{"id":4142,"date":"2021-01-16T06:01:36","date_gmt":"2021-01-16T05:01:36","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=4142"},"modified":"2023-04-16T14:56:25","modified_gmt":"2023-04-16T13:56:25","slug":"clemence-dumper-mythologies-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/clemence-dumper-mythologies-03\/","title":{"rendered":"Cl\u00e9mence Dumper \u2022 Mythologies 3. Boucherie"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Nous ouvrons l&rsquo;ann\u00e9e avec Cl\u00e9mence Dumper.<a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Dumper.jpg\" rel=\"lightbox[4142]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Dumper-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-3605\" \/><\/a>, que nous retrouvons. N\u00e9e \u00e0 N\u00eemes en 1978, formation de Lettres Classiques, enseignement, et \u00e9criture quotidienne. Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu \u00e0 Porto, Milan et N\u00eemes, elle vit d\u00e9sormais \u00e0 Budapest, en Hongrie, o\u00f9 elle se consacre essentiellement \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Apr\u00e8s des d\u00e9buts litt\u00e9raires dans des revues comme <em>Rouge D\u00e9clic<\/em> ou des festivals comme celui de Mouans-Sartoux ; elle a publi\u00e9 son premier roman, <em>D\u00e9bandade<\/em>, aux \u00e9ditions Philippe Rey, en 2014.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/clemence-dumper-mythologies-02\/\"> < Pr\u00e9c\u00e9dent <\/a> <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/clemence-dumper-mythologies-04\/\">Suivant > <\/a> <\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Dans la mythologie grecque, Circ\u00e9 (en grec ancien \u039a\u03af\u03c1\u03ba\u03b7 \/ K\u00edrk\u00ea , \u00ab oiseau de proie \u00bb) est une magicienne tr\u00e8s puissante, qualifi\u00e9e par Hom\u00e8re de \u03c0\u03bf\u03bb\u03c5\u03c6\u03ac\u03c1\u03bc\u03b1\u03ba\u03bf\u03c2 \/ polyph\u00e1rmakos , c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab particuli\u00e8rement experte en de multiples drogues ou poisons, propres \u00e0 op\u00e9rer des m\u00e9tamorphoses \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me &#8211; seulement! La voil\u00e0 troisi\u00e8me dans le classement mondial, malgr\u00e9 une production tr\u00e8s limit\u00e9e qui aide \u00e0 la raret\u00e9 ch\u00e8re de la chose.<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e prochaine elle vise la premi\u00e8re place. Les concurrents sont rudes, Circ\u00e9 est opini\u00e2tre. Saveur. Texture. Origine contr\u00f4l\u00e9e. C&rsquo;est ce dernier crit\u00e8re qui la met le plus en joie \u2013 et sa bouche se rel\u00e8ve sur un si comique secret. Quelle origine ! S&rsquo;ils savaient&#8230;<\/p>\n<p>Sa production est bien moindre que le Culatello italien ou le Pata negra espagnol. Cette raret\u00e9 intensifie sa valeur. Et cette saveur&#8230; unique ! <em>Tu m&rsquo;\u00e9tonnes<\/em> ! L\u00e9g\u00e8rement \u00e9pic\u00e9e, une finesse qui reste en bouche, comme un parfum de noisette musqu\u00e9e : le palais est ravi !<\/p>\n<p>Il faut qu&rsquo;elle travaille la salaison. Et qu&rsquo;elle choisisse mieux les b\u00eates. Ses crit\u00e8res se doivent d&rsquo;\u00eatre plus pointus. Elle les prendra plus jeunes d\u00e9sormais, car la chair est plus tendre, moins intoxiqu\u00e9e. Elle les enivrera avec un alcool de meilleure qualit\u00e9. Absolument. Pour faire du haut de gamme on se doit d&rsquo;investir !<\/p>\n<p>Six mois par an, elle dispara\u00eet habilement des radars m\u00e9diatiques et fait son tour d&rsquo;Europe en van r\u00e9frig\u00e9r\u00e9, pendant que ses cons de concurrents courent apr\u00e8s les interviews, les articles, la reconnaissance.<\/p>\n<p>Son apparence est telle qu&rsquo;elle ensorcelle tout le monde, flics ou douaniers aucun probl\u00e8me. Elle s&rsquo;en ferait bien un d&rsquo;ailleurs mais c&rsquo;est plut\u00f4t risqu\u00e9.<\/p>\n<p>Le choix des b\u00eates la r\u00e9gale. <\/p>\n<p>Les italiens sont secs \u2013 peu de chair \u2013 mais fondants. Les anglais sont plus gras, un peu comme les allemands. Trop de bi\u00e8re peut-\u00eatre. Ce qu&rsquo;elle pr\u00e9f\u00e8re, assur\u00e9ment, ce sont les grecs. Saveur iod\u00e9e, herbale et min\u00e9rale. Ils ont tout leur pays dans leur chair. Texture ferme. Un d\u00e9lice absolu. Un certain go\u00fbt antique.<\/p>\n<p>Choix de la proie. Attraction. Baise ou pas. Mort enfin. Redoutable. Ce sont les \u00e9tapes d&rsquo;un produit r\u00e9ussi.<\/p>\n<p>Les six autres mois elle les fume.<\/p>\n<p>Elle a toujours aim\u00e9 les hommes. Elle a toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les d\u00e9truire. Dans la cour de l\u2019\u00e9cole au fin fond du Portugal, elle s&rsquo;amusait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 faire pleurer les gar\u00e7ons. Pas facile comme challenge car, les gars, \u00e7a chiale pas, surtout dans un pays latin. Ses subterfuges relevaient du g\u00e9nie.<\/p>\n<p>S\u00e9ductrice en herbe, elle les attirait avec ses couettes sombres et ses yeux de velours. Elle jouait avec eux. Leur faisait croire que. Un petit moment. Bien croire, oui, elle \u00e9tait forte pour \u00e7a. Comme si les rouages de la s\u00e9duction et des rapports de force n&rsquo;avaient pas de secret pour une si<br \/>\npetite et si mignonne fillette. Alors ils y croyaient. Fiers comme Artaban d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;\u00e9lu du jour, du mois, de la semaine. Elle jouait \u00e0 la fille. Gentille. <\/p>\n<p>Minaudeuse. Admirative. Inf\u00e9rieure. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 l&rsquo;\u00e9tape qu&rsquo;elle pr\u00e9f\u00e9rait : cette s\u00e9duction jou\u00e9e dont les autres \u00e9taient dupes. Elle parvenait m\u00eame \u00e0 verser une larme quand l&rsquo;\u00e9lu osait jouer avec une autre. Une trag\u00e9dienne n\u00e9e. Elle attendait l&rsquo;aisance, l&rsquo;assurance du futur homme bien certain du<br \/>\npouvoir qu&rsquo;il acquiert sur celle qui l&rsquo;aime et, au paroxysme de cette aisance, de cet amour enfantin \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, elle prenait plaisir \u00e0 les assassiner d&rsquo;une remarque ignoble. L&rsquo;estocade finale. Royale. Imp\u00e9riale m\u00eame.<\/p>\n<p>La petite fille a bien grandi et a eu le privil\u00e8ge de devenir une&#8230; bouch\u00e8re !<\/p>\n<p>Lors des quelques contr\u00f4les qu&rsquo;elle subit avec son van, elle ne tremble m\u00eame pas. La plupart du temps, un seul sourire suffit \u00e0 \u00e9viter la fouille.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un agent z\u00e9l\u00e9 insensible \u00e0 son charme, ou lorsque une femme de la Police veut pousser le contr\u00f4le, elle ne craint pas grand-chose. Ils ouvrent le van, y d\u00e9couvrent effectivement des tas de barbaque pendus, des porcs. Les papiers sont en r\u00e8gle, vous pouvez passer madame. Et son tour continue. Sa qu\u00eate de chair fra\u00eeche se poursuit sans encombre.<\/p>\n<p>Un bar, un restaurant, des sourires, une conversation enj\u00f4leuse ; le man\u00e8ge se fait d\u00e9sarmant de simplicit\u00e9, apr\u00e8s quelques inqui\u00e9tudes lors de ses premiers meurtres.<\/p>\n<p>Viens on va dans mon van. Viens on boit encore pour bien se d\u00e9sinhiber.<\/p>\n<p>Viens je te plante ma lame, bien plac\u00e9e. Tu saignes sans m\u00eame crier, ensuqu\u00e9 par l&rsquo;alcool et la stup\u00e9faction. J&rsquo;ai tout ce qu&rsquo;il faut pour nettoyer.<\/p>\n<p>Tu meurs tranquillement, tes gros yeux me regardent, toujours avec cette surprise que j&rsquo;adore. Bien mort, bien nettoy\u00e9, je te tra\u00eene non sans mal du c\u00f4t\u00e9 froid. Te voil\u00e0 cadavre. Je te cache soigneusement derri\u00e8re les porcs volumineux, les vrais. Et je reprends la route.<\/p>\n<p>Elle ne tue pas tant d&rsquo;hommes que \u00e7a. Vu la qualit\u00e9 de son jambon et les prix qu&rsquo;elle pratique, elle n&rsquo;a pas besoin de produire en grosse quantit\u00e9. La routine est parfaite.<\/p>\n<p>Elle rejoint ensuite son aldeia, son petit village portugais perdu au pied d&rsquo;une montagne ridicule. Elle retrouve ses cochons, les vrais, ceux qui servent de vitrine. De cette race un peu sauvage et noire, dont s&rsquo;occupe sa petite s\u0153ur lors de ses absences. Et le tour est jou\u00e9.<\/p>\n<p>Salaison, fumage artisanal. Les longs corps, elle les d\u00e9coupe habilement, de toutes ses forces de femme conqu\u00e9rante. Chaque morceau sera utilis\u00e9 : ceux qui ne servent pas pour le jambon deviendront p\u00e2t\u00e9, les visc\u00e8res de bons boudins. Rien ne se perd dans cet animal. Elle confectionne avec amour ces mets qui sont de purs d\u00e9lices. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un travail d&rsquo;orf\u00e8vre ; elle y passe des heures, des jours et puis des nuits. Mais la passion l&rsquo;habite.<\/p>\n<p>La passion du travail bien fait, par elle seule. Sa s\u0153ur lui donne seulement un coup de main pour la confection des terrines, dans lesquelles les deux chairs sont m\u00e9lang\u00e9es, celle des porcs au sens propre, celle des porcs au sens figur\u00e9.<\/p>\n<p>Elle se donne du mal et elle est s\u00fbre d&rsquo;elle : la premi\u00e8re place du classement est pour bient\u00f4t&#8230;<\/p>\n<p>Les jambons Circ\u00e9 sont vraiment les meilleurs !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous ouvrons l&rsquo;ann\u00e9e avec Cl\u00e9mence Dumper., que nous retrouvons. N\u00e9e \u00e0 N\u00eemes en 1978, formation de Lettres Classiques, enseignement, et \u00e9criture quotidienne. Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu \u00e0 Porto, Milan et N\u00eemes, elle vit d\u00e9sormais \u00e0 Budapest, en Hongrie, o\u00f9 elle se consacre essentiellement \u00e0 l\u2019\u00e9criture. 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