{"id":3986,"date":"2019-11-21T15:10:49","date_gmt":"2019-11-21T14:10:49","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=3986"},"modified":"2023-04-20T11:15:04","modified_gmt":"2023-04-20T10:15:04","slug":"encrer-a-lusine-jolyon-derfeuil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/encrer-a-lusine-jolyon-derfeuil\/","title":{"rendered":"Jolyon Derfeuil | Encrer \u00e0 l&rsquo;usine"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<div id=\"attachment_519\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Jolyon_Pic_01.jpg\" rel=\"lightbox[3986]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-519\" class=\"size-thumbnail wp-image-519 \" title=\"Jolyon Derfeuil\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Jolyon_Pic_01-150x150.jpg\" alt=\"Jolyon Derfeuil\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-519\" class=\"wp-caption-text\">Jolyon Derfeuil<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9 \u00e0 Angers en 1971, Jolyon Derfeuil a d\u00e9couvert la po\u00e9sie \u00e0 l\u2019adolescence, au sein de l\u2019atelier th\u00e9\u00e2tre de son lyc\u00e9e, reprenant des textes de Raymond Queneau pour les jouer sur sc\u00e8ne. Il d\u00e9couvre aussi dans la foul\u00e9e Pierre Reverdy, Antonin Artaud, les po\u00e8tes surr\u00e9alistes, Baudelaire, etc. Puis il encha\u00eene avec des \u00e9tudes de comptabilit\u00e9 qui ne m\u00e8nent nulle part, le service militaire et quantit\u00e9s de petits boulots avant de faire une fac de lettres d\u2019o\u00f9 il ressort avec une licence de lettres modernes. La suite de son parcours s\u2019illustre dans l\u2019associatif, l\u2019\u00e9criture de sc\u00e9narios, la r\u00e9alisation de courts m\u00e9trages sans pour autant d\u00e9laisser la po\u00e9sie. Il anime entre autres des \u00e9missions de radio consacr\u00e9es au slam et au cin\u00e9ma sur la radio angevine alternative \u00ab Radio G \u00bb et fait des improvisations po\u00e9tiques en direct dans une autre \u00e9mission d\u00e9di\u00e9e au Free jazz.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Encrer a\u0300 l&rsquo;usine (extraits)<\/strong><\/p>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Une dizaine de camions entrent dans ma te\u0302te par les oreilles. Ils roulent dans tous les chemins nervure\u0301s de mon cerveau mais ils ne livrent pas, ils ne livrent jamais. Ne s&rsquo;arre\u0302tent jamais. L&rsquo;un des chauffeurs saute de son ve\u0301hicule en pleine course. Ils font tous pareil. Mais les camions continuent. Sans pilote. Ce sont des bolides absurdes, mais aux trajets re\u0301guliers, raisonne\u0301s. Peu a\u0300 peu, ils se changent en neurones, en atomes, en feux-follets organiques, le coffre plein d&rsquo;informations contradictoires pour e\u0301prouver vaillamment mes nerfs et, par mime\u0301tisme, ma conscience e\u0301gare\u0301e et je deviens un ouvrier, un chauffeur, un me\u0301cano, un agent de la maintenance, rompu a\u0300 la technicite\u0301 de\u0301sue\u0300te mais redoutable du geste sur. Je ne livre qu&rsquo;a\u0300 moi- me\u0302me un robot te\u0301ne\u0301breux et je roule sur les bords du monde. Je roule, charge\u0301 d&rsquo;une me\u0301moire pleureuse, taillade\u0301e par les acouphe\u0300nes, les e\u0301clairs et les odeurs d&rsquo;aciers fondus. Je roule pour espe\u0301rer remplir le ne\u0301ant.<\/p>\n<p><strong>Compter sur moi<\/strong><\/p>\n<p>Au rendez-vous de nos attentions ici<br \/>\nsur le bureau encombre\u0301 de gommes j&rsquo;ai retenu la nature du pie\u0300ge<\/p>\n<p>a\u0300 force d&rsquo;e\u0302tre dans ce travail je ne deviendrai pas fou<\/p>\n<p>je serai juste au bord<\/p>\n<p>l&rsquo;ombre de ma main me l&rsquo;a dit l&rsquo;ombre de ma te\u0302te aussi<\/p>\n<p>des camions parcourent la nuit<br \/>\ncharge\u0301s de ciseaux, de crayons de bois<\/p>\n<p>ils me rejoignent au regard,<br \/>\na\u0300 la rature infinie humecte\u0301e par la premie\u0300re langue, celle des consignes<\/p>\n<p>et dans le vaisseau du gardien je fais le compte des ne\u0301ons avant d&rsquo;e\u0302tre attentif<br \/>\nau nume\u0301ro des taxis<\/p>\n<p>je veux la palette<br \/>\nle sie\u0300ge le plus bancal et des fruits rouges<\/p>\n<p>et je porterai<br \/>\nau sommet de l&rsquo;horloge<br \/>\nla poussie\u0300re brunie de mes gestes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Des petits bonshommes sur des e\u0301crans, des robots en action, des portes qui coulissent, des wagonnets qui circulent, des camions qui se remplissent&#8230; c\u0327a fait des films en pagaille : des plans fixes, des zooms, des panneautages qui se prolongent infiniment dans le coeur des disques durs, une addition de signes pixelise\u0301s comme si on me renvoyait les photos fe\u0301briles des diffe\u0301rentes parties de mon cerveau-surveillant, comme autant de fene\u0302tres re\u0301elles qui se re\u0302vent elles me\u0302me en fiction&#8230; Alors je me range dans la faille des images, je m&rsquo;imagine a\u0300 la place de ces gens, je les occupe sans curiosite\u0301.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Angers en 1971, Jolyon Derfeuil a d\u00e9couvert la po\u00e9sie \u00e0 l\u2019adolescence, au sein de l\u2019atelier th\u00e9\u00e2tre de son lyc\u00e9e, reprenant des textes de Raymond Queneau pour les jouer sur sc\u00e8ne. 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