{"id":3995,"date":"2019-11-25T00:00:53","date_gmt":"2019-11-24T23:00:53","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=3995"},"modified":"2023-04-20T11:14:54","modified_gmt":"2023-04-20T10:14:54","slug":"marine-riguet-le-desert-du-vide","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/marine-riguet-le-desert-du-vide\/","title":{"rendered":"Marine Riguet | Le d\u00e9sert du vide"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/marine_riguet_hors_sol.jpg\" rel=\"lightbox[3995]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3815 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/marine_riguet_hors_sol.jpg\" alt=\"Marine Riguet\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marine Riguet est chercheuse en Litt\u00e9rature et en Humanit\u00e9s Num\u00e9riques. Elle est l\u2019auteure de textes po\u00e9tiques, d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre (Talk to me, mise en sc\u00e8ne par Laurent Cazanave en juin 2012 au Th\u00e9\u00e2tre C\u00f4t\u00e9 Cour), d&rsquo;un texte sonore (La Souterraine, illustr\u00e9e par Emma Duffaud et perform\u00e9e Galerie POS en 2018), et pratique l&rsquo;\u00e9criture audiovisuelle.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Depuis cinq mois qu\u2019il marchait, il avait le soleil levant pour seul point de mire.<br \/>\nS\u2019\u00e9vaporait peu \u00e0 peu tout ce qu\u2019il avait quitt\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 son nom.<br \/>\nIl avan\u00e7ait sous une lumi\u00e8re sans jour ni ombre, dans une heure o\u00f9 se valent le soir et la naissance. Il ne faiblissait pas, ne tr\u00e9buchait pas, ne priait pas.<br \/>\nSa barbe recouvrait la moiti\u00e9 de son visage comme une cro\u00fbte, et sa tunique, pourtant bien trop ample pour ses \u00e9paules, collait \u00e0 sa peau.<br \/>\nIl avait envelopp\u00e9 ses pieds dans des bandelettes pour que ses semelles ne les entament pas.<\/p>\n<p>Devant lui, la terre. Devant lui, cr\u00e9pitant de silence jauni.<br \/>\nLes pousses dans leur lente crispation se confondaient aux pierres.<\/p>\n<p>Il voulut cracher comme on s\u2019humecte la gorge, mais il ne transportait rien, ni salive.<br \/>\nSes \u00e9paules co\u00fbtaient. Sa nuque courb\u00e9e, chaque enjamb\u00e9e faisait le poids d\u2019un corps.<br \/>\nIl fuyait.<br \/>\nSa marche \u00e9tait un interminable affrontement.<\/p>\n<p>Il n\u2019avait personne sur ses pas. Il entrait seul sur cette terre en dehors des routes, des promesses, des racines ; et il comprit que cette terre \u00e9tait sienne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_3998\" style=\"width: 1309px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/emma_duffaud_2.jpg\" rel=\"lightbox[3995]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3998\" class=\"wp-image-3998 size-full\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/emma_duffaud_2.jpg\" alt=\"\" width=\"1299\" height=\"801\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3998\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Emma Duffaud<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ne dors pas.<\/p>\n<p>Il faut leur coudre les paupi\u00e8res. Aux morts. Leur coudre les paupi\u00e8res pour pr\u00e9server leurs images int\u00e9rieures, que leur m\u00e9moire ne s\u2019\u00e9vapore pas par les yeux.<\/p>\n<p>Ne dors pas. Il n\u2019est nulle mort possible. La mort, c\u2019est celle des autres, celle qui se voit, \u00e0 la surface, qui se laisse regarder.<\/p>\n<p>Ton existence \u00e0 toi est une nuit sans commencement, de celles que l\u2019on n\u2019interrompt pas.<\/p>\n<p>Le soleil s\u2019\u00e9lance. C\u2019est pour toi qu\u2019il s\u2019\u00e9tend, qu\u2019il s\u2019\u00e9tire, pour toi qu\u2019il br\u00fble. Il est ton tatouage, ta sentence, ton clou, le pass\u00e9 en germe dans la moiteur de tes jours, il est le c\u0153ur qui s\u2019essouffle en toi, devant lequel tu dois compara\u00eetre sans te d\u00e9rober jamais, parce qu\u2019il est l\u2019\u0153il, il est le ventre qui dig\u00e8re ton existence, qui t\u2019accorde ton sursis et ronge ton repos, il est l\u2019astre, le clown blanc sans ride, sans ombre, et il r\u00e9sonne, il parle \u00e0 travers toi, il t\u2019entend.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_4005\" style=\"width: 1150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/emma_duffaud_3.jpg\" rel=\"lightbox[3995]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4005\" class=\"wp-image-4005 size-full\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/emma_duffaud_3.jpg\" alt=\"\" width=\"1140\" height=\"772\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4005\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Emma Duffaud<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le corps d\u2019Annabelle. Invisible, dans la nuit, respirant sans se faire voir, sans soulever les couvertures, \u00e9gal \u00e0 tous les autres corps\u00a0; que la nuit d\u00e9voile, rend \u00e0 lui-m\u00eame, parmi tous ces autres corps, rend \u00e9tranger, permis. Jusqu\u2019\u00e0 ce que sa main. Annabelle sur le matelas posait le dos de sa main. Si l\u00e9g\u00e8rement que le drap ne pliait pas. \u00c9cart\u00e9e de son corps, donn\u00e9e \u00e0 la rencontre de mes doigts comme \u00e0 la nuit, indiff\u00e9remment, d\u2019accord pour se faire happer, d\u2019accord pour dispara\u00eetre. Tant qu\u2019on ne d\u00e9rangeait pas le silence. Tant qu\u2019aucun de ses mouvements ne crissait. Je n\u2019ai pas su tout de suite. Sa main est apparue au bout d\u2019un t\u00e2tonnement, d\u2019un \u00e9tirement de mon bras qui n\u2019aurait rien d\u00fb rencontrer d\u2019autre que l\u2019air. Mais sans heurt. La main d\u2019Annabelle dans la nuit n\u2019\u00e9tait pas la main de ma s\u0153ur. C\u2019\u00e9tait la main d\u2019une autre, la main d\u2019un corps parmi tous les corps, qui se donne sans appeler, qui r\u00e9chauffe et tremble dans un frisson qu\u2019on veut caresse, la main qu\u2019on prend, qu\u2019on retient en croyant serrer avec elle l\u2019ensemble de l\u2019\u00eatre, la main qui se plie comme un cou et respire comme un ventre.\u00a0 J\u2019ai pris dans la nuit la main d\u2019Annabelle qui n\u2019\u00e9tait plus Annabelle. La main inconnue, la main nouvelle. J\u2019ai rencontr\u00e9 la paume d\u2019Annabelle pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Variations I &amp; II<\/h1>\n<p><a href=\"https:\/\/youtu.be\/w-qp_e0Z4T8\">https:\/\/youtu.be\/w-qp_e0Z4T8<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/youtu.be\/xx4la6F5SpI\">https:\/\/youtu.be\/xx4la6F5SpI<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Suite du projet :<br \/>\n&#8211; vid\u00e9o-po\u00e8me de Sara Bourre et Mathias Bourre (janvier 2020)<br \/>\n&#8211; exposition des peintures d&rsquo;Emma Duffaud et live (printemps 2020)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marine Riguet est chercheuse en Litt\u00e9rature et en Humanit\u00e9s Num\u00e9riques. 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