{"id":4081,"date":"2020-03-22T13:02:01","date_gmt":"2020-03-22T12:02:01","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=4081"},"modified":"2023-04-20T11:13:31","modified_gmt":"2023-04-20T10:13:31","slug":"amelie-guyot-la-ou-se-fissurent-les-plans-devasion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/amelie-guyot-la-ou-se-fissurent-les-plans-devasion\/","title":{"rendered":"Am\u00e9lie Guyot | L\u00e0 o\u00f9 se fissurent les plans d&rsquo;\u00e9vasion"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/AG.jpeg\" rel=\"lightbox[4081]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-530\" title=\"Am\u00e9lie Guyot \" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/AG.jpeg\" alt=\"Am\u00e9lie Guyot\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>Am\u00e9lie Guyot est une artiste fran\u00e7aise n\u00e9e en 1985. Form\u00e9e aux lettres et aux beaux-arts, elle pratique les \u00e9critures contemporaines (sc\u00e9nario, po\u00e9sie-active, vid\u00e9o, installation, lecture publique, radio..) o\u00f9 elle questionne le rapport \u00e0 l&rsquo;invisible et les troubles du langage li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;incommunicabilit\u00e9 qui s\u00e9pare les \u00eatres. Elle pratique la po\u00e9sie performative, a anim\u00e9 plusieurs \u00e9missions \u00e0 Radio Panik Bruxelles, a gagn\u00e9 un prix litt\u00e9raire \u00e0 Qu\u00e9bec, et a collabor\u00e9 avec plusieurs collectifs \u00e0 l&rsquo;instar de zeTract. Ses textes et ses photographies argentiques ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans diverses revues comme FPM, Revue la revue, Dissonances, Ornata, LlCHEN, SHEGAZES, Journal de mes paysages, La Piscine.. On peut d\u00e9couvrir un \u00e9chantillon de son travail ici _ <a href=\"http:\/\/luldefalterin.tumblr.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/luldefalterin.tumblr.com\/<\/a><br \/>\net ici <a href=\"https:\/\/soundcloud.com\/lul-de-falterin\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/soundcloud.com\/lul-de-falterin<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au d\u00e9part de l\u2019\u00e9criture, il y a un d\u00e9m\u00e9nagement et une installation, il y a le fantasme r\u00e9current d\u2019un lieu neuf, espace de tous les possibles. Il y a \u00e9galement une rencontre entre deux trajectoires d&rsquo;auteures. Et cette observation commune dans nos pratiques de scruter l\u2019espace pour mieux comprendre le monde. Et c&rsquo;est naturellement depuis que je vis en Provence, que se sont succ\u00e9d\u00e9s un ensemble de questions, attach\u00e9es \u00e0 la forme m\u00eame de ce territoire.<\/p>\n<p>Ces questions se muent en d\u00e9sir, et ce d\u00e9sir s\u2019ouvre \u00e0 la marche, alors que se trouve souvent dans une forme de liaison libre avec le paysage ce qu&rsquo;on cherche en soi. Les arbres, les eaux, la terre composent une unit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 ils se m\u00e9langent sans s\u00e9lection, r\u00e8gles ni hi\u00e9rarchie, aux paysages parfois violent\u00e9s par l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9e par l\u2019influence de l\u2019espace sur la vie des gens. Comment l&rsquo;un contamine l&rsquo;autre. O\u00f9 se jouent les jeux de pouvoir. Quels seraient les rites de passage. \u00c0 ce questionnement s&rsquo;est greff\u00e9 la d\u00e9couverte des rites aborig\u00e8nes pour lesquels il existe un lien visc\u00e9ral entre la terre et le chant, alors que la tradition indique que pour aimer sa terre on doit la chanter. Et qu&rsquo;\u00e0 contrario un lieu d\u00e9s-aim\u00e9 est un lieu qu\u2019on ne peut plus chanter, et qu\u2019un lieu sans voix reste une terre \u00e9trang\u00e8re. Rituellement sont chant\u00e9s tous les vivants et tous les lieux du pays que l\u2019on habite. Ces louanges ont pouvoir de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer l&rsquo;espace et ceux qui l&rsquo;habitent.<\/p>\n<p>Finalement \u00e9crire, c\u2019est ne pas savoir, et ne pas savoir ne conduit pas au silence ou \u00e0 une imagination sans rapport avec le \u00ab r\u00e9el \u00bb mais au d\u00e9pliement d\u2019un ensemble de possibles \/tous \u00e9galement affirm\u00e9s en m\u00eame temps. Pens\u00e9 selon un principe d\u2019entonnoir, du territoire aux individus qui l&rsquo;animent, avec _ l\u00e0 ou se fissurent les plans d&rsquo;\u00e9vasion on reste au ras du sol, errant entre des fragments raccord\u00e9s de proches en proches. Il ne s&rsquo;agit pas tant d&rsquo;une enqu\u00eate sur le territoire, mais d&rsquo;un chemin l\u00e9zard\u00e9 de trous et de fragments qui ne s\u2019enchainent pas n\u00e9cessairement de mani\u00e8re chronologique ou rationnelle. Les morceaux disjoints d\u00e9finissent autant le travail de la m\u00e9moire d&rsquo;un lieu que le r\u00e9cit volontiers d\u00e9cousu, tra\u00e7ant ses chemins \u00e0 travers une forme d\u2019incoh\u00e9rence, li\u00e9e aux trajectoires humaines.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>il y a accroch\u00e9 au c\u0153ur<br \/>\nde la baie les nerfs tendus d&rsquo;une querelle<br \/>\nsans cesse \u00e9chauff\u00e9e c&rsquo;est la ville enclav\u00e9e<br \/>\nentour\u00e9e de massifs fond\u00e9e pr\u00e8s de l&#8217;embouchure du Rh\u00f4ne dans un golfe isol\u00e9<br \/>\n\u00e9close pour un recoin de mer ce sont les axes de transport<br \/>\ncoupant le territoire c&rsquo;est le c\u0153ur fragment\u00e9 du plateau nord<br \/>\nce sont les quartiers les plus<br \/>\npauvres<br \/>\njouxtant les p\u00f4les r\u00e9nov\u00e9s<br \/>\nc&rsquo;est Euromed \/Acte 1<br \/>\n310 hectares au p\u00e9rim\u00e8tre<br \/>\n170 suppl\u00e9mentaires \u00e0 l&rsquo;Acte 2<br \/>\nc&rsquo;est le th\u00e9\u00e2tre des banques des compagnies d&rsquo;assurances et des entreprises de commerce international<br \/>\nce sont les espaces portuaires<br \/>\nlimitant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la mer<br \/>\nc&rsquo;est la vielle division du nord<br \/>\net du sud<br \/>\ninvers\u00e9e ici c&rsquo;est la porte d&rsquo;Aix ouvrant sur les anciens remparts ce sont les zones urbaines qu&rsquo;on appelle<br \/>\n_ sensibles<br \/>\nc&rsquo;est l&rsquo;habitat ancien<br \/>\nd\u00e9grad\u00e9 et les immeubles \u00e9vacu\u00e9s en urgence<br \/>\nc&rsquo;est l&rsquo;arsenal des gal\u00e8res<br \/>\ndont il ne reste presque plus rien c&rsquo;est la grande aventure de la montagne<br \/>\nqui persiste<br \/>\ndes calanques \/aux coups qu&rsquo;on re\u00e7oit<\/p>\n<p>c&rsquo;est le rouge pierre<\/p>\n<p>c&rsquo;est l\u00e0<br \/>\no\u00f9 se fissure la terre<\/p>\n<p>conjugu\u00e9 au pass\u00e9 des terrains d\u2019embuscades c&rsquo;est le fluide du vide<br \/>\nvioline<br \/>\ndes ciels la nuit tombante c&rsquo;est le noir soleilleux qui a d\u00e9sert\u00e9 la ville illumin\u00e9e c&rsquo;est la promesse du Proph\u00e8te<br \/>\nle parc baln\u00e9aire du Prado<br \/>\nla Pointe Rouge aux couleurs des petites falaises la douceur populaire de la Vieille Chapelle<br \/>\net toutes ces plages essaim\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la Madrague c&rsquo;est l&rsquo;\u00eele de Calseraigne et les contes d&rsquo;If<br \/>\nc&rsquo;est le bord de mer<br \/>\nou un enfant<br \/>\nsur deux<br \/>\nne sait pas nager c&rsquo;est sa langue qu&rsquo;on cherche<br \/>\ndans celle des autres c&rsquo;est le temps qu&rsquo;on lui accorde<br \/>\nc&rsquo;est le bleu m\u00e9diterran\u00e9e<br \/>\nqui me donne une joie<br \/>\nque les mots ne m\u2019apportent plus c&rsquo;est l&rsquo;archipel et ses plong\u00e9es marines<br \/>\nc&rsquo;est la langue fran\u00e7aise<br \/>\nqu&rsquo;on accoste en explorateurs<br \/>\n\u00e9grenant les lieux d&rsquo;exil<br \/>\njusqu&rsquo;au dernier<br \/>\nc&rsquo;est l&rsquo;\u00e9chec qui n&rsquo;est pas dans le retour<br \/>\nmais dans le d\u00e9part<br \/>\nc&rsquo;est la m\u00e8re qui nourrit sa famille des poubelles \u00e9ventr\u00e9es ce sont les petits m\u00e9tiers qu&rsquo;on croyait oubli\u00e9s<br \/>\nferrailleurs et chiffoniers c&rsquo;est la pluie diluvienne ou l&rsquo;eau ne sait plus s&rsquo;\u00e9couler<br \/>\nc&rsquo;est la terre primitive<br \/>\nle ventre d&rsquo;origine<br \/>\nle comptoir des marins et des marchands le miel des armateurs<br \/>\ndes n\u00e9gociants des fabricants d&rsquo;huile<br \/>\ndes raffineurs de sucre et des savonniers c&rsquo;est le bal des soieries et des \u00e9pices<br \/>\ndes bourses d\u2019esclaves et d&rsquo;affranchis c&rsquo;est le terrain des premi\u00e8res pand\u00e9mies<br \/>\nc&rsquo;est la masse<br \/>\ndure<br \/>\nou que le regard se pose la terre d&rsquo;ocre et l\u2019arr\u00eate accroch\u00e9e<br \/>\nce sont les cartes<br \/>\nbossel\u00e9es<br \/>\nou se masse une lumi\u00e8re vive<br \/>\nce sont les chants l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 tristes ou se br\u00fblent les \u00e9galit\u00e9s<br \/>\nc&rsquo;est la r\u00e8gle fix\u00e9e par les gangs et la tenue des quartiers pour que les sir\u00e8nes s&rsquo;en \u00e9loignent<br \/>\nc&rsquo;est l&rsquo;autorit\u00e9 du trafic au sortir des \u00e9coles c&rsquo;est la salet\u00e9 l&rsquo;usure l&rsquo;effondrement la v\u00e9tust\u00e9<br \/>\nle royaume des rats<br \/>\nau c\u0153ur de la magistrale beaut\u00e9<br \/>\n_<\/p>\n<p>l\u00e0-bas<br \/>\nla v\u00e9g\u00e9tation se m\u00eale aux portiques des palais<br \/>\nl\u2019union du dedans et du dehors rendue possible<br \/>\npar les mat\u00e9riaux nouveaux<br \/>\nderri\u00e8re la belle couleur feuille morte lambriss\u00e9e<br \/>\ndes b\u00e2tisses d\u2019arri\u00e8re-pays<br \/>\nle progr\u00e8s se mesure au ciment \u00e0 l\u2019acier et au verre<br \/>\nici<br \/>\non entend<br \/>\n239 chemin de Morgiou<br \/>\nquand le d\u00e9sir s&rsquo;accroche aux parpaings \u00e0 la faveur d&rsquo;un temps liquide<br \/>\nmoite<br \/>\naux heures chaudes l&rsquo;or\u00e9e d&rsquo;une semi libert\u00e9 chant\u00e9e<br \/>\ndes barreaux aux familles parfois un mot<br \/>\nperce c&rsquo;est lui qu&rsquo;on retient<br \/>\nce sont les chants d&rsquo;attente et de courage qui d\u00e9passent les num\u00e9ros d\u2019\u00e9crou<br \/>\nc&rsquo;est l&rsquo;union du dedans et du dehors pour le maintenant<br \/>\net le plus tard<br \/>\nles mots br\u00fblent les questions fondues<br \/>\ndans les affections du soir avec la vie<br \/>\n\u00e0 vivre<br \/>\nl\u00e0-bas<br \/>\ndans la garrigue bruissements vacillements l&rsquo;incalculable des distances<br \/>\n\u00e0 parcourir<br \/>\ntout n&rsquo;est pas jou\u00e9 ni dedans ni dehors<br \/>\nni ensemble ni s\u00e9par\u00e9<br \/>\nles voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent racontent les \u00e9toiles les bonnes<br \/>\nsous lesquelles certains seraient n\u00e9s ployables<br \/>\nen fonction des collusions<br \/>\net de tout ce sur quoi on mise au prix parfois<br \/>\nde la libert\u00e9<br \/>\nil y a cach\u00e9 sous les pierres et les r\u00e9sineux des verdicts<br \/>\net le marquage du territoire les voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent<br \/>\ncomme principal \u00e9v\u00e9nement de la journ\u00e9e on y cherche<br \/>\ndes fissures et des plans d&rsquo;\u00e9vasion on y superpose<br \/>\npar effets de peau<br \/>\npouss\u00e9s par leur milieu<br \/>\nla vie<br \/>\n\u00e0 la vie<br \/>\non fait<br \/>\n\u2026..<\/p>\n<p>dans les gorges le vent s&rsquo;engouffre et chante le visage d\u2019un homme<br \/>\ncomme se peignerait celui d\u2019un autre<\/p>\n<p>on reconna\u00eet sur sa peau gr\u00eal\u00e9e de soleil<br \/>\nle limon et le travail au noir de la centrale hydro\u00e9lectrique<br \/>\non voit<br \/>\ndans l&rsquo;inqui\u00e9tude des yeux<br \/>\nla diff\u00e9rence de densit\u00e9<br \/>\nentre l&rsquo;eau douce<br \/>\nde St Chamas d\u00e9vers\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9tang<br \/>\net la mer y entrant<\/p>\n<p>on voit en profondeur<br \/>\ndeux motifs enlac\u00e9s<br \/>\nque l\u2019oeil<br \/>\nne saisit qu\u2019\u00e0 tour de r\u00f4le<br \/>\nle droit capte l&rsquo;usure du dos<br \/>\net l&rsquo;arrachement des membres \u00e0 l&rsquo;industrie quand le gauche devine les arr\u00eates et les voutes<br \/>\nl&rsquo;immortel b\u00e2ti de ses mains les premiers viaducs<br \/>\nl&rsquo;eau transport\u00e9e par et pour<br \/>\nles hommes<\/p>\n<p>pierres et ici \u00e0 c\u00f4t\u00e9<br \/>\nle plus grand du monde 130 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9<br \/>\n82 de haut 375 de long<br \/>\n12 arches coiff\u00e9es de 15 arcades<\/p>\n<p>apr\u00e8s<\/p>\n<p>pierres<\/p>\n<p>pi\u00e8ce ma\u00eetresse du canal<br \/>\nacheminant de la Durance vers Marseille pendant les s\u00e9cheresses<br \/>\nla vie<br \/>\nl&rsquo;eau en p\u00e9nurie<\/p>\n<p>l&rsquo;eau<br \/>\nfranchit la vall\u00e9e de l&rsquo;arc<br \/>\nenjambant<br \/>\nrivi\u00e8res routes et voies ferr\u00e9es<br \/>\nl&rsquo;eau<br \/>\ncomme milliers de petites rigoles<br \/>\nqui auraient abouti au m\u00eame n\u0153ud formant un pi\u00e8ge d\u2019impatience<br \/>\npr\u00eat \u00e0 d\u00e9border<\/p>\n<p>plus tard cette femme traverse la rive la fait rejoindre \u00e0 cet homme<br \/>\navec dans les mains l&rsquo;image du futur<br \/>\n\u2026&#8230;<\/p>\n<p>ce matin on entend la voix de l&rsquo;homme trancher le trafic<br \/>\ndes compagnies a\u00e9riennes \u00e0 bas prix<\/p>\n<p>l&rsquo;homme dit _ j&rsquo;ai peur de me lever un matin et voir que tout a soudain disparu<\/p>\n<p>l&rsquo;homme surveille de sa fen\u00eatre le terrain vague mass\u00e9 aux confins d&rsquo;une rue pentue<br \/>\nqui avant fut un verger<br \/>\net avant encore un mar\u00e9cage<br \/>\net bien avant une roche jurassique qui n&rsquo;a pas de nom<br \/>\nsinon dans la langue des choses oubli\u00e9es<br \/>\naujourd&rsquo;hui on y devine entre les petits larcins et le bossellement aride des sols<br \/>\naux pentes de la montagne la procession de promoteurs de g\u00e9om\u00e8tres<br \/>\nde sp\u00e9cialistes qui mesurent qui comptent qui \u00e9chellent<br \/>\navant le balais des bulldozers avant l&rsquo;assemblage d&rsquo;ensembles \u00e0 loyers mod\u00e9r\u00e9s<br \/>\navant le grand larcin de la terre rouge<\/p>\n<p>l&rsquo;homme aime son pr\u00e9 carr\u00e9<br \/>\nessaie de comprendre la logique urbaniste des p\u00e9riph\u00e9ries<br \/>\nl&rsquo;homme est la p\u00e9riph\u00e9rie assign\u00e9 et r\u00e9sign\u00e9 aux lisi\u00e8res<\/p>\n<p>il \u00e9coute<br \/>\nise rend \u00e0 des assembl\u00e9es qu&rsquo;on appelle citoyennes<br \/>\nil entend des choses comme _ r\u00e9-habilitation des espaces nus\/<br \/>\noptimisation des places de parking v\u00e9g\u00e9talisation des murs\/ \u00e9clairage \u00e0 faible co\u00fbt\/<br \/>\nmoyens de lutte contre l&rsquo;incendie\/ voiries r\u00e9duites<\/p>\n<p>l&rsquo;homme<br \/>\nr\u00e9pond que le loup mange brebis et ch\u00e8vres<br \/>\nquand l&rsquo;homme-loup d\u00e9vore sa propre m\u00e8re<\/p>\n<p>l&rsquo;homme va p\u00e9cher le matin<br \/>\nau fr\u00e9missement de l&rsquo;aube avec ses fils<br \/>\nils prennent leurs cannes et un sac bard\u00e9 de pain rassis<\/p>\n<p>sur le r\u00e9cif l&rsquo;homme harponne un poisson qui rena\u00eetra petit homme<br \/>\ndans le ventre de la femme qui l&rsquo;a mang\u00e9 et le go\u00e9land qui les surveille<br \/>\npeut-\u00eatre est-il ce matin<br \/>\nen m\u00eame temps<br \/>\nun go\u00e9land et un aigle l\u2019avatar d\u2019un \u00eatre aim\u00e9<br \/>\nl&rsquo;homme dit \u00e0 ses fils<br \/>\nje suis l&rsquo;arabe des Hauts-Plateaux personne ne m&rsquo;attend<br \/>\nje suis le fils du pays natal duquel on revient pas je suis le banc de poissons<br \/>\net son cort\u00e8ge d&rsquo;esprits<br \/>\nvenu chercher mon corps fatigu\u00e9<\/p>\n<p>le miroitement du soleil augmente la langueur aoutienne<br \/>\nles pens\u00e9es deviennent m\u00e9talliques bient\u00f4t fondues \u00e0 l\u2019eau sal\u00e9e<\/p>\n<p>sur la roche rouge<br \/>\nles fils regardent la ligne d&rsquo;horizon rosir<br \/>\net dessiner sur l&rsquo;eau un cercle vaste<\/p>\n<p>on note le rapport entre l\u2019\u00c9blouissement<br \/>\net la petitesse de ce que nous sommes<\/p>\n<p>ils ne disent plus rien ils p\u00e9cheront en silence<br \/>\njusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre vaincu par le vent<br \/>\n\u2026..<\/p>\n<p>la ville portait des maisons basses trois \u00e9tages maximum<br \/>\nla femme essayait de regarder le soleil en face sur ce petit pan de mur ocre<br \/>\nle plus bel endroit du monde et \u00e7a lui br\u00fblait les yeux<\/p>\n<p>je me souviens<br \/>\nqu&rsquo;elle s\u2019int\u00e9ressait au soleil et aux ombres<br \/>\net pendant qu&rsquo;elle s&rsquo;aveuglait<br \/>\nelle avouait ne jamais voir les oiseaux manger<br \/>\nle pain et boire l\u2019eau<br \/>\nqu&rsquo;elle abandonnait sur un bord de fen\u00eatre<br \/>\nla femme me parle longuement<br \/>\ndes \u00eatres<br \/>\nqu&rsquo;elle ne voit plus leur passage<br \/>\nest uniquement signifi\u00e9 par l\u2019absence des choses<\/p>\n<p>les nuages forment<br \/>\nau loin<br \/>\nson territoire<br \/>\naugmentent son domaine d\u2019\u00e9vasion<\/p>\n<p>elle regarde par dessus mon \u00e9paule comme si elle y rassemblait une harmonie de terre<br \/>\nd&rsquo;eaux d&rsquo;arbres et de lumi\u00e8re un espace sans destination<br \/>\no\u00f9 elle aime se promener et porter son regard<\/p>\n<p>la femme panse les plaies avec des herbes elle fait pousser la sarriette<br \/>\ndans les vestiges du souvenir<\/p>\n<p>elle donne au vide l\u2019importance qu\u2019il m\u00e9rite et qui fait qu\u2019il n\u2019est plus le vide<br \/>\nmais un entier<\/p>\n<p>elle consid\u00e8re les fleurs saxifrages l\u00e0-bas le mur fissur\u00e9<br \/>\nl&rsquo;orage \u00e0 venir<br \/>\n\u2026..<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Am\u00e9lie Guyot est une artiste fran\u00e7aise n\u00e9e en 1985. 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