{"id":1861,"date":"2013-07-22T05:01:29","date_gmt":"2013-07-22T04:01:29","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=1861"},"modified":"2014-09-16T09:17:14","modified_gmt":"2014-09-16T08:17:14","slug":"helene-sturm-la-chambre-de-rogojine-i-06","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/helene-sturm-la-chambre-de-rogojine-i-06\/","title":{"rendered":"H\u00e9l\u00e8ne Sturm \u2022 La chambre de Rogojine (I-06)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/vierge_de_fer.jpg\" rel=\"lightbox[1861]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/vierge_de_fer-150x150.jpg\" alt=\"vierge_de_fer\" width=\"150\" height=\"150\" class=\"aligncenter size-thumbnail wp-image-1806\" \/><\/a><\/p>\n<h2>LIVRE I<\/h2>\n<blockquote><p><em>J\u2019\u00e9tais devant la porte<br \/>\nEt vous \u00e9tiez mes clefs<\/em><br \/>\nFaust. Goethe\n<\/p><\/blockquote>\n<p><font size=\"1\"><strong><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/helene-sturm-la-chambre-de-rogojine-i-05\">< Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a><\/strong> \u2022 <strong><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/helene-sturm-la-chambre-de-rogojine-i-07\">Suivant ><\/a><\/strong><\/font><\/p>\n<hr \/>\n<p>Ils n\u2019allaient jamais vers la porte et jamais ne la regardaient.<\/p>\n<p>Mais parfois, ils tournaient les yeux vers la fen\u00eatre, et ils \u00e9coutaient les bruits de la rue, tapis dans leur silence et leur obscurit\u00e9.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Rogojine lui a dit\u00a0: ne tremble pas comme \u00e7a, fais attention.<\/p>\n<p>Le Prince lui a r\u00e9pondu\u00a0: pardon mon ami, je ne le fais pas expr\u00e8s.<\/p>\n<p>Et il a pris ses genoux dans ses mains et les a serr\u00e9s tr\u00e8s fort, mais son corps tremblait tout de m\u00eame tout entier.<\/p>\n<p>Rogojine a hauss\u00e9 les \u00e9paules et le Prince a baiss\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Il y a peut-\u00eatre des orangers \u00e0 Yalta, des palmiers et une longue promenade au bord de l\u2019eau avec des chaises tourn\u00e9es vers l\u2019horizon et une chaisi\u00e8re pour payer avant de s\u2019asseoir.<br \/>\nOn l\u2019appelle la promenade des russes et les soirs d\u2019\u00e9t\u00e9 dans les kiosques on joue des valses pour des vielles  femmes enfouies dans des \u00e9charpes de laine, pour des amoureux enfouis dans leurs regards.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Ils y seraient all\u00e9s en voyage de noces. Tout \u00e9tait convenu. Ils en avaient parl\u00e9, et de la lune et du rideau de mousseline que le vent gonflerait et il la porterait sur le lit blanc et elle tendrait ses bras vers lui, son collier de perles aurait gliss\u00e9 dans son dos et elle l\u2019aurait mordu \u00e0 l\u2019\u00e9paule comme font les chevaux.<\/p>\n<p>L\u2019autre \u00e9coutait, silencieux. Il y a peut-\u00eatre des palmiers \u00e0 Yalta et on peut parler sur les terrasses avec les jeunes filles qui sont venues avec leurs m\u00e8res. Elles disent des impertinences avec un regard fuyant, mais leurs mains tremblent et leur c\u0153ur est bon.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Alors qu\u2019il parlait la terre trembla l\u00e9g\u00e8rement. La mouche quitta la joue pour la main, la jambe droite s\u2019\u00e9carta un peu de la jambe gauche. Elle e\u00fbt l\u2019air d\u2019\u00eatre pass\u00e9e d\u2019un sommeil \u00e0 un autre plus profond, plus d\u00e9finitif, o\u00f9 m\u00eame un r\u00eave n\u2019aurait pas place, que m\u00eame un cri n\u2019\u00e9branlerait pas.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient au pied du lit, se tenant par la taille, plus pour ne pas tomber que par affection.<\/p>\n<p>Un peu de lumi\u00e8re sur son visage, comme du fard sur une mauvaise mine.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Emue, la G\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019\u0153il coulant comme d\u2019autres le nez en hiver.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><a name=\"disleasonregard\"><\/a><\/p>\n<p><em>Dis- le \u00e0 son regard<br \/>\nEt dis- le \u00e0 sa bouche<br \/>\nSi le soleil les touche<br \/>\nCe n\u2019est pas par hasard<\/p>\n<p>Dis- le \u00e0 ses cheveux<br \/>\nEt dis- le \u00e0 ses yeux<br \/>\nSi la lune les caresse<br \/>\nCe n\u2019est pas par faiblesse<\/p>\n<p>Dis- le \u00e0 son image<br \/>\nEt dis- le \u00e0 ses mains<br \/>\nSi je ne viens pas demain<br \/>\nC\u2019est qu\u2019il y a un orage<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Il y avait dans ses affaires un carnet noir o\u00f9 elle recopiait les chansons \u00e0 la mode et des maximes \u00e9paisses pour lui servir de morale momentan\u00e9e.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>9\u00e8me page du carnet<\/strong><\/p>\n<p>La terre est ronde pour tout le monde.<\/p>\n<p>Mardi matin\u00a0: orchid\u00e9e, velours frapp\u00e9 bleu sombre<\/p>\n<p>Embrassez -moi je vous prie<br \/>\nAvant que la nuit soit tomb\u00e9e<br \/>\nDites moi que je suis jolie<br \/>\nAvant que mes joues soient fan\u00e9es<\/p>\n<p>Trois rangs. Pas moins.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Elle entrait dans la col\u00e8re comme on entre dans un bain tr\u00e8s chaud, avec lenteur mais profond\u00e9ment. Elle y restait longtemps et n\u2019en sortait que lorsque comme l\u2019eau la col\u00e8re \u00e9tait devenue froide, les joues tr\u00e8s rouges et le souffle un peu court, mais lav\u00e9e en quelque sorte.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LIVRE I J\u2019\u00e9tais devant la porte Et vous \u00e9tiez mes clefs Faust. Goethe < Pr\u00e9c\u00e9dent \u2022 Suivant > Ils n\u2019allaient jamais vers la porte et jamais ne la regardaient. 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