{"id":2252,"date":"2013-12-18T17:47:04","date_gmt":"2013-12-18T16:47:04","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=2252"},"modified":"2014-06-03T08:43:42","modified_gmt":"2014-06-03T07:43:42","slug":"anna-de-sandre-apres-le-chemin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/anna-de-sandre-apres-le-chemin\/","title":{"rendered":"Anna de Sandre \u2022 Apr\u00e8s le chemin"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/anna_de_sandre.jpg\" rel=\"lightbox[2252]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-2032 alignleft\" alt=\"anna_de_sandre\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/anna_de_sandre-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>Anna de Sandre a une pr\u00e9dilection pour la forme br\u00e8ve ; elle \u00e9crit principalement des nouvelles (\u2018Le parapluie rouge\u2019, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions In-8) et de la po\u00e9sie (\u2018Un r\u00e9gal d&rsquo;herbes mouill\u00e9es\u2019, aux Carnets des Desserts de Lune), et ponctuellement des romans et des histoires pour la jeunesse (\u2018Iris et l&rsquo;escalier\u2019, Gallimard). La plupart de ses textes sont publi\u00e9s dans divers recueils collectifs ou revues. Ses textes sont visibles sur son site <a href=\"http:\/\/biffureschroniquesads.wordpress.com\/\" target=\"_blank\">Biffures Chroniques<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un glacis de quatre nuits troue les orties que je fr\u00f4le en d\u00e9valant le chemin des Vieux Lavoirs. Des \u00e9glantiers ensevelis \u00e9voquent les formes de gros p\u00e9nitents blancs, et les gratte-culs rouges \u00e0 point noir qui s\u2019en \u00e9chappent me regardent avec m\u00e9pris. Mille yeux s\u00e9v\u00e8res, mais ce n\u2019est pas ce qui h\u00e2te mon pas. Je l\u00e8ve haut les jambes et mes traces sont des trous moyennement profonds, assez en tout cas pour que la neige entre par le haut de mes bottes et g\u00e8le mes mollets puis le dessous de mes talons. J\u2019aurais pu y glisser des feuilles de journal roul\u00e9es. J\u2019aurais pu aussi m\u2019habiller sous le manteau que j\u2019ai jet\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te sur mon pyjama. Mon c\u0153ur va p\u00e9ter et ce n\u2019est pas \u00e0 cause des bouff\u00e9es glac\u00e9es que j\u2019avale en courant presque. Je ne prends pas le temps de souffler longuement et je masse la douleur qui d\u00e9marre ses coups de lance du c\u00f4t\u00e9 droit. Des geais et des m\u00e9sanges trifouillent sous les buissons et un petit tas blanc surmonte leur bec, comme une mousse autour des l\u00e8vres d\u2019un gourmand sauf qu&rsquo;ils n\u2019ont pas de quoi manger. Et \u00e7a m\u2019est \u00e9gal. Je me fiche de ces piafs et de ce mime de Barnum, des gens que je croise et qu\u2019\u00e9tonne mon accoutrement quand hier encore je leur souriais dans une tenue sobre et impeccable. Du d\u00e9sordre des voitures sur le parking de la sup\u00e9rette, des plantes malingres \u00e9tal\u00e9es devant le magasin du p\u00e8re Laforgue qui fermera ses portes dans quelques jours, et des papiers gras et des canettes jet\u00e9s cette nuit par les jeunes cons d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s du lyc\u00e9e Fournier contre le mur des maisons &#8211; qui abritent des vies qui peuvent crever sans qu\u2019aujourd\u2019hui cela m\u2019inqui\u00e8te ou me soulage -.<\/p>\n<p>Je connais ce chemin et puis apr\u00e8s le virage \u00e0 gauche. Je ne salue pas les Humbert. Mon \u00e9lan t\u00eate baiss\u00e9e les intrigue et ils jaseront avec le buraliste apr\u00e8s la promenade du chien et l&rsquo;accompagnement de leur fils \u00e0 l\u2019\u00e9cole. C\u2019est la loi de Murphy et je la laisse me plier les \u00e9paules et frapper mon ventre au creux de ma trouille. Le village s\u2019\u00e9veille en couche-tard apr\u00e8s les f\u00eates qui ont martel\u00e9 son pav\u00e9 et sali les trottoirs devant ses porches, et pourtant ce matin ils semblent s\u2019\u00eatre tous donn\u00e9 rendez-vous sur mon chemin, celui qui me para\u00eet \u00e0 pr\u00e9sent interminable alors que je ne l\u2019ai jamais descendu \u00e0 cette vitesse auparavant, alors que j\u2019ai horreur de marcher vite et que la derni\u00e8re fois que je me suis press\u00e9e, j\u2019\u00e9tais dans une ancienne d\u00e9cennie et accoutr\u00e9e autrement.<\/p>\n<p>Je tourne \u00e0 droite et m\u2019\u00e9loigne des trajets familiers pour arriver sur le territoire de Genevi\u00e8ve Lucas. Le portail est ouvert, bloqu\u00e9 par la neige, et c\u2019est moi qui imprime les premi\u00e8res empreintes jusqu\u2019\u00e0 son perron. Je gravis cinq marches (je ne sais pas pourquoi je les compte), et je sonne un coup bref m\u00eame si je n\u2019ai pas peur de la r\u00e9veiller. Pourquoi est-ce que je ne suis pas hors d\u2019haleine ?<\/p>\n<p>Un autre coup prolong\u00e9 et je colle ma bouche ouverte sur le bois gel\u00e9, je frappe les mains \u00e0 plat \u00e0 hauteur de mon visage et je crois que c\u2019est moi qui commence \u00e0 hurler \u2014 mais qu\u2019elle ferme sa gueule, c\u2019est qui cette hyst\u00e9rique ? (Je n&rsquo;ai pas reconnu mes propres hurlements).<\/p>\n<p>C&rsquo;est toi qui a r\u00e9pondu : \u00ab entre ! \u00bb et j\u2019attrape une poign\u00e9e grosse et ronde. Je la serre \u00e0 blanchir mes jointures. Je n\u2019ai pas le temps de la tourner, un haut-le-c\u0153ur me pr\u00e9cipite en bas de l\u2019escalier.<br \/>\nJe ne peux pas franchir le seuil de ton nouveau chez-toi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a9 Anna de Sandre, 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anna de Sandre a une pr\u00e9dilection pour la forme br\u00e8ve ; elle \u00e9crit principalement des nouvelles (\u2018Le parapluie rouge\u2019, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions In-8) et de la po\u00e9sie (\u2018Un r\u00e9gal d&rsquo;herbes mouill\u00e9es\u2019, aux Carnets des Desserts de Lune), et ponctuellement des romans et des histoires pour la jeunesse (\u2018Iris et l&rsquo;escalier\u2019, Gallimard). La plupart de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[467,172,68,60,61,62],"tags":[423],"class_list":["post-2252","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anna-de-sandre-nouvelles","category-feuilleton","category-fiction","category-format","category-genre","category-texte","tag-anna-de-sandre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2252","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2252"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2252\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2309,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2252\/revisions\/2309"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2252"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2252"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2252"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}