{"id":3344,"date":"2016-01-27T10:33:44","date_gmt":"2016-01-27T09:33:44","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=3344"},"modified":"2018-10-13T16:28:23","modified_gmt":"2018-10-13T15:28:23","slug":"augustin-berque-chora-01","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-01\/","title":{"rendered":"Augustin Berque \u2022 Ch\u00f4ra {1\/3}"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Nous publions un texte d&rsquo;Augustin Berque, que nous remercions ici, qui explicite la notion de \u00ab\u00a0<em>ch\u00f4ra<\/em>\u00a0\u00bb apparue chez Platon et que la modernit\u00e9 a toujours rel\u00e9gu\u00e9e ou r\u00e9fut\u00e9e ; ce concept anomal pourrait pourtant permettre de nourrir la r\u00e9flexion autour d&rsquo;une ontologie que les enjeux politiques, \u00e9cologiques et \u00e9thiques du moment appellent urgemment. Une version de ce texte a paru dans Thierry Paquot et Chris Youn\u00e8s, dir., <em>Espace et lieu dans la pens\u00e9e occidentale de Platon \u00e0 Nietzsche<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2012, p. 13-27. Nous remercions \u00e9galement ces auteurs et l&rsquo;\u00e9diteur.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<font size=\"1\"><strong>Nota<\/strong> le texte est divis\u00e9 en trois parts : <strong>1<\/strong> \u2022 <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-02\">2<\/a> \u2022\u00a0<a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-03\">3<\/a><\/font><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h3>1. Comment disait-on \u00ab espace \u00bb en grec ancien ?<\/h3>\n<p>Le petit dictionnaire fran\u00e7ais-grec de chez Hatier, classant en cinq les acceptions du mot fran\u00e7ais espace, en donne les \u00e9quivalents suivants pour le grec ancien : 1\u00b0 en philosophie, comme \u00e9tendue ind\u00e9finie : <em>chaos<\/em>, <em>kenon<\/em> ; 2\u00b0 comme \u00e9tendue limit\u00e9e ou occup\u00e9e par les corps : <em>topos<\/em>, <em>choros<\/em>, <em>chorion<\/em> ; 3\u00b0 comme intervalle : <em>metaxu<\/em>, <em>metaxu<\/em> <em>topos<\/em>, <em>meson<\/em> ; 4\u00b0 comme air, atmosph\u00e8re : <em>mete\u00f4ros<\/em> ; 5\u00b0 comme \u00e9tendue de temps : <em>chronos<\/em>. En grec moderne, nous retrouvons <em>ch\u00f4ros<\/em> dans le petit lexique bilingue de Haractidi. C\u2019est donc ce mot qui, sur le long terme, semble avoir \u00e9t\u00e9 le plus proche d\u2019espace. Pour le grec ancien, le dictionnaire grec-fran\u00e7ais de <em>Bailly<\/em> en donne les d\u00e9finitions suivantes : \u00ab espace, d\u2019o\u00f9 1. intervalle entre des objets isol\u00e9s \u2016 2. emplacement d\u00e9termin\u00e9, lieu limit\u00e9 ; le lieu, le pays que voici \u2016 3. pays, r\u00e9gion, contr\u00e9e ; territoire d\u2019une ville \u2016 4. espace de la campagne, campagne, par opposition \u00e0 la ville ; bien de campagne, fonds de terre \u00bb. <\/p>\n<p>Au demeurant, <em>ch\u00f4ros<\/em> n\u2019occupe dans le Bailly qu\u2019un d\u00e9veloppement d\u2019une trentaine de lignes ; ce qui est peu en comparaison de son homologue et semble-t-il quasi synonyme f\u00e9minin <em>ch\u00f4ra<\/em>, lequel a droit dans le Bailly \u00e0 pr\u00e8s de cent lignes. Pourquoi cette diff\u00e9rence, alors que ce mot de <em>ch\u00f4ra<\/em> ne figure m\u00eame pas dans la liste qui pr\u00e9c\u00e8de ? L\u2019une des raisons pourrait en \u00eatre le statut philosophique que, depuis Platon, semble avoir eu <em>ch\u00f4ra<\/em>. C\u2019est en effet ce mot-l\u00e0 que l\u2019on a tenu g\u00e9n\u00e9ralement pour ce qui, dans la pens\u00e9e grecque, se rapprocherait le plus de notre notion d\u2019espace. Tel est le cas de Heidegger, dans son <em>Introduction \u00e0 la m\u00e9taphysique<sup class='footnote'><a href='https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-01\/#fn-3344-1' id='fnref-3344-1' onclick='return fdfootnote_show(3344)'>1<\/a><\/sup><\/em>  ; lequel, tout en affirmant que les Grecs ne poss\u00e9daient pas un tel concept, au sens moderne de pure vacuit\u00e9 pr\u00e9existant aux corps, en voit l\u2019origine dans la <em>ch\u00f4ra<\/em> platonicienne. Or, selon Alain Boutot<sup class='footnote'><a href='https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-01\/#fn-3344-2' id='fnref-3344-2' onclick='return fdfootnote_show(3344)'>2<\/a><\/sup>, Heidegger aurait l\u00e0 commis un contresens. <\/p>\n<p>L\u2019un des points que nous t\u00e2cherons ici d\u2019\u00e9claircir, ce sera justement la possibilit\u00e9 ou l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019un tel rapprochement : peut-on, ou non, tenir la <em>ch\u00f4ra<\/em> pour l\u2019\u00e9quivalent de notre espace ? Pour un Gilles-Gaston Granger<sup class='footnote'><a href='https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-01\/#fn-3344-3' id='fnref-3344-3' onclick='return fdfootnote_show(3344)'>3<\/a><\/sup>, l\u2019espace qu\u2019implique la g\u00e9om\u00e9trie euclidienne est bien de m\u00eame nature que celui du paradigme occidental moderne classique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019espace de Newton : un absolu homog\u00e8ne, isotrope et infini ; mais impliquer, ce n\u2019est pas concevoir, et encore moins nommer. Cet espace-l\u00e0, Euclide n\u2019en dit rien, et sa g\u00e9om\u00e9trie ne nous en livre pas le concept. <\/p>\n<p>Le point de vue, ici, sera l\u2019inverse de celui de Granger : non pas d\u00e9duire, en termes modernes, un espace implicite dans un propos ancien, mais s\u2019attacher au contraire \u00e0 saisir le sens que pouvait avoir, dans son contexte propre, un mot explicitement utilis\u00e9 par un auteur ancien. Cet auteur, c\u2019est Platon, le p\u00e8re de notre philosophie ; et le mot en question, <em>ch\u00f4ra<\/em> (\u03c7\u03ce\u03c1\u03b1), il l\u2019utilise et le commente dans le <em>Tim\u00e9e<\/em> (\u0422\u0406\u041c\u0410\u0406\u041e\u03a3), son \u0153uvre la plus embl\u00e9matique \u2013 c\u2019est le livre que, sous les traits de L\u00e9onard de Vinci, il tient \u00e0 la main au centre de la fresque l\u2019\u00c9cole d\u2019Ath\u00e8nes, que Rapha\u00ebl peignit sur l\u2019un des quatre murs de la \u00ab  Chambre de la Signature \u00bb, dans le palais de Jules II au Vatican, pour repr\u00e9senter la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 par la philosophie. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2. Le Tim\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui, le contexte premier de la notion de <em>ch\u00f4ra<\/em>, c\u2019est bien entendu le texte du Tim\u00e9e. Celui-ci est l\u2019une des derni\u00e8res \u0153uvres de Platon (424-348 a.C.), qui l\u2019aurait \u00e9crite une dizaine d\u2019ann\u00e9es avant sa mort, donc d\u00e9j\u00e0 sexag\u00e9naire. Le <em>Tim\u00e9e<\/em> tient son titre du nom de l\u2019un des deux personnages d\u2019un dialogue avec Socrate \u2013 plus exactement d\u2019un trialogue, car un troisi\u00e8me personnage, Critias, y intervient aussi \u2013, mais c\u2019est avant tout un long expos\u00e9, fait par Tim\u00e9e, sur l\u2019origine du monde (le <em>kosmos<\/em>) et sa composition. Les deux vont ensemble, dans un arrangement rationnel ; c\u2019est-\u00e0-dire que le Tim\u00e9e, plut\u00f4t qu\u2019une cosmo<em>gonie<\/em> (un r\u00e9cit, \u00e0 tendance mythique, de l\u2019origine du monde), est une cosmo<em>logie<\/em> (une \u00e9tude, \u00e0 tendance scientifique, de la formation du monde). C\u2019est en m\u00eame temps une ontologie, car cette origine des \u00eatres est aussi une th\u00e9orie de l\u2019\u00eatre \u2013 une m\u00e9taphysique. En somme, dans le <em>Tim\u00e9e<\/em>, Platon expose, par la bouche de Tim\u00e9e, une ontocosmologie, que l\u2019on peut tenir pour l\u2019essentiel de sa pens\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa pleine maturit\u00e9. C\u2019est ce qui explique l\u2019importance attach\u00e9e \u00e0 cette \u0153uvre par la post\u00e9rit\u00e9 philosophique, d\u2019Aristote \u00e0 Derrida.<\/p>\n<p>S\u2019agissant de l\u2019espace et du lieu, les deux mots qui y correspondent dans le texte platonicien sont <em>topos<\/em> (\u03c4\u03cc\u03c0\u03bf\u03c2) et <em>ch\u00f4ra<\/em>. Jean-Fran\u00e7ois Pradeau, qui s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 une minutieuse analyse de l\u2019emploi de ces deux termes dans le <em>Tim\u00e9e<\/em>, conclut \u00e0 cet \u00e9gard :<\/p>\n<blockquote><p>La distinction des deux termes dans le <em>Tim\u00e9e<\/em> semble maintenant suffisamment claire. <em>Topos<\/em> d\u00e9signe toujours le lieu o\u00f9 se trouve, o\u00f9 est situ\u00e9 un corps. Et le lieu est indissociable de la constitution de ce corps, c\u2019est-\u00e0-dire aussi de son mouvement. Mais, quand Platon explique que chaque r\u00e9alit\u00e9 sensible poss\u00e8de par d\u00e9finition une place, une place propre quand elle y exerce sa fonction et y conserve sa nature, alors il utilise le terme <em>ch\u00f4ra<\/em>. De <em>topos<\/em> \u00e0 <em>ch\u00f4ra<\/em>, on passe ainsi de l\u2019explication et de la description physiques au postulat et \u00e0 la d\u00e9finition de la r\u00e9alit\u00e9 sensible. [\u2026] On distingue ainsi le lieu physique relatif de la propri\u00e9t\u00e9 ontologique qui fonde cette localisation. Afin d\u2019exprimer cette n\u00e9cessaire localisation des corps, Platon a recours au terme de <em>ch\u00f4ra<\/em>, qui signifie justement <em>l\u2019appartenance d\u2019une extension limit\u00e9e et d\u00e9finie \u00e0 un sujet<\/em> (qu\u2019il s\u2019agisse du territoire de la cit\u00e9, ou de la place d\u2019une chose<sup class='footnote'><a href='https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-01\/#fn-3344-4' id='fnref-3344-4' onclick='return fdfootnote_show(3344)'>4<\/a><\/sup>).<\/p><\/blockquote>\n<p>En somme, dans le texte du <em>Tim\u00e9e<\/em>, topos correspondrait \u00e0 la question banalement factuelle : \u00ab o\u00f9 est-ce ? \u00bb, tandis que <em>ch\u00f4ra<\/em> correspondrait \u00e0 une question beaucoup plus complexe, et ontologiquement plus profonde : \u00ab pourquoi donc cet o\u00f9 ? \u00bb. De fait, l\u2019ontocosmologie du <em>Tim\u00e9e<\/em> commente la notion de <em>ch\u00f4ra<\/em>, non celle de <em>topos<\/em> ; laquelle, au contraire, fera l\u2019objet d\u2019un questionnement tr\u00e8s pr\u00e9cis dans la Physique d\u2019Aristote. Nous ne nous occuperons donc ici que de la <em>ch\u00f4ra<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;  <\/p>\n<h3>3. Les divers sens du mot <em>ch\u00f4ra<\/em><\/h3>\n<p>Commen\u00e7ons par les acceptions qu\u2019en rel\u00e8ve le <em>Bailly<\/em> : \u00ab I. Espace de terre limit\u00e9 et occup\u00e9 par quelqu\u2019un ou par quelque chose ; particuli\u00e8rement : 1. espace de terre situ\u00e9 entre deux objets, intervalle : <em>oude ti poll\u00ea ch\u00f4r\u00ea messegus<\/em> (et il n\u2019y a pas un grand intervalle au milieu, Iliade, 23, 521) \u2016 2. emplacement, place : <em>olig\u00ea eni ch\u00f4r\u00ea<\/em> (dans un petit espace (<em>Iliade<\/em>, 17, 394) \u2016 3. place occup\u00e9e par une personne ou par une chose : place (qu\u2019occupe le ciel), lit (d\u2019un fleuve), place (des yeux), place (d\u2019une construction), (mettre en) place, (prendre sa) place, (\u00eatre \u00e0 une) place, (demeurer en repos, se tenir \u00e0 sa) place, (laisser en) place, (rester en) place, (changer de) place (en places), (c\u00e9der la) place (pour quelque chose)  \u2016 4. place marqu\u00e9e, rang, poste : (s\u2019asseoir \u00e0 sa) place, (s\u2019en aller \u00e0 sa) place ; particuli\u00e8rement place assign\u00e9e \u00e0 un soldat, poste : (occuper son) poste, (\u00eatre \u00e0 leur) poste, (tomber, mourir \u00e0 son) poste, (abandonner son) poste ; (\u00eatre repouss\u00e9 de, s\u2019\u00e9lancer de la) position qu\u2019on occupe, (avoir une) situation (honorable), (occuper les plus grandes) places ; (\u00eatre au) rang (des esclaves, d\u2019un mercenaire), (\u00eatre r\u00e9duit au) rang (des esclaves), (\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme rien, n\u2019avoir aucun) rang \u2016 II. Espace de pays, d\u2019o\u00f9 : 1. pays, contr\u00e9e, territoire : <em>h\u00ea ch\u00f4r\u00ea h\u00ea Attik\u00ea<\/em> (le territoire de l\u2019Attique, H\u00e9rodote, <em>Histoires<\/em>, 9, 13) ; absolument <em>h\u00ea ch\u00f4ra<\/em> (ou <em>h\u00ea ch\u00f4r\u00ea<\/em> dans le dialecte ionien) : l\u2019Attique ; patrie \u2016 2. sol, terre \u2016 3. campagne, par opposition \u00e0 la ville ; d\u2019o\u00f9 : bien de campagne \u00bb.<\/p>\n<p>Comme le souligne le classement adopt\u00e9 par le <em>Bailly<\/em>, nous avons donc l\u00e0, en sus de la notion d\u2019intervalle, deux familles de sens. Dans la premi\u00e8re, <em>ch\u00f4ra<\/em> signifie l\u2019espace ou le lieu attributifs d\u2019un \u00eatre quelconque, et ce en g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est-\u00e0-dire que cet attribut peut \u00eatre physique (localisable dans l\u2019\u00e9tendue) ou social (localisable parmi les r\u00f4les personnels). On \u00ab a \u00bb (<em>echei<\/em>) une certaine <em>ch\u00f4ra<\/em>, comme on peut \u00ab avoir \u00bb un certain v\u00eatement (<em>eima echein<\/em>), ou des cheveux blancs (<em>polias echein<\/em>), ou un casque en cuir de chien sur la t\u00eate (<em>kune\u00ean kephal\u00ea echein<\/em>), etc. ; attributs qui sont donc plus ou moins  dissociables de l\u2019\u00eatre \u2013 plus ou moins de l\u2019ordre du <em>ser<\/em> ou de celui de l\u2019<em>estar<\/em>, comme le distinguerait l\u2019espagnol. \u00ab \u00catre repouss\u00e9 de ses positions \u00bb, <em>ek ch\u00f4ras \u00f4theisthai<\/em>  (X\u00e9nophon, <em>Cyrop\u00e9die<\/em>, 7, 1, 36), c\u2019est plus accidentel et moins essentiel que d\u2019\u00ab \u00eatre nulle part \u00bb en <em>oudemia ch\u00f4ra einai<\/em> (X\u00e9nophon, <em>Anabase<\/em>, 5, 7, 28), i.e. d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme rien ; et \u00ab aller \u00e0 sa place \u00bb, <em>kata ch\u00f4ran parienai<\/em> (<em>Cyrop\u00e9die<\/em>, 1, 2, 4), c\u2019est plus casuel et moins destinal que de \u00ab mourir \u00e0 son poste \u00bb, <em>en ch\u00f4ra thanein<\/em> (X\u00e9nophon, <em>Hell\u00e9niques<\/em>, 4, 8, 39). Bref, en tant qu\u2019attribut d\u2019un \u00eatre, la valeur ontologique de la <em>ch\u00f4ra<\/em> semble variable.  <\/p>\n<p>Dans la seconde famille de sens qui nous importe ici, <em>ch\u00f4ra<\/em> devient quelque chose de beaucoup plus concret, singulier et pr\u00e9cis : c\u2019est la contr\u00e9e ou le territoire qui est propre \u00e0 une cit\u00e9-\u00c9tat (<em>polis<\/em>). C\u2019est nomm\u00e9ment la <em>ch\u00f4ra<\/em> d\u2019une certaine polis, comme l\u2019Attique l\u2019est pour Ath\u00e8nes, la B\u00e9otie pour Th\u00e8bes, la Laconie pour Sparte, etc. Plus sp\u00e9cialement encore, c\u2019est la partie rurale de ce territoire, celle qui se trouve en dehors des remparts de l\u2019<em>astu<\/em> (la ville proprement dite), et en de\u00e7\u00e0 des confins inhabit\u00e9s, les <em>eschatiai<\/em> qui, en Gr\u00e8ce, sont g\u00e9n\u00e9ralement les montagnes sauvages marquant la fronti\u00e8re entre deux cit\u00e9s. En somme, c\u2019est la campagne qui, r\u00f4le indispensable, fournit ses subsistances \u00e0 la polis, dont elle fait structurellement partie.<\/p>\n<p>En outre, comme l\u2019a mis en lumi\u00e8re un article fameux d\u2019\u00c9mile Benveniste<sup class='footnote'><a href='https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-01\/#fn-3344-5' id='fnref-3344-5' onclick='return fdfootnote_show(3344)'>5<\/a><\/sup>, contrairement au couple latin <em>civis<\/em> (citoyen) \/ <em>civitas<\/em> (cit\u00e9), o\u00f9 le terme primaire est <em>civis<\/em>, la <em>civitas<\/em> d\u00e9coulant de l\u2019association des cives, dans le couple grec correspondant <em>polit\u00eas<\/em> \/ <em>polis<\/em>, c\u2019est au contraire polis qui est le terme primaire et qui donc d\u00e9termine l\u2019existence du citoyen (<em>polit\u00eas<\/em>), c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019homme grec paradigmatique tel que P\u00e9ricl\u00e8s ou Platon.<\/p>\n<p>Il s\u2019ensuit que, pour de tels \u00eatres humains, la notion de <em>ch\u00f4ra<\/em> devait \u00eatre empreinte de connotations existentielles et vitales, dont il nous faudra tenir compte, herm\u00e9neutiquement, dans le propos du <em>Tim\u00e9e<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<font size=\"1\"><strong>To be continued ou pas<\/strong> <strong>1<\/strong> \u2022 <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-02\">2<\/a> \u2022 <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/augustin-berque-chora-03\">3<\/a><\/font><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous publions un texte d&rsquo;Augustin Berque, que nous remercions ici, qui explicite la notion de \u00ab\u00a0ch\u00f4ra\u00a0\u00bb apparue chez Platon et que la modernit\u00e9 a toujours rel\u00e9gu\u00e9e ou r\u00e9fut\u00e9e ; ce concept anomal pourrait pourtant permettre de nourrir la r\u00e9flexion autour d&rsquo;une ontologie que les enjeux politiques, \u00e9cologiques et \u00e9thiques du moment appellent urgemment. 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