{"id":2296,"date":"2013-12-16T10:18:16","date_gmt":"2013-12-16T09:18:16","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=2296"},"modified":"2013-12-16T11:27:18","modified_gmt":"2013-12-16T10:27:18","slug":"lucie-taieb-au-lit-avec-mayrocker","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/lucie-taieb-au-lit-avec-mayrocker\/","title":{"rendered":"Lucie Ta\u00efeb \u2022\u00a0Au lit avec Mayr\u00f6cker"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/photo.jpg\" rel=\"lightbox[2296]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2303 alignleft\" alt=\"Lucie Ta\u00efeb\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/photo.jpg\" width=\"116\" height=\"116\" \/><\/a><\/p>\n<p>Lucie Ta\u00efeb \u00e9crit et traduit.<br \/>\nTextes en revues : <em>remue.net<\/em>, <em>l&rsquo;intranquille<\/em>, <em>retors.net<\/em>, <em>aka<\/em><br \/>\nOuvrages : <em>Groite et dauche<\/em>, anthologie du po\u00e8te autrichien Ernst Jandl en 2011 \u00e0 l&rsquo;Atelier de l&rsquo;Agneau ; <em>Tout aura br\u00fbl\u00e9<\/em>, en 2013 aux Inaper\u00e7us<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est souvent tard lorsque je commence \u00e0 traduire. Lorsque la journ\u00e9e est finie, avec ses multiples exigences. Le plus souvent je me mets au lit avec mon ordinateur, et avec le livre que je traduis depuis plus d\u2019un an d\u00e9sormais\u00a0: <em>ich sitze nur GRAUSAM da<\/em>, de Friederike Mayr\u00f6cker. C\u2019est la troisi\u00e8me ou quatri\u00e8me partie du jour qui commence, et elle s\u2019intitule\u00a0: \u00ab\u00a0au lit avec Mayr\u00f6cker\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le travail de traduction commence avec les yeux. Quelques pages lues, puis d\u00e9frichage lexical, car l\u2019allemand de Friederike Mayr\u00f6cker est particuli\u00e8rement recherch\u00e9, avec des noms de fleurs \u00e0 foison (tussilage, foug\u00e8res arborescentes, scabieuses, digitales, gla\u00efeuls, iris, myosotis, bourrache, pens\u00e9es). Avec les yeux et avec la main (droite), qui souligne annote, fl\u00e8che. Une fois le passage lu plusieurs fois, les mots manquants trouv\u00e9s, je traduis un peu dans ma t\u00eate. Et \u00e0 un moment donn\u00e9, je m\u2019y mets, je prends le texte et le passe en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Quelques jours, parfois quelques semaines plus tard, ce m\u00eame passage, je le traduis avec la bouche. Je le lis \u00e0 voix haute, je l\u2019\u00e9coute, je le passe dans mon souffle, j\u2019entends alors ce que je n\u2019entendais pas avant. J\u2019imprime, je supprime, je r\u00e9\u00e9cris. Et relis. Et r\u00e9\u00e9coute. Et relis encore. Il reste toujours des choses en suspens. Je les garde pour plus tard. Je n\u2019ai pas vraiment envie de finir, m\u00eame s\u2019il le faut.<\/p>\n<p>Tout cela, c\u2019est ma routine.<\/p>\n<p>Je ne suis pas du genre exclusive. Si je gagnais ma vie en traduisant, je pourrais probablement traduire autre chose que la tr\u00e8s belle et extraordinaire prose de Friederike Mayr\u00f6cker. Mais je ne traduirais pas au lit. Il y a l\u00e0 une intimit\u00e9, et, pour dire les choses simplement (comme elles sont)\u00a0: un amour. J\u2019aime l\u2019\u00e9criture de Friederike Mayr\u00f6cker. Ernst Jandl, que j\u2019ai traduit avant elle, m\u2019a occup\u00e9e des apr\u00e8s-midis enti\u00e8res, \u00e0 chercher en fran\u00e7ais des \u00e9quivalents acceptables pour ses mille d\u00e9placements et jeux sonores. Mais Mayr\u00f6cker, c\u2019est une rencontre.<\/p>\n<p>Quelques semaines apr\u00e8s avoir commenc\u00e9 \u00e0 traduire, j\u2019ai fait un r\u00eave de fleurs. J\u2019ai vu en r\u00eave ce que Mayr\u00f6cker avait vu elle-m\u00eame avant de le d\u00e9crire. Et dans mon r\u00eave je me suis dit\u00a0: je vais prendre ce massif de fleurs en photo, ainsi je traduirai, le livre \u00e0 ma gauche, la photo \u00e0 ma droite, et, regardant tant\u00f4t l\u2019un, tant\u00f4t l\u2019autre, je d\u00e9roulerai au milieu le texte fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>La photo est toujours manquante, naturellement, mais quel r\u00eave merveilleux.<br \/>\nLorsque j\u2019ai fini de travailler \u00e0 traduire Mayr\u00f6cker, ou un peu avant de commencer \u00e0 m\u2019y mettre, ou parfois pendant, j\u2019\u00e9cris pour moi. J\u2019\u00e9cris avec mes mains, avec mes yeux, avec ma bouche. J\u2019\u00e9cris avec Mayr\u00f6cker, car j\u2019\u00e9cris avec ceux que j\u2019aime. J\u2019\u00e9cris, surtout, d\u00e9livr\u00e9e du poids du doute, de la question de la valeur, du souci de la reconnaissance. En compagnie de cette femme tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e (et de quelques autres) qui voue v\u00e9ritablement sa vie \u00e0 l\u2019\u00e9criture, dans son appartement de Vienne, se l\u00e8ve tous les jours \u00e0 quatre heures du matin, et dans une sorte d\u2019acc\u00e8s ou d\u2019extase, passe les toutes premi\u00e8res heures du jour \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p><em>notre lit est notre bureau, dis-je, c\u2019est ici qu\u2019on dort qu\u2019on \u00e9crit<\/em><br \/>\n(extrait de <em>CRUELLEMENT l\u00e0<\/em>, traduction en cours, \u00e0 para\u00eetre en 2014 \u00e0 l\u2019Atelier de l\u2019Agneau)<\/p>\n<hr \/>\n<p>\u00a9 \u2014\u00a02013, Lucie Ta\u00efeb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lucie Ta\u00efeb \u00e9crit et traduit. 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