{"id":4151,"date":"2021-01-30T06:10:08","date_gmt":"2021-01-30T05:10:08","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=4151"},"modified":"2023-04-16T14:56:25","modified_gmt":"2023-04-16T13:56:25","slug":"clemence-dumper-mythologies-05","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/clemence-dumper-mythologies-05\/","title":{"rendered":"Cl\u00e9mence Dumper \u2022 Mythologies 5. Matricide pastoral"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Nous ouvrons l&rsquo;ann\u00e9e avec Cl\u00e9mence Dumper.<a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Dumper.jpg\" rel=\"lightbox[4151]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Dumper-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-3605\" \/><\/a>, que nous retrouvons. N\u00e9e \u00e0 N\u00eemes en 1978, formation de Lettres Classiques, enseignement, et \u00e9criture quotidienne. Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu \u00e0 Porto, Milan et N\u00eemes, elle vit d\u00e9sormais \u00e0 Budapest, en Hongrie, o\u00f9 elle se consacre essentiellement \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Apr\u00e8s des d\u00e9buts litt\u00e9raires dans des revues comme <em>Rouge D\u00e9clic<\/em> ou des festivals comme celui de Mouans-Sartoux ; elle a publi\u00e9 son premier roman, <em>D\u00e9bandade<\/em>, aux \u00e9ditions Philippe Rey, en 2014.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/clemence-dumper-mythologies-04\/\"> < Pr\u00e9c\u00e9dent <\/a> <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/clemence-dumper-mythologies-06\/\">Suivant > <\/a> <\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<em>Descendant de la famille maudite des Atrides, Oreste tue sa m\u00e8re et son amant afin de venger son p\u00e8re assassin\u00e9 par eux. En assumant son acte, en m\u00e9prisant le remords, Oreste devient libre.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le sang sur les mains, il ne s\u2019en souvient pas. Ou plut\u00f4t, \u00e7a ne l\u2019affecte pas. La chaux efface tout, les cris comme les corps.<\/p>\n<p>Du sang de folle. Du sang maternel. Il est n\u00e9 de ce sang et il rena\u00eet dedans.<\/p>\n<p>Ses grands yeux suppliants, \u00e7a ne l\u2019affecte pas. Ni chaud ni froid. Elle aurait souri, l\u2019effet \u00e9tait le m\u00eame. Le sang et le regard ne hantent pas ses cauchemars, pas plus que ses souvenirs d\u2019enfance avec elle, puisqu\u2019il n\u2019en a pas. B\u00e9b\u00e9, il est parti pour ne revenir qu\u2019adulte. La m\u00e8re voulait cela car elle ne pouvait pas perdre son temps \u00e0 \u00e9lever son premier enfant.<\/p>\n<p>On ne tue pas sa m\u00e8re, mais les b\u00eates f\u00e9roces, on est autoris\u00e9. Les proies le remercient.<\/p>\n<p>Ces cons de villageois le gratifient gaiement de grands sourires d\u00e9sormais. De grands sourires reconnaissants, complices. Ils sont comme des enfants dont le tyran est mort. Heureux et presque libres. Car il a au fond de lui l\u2019intime conviction que ces imb\u00e9ciles, trop friands de soumission, trouveront vite un autre joug. Ils ne peuvent vivre sans.<\/p>\n<p>Alors il les laissera \u00e0 leur dr\u00f4le de vie, faite d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 voulue, de prison d\u00e9sir\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce qui l\u2019inqui\u00e8te le plus, mais de loin, comme \u00e7a, c\u2019est sa s\u0153ur, il le savait d\u2019avance. Trop soumise. Trop impr\u00e9gn\u00e9e de la toute puissance de cette ignoble femme. L\u2019\u00eatre humain est model\u00e9 de telle sorte qu\u2019il ren\u00e2cle souvent \u00e0 savourer sa libert\u00e9. Trop de vertige. Trop de champ des possibles. Alors que la petite cage dans laquelle il se meut, dans laquelle il se ment, pr\u00e9sente tout le confort d\u2019une vie d\u2019\u00e9colier. Un cadre bien rigide et un rythme immuable qu\u2019on suit docilement. Et croire obstin\u00e9ment qu\u2019une autorisation sup\u00e9rieure, souveraine, sera n\u00e9cessaire pour franchir des limites invisibles. L\u2019homme a besoin de \u00e7a. Ce constat le d\u00e9sole. Besoin d\u2019une dictature ou d\u2019un \u00c9tat papa. Besoin qu\u2019un autre nous montre la voie qu\u2019il nous faudra. Et croire avec ferveur que cette voie est n\u00f4tre.<\/p>\n<p>S\u2019illusionner sans en souffrir. Emprunter cette route, cette vie, sans m\u00eame contester, sans m\u00eame r\u00e9fl\u00e9chir. Filer droit. Rassur\u00e9s.<\/p>\n<p>Le sang du beau-p\u00e8re, il ne s\u2019en souvient pas. Cet amant abruti. Qui voulait \u00eatre roi \u00e0 la place du roi.<\/p>\n<p>Le village. Sa seule r\u00e9putation, d\u00e9sormais, r\u00e9side en cette affaire. Sinon, il s\u2019agirait d\u2019un village banal. Pas de l\u00e9gende obscure si ce n\u2019est, bien s\u00fbr, celle de sa famille, maudite et dangereuse. La famille Atray&#8230;<\/p>\n<p>Mme Atray m\u00e8re a fait taire tout le monde lorsque son cher \u00e9poux fut retrouv\u00e9 mort, \u00e9cras\u00e9 par une vache. Il s\u2019agissait bien s\u00fbr d\u2019un parfait accident, auquel personne n\u2019a cru, except\u00e9 la police. Oui messieurs, une vache est tomb\u00e9e, en passant la barri\u00e8re. Une vache, \u00e7a se pousse, surtout \u00e0 quatre mains.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait cinq heure du matin, un v\u00ealage arrivait. Monsieur Atray y \u00e9tait all\u00e9 seul et Madame dormait, \u00e9puis\u00e9e par une migraine tenace. Quand Madame s\u2019est lev\u00e9e, deux heures trente plus tard, elle s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e vers la ferme, soucieuse d\u2019un danger qu\u2019elle devinait d\u00e9j\u00e0 &#8211; mais il \u00e9tait trop tard. La vache agonisait et Monsieur \u00e9tait mort. Madame Atray avait l\u2019air triste quand elle racontait \u00e7a, vraiment. Pourtant, tout le village savait.<\/p>\n<p>Madame et son amant, E. Giste, avaient tout pr\u00e9par\u00e9. Cach\u00e9s dans le foin apr\u00e8s une longue \u00e9treinte, ils avaient certainement surgi &#8211; aucun t\u00e9moin possible &#8211; et pouss\u00e9 de toutes leurs forces la pauvre b\u00eate sur le pauvre homme. De toutes leur forces, de toute leur rancune.<\/p>\n<p>Et, dans la froide nuit de la campagne profonde, nul n\u2019avait entendu le curieux bruit du crime.<br \/>\nTout le village savait. Tout le village taisait ce qui ressemblait bien \u00e0 une sombre vengeance, par peur des repr\u00e9sailles. Car la famille Atray, enfin, surtout Madame, dispose d\u2019un pouvoir tel qu\u2019on ne s\u2019y frotte pas. On tient trop \u00e0 sa vie. Pauvres bouseux soumis!<\/p>\n<p>Alors tuer cette pute ne fut pas douloureux.<\/p>\n<p>Tous ces cons lui sourient ou lui font des clins d\u2019\u0153il. Ils aimeraient bien que lui, le fils tueur, devienne leur nouveau roi &#8211; mais il pr\u00e9f\u00e8re partir: les rois ne sont pas libres. Il laissera sa s\u0153ur, complice par la pens\u00e9e, innocente de ses mains, se morfondre infiniment dans un remords filial.<\/p>\n<p>Faut croire qu\u2019elle aime \u00e7a. Elle crachait sur sa m\u00e8re et pleurera sa mort.<\/p>\n<p>C\u2019est une femme, malheureuse, qui est rest\u00e9e b\u00e9b\u00e9. Elle a besoin de cage. Elle a besoin de joug. Il la laisse \u00e0 sa peine qui demeure incurable.<\/p>\n<p>Il r\u00e8gne dans le village une forte odeur de merde. Des mouches sombres apparaissent, colonisent les lieux. C\u2019est l\u2019odeur de leur couardise, le fumet r\u00e9pugnant de leur propension \u00e0 se soumettre sans broncher. \u00c7a pue et ses narines, tout son \u00eatre, ne le supportent plus.<\/p>\n<p>Le fils assassin va commencer \u00e0 vivre. Sur son propre chemin. Pas pourrir dans ce bled. Pas moisir dans la faute. \u00catre en vie.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 l\u2019affole et l\u2019attire comme le vide. Pas de sang sur les mains. Pas de crime dans la t\u00eate. Seulement la pl\u00e9nitude de l\u2019\u00eatre qui existe, diaboliquement libre de chacun de ses actes.<\/p>\n<p>Un adulte. Un individu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous ouvrons l&rsquo;ann\u00e9e avec Cl\u00e9mence Dumper., que nous retrouvons. N\u00e9e \u00e0 N\u00eemes en 1978, formation de Lettres Classiques, enseignement, et \u00e9criture quotidienne. 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