{"id":3618,"date":"2019-02-26T05:41:17","date_gmt":"2019-02-26T04:41:17","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=3618"},"modified":"2019-10-05T12:57:40","modified_gmt":"2019-10-05T11:57:40","slug":"michel-woelffle-lecon-de-tenebres-02","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/michel-woelffle-lecon-de-tenebres-02\/","title":{"rendered":"Michel Woelffl\u00e9 | Le\u00e7on de t\u00e9n\u00e8bres 02 (Il n&rsquo;y a pas si longtemps)"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/w100-214842912.jpg\" rel=\"lightbox[3618]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/w100-214842912.jpg\" alt=\"\" width=\"80\" height=\"147\" class=\"alignleft size-full wp-image-3628\" \/><\/a> <\/p>\n<p>Michel Woelffl\u00e9  poursuit une \u0153uvre obstin\u00e9e, lancinante, dont la nuit est partie prenante. Nous sommes honor\u00e9s d&rsquo;accueillir une s\u00e9rie de le\u00e7ons de t\u00e9n\u00e8bres dont il est coutumier. Il vit aux confins de la Dr\u00f4me, \u00ab\u00a0au sein de cette nature min\u00e9rale, originelle et solitaire qui de plus en plus m&rsquo;est intime et inspire mes po\u00e8mes&#8230;\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait il n&rsquo;y a pas si longtemps, \u00ab\u00a0il \u00e9tait une fois o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais libre\u00a0\u00bb a dit Jasmine huit ans sur une feuille de papier.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;aurais pas aim\u00e9 \u00e9crire \u00e7a moi \u00e0 8 ans. A 8 ans j&rsquo;apprenais \u00e0 \u00eatre libre. J&rsquo;apprenais \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 lire. J&rsquo;apprenais \u00e0 faire la boucle de mes lacets. Je pouvais partir seul, quand je voulais. Je pouvais lire seul. Je pouvais enfin entendre ma voix seule. Ma voix \u00e0 moi. Ma voix joyeuse et \u00e9mue, lire \u00e0 haute voix les textes sacr\u00e9s de l&rsquo;aventure. Le voila l&rsquo;accord parfait, le r\u00eave \u00e9veill\u00e9. La voila la connaissance de soi qui commence. Etre enfin avec soi-m\u00eame. Dans l&rsquo;intime de ce monde sans limite. Il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;\u00e0 aller&#8230;<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;aller dans ma vie. Je n&rsquo;ai fait que rencontrer, d\u00e9couvrir, lire, \u00e9crire, nouer mes lacets, aller, recevoir et partager. Je ne dis pas que je n&rsquo;ai pas souffert devant l&rsquo;impossible. Mais la libert\u00e9 est \u00e0 conqu\u00e9rir dans toutes choses. La libert\u00e9 est le guide et le chemin. La libert\u00e9 ne souffre pas. Ce sont les hommes qui souffrent pour elle. C&rsquo;est elle qui accomplit l&rsquo;homme. Il faut suivre. Avec ce seul mot na\u00eet un sentiment de soi qui est la vie qui nous poss\u00e8de. On ne craint rien. Indestructible.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 est dans l&rsquo;instinct et poursuit sa route dans l&rsquo;esprit. Elle lance sa danse si vous voulez danser, elle crie ou chante, elle tord les tuyaux du plombier pour faire couler l&rsquo;eau. Elle \u00e9crit l\u00e0, sous vos yeux. Elle ne dit rien si il faut se taire. Vous pouvez sentir en vous qu&rsquo;elle \u00e9crit le silence tout autour quand vous lisez.<\/p>\n<p>Vous pouvez savoir pourquoi.<\/p>\n<p>Quand j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, j&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9 une libert\u00e9 plus grande encore parce que c&rsquo;\u00e9tait mes mots. Mais c&rsquo;\u00e9tait un leurre. La premi\u00e8re griserie hors des cl\u00f4tures mur\u00e9es du silence. Mais c&rsquo;\u00e9tait mes mots quand m\u00eame. J&rsquo;en ai \u00e9crit beaucoup. Des malles enti\u00e8res. J&rsquo;en ai re\u00e7u beaucoup aussi. Il se sont m\u00eal\u00e9s aux miens quelquefois. Le c\u0153ur est un vaste vaisseau. Une arche o\u00f9 tout ce que l&rsquo;on aime entre et s&rsquo;abrite. Mais malgr\u00e9 les mots je restais silencieux. Je ne savais pas pourquoi. Pourquoi cet \u00e9cart ?<\/p>\n<p>Les mots n&rsquo;allaient pas dans le silence. Cela m&rsquo;attrista. Une jalousie naquit. Je me penchais sur ce gouffre. Je le scrutais intens\u00e9ment. Il m&rsquo;hypnotisait. Je devins le gouffre de mes mots. J&rsquo;en engloutissais insatiablement. Oui j&rsquo;\u00e9tais inlassable d&rsquo;\u00e9criture. Le silence pourtant n&rsquo;en \u00e9tait pas touch\u00e9. Je vieillissais, simplement. Mes mots plurent pourtant. On m&rsquo;\u00e9dita. On me f\u00e9licita. On me donna du vin. Je me lus. Mais le silence sans cesse me regardait du coin de l\u2019\u0153il. Le seul immobile que je connus. J&rsquo;en vins \u00e0 baisser la t\u00eate devant lui. Non point que j&rsquo;eus honte mais la tristesse s&rsquo;alanguissait dans ces poids de mots. Mes poches en \u00e9taient pleines. Mes yeux m\u00eame ne pensaient que par eux. J&rsquo;inventais des attitudes. Je me souviens avoir beaucoup ri avec des mots. J&rsquo;avais de l&rsquo;esprit disait-on. J&rsquo;enivrais librement voila tout. Toutefois je restais seul. M\u00eame le silence me quittait.<\/p>\n<p>Heureusement les \u00e9toiles&#8230; Le monde disparu, elles revenaient dans mon \u00e2me. Elles avaient toute la place. Elles \u00e9taient l&rsquo;origine. Quand je n&rsquo;avais rien appris. Que rien n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 trac\u00e9. Que je n&rsquo;avais copi\u00e9 aucun signe, reproduit aucune courbe la croyant mienne.<\/p>\n<p>Ma libert\u00e9 prit l&rsquo;ampleur du silence et la distance des \u00e9toiles. Rien n&rsquo;\u00e9tait bien loin pourtant. Rien n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 si pr\u00e8s de ma chair et de mon sang. Ce n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame pas un songe. Je n&rsquo;avais pas besoin de r\u00eaver. Je posais un mot sur le papier, s&rsquo;accordait-il au silence de la page ? Je le laissais l\u00e0. Je revenais le lendemain, quelques jours plus tard. Etais-je lui ? &#8230; A jamais ?<\/p>\n<p>Le silence seul savait.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<font size=\"1\"><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/michel-woelffle-lecon-de-tenebres-01\">pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2022 <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/michel-woelffle-lecon-de-tenebres-03\">suivant<\/a><\/font><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Michel Woelffl\u00e9 poursuit une \u0153uvre obstin\u00e9e, lancinante, dont la nuit est partie prenante. Nous sommes honor\u00e9s d&rsquo;accueillir une s\u00e9rie de le\u00e7ons de t\u00e9n\u00e8bres dont il est coutumier. 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