{"id":3435,"date":"2016-09-08T05:00:03","date_gmt":"2016-09-08T04:00:03","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=3435"},"modified":"2016-08-31T08:19:34","modified_gmt":"2016-08-31T07:19:34","slug":"guillaume-vissac-t-08","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/guillaume-vissac-t-08\/","title":{"rendered":"Guillaume Vissac \u2022 t  \u2022 08"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Nous somme tr\u00e8s honor\u00e9s d&rsquo;accueillir pour l&rsquo;\u00e9t\u00e9 une s\u00e9rie de Guillaume Vissac intitul\u00e9 <em>t<\/em>. Guillaume Vissac est <a href=\"http:\/\/librairie.publie.net\/fr\/list\/rechercher\/page\/1\/date?q=vissac\" target=\"_blank\">auteur<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.publie.net\/\" target=\"_blank\">\u00e9diteur<\/a>. Il est l&rsquo;une des valeurs s\u00fbres de la litt\u00e9rature \u00e0 venir. Il publie ses textes ainsi que son journal et une traduction quotidienne d&rsquo;<em>Ulysse<\/em> de Joyce sur son site <a href=\"http:\/\/fuirestunepulsion.net\/spip.php?page=sommaire\" target=\"_blank\">Fuir est une pulsion<\/a>.<br \/>\nA suivre tous les jeudis.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><em>le long des semelles et des col\u00e9opt\u00e8res<\/em><\/h1>\n<h2>Il dit qu&rsquo;il ne r\u00eave plus, qu&rsquo;il ne peut pas monter pieds nus sur la table pour partager les mots, la parole. Il est en train de dire que c&rsquo;est pas possible et qu&rsquo;il n&rsquo;a pas de mati\u00e8re. Il n&rsquo;avait pas de mati\u00e8re. Il disait qu&rsquo;il se r\u00e9veillait souvent sans mati\u00e8re mais persuad\u00e9 d&rsquo;\u00eatre pi\u00e9g\u00e9 entre deux couches interstitielles. Il disait qu&rsquo;il se r\u00e9veillait souvent comme \u00e7a et qu&rsquo;il fallait qu&rsquo;il se redresse et ses yeux les ouvrir pour voir la mati\u00e8re interstitielle qui est comme deux fines couches en plastique finalement et la voir : une f\u00ealure. F\u00ealure dans la mati\u00e8re, putain. Il dira la f\u00ealure ou la faille, peut-\u00eatre que c&rsquo;\u00e9tait la fissure, ou peut-\u00eatre la fission. Br\u00e8che dans le fil, voil\u00e0, il parlait d&rsquo;une cicatrice r\u00e9elle prise dans le tissu de ce que c&rsquo;est qu&rsquo;on a vu quand on ouvre les yeux. Voil\u00e0. Pas de mati\u00e8re pas de parole juste cette absence, ce qui expliquerait pourquoi il pouvait pas se mettre pieds nus, monter sur la table et nous dire, partager la parole. Tous on l&rsquo;\u00e9coutera parler, dire \u00e7a. C&rsquo;\u00e9tait important pour nous tous, dire \u00e7a. Lui le dire, nous l&rsquo;entendre. Tous on fera respect de \u00e7a dans le silence, tous on sera dans le geste visuel de l&rsquo;accompagnement, tous on sera dans l&rsquo;articulation des nuques et des cervicales, l&rsquo;\u0153il, on a les yeux ouverts. Quelqu&rsquo;un a dit peut-\u00eatre que c&rsquo;est \u00e7a le r\u00eave, peut-\u00eatre que c&rsquo;est \u00e7a la mati\u00e8re. Pas de r\u00e9ponse. Personne ne dira rien derri\u00e8re. Il va garder en lui longtemps des mots pour soupeser ces mots, pour qu&rsquo;il les fonde \u00e0 lui, pour que l&rsquo;\u00e9treinte approche. Je l&rsquo;ai regard\u00e9 faire. J&rsquo;aimais \u00e7a regarder. On l&rsquo;a tous regard\u00e9. Certains d&rsquo;entre nous par moments, sur le silence alors, on s&rsquo;est retrouv\u00e9 \u00e0 faire oui de la t\u00eate, non de la t\u00eate, mais c&rsquo;est pas \u00e7a le non, le oui, c&rsquo;est le geste et les formes, c&rsquo;est d\u00e9nu\u00e9 de sens, c&rsquo;est le sens pris par la mati\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y avait aucune parole \u00e0 partager. Certains certaines nous \u00e9tions l\u00e0 les yeux ferm\u00e9s, nous serons l\u00e0 dans le silence. Lui \u00e7a lui manque pas, les r\u00eaves. Lui c&rsquo;est pas \u00e7a qu&rsquo;il re\u00e7oit dans ses yeux noirs, dans ses \u00e9paules, \u00e0 la pointe des salives \u00e0 la langue. Je l&rsquo;ai suivi passer sur la nuque et les yeux de l&rsquo;eau froide. Je l&rsquo;ai vu faire, l&rsquo;eau froide, comment elle va sur son visage et sur ses tempes et dans ses yeux mouill\u00e9s, l&rsquo;eau froide, ce qu&rsquo;elle y fera quand, l&rsquo;eau froide, ses yeux se sont rouverts. Ce que je sais de ce moment n&rsquo;est venu d&rsquo;aucun reflet d&rsquo;aucune sorte, il n&rsquo;y avait plus de miroir depuis longtemps dans ce qui \u00e9tait encore il y a longtemps la salle de bains de quelqu&rsquo;un. J&rsquo;ai dit quelque chose comme nous sommes plein des souvenirs de ceux qui, je ne sais plus jusqu&rsquo;o\u00f9 allait ma phrase et lui me sourira en l&rsquo;\u00e9coutant, c&rsquo;est tout ce que j&rsquo;ai envie de mentionner ici. C&rsquo;est comme cette histoire qu&rsquo;il m&rsquo;avait racont\u00e9e. \u00c0 un moment donn\u00e9, le long de nos errances dehors, il s&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9 d\u00e9crocher \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du groupe, quitte \u00e0 se perdre, il avait ralenti le pas, ralenti le pas, il est l\u00e0 \u00e0 ralentir le pas, progressivement, sur les sentiers, dans le bruit des foug\u00e8res, le long des semelles et des col\u00e9opt\u00e8res. Il s&rsquo;accroupira l\u00e0 pour remuer la terre avec ses doigts ou, je sais pas, faire ce qu&rsquo;on fait quand on est appel\u00e9 \u00e0 voir autre chose qu&rsquo;un grain dans la mati\u00e8re. Il me dira pas combien de temps il est rest\u00e9 dans cette position-l\u00e0. Peu importe. Quelque chose le d\u00e9passe et le fr\u00f4le. C&rsquo;est une b\u00eate. Il sait pas dire ce que c&rsquo;est comme b\u00eate. Il sait pas dire, c&rsquo;est tout. Il se redresse, suivra la forme d&rsquo;une b\u00eate qui faufile, qui sinue \u00e0 la branche. Il nous a oubli\u00e9 l\u00e0, nous aussi, il suit la forme d&rsquo;une b\u00eate. Il me dira rien de la fin d&rsquo;une histoire telle que celle-l\u00e0, ni s&rsquo;il l&rsquo;a r\u00e9ellement v\u00e9cue, ni si on la lui a transmise par la bouche, de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;ici-m\u00eame je l&rsquo;\u00e9coute, de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;ici-m\u00eame je raconte. Il a quitt\u00e9 la petite pi\u00e8ce le visage humect\u00e9 de lumi\u00e8re. Il allait mieux je crois. L&rsquo;eau lui faisait beaucoup de bien. La sensation d&rsquo;aller de l&rsquo;eau sur la figure. Parfois, il suffit de \u00e7a, cette pr\u00e9sence. Dans la sentier, les foug\u00e8res plient. Il faut parfois forcer, baisser la t\u00eate et les \u00e9paules, aller par l&rsquo;arpent\u00e9 et se tordre le corps pour ne pas perdre l&rsquo;ombre, le pas, la b\u00eate et o\u00f9 elle va. Elle se retournera, la b\u00eate. \u0152il, bec, museau. Moustaches. Traces de pattes \u00e0 la terre pr\u00e8s des berges, l\u00e0 o\u00f9 le sol mollit. Je suis l\u00e0, l\u00e0 o\u00f9 le sol s&rsquo;affecte, \u00e0 la pliance du lit. La b\u00eate boit dans le lit du ruisseleau. Il va dans le murmure, je suis l\u00e0 dans le murmure et l&rsquo;odeur, \u00e0 ma propre sueur. Je le bois \u00e0 la mati\u00e8re m\u00eame de son fil, le ruisseau, je l&rsquo;ai dans les m\u00e2choires et je l&rsquo;ai dans la bouche et dans tout le visage. La b\u00eate attend que je boive moi aussi. L&rsquo;eau m&rsquo;a port\u00e9 le visage, les \u00e9paules. Je l&rsquo;ai pas remarqu\u00e9 tout de suite, mais mon pouls s&rsquo;est calm\u00e9. Ma respiration. La b\u00eate est partie depuis longtemps. Je pense \u00e0 ceux qui ont v\u00e9cu ici, en ces murs, avant notre arriv\u00e9e, mais je pense \u00e9galement surtout \u00e0 l&rsquo;absence qui a touch\u00e9 ces murs, \u00e0 la mati\u00e8re pendant autant d&rsquo;ann\u00e9es. Je vais penser \u00e0 ce qu&rsquo;il m&rsquo;a dit et \u00e0 comment nous l&rsquo;avons retrouv\u00e9 : lui errant dans les ombres et foug\u00e8res, l&rsquo;eau du ruisseau sur son visage et sa chemise plaqu\u00e9e, aux sueurs, la b\u00eate venue et repartie, en pr\u00e9sence, la pr\u00e9sence de ses os, de sa peau humect\u00e9e, des paroles prises aux l\u00e8vres, parlant seul, allant seul, maniant seul la parole des solistes, chuchotements, choses venues mais mal tenues, mal dites, pas de prononciation, tout dans le franchissement des choses et des syllabes, obstacles, le moulin de la l\u00e8vre, les baragouinismes, langue souqu\u00e9e des n\u00e9vroses, et ce qu&rsquo;il aura \u00e0 dire quand ses yeux nous verront, est-ce qu&rsquo;il haussera le ton \u00e0 la parole, est-ce qu&rsquo;il y aura des mots hal\u00e9s, et ce qu&rsquo;il appelle la fissure, la fission, la faille ou la f\u00ealure, et qui le privera de ses pieds nus, de r\u00eave, de la parole \u00e0 tendre, peut-\u00eatre qu&rsquo;il taira \u00e7a aussi. <\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous somme tr\u00e8s honor\u00e9s d&rsquo;accueillir pour l&rsquo;\u00e9t\u00e9 une s\u00e9rie de Guillaume Vissac intitul\u00e9 t. 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