{"id":2123,"date":"2013-11-19T06:27:32","date_gmt":"2013-11-19T05:27:32","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=2123"},"modified":"2014-06-03T08:41:19","modified_gmt":"2014-06-03T07:41:19","slug":"christophe-manon-extreme-et-lumineux-extraits-02","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/christophe-manon-extreme-et-lumineux-extraits-02\/","title":{"rendered":"Christophe Manon \u2022 Extr\u00eame et lumineux (extraits, 02)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/manon_brueghel-1-2.jpg\" rel=\"lightbox[2123]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2129 alignleft\" alt=\"manon_brueghel-1-2\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/manon_brueghel-1-2-145x300.jpg\" width=\"200\" height=\"414\" \/><\/a><br \/>\nChristophe Manon a publi\u00e9 une dizaine de livres parmi lesquels <em>Univerciel<\/em> (NOUS, 2009), <em>Qui vive<\/em> (Dernier t\u00e9l\u00e9gramme, 2010), <em>Testament, d\u2019apr\u00e8s Fran\u00e7ois Villon<\/em> (\u00e9ditions L\u00e9o Scheer, coll. LaureLi, 2011) et <em>Cache-cache<\/em> (Derri\u00e8re la salle de bain, 2012). Il a collabor\u00e9 \u00e0 de nombreuses revues et se produit r\u00e9guli\u00e8rement dans le cadre de lectures publiques. On le retrouve ainsi sur <a href=\"http:\/\/remue.net\/spip.php?rubrique442\" target=\"_blank\"><em>Remue.net<\/em><\/a>.<\/p>\n<p>\u00b6<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/christophe-manon-extreme-et-lumineux-extraits-01\">mir<\/a>, terroris\u00e9 par des assembl\u00e9es enti\u00e8res d\u2019\u00eatres repoussants, silhouettes cauchemardesques, chim\u00e8res horrifiques affal\u00e9es dans les recoins ou dissimul\u00e9es derri\u00e8res les rideaux dont les replis \u00e0 leur tour deviennent mena\u00e7ants, ombres fugitives s\u2019insinuant parmi les meubles et les objets, s\u2019immis\u00e7ant dans les plus petits interstices, s\u2019infiltrant jusque sous les couvertures, se m\u00e9tamorphosant en cr\u00e9atures monstrueuses et difformes, foules m\u00e9lancoliques de revenants aux contours indistincts, farandoles obsc\u00e8nes d\u2019immenses m\u00e9duses luminescentes flottant au-dessus de sa t\u00eate, colonies d\u2019\u00e9normes araign\u00e9es aux longues pattes velues attroup\u00e9es dans les plus sombres encoignures de la trop vaste maison dont la sinistre chambre d\u2019enfant se trouve \u00e0 l\u2019\u00e9tage, isol\u00e9e de la pr\u00e9sence rassurante des adultes, seul si seul si irr\u00e9m\u00e9diablement seul dans la nuit noire, \u00e0 la merci des assauts d\u2019une multitude de mutants, batraciens, mollusques, sauriens, invert\u00e9br\u00e9s et animalcules de toutes sortes qui s\u2019enchev\u00eatrent, se chevauchent, s\u2019entassent en rampant sur le plancher, glissent le long des murs en laissant derri\u00e8re eux de repoussantes tra\u00een\u00e9es de s\u00e9cr\u00e9tions visqueuses, puis se r\u00e9pandent derri\u00e8re les cloisons, se faufilent sournoisement dans les moindres failles en produisant d\u2019assourdissants froissements d\u2019\u00e9lytres, des bruissements de tentacules, des chuintement de mandibules, un tumulte incessant de murmures, de plaintes macabres et de g\u00e9missements qui envahissent son esprit et l\u2019emplissent d\u2019une irr\u00e9sistible terreur\u2009; harcel\u00e9 par un grouillement insens\u00e9 et affolant d\u2019insectes inqui\u00e9tants, de b\u00eates sauvages aux pupilles luisantes de cruaut\u00e9, de spectres et de squelettes dont les os scintillent dans les t\u00e9n\u00e8bres, petite chose pelotonn\u00e9e sur sa couche tressaillant au moindre bruit suspect\u00a0: le craquement lugubre des lattes du parquet dans les escaliers, le sifflement du vent s\u2019engouffrant dans les conduits des chemin\u00e9es ou sous les jointures des fen\u00eatres, un volet qui claque, le grincement d\u2019une porte qu\u2019un courant d\u2019air d\u00e9place par intermittence, le vol erratique et paniqu\u00e9 d\u2019un papillon se heurtant contre les vitres ou sur la surface du plafond, les modulations stridentes d\u2019un oiseau de nuit, les pas furtifs d\u2019un animal furetant sur le gravier de l\u2019all\u00e9e du jardin, le miaulement d\u2019un chat sur le toit, le jappement d\u2019un chien dans le lointain\u2009; tout son corps ch\u00e9tif alarm\u00e9 et montant la garde, fr\u00e9missant, t\u00e9tanis\u00e9 par la frousse, recroquevill\u00e9 dans les draps tremp\u00e9s d\u2019une sueur glac\u00e9e, la respiration haletante, les m\u00e2choires serr\u00e9es sur un appel muet, les pupilles d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e9carquill\u00e9es sur l\u2019obscurit\u00e9 pour tenter d\u2019en percer les insondables secrets, d\u2019en repousser l\u2019\u00e9treinte oppressante, incapable m\u00eame de tendre sa petite main craintive et tremblante pour atteindre l\u2019interrupteur de la lampe de chevet, le bras comme irr\u00e9m\u00e9diablement p\u00e9trifi\u00e9, comme retenu par une force occulte et intransigeante, se disant\u00a0: <em>Ils viennent, les voil\u00e0. C\u2019est apr\u00e8s moi qu\u2019ils en ont. Ils vont m\u2019emporter loin d\u2019ici, loin de ma chambre et de mes jouets et de mes livres que j\u2019aime tant. Ils vont m\u2019emporter et me d\u00e9vorer et plus personne ne pensera \u00e0 moi, plus personne ne saura qui j\u2019\u00e9tais. Je vais mourir et mes os seront dispers\u00e9s et je serai oubli\u00e9. Il faut que j\u2019appelle, que je crie, que le cri sorte de ma bouche et retentisse. Il faut que je me redresse et que je r\u00e9siste \u00e0 la nuit qui vient, au froid qui m\u2019envahit, \u00e0 la mort qui m\u2019\u00e9treint. Il faut que je sois plus fort que la peur car c\u2019est ce que l\u2019on m\u2019a appris\u00a0: la peur n\u2019est qu\u2019une sottise et les enfants doivent la surmonter pour grandir et devenir des hommes. Il faut que je sorte la peur en m\u00eame temps que le cri et que je les expulse tous deux hors de moi<\/em>, que je les crache et qu\u2019ils disparaissent et que cela finisse, oh que cela finisse, et que je me retrouve en plein jour sous le soleil et sa lumi\u00e8re trop vaste, si vaste et si implacable qu\u2019elle en est presque douloureuse et pourtant rassurante car elle r\u00e9chauffe, et je serai sauv\u00e9 par la lumi\u00e8re ou je me consumerai par elle\u2009; ou bien passant de longues heures \u00e0 observer avec une fascination morbide m\u00eal\u00e9e d\u2019angoisse et d\u2019\u00e9pouvante le dessin des veines du bois sur la porte de l\u2019armoire en face de son lit dont des r\u00e9seaux parall\u00e8les ou \u00e0 peine divergents de droites et de courbes sinueuses contournent des nodosit\u00e9s plus sombres, aux formes arrondies ou ovales, composant un ensemble de signes mouvants dans lesquels il devine le corps d\u2019une femme particuli\u00e8rement belle et tr\u00e8s fine, la taille \u00e9lanc\u00e9e, la poitrine haute et ferme, le port altier, les jambes interminables, avec de grandes ailes de papillon se d\u00e9ployant dans le dos, la t\u00eate n\u2019\u00e9tant qu\u2019une immense flamme sertie d\u2019une paire d\u2019yeux effil\u00e9s, cette vision fantasmatique et obs\u00e9dante inspir\u00e9e des images des tourments de l\u2019enfer dont il conna\u00eet les d\u00e9tails par des reproductions de tableaux, et dont les diff\u00e9rents cercles suscitent stupeur et effroi, mesurant alors sans en saisir toutes les implications l\u2019ampleur de sa solitude, toute l\u2019immensit\u00e9 des d\u00e9tresses enfantines, faisant l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un d\u00e9sespoir inexplicable et qui para\u00eet in\u00e9puisable, pris dans un redoutable r\u00e9seau de terreurs ancestrales, de peurs inavouables et qui prennent aux entrailles, la vie la mort l\u2019avenir incertain la fuite inexplicable du temps le chagrin le n\u00e9ant, l\u2019amour aussi qui cause de si grandes inqui\u00e9tudes quand on est un enfant car on redoute ce qu\u2019on ne conna\u00eet pas et l\u2019on craint ce que l\u2019on d\u00e9sire, la gorge nou\u00e9e avec un go\u00fbt de cendre et de poussi\u00e8re dans la bouche \u2013 \u00e0 moins que ce ne soit un go\u00fbt de sang, cette chose qui circule en nous et qui cependant nous \u00e9chappe et s\u2019\u00e9coule sans qu\u2019on puisse jamais en arr\u00eater le flot\u00a0\u2013, tout cela qui tient \u00e9veill\u00e9 des nuits enti\u00e8res, \u00e0 ruminer de mornes et insaisissables pens\u00e9es ou qui fait se dresser sur son matelas en sursaut et en nage, parcouru par d\u2019incontr\u00f4lables frissons, ce <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/christophe-manon-extreme-et-lumineux-extraits-03\">senti<\/a><\/p>\n<p>\u00a9 Christophe Manon, 2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christophe Manon a publi\u00e9 une dizaine de livres parmi lesquels Univerciel (NOUS, 2009), Qui vive (Dernier t\u00e9l\u00e9gramme, 2010), Testament, d\u2019apr\u00e8s Fran\u00e7ois Villon (\u00e9ditions L\u00e9o Scheer, coll. 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