{"id":2169,"date":"2013-11-20T19:32:32","date_gmt":"2013-11-20T18:32:32","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=2169"},"modified":"2014-06-03T08:42:31","modified_gmt":"2014-06-03T07:42:31","slug":"anna-de-sandre-l-enceinte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/anna-de-sandre-l-enceinte\/","title":{"rendered":"Anna de Sandre \u2022 L&rsquo;enceinte"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/anna_de_sandre.jpg\" rel=\"lightbox[2169]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-2032 alignleft\" alt=\"anna_de_sandre\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/anna_de_sandre-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>Anna de Sandre a une pr\u00e9dilection pour la forme br\u00e8ve ; elle \u00e9crit principalement des nouvelles (\u2018Le parapluie rouge\u2019, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions In-8) et de la po\u00e9sie (\u2018Un r\u00e9gal d&rsquo;herbes mouill\u00e9es\u2019, aux Carnets des Desserts de Lune), et ponctuellement des romans et des histoires pour la jeunesse (\u2018Iris et l&rsquo;escalier\u2019, Gallimard). La plupart de ses textes sont publi\u00e9s dans divers recueils collectifs ou revues. Ses textes sont visibles sur son site <a href=\"http:\/\/biffureschroniquesads.wordpress.com\/\" target=\"_blank\">Biffures Chroniques<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Marthe m&rsquo;agace. Je pense que je le lui dirai un jour. Je ne fuis pas, je reviens toujours et elle n&rsquo;est jamais tant amoureuse qu&rsquo;au bord d&rsquo;un suppos\u00e9 drame. La derni\u00e8re fois qu&rsquo;on a couch\u00e9 c&rsquo;\u00e9tait silencieux et sans joie mais nous recommencerons tacitement parce que c&rsquo;est dans l&rsquo;ordre des choses.<\/p>\n<p>En m&rsquo;habillant pour sortir sa voix a tent\u00e9 de me cravater d&rsquo;un cri plaintif et elle m&rsquo;a dit que j&rsquo;\u00e9tais un fouteur de camp s\u00e9dentaire. Qu&rsquo;elle l&rsquo;acceptait parce que \u00e7a me faisait revenir dans ses draps. Elle a peut-\u00eatre raison et je n&rsquo;insisterai pas l\u00e0-dessus tellement j&rsquo;ai besoin qu&rsquo;elle ait le dernier mot pour ne pas me sentir \u00e9go\u00efste. Je ne sais pas si c&rsquo;est la certitude de la rabrouer bient\u00f4t mais aujourd&rsquo;hui je me sens pr\u00eat \u00e0 sortir sans bulle, je le sais dans mon ventre et les frissons de ma peau. Des papillons et des fourmis m&rsquo;habitent. Je suis une ville dans une ville.<\/p>\n<p>Les immeubles ce matin m&rsquo;inqui\u00e8tent moins que d&rsquo;ordinaire. Je ne sais pas pourquoi mais m\u00eame en pr\u00eatant l&rsquo;oreille j&rsquo;ai le sentiment qu&rsquo;ils absorbent les bruits comme les enceintes que j&rsquo;ai bourr\u00e9es de laine de mouton pour que le son ne rebondisse pas dans l&rsquo;auditorium. Je marche dans ma ville comme au milieu des lampes et des condensateurs de liaison de l&rsquo;ampli que j&rsquo;ouvre depuis quelques jours pour l&rsquo;am\u00e9liorer. Je soude des fils, je branche en parall\u00e8le, je fore des trous pour ajouter des interrupteurs et me passer du pr\u00e9ampli qui fait perdre du rendement et de la qualit\u00e9 \u00e0 cette merveille des ann\u00e9es soixante-dix acquise pour trois francs six sous au vide-grenier de Fontaine Lestang dimanche dernier, et marcher parmi les gens apaise enfin ma fr\u00e9n\u00e9sie. Elle est aussi belle qu&rsquo;un tuner, plus d\u00e9sirable qu&rsquo;un bo\u00eetier d&rsquo;abord vide que j&rsquo;ai garni peu \u00e0 peu des magies achet\u00e9es dans la revue des audiophiles et jusque l\u00e0 je ne m&rsquo;en \u00e9tais pas rendu compte.<\/p>\n<p>Marthe m&rsquo;affuble d&rsquo;une bulle pour domestiquer mes angoisses du dehors quand je ne peux plus \u00eatre dans le dedans des choses \u00e0 bricoler, alors que j&rsquo;ai besoin d&rsquo;une caisse de r\u00e9sonance, mais c&rsquo;est un quiproquo parmi tant d&rsquo;autres entre nous.<\/p>\n<p>Ma ville est l&rsquo;ampli dont je veux am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de son. Cette analogie m&rsquo;oxyg\u00e8ne tellement que ses toits m&rsquo;\u00e9voquent une canop\u00e9e et la trou\u00e9e bleue entre les barres du quartier commercial figure un lac quelque part dans le Montana o\u00f9 je nage de toutes mes forces pour lutter contre le froid et le courant, et surtout battre \u00e0 la course le pluvier argent\u00e9 aux aisselles noires qui file par dessus ma t\u00eate. La puret\u00e9 du son qu&rsquo;il \u00e9met en criant sa d\u00e9faite alors que je rejoins la rive \u00e9clate ma bulle et je crois d\u00e9visager les passants pour la premi\u00e8re fois. Je vais en reproduire l&rsquo;exacte qualit\u00e9 et il m&rsquo;est \u00e9gal que la foule que je traverse ne le sache pas.<\/p>\n<p>\u00a9 Anna de Sandre<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anna de Sandre a une pr\u00e9dilection pour la forme br\u00e8ve ; elle \u00e9crit principalement des nouvelles (\u2018Le parapluie rouge\u2019, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions In-8) et de la po\u00e9sie (\u2018Un r\u00e9gal d&rsquo;herbes mouill\u00e9es\u2019, aux Carnets des Desserts de Lune), et ponctuellement des romans et des histoires pour la jeunesse (\u2018Iris et l&rsquo;escalier\u2019, Gallimard). 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