{"id":3434,"date":"2016-09-01T05:00:58","date_gmt":"2016-09-01T04:00:58","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=3434"},"modified":"2023-04-16T15:10:58","modified_gmt":"2023-04-16T14:10:58","slug":"guillaume-vissac-t-07","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/guillaume-vissac-t-07\/","title":{"rendered":"Guillaume Vissac \u2022 t  \u2022 07"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Nous somme tr\u00e8s honor\u00e9s d&rsquo;accueillir pour l&rsquo;\u00e9t\u00e9 une s\u00e9rie de Guillaume Vissac intitul\u00e9 <em>t<\/em>. Guillaume Vissac est <a href=\"http:\/\/librairie.publie.net\/fr\/list\/rechercher\/page\/1\/date?q=vissac\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">auteur<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.publie.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00e9diteur<\/a>. Il est l&rsquo;une des valeurs s\u00fbres de la litt\u00e9rature \u00e0 venir. Il publie ses textes ainsi que son journal et une traduction quotidienne d&rsquo;<em>Ulysse<\/em> de Joyce sur son site <a href=\"http:\/\/fuirestunepulsion.net\/spip.php?page=sommaire\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Fuir est une pulsion<\/a>.<br \/>\nA suivre tous les jeudis.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><em>une girafe<\/em><\/h1>\n<h2>Oui, un m\u00f4me affam\u00e9, il a dit, se transforme en animal quand il meurt. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on raconte. Personne n&rsquo;a demand\u00e9 qui racontait ce genre de trucs, on s&rsquo;est juste rapproch\u00e9 de lui seul pour savoir, d&rsquo;abord, quel genre d&rsquo;animal on devenait, et ensuite si nous on pouvait encore se consid\u00e9rer comme des m\u00f4mes. La faim c&rsquo;\u00e9tait une autre question. N&rsquo;importe quel animal, il a dit, puis il a dit je sais pas. C&rsquo;\u00e9tait pas une question d&rsquo;\u00e2ge, c&rsquo;\u00e9tait autre chose, mais on saura pas quoi. Quelqu&rsquo;un dans mon dos dit qu&rsquo;elle peut pr\u00e9parer un truc, un truc simple, un truc faux. Ce sera pas conforme \u00e0 la recette, voil\u00e0 tout. La plupart d&rsquo;entre nous, on \u00e9tait intrigu\u00e9 par l&#8217;emploi du mot faux. Quand elle dira qu&rsquo;elle peut pr\u00e9parer une fausse raclette, d&rsquo;autres buteront sur le mot raclette. Il fallait expliquer. Nous n&rsquo;avons pas tous la m\u00eame langue. Lui parle avec les yeux. Moi je dis le fran\u00e7ais. Elle est slov\u00e8ne. Il est turc. Ils sont couverts de boue \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 je les vois. On a de la parole en trop qui cr\u00e9e des d\u00e9p\u00f4ts blancs aux l\u00e8vres. Tu parles anglais avec un accent fauve. Moi pas. Quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre : je crois pas que ce soit une question d&rsquo;\u00e2ge, moi. Je crois que c&rsquo;est une histoire propre \u00e0 nous-m\u00eames. Certains parmi nous le seraient, m\u00f4mes, et d&rsquo;autres plus jeunes que nous ne le seraient pas. Tout ce qu&rsquo;il me faut, elle dira, c&rsquo;est des patates, du fromage et puis un micro-ondes. N&rsquo;importe quel fromage ? N&rsquo;importe quel fromage. C&rsquo;est de l\u00e0 que venait le mot faux. Le truc, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de micro-ondes ici. Pas besoin de chercher dans tout le b\u00e2timent pour comprendre. Au mieux, un grill dans un four, un four encore en \u00e9tat de marche des ann\u00e9es apr\u00e8s ses derni\u00e8res heures d&rsquo;asservissement par l&rsquo;Homme. C&rsquo;\u00e9tait bien \u00e7a aussi. Que les machines s&rsquo;enfoncent dans le sommeil et le repos de leur plein gr\u00e9. On n&rsquo;a pas besoin des machines pour \u00e7a, a dit quelqu&rsquo;un. \u00c7a rendra le mot faux encore plus pr\u00e9gnant. On me demande ce que j&rsquo;aimerais \u00eatre comme animal une fois que je serai mort de faim. En admettant, je veux dire. J&rsquo;aimais bien les girafes, mais il n&rsquo;y a pas de girafes ici. Et si les scarab\u00e9es vivaient plus longtemps qu&rsquo;eux, \u00e0 cause de leurs d\u00e9fenses que je trouvais belles et \u00e9mouvantes, j&rsquo;aurais r\u00e9pondu \u00e7a. Finalement, des patates, on n&rsquo;en a pas trouv\u00e9es. Celle qui parlait de faire une fausse raclette a trouv\u00e9 autre chose que des patates. C&rsquo;\u00e9tait soit des radis soit des betteraves, on n&rsquo;avait pas r\u00e9ussi \u00e0 trancher. C&rsquo;\u00e9tait encore plus faux comme \u00e7a. Personne n&rsquo;est mort de faim. On a juste compar\u00e9 nos b\u00eates ensemble, nos b\u00eates pour les temps \u00e0 venir au-del\u00e0 la faim. La nuit tombera bleue au fond d&rsquo;un reflet flou, \u00e0 la fen\u00eatre. Un peu de froid retombe. Tu as dormi la t\u00eate mise \u00e0 la place d&rsquo;un peu de peau que j&rsquo;ai. Les os nous tireront dessus \u00e0 l&rsquo;aube mais l&rsquo;aube est une boucherie am\u00e8re qui n&rsquo;a pas vent de nous. Il suffisait qu&rsquo;un seul de nous tire de lui-m\u00eame ou d&rsquo;elle la force de tenir encore ses yeux ouverts pour nous pr\u00e9venir du lendemain. Je vais m&rsquo;astreindre \u00e0 \u00e7a. Je les scrute endormis. Je leur fais donc des masques de leur b\u00eate en dormant. Des masques de mes gestes et mots. Des articulations de bouches et de l\u00e8vres sans son. Des bris de salive nue \u00e0 la cr\u00eate de la langue. Des bulles de \u00e7a \u00e9closant \u00e0 l&rsquo;aigu pendant que je les mime. La lueur de la nuit, c&rsquo;est pas l&rsquo;obscurit\u00e9 c&rsquo;est le d\u00e9s\u00e9quilibre entre les ombres et les nappes noires de ce qu&rsquo;on peine \u00e0 reconna\u00eetre. Je regarderai longtemps les formes se d\u00e9faire autour de nous. L&rsquo;humeur des vitres ruisselantes. La mousse rouge qui mord au mur. Des filaments fragiles saillants \u00e0 la jonction des sols. Le bois des meubles courbe et de l&rsquo;acier rouill\u00e9 mis \u00e0 genoux. Au milieu de tout \u00e7a, des mar\u00e9es de thorax et de cages thoraciques et le son de leur souffle et, parfois, de leurs estomacs gourds ou tordus sur eux-m\u00eames.<\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous somme tr\u00e8s honor\u00e9s d&rsquo;accueillir pour l&rsquo;\u00e9t\u00e9 une s\u00e9rie de Guillaume Vissac intitul\u00e9 t. Guillaume Vissac est auteur et \u00e9diteur. Il est l&rsquo;une des valeurs s\u00fbres de la litt\u00e9rature \u00e0 venir. Il publie ses textes ainsi que son journal et une traduction quotidienne d&rsquo;Ulysse de Joyce sur son site Fuir est une pulsion. 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