{"id":2251,"date":"2013-12-11T17:46:12","date_gmt":"2013-12-11T16:46:12","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=2251"},"modified":"2014-06-03T08:43:18","modified_gmt":"2014-06-03T07:43:18","slug":"anna-de-sandre-un-parfum-de-vieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/anna-de-sandre-un-parfum-de-vieux\/","title":{"rendered":"Anna de Sandre \u2022 Un parfum de vieux"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/anna_de_sandre.jpg\" rel=\"lightbox[2251]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-2032 alignleft\" alt=\"anna_de_sandre\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/anna_de_sandre-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>Anna de Sandre a une pr\u00e9dilection pour la forme br\u00e8ve ; elle \u00e9crit principalement des nouvelles (\u2018Le parapluie rouge\u2019, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions In-8) et de la po\u00e9sie (\u2018Un r\u00e9gal d&rsquo;herbes mouill\u00e9es\u2019, aux Carnets des Desserts de Lune), et ponctuellement des romans et des histoires pour la jeunesse (\u2018Iris et l&rsquo;escalier\u2019, Gallimard). La plupart de ses textes sont publi\u00e9s dans divers recueils collectifs ou revues. Ses textes sont visibles sur son site <a href=\"http:\/\/biffureschroniquesads.wordpress.com\/\" target=\"_blank\">Biffures Chroniques<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>Un visage termin\u00e9 par un menton pointu mais avec un rond plat lui donnant l\u2019air presque carr\u00e9, \u00e7a ferait bien son affaire. Une simple \u00e9paisseur de chair qui viendrait contrarier le trac\u00e9 droit dans la mousse \u00e0 raser. Une petite gueule vallonn\u00e9e tout en bas et pourquoi pas compliqu\u00e9e d\u2019une fossette virile comme chez ces enfoir\u00e9s de m\u00e2les Douglas.<\/p>\n<p>Le fragment de miroir ne refl\u00e8te pas l\u2019ensemble de sa figure mais le front, les yeux et la bouche, il peut les voir. D\u2019ailleurs il les regarde et \u00e7a ne lui pose pas de probl\u00e8me. C\u2019est quand il arrive au menton qu\u2019il se mettrait presque \u00e0 pleurer.<\/p>\n<p>Salut, Hepburn ! lui a lanc\u00e9 la vieille Chang-O l\u2019autre soir au r\u00e9fectoire, et tout le groupe a ri. Il reste un petit cercle de poils sous le lobe gauche, et aussi dans son cou. A son \u00e2ge il arrive encore \u00e0 faire ces gestes intimes et contraignants. C\u2019est une sorte de victoire d\u00e9sagr\u00e9able qui le maintient dans le clan des autonomes, lui prend un temps infini \u2013 luxe qu\u2019il s\u2019offre malgr\u00e9 la douleur dans ses mains \u2013, repousse l\u2019\u00e9ch\u00e9ance du troisi\u00e8me \u00e9tage o\u00f9 il n\u2019ira pas, et pour tout dire lui rappelle les ann\u00e9es du bleu, du vert et du m\u00e9tal, sa tenue d\u2019ouvrier, le Puy de D\u00f4me et l\u2019usine de ferronnerie o\u00f9 il a failli tr\u00e9passer (la barbe coinc\u00e9e dans la machine, sauv\u00e9 d\u2019un geste prompt avec les ciseaux de son multi-lames suisse). <\/p>\n<p>La vieille Chang-O, (que Saint Antoine retrouve son \u00e9ventail en ivoire), jamais elle ne voudra faire entrer dans sa chambre \u00e0 l\u2019insu du personnel un homme anguleux et sans poils autour de la bouche. C\u2019est comme \u00e7a, et elle lui a d\u00e9j\u00e0 dit de faire plut\u00f4t ses avances \u00e0 cette guenon de Marguerite.<\/p>\n<p>Jean apaise le feu du rasoir avec une pierre d\u2019alun humide et claque son cou deux fois, paume ouverte, \u00e0 gauche puis \u00e0 droite, pour s\u2019impr\u00e9gner d\u2019une eau orientale cendr\u00e9e, aux notes camphr\u00e9es.<\/p>\n<p>Le cabinet de toilette et la chambre ne sentent plus le m\u00e9dicament et la Javel. Chang-O va le rejoindre, c\u2019est s\u00fbr, et baiser ses l\u00e8vres avant de descendre le prendre dans sa bouche. Demain il rentrera \u00e0 la maison avec elle. Demain, enfin disons&#8230; apr\u00e8s-demain ou le jour encore d\u2019apr\u00e8s, Seigneur s\u2019il te pla\u00eet, j&rsquo;ai tout mon temps, je suis patient, le jour que Tu veux, nous serons d\u00e9j\u00e0 chez moi.<\/p>\n<p>Dans le sillage du parfum il s\u2019\u00e9tend sur le lit, et quand il pose les mains sur ses yeux, l\u2019\u00e9ventail de Chang-O ne tra\u00eene plus dans une orni\u00e8re \u00e0 la sortie d\u2019un ancien camp. Quand il les place le long de son corps, son fils est un bon petit et s\u2019occupe bien de lui. Quand sa respiration devient r\u00e9guli\u00e8re, il a surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019incendie de l\u2019usine.\f<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>\u00a9 Anna de Sandre, 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anna de Sandre a une pr\u00e9dilection pour la forme br\u00e8ve ; elle \u00e9crit principalement des nouvelles (\u2018Le parapluie rouge\u2019, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions In-8) et de la po\u00e9sie (\u2018Un r\u00e9gal d&rsquo;herbes mouill\u00e9es\u2019, aux Carnets des Desserts de Lune), et ponctuellement des romans et des histoires pour la jeunesse (\u2018Iris et l&rsquo;escalier\u2019, Gallimard). 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