{"id":3846,"date":"2019-09-24T12:22:23","date_gmt":"2019-09-24T11:22:23","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=3846"},"modified":"2023-04-20T11:15:31","modified_gmt":"2023-04-20T10:15:31","slug":"coeur-sauvage-jolyon-derfeuil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/coeur-sauvage-jolyon-derfeuil\/","title":{"rendered":"Jolyon Derfeuil | Coeur sauvage"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<div id=\"attachment_519\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Jolyon_Pic_01.jpg\" rel=\"lightbox[3846]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-519\" class=\"size-thumbnail wp-image-519 \" title=\"Jolyon Derfeuil\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Jolyon_Pic_01-150x150.jpg\" alt=\"Jolyon Derfeuil\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-519\" class=\"wp-caption-text\">Jolyon Derfeuil<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9 \u00e0 Angers en 1971, Jolyon Derfeuil a d\u00e9couvert la po\u00e9sie \u00e0 l\u2019adolescence, au sein de l\u2019atelier th\u00e9\u00e2tre de son lyc\u00e9e, reprenant des textes de Raymond Queneau pour les jouer sur sc\u00e8ne. Il d\u00e9couvre aussi dans la foul\u00e9e Pierre Reverdy, Antonin Artaud, les po\u00e8tes surr\u00e9alistes, Baudelaire, etc. Puis il encha\u00eene avec des \u00e9tudes de comptabilit\u00e9 qui ne m\u00e8nent nulle part, le service militaire et quantit\u00e9s de petits boulots avant de faire une fac de lettres d\u2019o\u00f9 il ressort avec une licence de lettres modernes. La suite de son parcours s\u2019illustre dans l\u2019associatif, l\u2019\u00e9criture de sc\u00e9narios, la r\u00e9alisation de courts m\u00e9trages sans pour autant d\u00e9laisser la po\u00e9sie. Il anime entre autres des \u00e9missions de radio consacr\u00e9es au slam et au cin\u00e9ma sur la radio angevine alternative \u00ab Radio G \u00bb et fait des improvisations po\u00e9tiques en direct dans une autre \u00e9mission d\u00e9di\u00e9e au Free jazz.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Apocalypse-now-quad-simple.jpg\" rel=\"lightbox[3846]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3849\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Apocalypse-now-quad-simple.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"375\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Combien de temps, combien d&rsquo;ann\u00e9es peut-on passer \u00e0 \u00e9puiser le sens d&rsquo;un film \u00e0 travers le prisme d&rsquo;une fascination toujours renouvel\u00e9e? Un film d\u00e9mesur\u00e9 mais qui fait paradoxalement oeuvre intime \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de soi comme peu de films savent le faire&#8230; La question se pose obstin\u00e9ment face \u00e0 l\u2019incroyable exp\u00e9rience cin\u00e9g\u00e9nique que repr\u00e9sente \u00ab Apocalypse Now \u00bb depuis quarante ans. Et cette nouvelle vision du film en 4K, intitul\u00e9 \u00ab Final Cut \u00bb (une version \u00ab Redux \u00bb en moins longue) prolonge la question, l&rsquo;admiration surtout&#8230; Objet aux multiples lectures, le film de Francis Ford Coppola reste son entreprise la plus p\u00e9rilleuse, puisqu&rsquo;elle consacre les digressions existentielles d&rsquo;un auteur dans un environnement de superproduction hollywoodienne dont la fabrication bascula dans le chaos. A travers le genre envisag\u00e9, le film de guerre contemporain, \u00ab\u00a0Apocalypse Now\u00a0\u00bb d\u00e9roule sa trame le temps d&rsquo;un long p\u00e9riple cathartique. A l&rsquo;origine, il a fallu que le roman de Joseph Conrad, \u00ab\u00a0Heart of Darkness\u00a0\u00bb, soit le mat\u00e9riau premier sur lequel travaill\u00e8rent successivement Georges Lucas, John Milius et Coppola dont l&rsquo;id\u00e9e centrale fut de transposer l&rsquo;action dans la guerre du Vietnam, le trauma g\u00e9n\u00e9rationnel de l&rsquo;Am\u00e9rique des ann\u00e9es 60\/70. C&rsquo;est toute l&rsquo;alchimie du film, cet arri\u00e8re plan historique en phase avec cette remont\u00e9e du fleuve Nung effectu\u00e9e par un militaire chevronn\u00e9 \u00e0 qui on commande d&rsquo;aller mettre fin \u00e0 un haut-grad\u00e9, le colonel Kurtz. L&rsquo;absurdit\u00e9 de cette mission r\u00e9sonne en \u00e9cho avec l&rsquo;absurdit\u00e9 du conflit de l&rsquo;\u00e9poque. De l\u00e0, les mises en abyme ne manquent pas.<br \/>\nLe tournage du film porta sa propre guerre, on le sait, au point d&rsquo;\u00eatre devenu mythique. Ce qui ajoute (parfois excessivement) \u00e0 la c\u00f4te d&rsquo;amour du film, sachant qu&rsquo;il a failli ne pas aboutir, rester du domaine de l&rsquo;impossible et du fantasme. Coppola du se battre avec lui m\u00eame, fr\u00f4lant le suicide et marinant dans la d\u00e9pression nerveuse. Le r\u00e9alisateur du \u00ab\u00a0Parrain\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0Conversation secr\u00e8te\u00a0\u00bb survit n\u00e9anmoins et finit par donner une dimension m\u00e9taphysique \u00e0 ce projet \u00e0 travers deux th\u00e9matiques : celle du l&rsquo;illusion du spectacle (l&rsquo;attaque des h\u00e9licos au son de Wagner, Kilgore et ses cartes de la mort, le show des playmates&#8230;) et celle du retour \u00e0 la nature, au rituel (l&rsquo;arriv\u00e9e du tigre, le sacrifice du boeuf sacr\u00e9, la mort de Kurtz, l&rsquo;omnipr\u00e9sence de fl\u00e8ches, de machettes, etc\u2026). La transition entre les deux id\u00e9es se faisant lors de la s\u00e9quence du pont de Do Lung, avec ces allures de f\u00eate foraine de fin du monde ou soldats am\u00e9ricains et vietnamiens se combattent \u00e0 l&rsquo;aveugle&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/apocalypse-now-final-cut-4k-1.jpg\" rel=\"lightbox[3846]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3856\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/apocalypse-now-final-cut-4k-1.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"240\" \/><\/a><\/p>\n<p>Par le biais d&rsquo;une mise en sc\u00e8ne inspir\u00e9e qui mat\u00e9rialise la logistique insens\u00e9e de la guerre et les visions cauchemardesques d&rsquo;un p\u00e9riple surhumain, Coppola nous montre que la vraie nature de l&rsquo;homme est sauvage, sans aucune notion de bien ou de mal, et que c&rsquo;est la seule qui se rapproche de sa v\u00e9rit\u00e9 propre et de l&rsquo;horreur \u00ab dont il faut se faire une amie \u00bb. A ce titre, l&rsquo;histoire des bras coup\u00e9s racont\u00e9 par Kurtz est autant r\u00e9v\u00e9latrice que fondamentale \u00e0 cause de ce que cela a signifi\u00e9 personnellement pour lui ; c&rsquo;est litt\u00e9ralement le coeur philosophique du film, qui accr\u00e9dite parfaitement son projet et le rend d&rsquo;autant plus probant et puissant&#8230;<br \/>\nJustement, une des constantes d&rsquo;\u00ab Apocalypse Now \u00bb, quand on y revient, c&rsquo;est la force d&rsquo;identification qu&rsquo;on se d\u00e9couvre, d&rsquo;abord avec le personnage du capitaine Willard, (brillamment interpr\u00e9t\u00e9 par Martin Sheen) auquel s\u2019additionne parfaitement son monologue mental. Jamais personnage et voix off n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 ce point li\u00e9s sur un \u00e9cran pour rendre parfaitement les \u00e9motions d&rsquo;un homme endurci mais d\u00e9stabilis\u00e9 par la mission ultime&#8230; Quant \u00e0 Marlon Brando en colonel Kurtz, il trouve-l\u00e0 son dernier grand r\u00f4le, improvisant plus ou moins un \u00e9difiant po\u00e8te guerrier \u00e0 la fois cruel et tribal, qui passe son temps \u00e0 lire ou \u00e0 m\u00e9diter, tapi dans les ombres de son repaire\u2026 De ce fait, tous les acteurs convergent id\u00e9alement dans la forme \u00e0 la fois r\u00e9aliste et expressionniste du film, que ce soit par la grandiloquence roublarde de Kilgore (Robert Duvall, g\u00e9nial), la na\u00efvet\u00e9 rock n\u2019roll de Clean (Lawrence Fishburne et ses 14 ans !), le trip psych\u00e9d\u00e9lique de Lance le surfeur (Sam Bottoms), la parano\u00efa de Chef (Fr\u00e9d\u00e9ric Forrest), la lucidit\u00e9 de Philips (Albert Hall), les calculs mystiques du photographe (Dennis Hopper)&#8230;.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/apocalypse-now-final-cut-3.jpg\" rel=\"lightbox[3846]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3855\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/apocalypse-now-final-cut-3.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"240\" \/><\/a><\/p>\n<p>Dans la sueur, la fum\u00e9e, l\u2019ombre et la lumi\u00e8re, le sang et la fureur, leurs personnages traversent le film comme autant de guides vers le non sens et la folie. Paradoxalement, cet hallucinant p\u00e9riple est illustr\u00e9 de la meilleure des fa\u00e7ons par une technique ahurissante de ma\u00eetrise. Il faut ici rendre hommage \u00e0 Vittorio Storraro, le chef op\u00e9rateur de Bertolucci qui cr\u00e9e ici le plus bel ouvrage de sa carri\u00e8re avec un cin\u00e9mascope judicieusement utilis\u00e9 qui s\u2019\u00e9tire dans un magnifique format 2.35 auquel r\u00e9pond la flamboyance de la photographie et la composition inou\u00efe des cadrages. M\u00eame id\u00e9e d\u2019excellence pour le son, avec un soin du d\u00e9tail qui nous emm\u00e8ne dans les moindres recoins de la jungle ou lors des sc\u00e8nes de batailles (le Dolby Atmos accentue encore mieux tous ces effets&#8230;), un boulot pr\u00e9curseur du 5.1 bien avant l&rsquo;heure, orchestr\u00e9 par le talentueux Walter Murch. On citera \u00e9videmment le travail de Dean Tavoularis, dont les d\u00e9cors (le temple de Kurtz, Le pont de Do Lung, le podium des girls&#8230;) sont grandioses. Et tout le travail de post-production: le montage, le mixage, les choix musicaux judicieux (les Doors, les Stones, les nappes \u00e9lectroniques&#8230;). Bref, un travail d&rsquo;artisan minutieux et miraculeux qui transcende le film et l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au statut de r\u00e9f\u00e9rence majeure m\u00eame quatre d\u00e9cennies plus tard, \u00e0 l&rsquo;heure du tout num\u00e9rique&#8230; Qu&rsquo;il soit en 4K ou pas, rallong\u00e9 ou pas, ce film-monstre agit de toute fa\u00e7on comme un grand huit en enfer, malax\u00e9 par de nombreuses visions contemporaines mais jamais \u00e9mouss\u00e9, jamais vieilli et donc jamais mort de son propre statut. Moins \u00e9nigmatique que le \u00ab2001&#8230; \u00bb de Kubrick (auquel on le rapproche souvent), le film de Coppola a pour lui la force de l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle qui accro\u00eet son pouvoir r\u00e9flexif. Quelque soit sa dur\u00e9e, sa forme, son extravagance, son pass\u00e9 ou son futur, \u00ab Apocalypse Now \u00bb est un de ces rares films qui d\u00e9passe justement la notion de film. C&rsquo;est un indispensable voyage, d&rsquo;une puissance immersive extraordinaire qu&rsquo;il faut avoir v\u00e9cu au moins une fois dans sa vie de spectateur. Un classique absolu qui fascinera encore longtemps.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=VyNwha5hrAo\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=VyNwha5hrAo<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Angers en 1971, Jolyon Derfeuil a d\u00e9couvert la po\u00e9sie \u00e0 l\u2019adolescence, au sein de l\u2019atelier th\u00e9\u00e2tre de son lyc\u00e9e, reprenant des textes de Raymond Queneau pour les jouer sur sc\u00e8ne. 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