es, casse la fronti\u00e8re des anges, casse ce qui te s\u00e9pare, casse la vip\u00e8re d&rsquo;ange, casse et rel\u00e8ve-toi<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Casse et saccage les territoires du vide remembr\u00e9s, casse et puis r\u00e9cup\u00e8re les adieux au drame, l&rsquo;action pour se faire, dis adieu \u00e0 ce qui te fait, dis adieu \u00e0 la cassure, ne te souviens plus de rien, ne te souviens plus, ne te souviens, ne te, ne<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>N\u00e9ant saccage<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>je te cherche, nous avons la mort lente et le nombre. A la question \u00ab o\u00f9 vas-tu ? \u00bb, \u00e7a r\u00e9pond invariablement \u00ab \u00e0 l\u2019explosif ! \u00e0 l\u2019int\u00e9gral ! \u00bb, une ti\u00e9deur liquide, longtemps couv\u00e9e, maintenant expir\u00e9e, divis\u00e9e par trois coutures, gant sur l\u2019asphalte, se d\u00e9tachant par lamelles ou terrasses d\u2019un vert tendre de rizi\u00e8re. La promenade s\u2019ach\u00e8ve ici, au pied de ce muret, sur une impression de d\u00e9j\u00e0-vu et dans un silence absolu, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019embouchure. Je n\u2019ai de parole que sociale. Tracking automatique des ondes radio. Toi, tu as des choses \u00e0 dire, je le vois bien, tout le monde sent que tu en as gros sur le c\u0153ur, c\u2019est pourquoi je te donne ma parole, c\u2019est pourquoi je resterai \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s quoi qu\u2019il arrive, vide, creux, absolument disponible, envers et contre tout. Mais il m\u2019est impossible de te r\u00e9pondre, alors je me so\u00fble devant la t\u00e9l\u00e9 qui me pompe, qui m\u2019aspire, vide, creux, la peau du ventre piqu\u00e9e sur les vert\u00e8bres battues par le flot visuel et sonore.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Homme de vers, tu sortiras de tes combes, de tes pantalons pour mieux t\u2019asseoir, pour mieux te distraire, il faudrait qu\u2019il y ait un arrosoir pour t\u2019extraire l\u2019eau qui te gangr\u00e8ne, et te repousse, et te vitup\u00e8re,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfant, tu disais avoir un p\u00e8re, tu disais qu\u2019il \u00e9tait possible de s\u2019\u00e9loigner du centre,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, tu signales qu\u2019il n\u2019est plus possible de se d\u00e9tacher de la gravit\u00e9,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dieu est gravit\u00e9 sauvage, et le vide a ses fonctions,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partielles en \u00e9tats d\u2019\u00e2me, que faut-il faire pour se joindre \u00e0 la danse des prieurs sauvages,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfant, je m\u2019\u00e9conomisais dans un puits sans feu, un distraire sans poche, un accoudoir du vide, une poche ferm\u00e9e,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une accusation des sph\u00e8res de l\u2019accomplir, homme de verre, tu te casses, fragile, pour mieux t\u2019accomplir,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et tu meurs, homme de vers, jusqu\u2019\u00e0 ce que les vers te d\u00e9mangent, en contrepartie, d\u2019une peau qui se disloque,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un appareil digestif, une apn\u00e9e dans l\u2019air de mourir, une apn\u00e9e a\u00e9rienne, je meurs de mourir, \u00e0 chaque moment de<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vive action, celle qu\u2019on ignore, sur la plume d\u2019un destin \u00e0 recouvrir, une plume d\u2019oie, un morceau d\u2019\u00e9ponge,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une cassure sur les os du corps, je me mets \u00e0 la place du serpent de mer, je me mets \u00e0 la place de tout un devenir,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019aime dans ce travestissement des sph\u00e8res,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celles qui n\u2019ont pour devenir, que celle de la connaissance, un puits sans feu, un organe sans voix, je m\u2019imagine sans voix,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un soir \u00e0 la campagne, dans un morceau d\u2019\u00e9ponge, une pluie de feu, un intra-extra qui me figure, je parais \u00eatre sans voix,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle est cass\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube, elle est ce devenir torride, que seuls les paysans sauvages ont su porter, elle est mes os,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce poids d\u2019os, cette marmaille, cette enfance, du puits sans feu, cette excroissance, ce vouloir indistinct,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je veux, je veux, te vouloir dans le puits sans feu, je veux, je veux,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je veux, je veux t\u2019appara\u00eetre comme une vip\u00e8re c\u00e9leste, celle forme la vo\u00fbte, je veux, je veux te retirer l\u2019immondice de tes poches,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes tous des immondices de la parole, nous nous c\u00f4toyons, nous nous centrons en autant de sph\u00e8res sauvages,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a autant de connaissances, qu\u2019il n\u2019y a de vous, il y a, il y a autant de peur qu\u2019il y a de peu, la peu, la peu, la peur,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9li\u00e9, de morts et de travestissement, je m\u2019aime dans le d\u00e9cor c\u00e9leste des immondices de la sant\u00e9,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celle qui se targue de devenir, l\u2019\u00eatre en suspens, l\u2019apparence de celui qui se d\u00e9noue, la pri\u00e8re, la seule,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019apparence du visage, celui qui obtemp\u00e8re, celui qui dit, la voix, la voix \u00e9paisse d\u2019avant la sph\u00e8re,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et si ta voix prenait l\u2019apparence de ta connaissance, qu\u2019y aurait-il \u00e0 d\u00e9marquer dans le registre des \u00e2mes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>Il faudrait un ascenseur pour te porter vers les \u00e9tages. Et quel pourrissement d\u2019\u00e2me pour supporter la sant\u00e9 ? <\/em><em>Le p\u00e8re des larves, la reine des fournis, dorment sous la terre, au bord de l\u2019\u00e9tang. Qui songerait \u00e0 leur donner un nom ? Je suis le Fils de Dieu et je demeure \u00e0 nouveau parmi vous. Pourtant, vous restez sans amour, car j\u2019ensevelis ma parole dans une terre d\u00e9sol\u00e9e. M\u00eame celui qui aura sem\u00e9 en Dieu, ne moissonnera que de l\u2019humain ; et quand je mourrai, mon P\u00e8re dispara\u00eetra avec moi, et toute chose avec nous \u2014 je suis venu rompre mon serment, mais mon P\u00e8re ne veut pas votre mort ; c\u2019est pourquoi il m\u2019a fait une peau de verre, pour qu\u2019en me voyant, vous puissiez Le voir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de moi, et pour qu\u2019en me frappant, vous puissiez me d\u00e9truire ; ainsi l\u2019Ange exterminateur que Dieu vous envoie est aussi le plus vuln\u00e9rable des hommes \u2014 ma loi est l\u2019absence de loi, ma justice l\u2019absence de justice \u2014 vous venez arm\u00e9s de pierres et repartez en pleurs \u2014 plus rien n\u2019est b\u00e2ti, ni d\u00e9fendu ; vous ne portez plus Dieu, ni en esprit, ni en parole. Qui se pr\u00e9vaudra d\u2019une quelconque autorit\u00e9 et s\u2019avancera pour prendre la parole, qui pr\u00e9tendra imposer sa loi ou agir au nom de l\u2019id\u00e9al, qui se voudra donneur de le\u00e7ons, d\u00e9tenteur du savoir, montreur de merveilles, me trouvera en travers de sa route, port\u00e9 par les r\u00e9quisitions secr\u00e8tes de ceux qu\u2019une injustice insurmontable, qu\u2019une naissance disgraci\u00e9e, qu\u2019un manque d\u2019amour, de talent ou de forces, r\u00e9duisent au silence. Parler est une t\u00e2che sacr\u00e9e que l\u2019\u00e9criture couronne. Devoir, peur, famine, peu importe la raison qui pousse une cr\u00e9ature \u00e0 mordre. L\u2019\u00e9criture pourchasse les m\u00e9chants, et les frappe avec une \u00e9gale violence, combattant le mal int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur qui les corrompt de vouloir, comme de faire r\u00e9gner, l\u2019ordre. On ne devient pas \u00e9crivain, on na\u00eet affubl\u00e9 d\u2019une corne \u00e0 la place du cerveau, pour \u00e9ventrer les gens.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des p\u00e2leurs indistinctes, des angoisses fulgurantes, au sein des trous sans faille, une alerte donn\u00e9e par le feu,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mis\u00e8re de l\u2019arrogance, mis\u00e8re de la s\u00e9pulture, mis\u00e8re de l\u2019endroit qui te donne pour vivant<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Encore<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et s\u2019il fallait se mourir, pour mieux vivre d\u2019arrogance sauvage, j\u2019utilise le m\u00eame lexique que le vers disgracieux,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis en phase avec le d\u00e9mon des sph\u00e8res, celui qui souhaite la rechute des alcools forts,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9gnance des ind\u00e9licates pri\u00e8res de la conciliation, je m\u2019aime en d\u00e9sespoir,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019aime, si je peux m\u2019inscrire en d\u00e9faut parmi vous et vos dieux, en minuscule, parmi les toits du monde,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La peur, la petite, la croix, je ne suis pas croyant, je suis ce qui me d\u00e9termine, dans un contour de voix,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une petite peur, un tic de s\u2019apercevoir, je m\u2019aper\u00e7ois, je me tire dessus, tu armes, tu cibles et tu tires,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La balle commet ce crime de l\u2019adult\u00e8re, ce crime, ce peu, cette peur, ce corps qui s\u2019agace dans les territoires du vide,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l\u2019agence des territoires du risque, ce corps qui s\u2019\u00e9meut en d\u00e9sespoir de cause, il n\u2019y a plus de cause,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis un m\u00e9cr\u00e9ant, un sauvage, je bois, je tue, je salope dans ton ventre, je gueule et m\u2019immondice,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je transf\u00e8re les qualit\u00e9s \u00e0 mon double sauveur, je parle et me tue, je me tire, je tire cette femme entre les essieux,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019ennuie et me tire, je bois l\u2019eau des rivi\u00e8res creuses, je casse tes actions,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une action bien criante, mes eaux de verre, celles qu\u2019on ignore, mes eaux de verre, celles qu\u2019on traverse<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A coup d\u2019\u00e9talon, celui qui para\u00eet au-dessus des vagues de l\u2019accomplir, je me tue, je rigole, d\u2019action en action,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a le lieu des \u00e2mes mortes, il y a le lieu de h\u00e9misph\u00e8res froid, froid, froid, comme dirait mon p\u00e8re,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">tu m\u2019aimes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au centre des centres, tu m\u2019aimes, \u00e0 chaque soir d\u00e9membr\u00e9, \u00e0 chaque soir d\u00e9trouss\u00e9,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019aime dans le paradis, des eaux qui claquent et disent ce qu\u2019il me reste \u00e0 vivre,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu d\u00e9nombres ? Tu comptes, il me faut un compteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9ant_saccage, courte paille, il me faut un arrosoir pour mieux te distraire, carrefour des mondes peupl\u00e9s, N\u00e9ant_saccage, je massacre le n\u00e9ant du dire, pour mieux faire,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A qui tue tue, \u00e0 qui mieux mieux, tire de tirer, fabrique l&rsquo;action d&rsquo;avant l&rsquo;accomplir<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a toujours un devoir qui s&rsquo;accomplit, une promesse qui se r\u00e9alise, toujours la promesse,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On dit que, quelque part, r\u00e9side la fleur d&rsquo;avant-na\u00eetre, celle qui d&rsquo;action se forme en ventre et en ventre,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On vitup\u00e8re les poissons d&rsquo;organes poisseux, sexe long de la charit\u00e9, tu veux que je te donne ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y aurait une piti\u00e9 qui s&rsquo;organise, il y aurait un carrefour \u00e0 traverser, une vie \u00e0 vendre, tu veux que je te donne ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>Oui, je veux. Que ce mariage me tienne, me garde, m\u2019encha\u00eene, me chienne, me cha\u00eene, m\u2019ass\u00e8ne le fond, les bords, les angles, les clous, les coups et qu\u2019il m\u2019ali\u00e8ne le sort. Je vois la terre promise, la mienne, la chienne, la cha\u00eene, la haine, la peine et le squelette du non-moi. Un nom se prom\u00e8ne ou vole ou s\u2019\u00e9vapore, donne-lui apparence l\u00e9g\u00e8re, insecte ou g\u00e9missement. Donne-lui vie, je le ferai durer.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi ? Un poisson d&rsquo;argent, une vente d&rsquo;armes, des actions qui t&rsquo;autorisent, tout se forme et se transforme dans l&rsquo;autorit\u00e9,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sauvage d&rsquo;avant-na\u00eetre, qui te graisse l&rsquo;essieu ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui de toi ou de moi, parfait son origine, comme autant de nombres \u00e0 compter, \u00e0 recompter, sans foi, mille moi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui ? Il faudra faire la part de l&rsquo;origine, N\u00e9ant_saccage, je casse mes vitres et me remplis d&rsquo;aube froide, je me mort, \u00e0 travers ce qu&rsquo;il reste de nombre,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudra compter l&rsquo;origine et percevoir ce qu&rsquo;il reste du na\u00eetre, ce qu&rsquo;on en voit, ce qu&rsquo;on en imagine, ce qu&rsquo;il reste des nombres, sablier des neiges chaude,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me corps dans l&rsquo;abstinence, je me transbahute, loin des corps, il y a une r\u00e9alit\u00e9 qui s&rsquo;imagine loin de moi, dans la p\u00e2leur des sois imbib\u00e9s, d&rsquo;alcools et de manques, de fortes doses de transport,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;urgence, on m&rsquo;accompagne \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, c&rsquo;est le lieu des transf\u00e8res, j&rsquo;accompagne la b\u00eate, celle d&rsquo;abstenir,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je t&rsquo;aime de me d\u00e9sirer, y a t-il un accord \u00e0 parfaire ? Balle dans t\u00eate, n\u00e9ant_saccage, b\u00eate noire, bo\u00eete cr\u00e2nienne, il se peut que nous n&rsquo;arrivions pas au bout du jeu,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se peut que nous fassions le jeu des t\u00e9moins, ceux qui ont vu et disent par silence, par touches de silence, appuy\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le front du cr\u00e2ne, je me vitup\u00e8re, salope, singerie, signerie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A en produire des signes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>Je n\u2019imagine plus parler en ton absence. N\u00e9ant saccage.<\/em> <em>J\u2019implore ton aide.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9ant saccage, il y a des meurtres organis\u00e9s par les bons soins de ma femme, ma peau de femme, mon ignorance, mon obscur devenir, ma femme, ma mie, mon angle, ma morale,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que puis-je pour toi, je te montre le scarab\u00e9e, la sauvage b\u00eate d&rsquo;accomplir, il y a un drame de l&rsquo;action, vous le savez<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme Dieu, d&rsquo;\u00eatre toujours en retard sur la Parole, Dieu est un monstre et nous le montrons je m&rsquo;aime de d\u00e9sespoir, je m&rsquo;enquiquine sauvage,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me para\u00eet insignifiant de contrefaire les b\u00e9ances du signe, je me singe, et toi tu te parfais,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me signe et toi tu te travestis, tu t&rsquo;escamotes, sec, en ta demeure, celle de l&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est toujours une demeure, celle de l&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est toujours un mourir pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non d&rsquo;un d\u00e9 \u00e0 coudre mais d&rsquo;un d\u00e9 de hasard produit par le vent des signes,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Signe des enchantements, parfait produit de la Beaut\u00e9, celle qu&rsquo;on ignore, la d\u00e9j\u00e0 sue, la pauvre beaut\u00e9, la minuscule, la peu, la peur de la beaut\u00e9, la sauvage dans la sauvage, tu me dis des mots d&rsquo;amour,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu me dis : TOI, je te dis qu&rsquo;il est encore un signe pr\u00e9curseur, c&rsquo;est l&rsquo;action ant\u00e9rieure, l&rsquo;action que recouvre cette pr\u00e9sence de la m\u00e9moire,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourquoi il demeure n\u00e9cessaire de s&rsquo;\u00e9crire, ventre au vent, perdu d&rsquo;\u00e2me fleuri, dans un temps qui n&rsquo;est plus, dans l&rsquo;avance du temps, le soi se p\u00e9n\u00e8tre de langues neuves,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la verge, c&rsquo;est la vulve qui d\u00e9tient le secret de l&rsquo;apesanteur, c&rsquo;est elle qui finalise le coefficient de toute mar\u00e9e, \u00f4 lune, combien je te hais,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la p\u00e9n\u00e9tration dans l&rsquo;action qui m&rsquo;\u00e9meut, et me chante, c&rsquo;est la p\u00e9n\u00e9tration dans le nom de l&rsquo;avanc\u00e9e, dans l&rsquo;action, c&rsquo;est le dard \u00e0 la place du cr\u00e2ne qui me tonne,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>M\u2019est-il plus n\u00e9cessaire de t\u2019entendre ou de t\u2019\u00e9crire ? Ma parole est sans semence, la vie plus certaine que la mort. Par texte, j\u2019entends la forme d\u00e9finitive d\u2019une exp\u00e9rience qui, \u00e0 supposer qu\u2019elle soit possible, d\u00e9finit le cadre strict dans lequel un \u00e9v\u00e9nement unique est amen\u00e9 \u00e0 se reproduire.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>La vie se casse au profit de l\u2019\u00e9criture qui se casse \u2013 la suite, dont je sens qu\u2019elle demandera un engagement personnel que je veux diff\u00e9rer aussi longtemps que possible, cherchant mon lieu dans la rage d\u2019embo\u00eeter les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9els dans la folie de raconter, sans avoir besoin d\u2019en venir au fait, ni de me demander si une succession de m\u00e9saventures peut se trouver th\u00e9\u00e2tralement li\u00e9e aux d\u00e9cisions importantes d\u2019une vie, si le flic de l\u2019autoroute que je suce chaque mardi et jeudi sur le parking de l\u2019a\u00e9roport, si le pr\u00eatre qui m\u2019a viol\u00e9 derri\u00e8re le projecteur super-8 durant les cours d\u2019instruction religieuse, dans cet institut pour gosses de riches, vingt-cinq ans plus t\u00f4t vers le m\u00eame a\u00e9roport, si le russe qui m\u2019a \u00e9trangl\u00e9 en se branlant dans mon oreille et que j\u2019ai fini par poignarder, si le professeur de math\u00e9matiques appel\u00e9 \u00e0 mon chevet alors que j\u2019\u00e9tais alit\u00e9 pour des mois, qui rythmait mes r\u00e9citations \u00e0 coups de langue, peuvent expliquer de mani\u00e8re convaincante, c\u2019est-\u00e0-dire sans recours \u00e0 la psychanalyse ou \u00e0 la po\u00e9sie, mon besoin de violence.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Multiplication \u00e0 l&rsquo;infini, pour te dire, pour dire la croissance de tes cheveux dans l&rsquo;ab\u00eeme du temps, multiplication des organes dans ceux que l&rsquo;on ne sent plus, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du territoire du vide, je m&rsquo;en veux<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il para\u00eet, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inverse, nous aurions pu recevoir quelques dons de ce qui n&rsquo;existe plus, un peu de m\u00e9moire en \u00e9change d&rsquo;un peu d&rsquo;organes, c&rsquo;est chose faite, c&rsquo;est chose dure, c&rsquo;est chose crue, c&rsquo;est chose d&rsquo;ivoire, c&rsquo;est chose excellente,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il para\u00eet que nous aurions pu pr\u00e9voir le d\u00e9sastre avant de le survivre, il y a quelque chose qui me chagrine dans le train des choses, sur le chemin qu&rsquo;elles prennent, leur <em>sinuation<\/em>, leurs contours et ce qui les font<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>N\u00e9ant escape<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>Par ce trou, quiconque se montre tel qu\u2019il est, doit \u00eatre appel\u00e9 animal. Nous sommes les chiens de nos voix int\u00e9rieures, elles nous tiennent dans l\u2019illusion de choisir et nous jettent d\u2019impact en impact, de d\u00e9faite en d\u00e9faite. Contrairement \u00e0 toi qui travailles \u00e0 ton salut, je n\u2019ai d\u2019autre parole que sociale. Je ne sais pas quelle chose est excellente, je ne connais pas ma condition, ni mon rang sur l\u2019\u00e9chelle des valeurs. Ce que j\u2019ai re\u00e7u en mati\u00e8re d\u2019organes ne suffit pas pour faire un homme. Limites au-del\u00e0 desquelles soi devient autrui.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu veux t&rsquo;en sortir, de ta condition, tu veux t&rsquo;en sortir, de ton antre, de ton carrefour, pieds de grue, tu veux t&rsquo;en sortir, il para\u00eet que tu veux t&rsquo;en sortir,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sortir de soi pour faire du moi ce qu&rsquo;on n&rsquo;advient pas, pour faire de soi ce qui advient &lsquo;malgr\u00e9&rsquo;, pour le soi le devenir, un rien tambouille, un rien croquemort, un rien esclave<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sors, je parcours les villes lunaires, pas une personne, pas un chat, une ombre, un chien, une tuerie, je chante ce qui me tue ou me tuera, je me r\u00e9jouis de cela, on dit que la mort y a fait des petits, des petits de la m\u00e9moire<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sors et m&rsquo;\u00e9chappe, il para\u00eet qu&rsquo;il y a des vases clos, qu&rsquo;on peut en sortir pour en retrouver un autre, de vase en vase, de source en source, de fontaine en fontaine, il para\u00eet qu&rsquo;on peut en sortir par le silence ou le vacarme de l&rsquo;eau,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le silence de l&rsquo;eau qu&rsquo;on effraie, le silence de tout un royaume, le silence qu&rsquo;on peut aimer, le silence amer, le silence qui nous charge, et que l&rsquo;on charge d&rsquo;une amertume qu&rsquo;il faut imp\u00e9rativement d\u00e9cevoir, une amertume qui ne va pas de soi<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vacarme de l&rsquo;eau qui se d\u00e9file, qui coule, dans la fontaine et se rechute et se claque, je lui dis d&rsquo;aller parler au vent, de lui dire ce que l&rsquo;eau a sur le coeur, ce que l&rsquo;eau ne permet pas de faire, je dis \u00e0 l&rsquo;eau de se parler \u00e0 elle-m\u00eame et de se tutoyer<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>comme chaque fois que je me d\u00e9double, pas moyen de redresser, je me vois en toi comme je me vois enfant \u00e0 Brooklyn o\u00f9 toute cette histoire de violence a commenc\u00e9 \u00e0 cause d\u2019un pigeon, d\u2019un moineau ou de n\u2019importe quoi de bless\u00e9 tra\u00eenant sur le trottoir, expliquant le reste. Il y a toujours un reste, sautant d\u2019un programme \u00e0 l\u2019autre, cette viande psychique qu\u2019on ne peut faire taire, carcasse de r\u00e9pulsion mur\u00e9e l\u00e0, avec le sentiment d\u2019exister, le sentiment du corps, la place, le poids des organes, la rondeur de l\u2019esprit qui les voit et qui les palpe, le cr\u00e9puscule magnifique \u00e0 cette hauteur de connerie, l\u2019eau jaune dans laquelle toutes ces familles sont en train de se noyer, l\u2019eau jaune, sans m\u00e9taphore, la pisse vraie, la vie simple. La vie des gens simples qui ne parlent pas la langue de ceux qui \u00e9coutent l\u2019\u00e9mission, de celui qui leur fourre un micro sous le nez. <\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>Un homme baragouine quelque chose en espagnol : avant on vivait pauvres, maintenant ce sont les maladies, la grippe porcine sur la route f\u00e9d\u00e9rale 140, direction La Gloria, les cuves, l\u2019\u00e9picentre, le premier malade, Eduardo, douze ans, son fils ador\u00e9, il ne sait ni chanter, ni rien de sp\u00e9cial, mais il a gu\u00e9ri, il cumule le porcin, l\u2019aviaire, l\u2019humain, la combinaison qui a permis au virus de muter, de percer la couenne du cochon aux abords de l\u2019odeur des cent mille porcs qui sont abattus avant l\u2019\u00e2ge de six mois, de percer la peau de ce gamin qui n\u2019a pas l\u2019\u00e2ge de mourir, qui n\u2019a aucun talent particulier sauf le foot peut-\u00eatre, et l\u2019\u00e9loquence, cette \u00e9loquence qui trouble ses parents, il faut voir \u00e0 quoi ils sont habitu\u00e9s, cette platitude sous un ciel fin de b\u00eates, il utilise des formules mouvantes, module, va dans les coins, les pleins, les d\u00e9li\u00e9s, rien d\u2019exceptionnel, trotte, c\u2019est toute la langue qu\u2019on entend, pareil que les insectes, il n\u2019est pas celui qui invente, il y va, les autres existent, lui non, juste noir, luisant, dor\u00e9, il bifurque, avorte, mais n\u2019h\u00e9site pas, le geste sorti chair, partout sur son terrain, enfin ce n\u2019est pas pour \u00e7a qu\u2019il s\u2019en est tir\u00e9, maintenant assis au bord des cuves, cinq ou six millions de porcs, mais aujourd\u2019hui le peuple se soul\u00e8ve, le peuple c\u2019est trop dire, les habitants, quelques uns, \u00e0 peine, l\u2019indiff\u00e9rence, la peur, trop fortes, ils ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s, intimidations et tout le bazar, mais plusieurs villages ont particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9sistance dans l\u2019enceinte des cochons crev\u00e9s, diff\u00e9rente de celle des excr\u00e9ments, dit Don Vincente, le p\u00e8re, voil\u00e0 comment on \u00e9conomise les frais d\u2019un incin\u00e9rateur, l\u2019ami. La putr\u00e9faction s\u2019infiltre, mouches et chiens errants, le gouvernement pr\u00e9tend, mais je ne comprends pas ce qu\u2019ils disent. Elles sont scell\u00e9es, ces cuves, huit m\u00e8tres par trois, remplies d\u2019innombrables cinq cent cadavres de porcs dans chacune des fosses, tout s\u2019infiltre, la nappe \u00e0 dix m\u00e8tres de fond, la fosse \u00e0 cinq m\u00e8tres, alors&#8230; Nos enfants, d\u2019ailleurs, la pourriture et le gouvernement, sur les berges des seringues. Gaz, ammoniaque, hormones, antibiotiques, lagons d\u2019oxydation, les r\u00e9sidus solides sont d\u00e9vers\u00e9s dans les champs, le reste s\u2019infiltre. Il y a toujours un reste. Autrefois, avant l\u2019implantation, tout \u00e9tait sain, dit le p\u00e8re, normal quoi, on se flinguait pour des causes justes, parce qu\u2019on ne supportait plus le go\u00fbt du pain au raisin, des trucs du genre. Mais maintenant, putain, maintenant. Le ministre avait expliqu\u00e9 sans aucun doute, les pr\u00e9l\u00e8vements comme veut l\u2019OMS, cinq cent personnes, les pr\u00e9l\u00e8vements, il me semble, je crois.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ba000c;\"><span style=\"font-size: large;\"><em>On plie. On salue. On s\u2019en va. <\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu veux sortir de la prison, tu veux, tu veux, il y a des trombes d&rsquo;eau qui se faufilent, doucement, \u00e0 l&rsquo;encontre des vagues, il y a des gouttes de pluie qui se lib\u00e8rent, des larmes qui se d\u00e9font,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que je disjoncte ? Que je perde la t\u00eate, la frileuse, la perle, la scansion, que je perde un c\u00e2ble, une naus\u00e9e sur ma t\u00eate, une r\u00e9f\u00e9rence t\u00e9n\u00e9breuse, si je disjoncte c&rsquo;est pour mieux vous d\u00e9finir, Madame, pour dire du vous et du toi, pour me parfaire d&rsquo;ignorance, tu m&rsquo;entends ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que je disjoncte ? Pourquoi pas, pourquoi ne pas, pour le n\u00e9ant_saccage, pour la frime, pour la firme, pour en d\u00e9coudre, pour ne devenir qu&rsquo;une note en bas de page, que je disjoncte pour la malle, pour casser du vide, \u00eatre un casseur de n\u00e9ant\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026&#8230; un remplisseur<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9ant_saccage est de ces \u0153uvres rares, \u00e9chevel\u00e9es, radicales. 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