{"id":1715,"date":"2013-05-26T15:01:29","date_gmt":"2013-05-26T14:01:29","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=1715"},"modified":"2013-05-26T15:10:32","modified_gmt":"2013-05-26T14:10:32","slug":"benoit-jeantet-et-dans-l-ennui-se-tordre-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/benoit-jeantet-et-dans-l-ennui-se-tordre-5\/","title":{"rendered":"Benoit Jeantet \u2022 Et dans l&rsquo;ennui se tordre (5)"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fbcdn-sphotos-e-a.akamaihd.net\/hphotos-ak-prn1\/67522_1481843919260_1360597_n.jpg\" width=\"100%\" title=\"les vaches de mon p\u00e8re\" \/><\/p>\n<blockquote><p>A farmer in the city quoi qu&rsquo;il en soit. Un jour, alors, il est sorti de son lit. A enfil\u00e9 une robe de chambre \u00e0 la sauvette. S&rsquo;est souvenu de la neige. Et qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plus jeune, avant.<\/p><\/blockquote>\n<p>J&rsquo;ai travers\u00e9, en nage, me dit-il, tant de nuits d&rsquo;insomnie que je pourrais veiller les yeux secs sur ta grande tristesse. Reste avec moi et m\u00e9langeons-nous sans penser.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Maintenant, c&rsquo;est vrai, je porte des chaussettes en fil d&rsquo;Ecosse, me dit-il. C&rsquo;est chic et puis \u00e7a tient chaud. Mais, j&rsquo;avoue, parfois \u00e7a me manque un peu ces nuits qui sentaient le danger. Parfois.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Les gens, me dit-elle, tu sais quoi, hein. Ne jamais rien leur raconter, hein. A moins de vouloir rester \u00e0 la merci de leur bienveillance, hein. A moins, hein.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Je peux te lire un peu de Tristan Corbi\u00e8re, me dit-il, et te servir beaucoup de Minervois. Ou vice invers\u00e9. C&rsquo;est comme tu veux.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Hier, alors je lui ai dit que je me sentais d\u00e9pass\u00e9, me dit-il. L&rsquo;\u00e9poque est \u00e0 la vitesse et d\u00e9sormais tout \u00e7a me semble aussi lointain que nos premiers \u00e9mois au cirque. Que nos premiers baisers pr\u00e8s de ce cimeti\u00e8re, l\u00e0-bas tu sais, sur le chemin des lauriers. Et puis, l&rsquo;\u00e9poque, quand on la regarde d&rsquo;assez pr\u00e8s, tu dirais qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent on habite dans cet observatoire o\u00f9 finissent les vieilles gens us\u00e9es.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Je marchais sur le trottoir de l&rsquo;ombre, me dit-il, et alors tu m&rsquo;as fait repenser aux animaux transparents.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Je bois le dernier verre de ce vin, me dit-il. Ce vin, tu sais, qu&rsquo;ils r\u00e9coltent du c\u00f4t\u00e9 du Pic Saint-Loup. C&rsquo;est un vin \u00e9pais comme une moustache de gendarme. Quand les gendarmes la portaient. C&rsquo;\u00e9tait, tu sais, une moustache \u00e9paisse et drue. Oui, tu sais bien. Une moustache comme on en voyait, soi-disant, au pays druze.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Il flotte une odeur de vieille soupe et de clope froide sur le monde, me dit-elle. Ce soir je te nationalise, mon cher vieux camarade.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9cris le premier porno gay en braille, me dit-il. Bien s\u00fbr ton avis est le bienvenu.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Je repense souvent \u00e0 cette sc\u00e8ne, me dit-il. C&rsquo;est l&rsquo;automne. Je suis encore enfant. Je suis en vacances chez mes grands-parents. Mon grand-p\u00e8re est un homme mauvais. Un vrai fermier de roman russe, celui-l\u00e0. Ma grand-m\u00e8re, j&rsquo;ai pris l&rsquo;habitude de l&rsquo;appeler bonne maman. Il m&rsquo;arrive de songer que c&rsquo;est vraiment dommage qu&rsquo;elle soit sourde. Vraiment vraiment. Et sinon, le reste du temps, je le passe dehors, \u00e0 \u00e9pier le silence. Et donc ce jour-l\u00e0, il se passe \u00e7a que j&rsquo;aper\u00e7ois. Le voisin tra\u00eene un agneau. Il lui attache les pattes \u00e0 la porte de l&rsquo;\u00e9table. Et puis il l&rsquo;\u00e9gorge d&rsquo;un coup sec. Son geste est pr\u00e9cis. C&rsquo;est un geste pr\u00e9cis mais totalement d\u00e9nu\u00e9 de m\u00e9chancet\u00e9. Une fois la besogne termin\u00e9e, le voisin s&rsquo;\u00e9ponge le front. Et puis il soupire. D&rsquo;o\u00f9 je suis il me semble que son haleine est bleut\u00e9e. Mais je n&rsquo;en suis pas sur. Et je crois m\u00eame que je m&rsquo;en moque.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Lourd couchant, me dit-il, le ciel p\u00e8se autant que dix poneys morts.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Et mon vieux carnet de notes, me dit-il, tu dirais un de ces tas de fumier qui s&rsquo;amoncelle devant le seuil de ces maisons, par l\u00e0-bas, tu sais.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Et me voici chauve de nouveau, me dit-il. Mon dieu que c&rsquo;est triste une fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi chauve de nouveau.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Et donc, me dit-il, ce serait un lundi banal comme une messe. Amen.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Oh mais, tu sais, me dit-il, je n&rsquo;ai pas toujours \u00e9t\u00e9 ce que je suis. J&rsquo;\u00e9tais m\u00eame cet homme d&rsquo;un premier mouvement. J&rsquo;\u00e9tais primitif et mondain. J&rsquo;aimais les gens et la mauvaise vie. J&rsquo;\u00e9tais du peuple. J&rsquo;\u00e9tais peupl\u00e9 de tout un tas de m\u00e9chantes habitudes. Et puis&#8230;<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>J&rsquo;aime Paris et l&rsquo;astronomie, me dit-il. Et cette histoire de mati\u00e8re noire. D&rsquo;effacement. D&rsquo;absence. Tout est l\u00e0. Mais j&rsquo;y pense, vous aimez \u00e7a le filet de sabre?<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Il est difficile de parler de ton omelette, me dit-il, sans faire r\u00e9f\u00e9rence au jans\u00e9nisme. Et puis cesse donc de relire cette lettre de refus et passons \u00e0 table.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>La nuit tombe peu \u00e0 peu sur les jardins, me dit-il. Sans trop d&rsquo;\u00e9nergie dans le regard, tala, je pousse mon caddy vers le destin.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Les feuilles sont partout pourries, me dit-elle. La nature n&rsquo;est pas partie pour rire.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Si je me rase et que c&rsquo;est le soir, me dit-il, et qu&rsquo;alors neuf chances sur dix pour que je m&rsquo;\u00e9corche la figure et qu&rsquo;alors je saigne comme le cochon de mon enfance moins les cris atroces mais quand m\u00eame, si je me rase et que c&rsquo;est le soir, c&rsquo;est parce que ses l\u00e8vres en valent la peine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A farmer in the city quoi qu&rsquo;il en soit. Un jour, alors, il est sorti de son lit. A enfil\u00e9 une robe de chambre \u00e0 la sauvette. S&rsquo;est souvenu de la neige. Et qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plus jeune, avant. 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