{"id":225,"date":"2010-11-13T00:13:32","date_gmt":"2010-11-13T00:13:32","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=225"},"modified":"2011-10-30T13:35:18","modified_gmt":"2011-10-30T13:35:18","slug":"alain-subilia-un-singulier-collectif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/alain-subilia-un-singulier-collectif\/","title":{"rendered":"Alain Subilia | Un singulier collectif"},"content":{"rendered":"<p>Le g\u00e9n\u00e9ral instin est un sujet collectif singulier. Evoquons bri\u00e8vement la proximit\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral instin avec la figure d\u2019un totem et disons qu\u2019il est homme, visage d\u2019un homme, mais que, dans son passage \u00e0 l\u2019au-del\u00e0, il a sans doute perdu toute assignation \u00e0 un sexe et qu\u2019il est aujourd\u2019hui autant homme que femme, et ni l\u2019un ni l\u2019autre. Il se d\u00e9passe lui-m\u00eame et se place \u00e0 la jointure des temps.<\/p>\n<p>Tout en pr\u00e9servant <em>son originellit\u00e9 myst\u00e9rieuse<\/em>, il s\u2019ouvre aux multiplications et aux divisions, \u00e0 des formules alg\u00e9briques et musicales savantes et populaires. Il \u00ab\u00a0s\u2019attache\u00a0\u00bb \u00e0 tout ce qui fait transition et communique avec son fonds le plus ancien. Il se m\u00e9tamorphose instantan\u00e9ment. Il lui pousse de nombreux bras, d\u2019innombrables jambes et des infinit\u00e9s de t\u00eates. On peut y voir des descendances et des ascendances. C\u2019est une hydre. Il d\u00e9passe l\u2019humain pour rejoindre le transcendant et l\u2019immanent, pour rejoindre l\u2019infra-humain\u00a0: animal divin essence formule image ic\u00f4ne. Il ne parle pas haut et fort, mais bas et doucement. On ne sait si sa voix s\u2019\u00e9teint ou commence. Il n\u2019a pas encore rassembl\u00e9 sa mati\u00e8re. Il ne conna\u00eet pas sa raison d\u2019\u00eatre. Il s\u2019interroge sur sa pr\u00e9sence ici. Il se demande quoi. \u00ab\u00a0A qui ai-je l\u2019honneur\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Car parler du g\u00e9n\u00e9ral\u00a0revient forc\u00e9ment \u00e0 poser la question de sa d\u00e9finition, et \u00e0 dire instantan\u00e9ment que sa figure nous pose la question de sa d\u00e9finition et la question de ce qu\u2019est une d\u00e9finition, et \u00e0 dire en m\u00eame temps que sa figure enl\u00e8ve notre capacit\u00e9 \u00e0 le d\u00e9terminer ou \u00e0 le caract\u00e9riser une bonne fois pour toutes. C\u2019est m\u00eame son projet, sa raison d\u2019\u00eatre. C\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00eatre sans raison autre que celle qui est \u00e0 chercher au sujet de lui-m\u00eame et de son projet, nous ouvrant \u00e0 son \u00eatre ind\u00e9fini. Par cette incitation, et \u00e0 travers son invitation, le sujet constitue un appel auquel nous nous sentons convi\u00e9s et m\u00eame pourrait-on dire convoqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans son immense solitude, la figure ne pouvait demeurer seule, elle nous r\u00e9clamait, elle nous demandait. L\u2019exhumateur d\u2019instin lui-m\u00eame d\u00e8s le d\u00e9part se sentit convi\u00e9. Plus que convi\u00e9, interpell\u00e9. \u00ab\u00a0Que fais-tu l\u00e0, sur cette terre, toi aujourd\u2019hui que je regarde et qui me vois\u00a0?\u00a0\u00bb. Mais lui non plus ne pouvait demeurer seul avec cette pr\u00e9sence confuse, obscure, inconnue \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui, pressentant que cette pr\u00e9sence ne serait r\u00e9ellement pr\u00e9sence que par l\u2019\u00e9vocation qui pourrait en \u00eatre faite par d\u2019autres, et qu\u2019il lui fallait donc devenir figure collective si elle ne l\u2019\u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0, en filigrane, d\u00e8s <em>son apparition singuli\u00e8re,<\/em> comme une \u00e9nigme pos\u00e9e \u00e0 chacun de nous dans sa singularit\u00e9. Le g\u00e9n\u00e9ral dans son appel ne pouvait se satisfaire d\u2019\u00eatre une individualit\u00e9. Tout son \u00eatre exigeait dans sa question une r\u00e9ponse collective.<\/p>\n<p>Reprenant la phrase interrogative survenue d\u00e8s son apparition \u00ab\u00a0que fais-tu l\u00e0, sur cette terre, toi aujourd\u2019hui que je regarde et qui me vois\u00a0?\u00a0\u00bb, l\u2019appel pose la question de <em>notre pr\u00e9sence dans le pr\u00e9sent<\/em>, interrogeant pr\u00e9cis\u00e9ment le passage de la vie \u00e0 la mort et de la mort \u00e0 la vie dans le temps pr\u00e9sent. Car, rappelons-le, le g\u00e9n\u00e9ral est un mort, ne l\u2019oublions pas, le g\u00e9n\u00e9ral est un mort, mais c\u2019est un mort joyeux qui, par son souvenir et son absence surgissant ensemble, se situe entre la vie et la mort. Le myst\u00e8re de sa figure interroge le temps de l\u2019\u00eatre. Or l\u2019\u00eatre ou le devenir \u00eatre, dans son rapport \u00e0 lui-m\u00eame, ne sert \u00e0 rien et n\u2019a aucune finalit\u00e9 en dehors de la question de son passage sur la terre qui est son \u00eatre m\u00eame tout en \u00e9tant son devenir. Son rapport \u00e0 la mort et \u00e0 la vie avant la mort est son seul rapport. Cette joie.<\/p>\n<p>A cette question \u00ab\u00a0que fais-tu l\u00e0 sur cette terre\u00a0?\u00a0\u00bb, qu\u2019est-ce que peut r\u00e9pondre un collectif\u00a0? Un collectif peut-il r\u00e9pondre \u00e0 cette question\u00a0? Ce qui entra\u00eene les questions suivantes\u00a0: Comment peut y r\u00e9pondre un collectif\u00a0? Et qu\u2019est-ce que penser le collectif\u00a0? Et qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre un collectif\u00a0? Et qu\u2019est-ce que penser le rapport au collectif\u00a0? Et qu\u2019est-ce que poser la question du collectif d\u2019une mani\u00e8re singuli\u00e8re\u00a0? Qu\u2019est-ce que penser le collectif tout en \u00e9tant singulier c\u2019est-\u00e0-dire en partant non d\u2019une question g\u00e9n\u00e9rale mais de l\u2019apparition singuli\u00e8re d\u2019une figure ouverte posant ces questions\u00a0? Une figure peut-elle r\u00e9unir un collectif\u00a0? Et un collectif peut-il devenir une figure\u00a0? Un collectif peut-il r\u00e9pondre \u00e0 ces questions\u00a0? Comment r\u00e9pondre \u00e0 cet appel, \u00e0 cette question du collectif\u00a0? Est-ce possible\u00a0?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions il faut en revenir \u00e0 la figure interrogatrice de ce visage apparaissant et disparaissant qui en appelle l\u2019autre, le tout autre, l\u2019autre absolu dans son \u00eatre pr\u00e9sent au pr\u00e9sent m\u00eame d\u2019aujourd\u2019hui. Et l\u2019on voit bien qu\u2019y r\u00e9pondre de fa\u00e7on d\u00e9finitive serait refermer les questions que la figure dans son irr\u00e9solution nous invite \u00e0 maintenir ouvertes. La singularit\u00e9 propre, originelle, du g\u00e9n\u00e9ral instin est que les questions qu\u2019il pose ne peuvent jamais \u00eatre pens\u00e9es ou discut\u00e9es en vue d\u2019une finalit\u00e9 qui les r\u00e9soudrait mais d\u2019une prolif\u00e9ration ou d\u2019une continuelle progression ou irr\u00e9solution d\u2019elles-m\u00eames. Il y a dans ces questions la pens\u00e9e ferme que leur int\u00e9r\u00eat est qu\u2019il n\u2019y ait pas de r\u00e9ponse autre que leurs manifestations, appel \u00e0 les relancer sous leurs formes diverses. Mais comment r\u00e9pondre \u00e0 une question tout en n\u2019y r\u00e9pondant pas\u00a0? La manifestation de cette r\u00e9ponse est qu\u2019il n\u2019y aurait rien \u00e0 r\u00e9pondre mais seulement \u00e0 poser encore la question de l\u2019\u00eatre et de son devenir. Et le collectif serait la manifestation de cette r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>La question du collectif que le g\u00e9n\u00e9ral provoque ne peut \u00eatre pos\u00e9e que si elle est pos\u00e9e en des termes singuliers et ne peut s\u2019\u00e9noncer que parce qu\u2019elle s\u2019\u00e9nonce diff\u00e9remment pour chacun. Pas de voix d\u2019unisson mais, \u00e0 partir du lancer de la premi\u00e8re voix, tout de suite d\u2019autres voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent, se font entendre et rejoignent des voix enfouies ou enfuies\u2026 Qui chante l\u00e0\u00a0? Des voix qui perdent leurs noms dans l\u2019espace de leur chant mais qui trouvent leur chant dans l\u2019espace de leurs voix anonymes\u2026 Et c\u2019est dans cet am\u00e9nagement des voix multiples, originelles, qu\u2019appara\u00eet la figure, et aussi ce qui s\u2019en d\u00e9gage et ce qui la d\u00e9passe. A proprement parler le collectif. Ainsi, dans ce bond et ce jeu l\u00e9ger ouvrant la r\u00e9volution que nous pourrions incidemment faire sur nous-m\u00eames, dans ce passage qu\u2019est notre vie sur cette terre, au moment m\u00eame o\u00f9 nous abandonnons les pr\u00e9rogatives qui sont cens\u00e9es nous \u00eatre allou\u00e9es, ici se situe le point de d\u00e9part du collectif.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le g\u00e9n\u00e9ral instin est un sujet collectif singulier. 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