{"id":1702,"date":"2013-05-13T01:18:33","date_gmt":"2013-05-13T00:18:33","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=1702"},"modified":"2013-05-26T15:10:25","modified_gmt":"2013-05-26T14:10:25","slug":"benoit-jeantet-et-dans-l-ennui-se-tordre-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/benoit-jeantet-et-dans-l-ennui-se-tordre-4\/","title":{"rendered":"Benoit Jeantet \u2022\u00a0Et dans l&rsquo;ennui se tordre (4)"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fbcdn-sphotos-e-a.akamaihd.net\/hphotos-ak-prn1\/67522_1481843919260_1360597_n.jpg\" width=\"100%\" title=\"les vaches de mon p\u00e8re\" \/><\/p>\n<blockquote><p>A farmer in the city quoi qu&rsquo;il en soit. Un jour, alors, il est sorti de son lit. A enfil\u00e9 une robe de chambre \u00e0 la sauvette. S&rsquo;est souvenu de la neige. Et qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plus jeune, avant.<\/p><\/blockquote>\n<p>Beaucoup plus tard, vers l&rsquo;adolescence, me dit-il, je n&rsquo;aimais plus tellement \u00e7a, le riz au lait.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>J&rsquo;avais dans l&rsquo;id\u00e9e de t&rsquo;\u00e9crire un polar, me dit-il. Mais j&rsquo;avais pas trop envie que tu meures comme \u00e7a. Enfin, pas si vite.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Je mange des tartines, me dit-il. Et c&rsquo;est franchement ce que j&rsquo;ai fait de mieux aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>On a fini par faire une pause dans ce caf\u00e9 o\u00f9, il y a fort fort longtemps, tout un tas de vieux acteurs venaient jouer les spectres alcoolos-faucheman, me dit-il. Ce caf\u00e9 que t&rsquo;aimais pas et que t&rsquo;aimerais encore moins vu comment du bout de la rue il vous fait tout son tralala de clins d\u2019\u0153il appuy\u00e9s et mon dieu que tout \u00e7a est dans le plus pur mauvais esprit bistronomique comme ils disent. Et donc en terrasse, comme des princes, on a fini par prendre place. Baptiste a voulu une limonade. Lucie, une grenadine. Au d\u00e9part, j&rsquo;avais dans l&rsquo;id\u00e9e de leur faire voir un peu le square L\u00e9on Serpollet. La limonade et la grenadine, entre autres, c&rsquo;\u00e9tait juste pour \u00e7a. Et donc&#8230;Oh et puis zut. J&rsquo;ai envie d&rsquo;un autre verre. Et puis, c&rsquo;est su de tous , quand on a soif on fait n&rsquo;importe quoi. Et donc pour ce soir on en restera \u00e0 cette terrasse, \u00e0 la limonade de Baptiste et \u00e0 la grenadine de Lucie. Voil\u00e0.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>On buvait un caf\u00e9, me dit-il. C&rsquo;\u00e9tait rue Hermel. Sam cirait ses boots avant d&rsquo;aller \u00e0 son casting. C&rsquo;\u00e9tait un casting pour une pub Range Rover. Peg portait un joli pull en coton. Sam a jou\u00e9 un disque. C&rsquo;\u00e9tait Lescop. On a bien aim\u00e9. Puis Peg nous a fait \u00e0 manger. C&rsquo;\u00e9tait du foie de veau. Puis Peg m&rsquo;a pris un peu \u00e0 part. C&rsquo;\u00e9tait pour me demander si je voulais bien accompagner Sam \u00e0 son casting. J&rsquo;ai dit que bon ben oui c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;accord. Apr\u00e8s Sam s&rsquo;est mis \u00e0 repasser sa chemise bleue-casting et alors je lui ai dit : \u00ab Et si je t&rsquo;accompagnais \u00e0 ton casting pour cette pub Range Rover&#8230; \u00bb Et encore apr\u00e8s Peg est partie bosser. C&rsquo;\u00e9tait dans une boite de prod qu&rsquo;elle bossait. Elle nous a embrass\u00e9. Son haleine \u00e9tait chaude.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Oh tiens, me dit-il, hier matin j&rsquo;ai vu cette fille, tu sais, celle qui aime bien te laisser avec tous tes bonjours sur les bras. Elle est espi\u00e8gle ou malpolie. Ou les deux. Tu ne l&rsquo;aimes pas. Je comprends. Tu ne l&rsquo;aimes pas au point de sur cette fille espi\u00e8gle ou malpolie ou les deux tous les matins te casser le nez avec tes bonjours. Je comprends. Elle est jolie. Et son regard aussi profond qu&rsquo;une limousine, c&rsquo;est \u00e0 ne pas croire.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Les veilleurs de nuit ont les yeux bouffis de sommeil, me dit-il. C&rsquo;est pas pour autant qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9chappent au moment d&rsquo;\u00e9plucher leurs oignons. Quand il faut y aller, les veilleurs de nuit, ils y vont.<\/p>\n<p><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Les feuilles jaunissent, me dit-il. On d\u00e9jeune. Encore cette fin d&rsquo;automne qui ne nous rajeunit pas.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Moi, la nuit, me dit-elle, j&rsquo;ai toujours pr\u00e8s de moi 110 mouchoirs pour les tr\u00e8s gros chagrins. Double \u00e9paisseur. Classiques. Douceur et r\u00e9sistance, tu mords l&rsquo;esprit chouchou. Moi, la nuit, jamais je ne dors. Je suis triste oui mais au moins je surfe sur ma tristesse maboule en brasse coul\u00e9e. J&rsquo;ai pour moi la jeunesse et en plus je t&#8217;emmerde, vieux con.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>La bouteille de Beaujolais nouveau m&rsquo;a fait faire ce qu&rsquo;elle a voulu, me dit-il. Et m\u00eame des gestes avec ma bouche, oh si tu savais. Non mais c&rsquo;est \u00e0 croire que toute la nuit je l&rsquo;ai gav\u00e9e d&rsquo;amour, la bouteille de Beaujolais nouveau. Toujours est-il que ce matin, redoutant sans doute que notre histoire ne prenne un tour par trop conjugal, elle m&rsquo;a pri\u00e9 d&rsquo;aller cuver ailleurs si j&rsquo;y suis, la bouteille de Beaujolais nouveau. Voil\u00e0.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Pass\u00e9 tout pr\u00e8s de la rue Tourlaque, me dit-il. Il faisait beau. Quelques vers de Kiki Dimoula m&rsquo;avait tenu compagnie, oh juste le temps de remonter la rue Ramey et pfuit, voil\u00e0, envol\u00e9s. Pass\u00e9 tout pr\u00e8s de la rue Tourlaque. Il fut un temps o\u00f9, l\u00e0-bas, j&rsquo;allais voir cette dame. Des fois je lui offrais des fleurs. Et toujours je baissais les yeux au moment de lui tendre le bouquet. Des fois c&rsquo;\u00e9tait des fleurs blanches. Des fois c&rsquo;\u00e9tait tout m\u00e9lang\u00e9. Un jour elle a ferm\u00e9 la porte tr\u00e8s vite derri\u00e8re moi et puis&#8230;Cette dame m&rsquo;impressionnait. J&rsquo;\u00e9tais jeune. Tr\u00e8s jeune. Elle est morte, depuis. Pass\u00e9 tout pr\u00e8s de la rue Tourlaque. Cette dame, tu sais, j&rsquo;aurais bien aim\u00e9&#8230;Lui dire que&#8230;Enfin. Parfois, dans la vie, on fait du chemin et on aimerait que \u00e7a se sache.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>On a tous besoin de fabriquer son image, me dit-il. Le hic c&rsquo;est que je ne suis pas bricoleur.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Il est six heures du soir, me dit-il, et nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne surnaturel. Le gros Michel commande son bock \u00e0 se vider cul sec comme \u00e7a tout seul comme d&rsquo;habitude. Il porte son chandail rouge. Ce matin il s&rsquo;est ras\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ancienne et vraiment il est fier de lui. Il peut. Des hommes de ce m\u00e9tal, libres et robustes, longtemps qu&rsquo;on en fait plus. Il est six heures du soir et le gros Michel aime toujours autant lire le journal du coin en trempant doucement ses l\u00e8vres dans la mousse par ci par l\u00e0. Et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il les voit : le cordonnier taciturne, la gardienne de ch\u00e8vre b\u00e8gue, le vieux prof de maths qui r\u00e9sout ses probl\u00e8mes d&rsquo;arithm\u00e9tique sur les murs des maisons, oui c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il les voit, sortis de nulle part, et d\u00e9j\u00e0 ils s&rsquo;approchent du bar pour lui parler \u00e0 touche touche. Il est six heures du soir et alors le gros Michel se commande un autre bock.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Le comit\u00e9 des f\u00eates cherche un tr\u00e9sorier et une secr\u00e9taire, me dit-elle. L&rsquo;association Culture et loisirs organisera bient\u00f4t une soir\u00e9e karaok\u00e9 et tartiflette. Et moi je promets de t&rsquo;aimer au moins jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;autoroute.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Nous sommes le soir et c&rsquo;est triste comme une banane flamb\u00e9e au gasoil, cette affaire-l\u00e0, me dit-elle. Ce jour, le secteur de p\u00e9tanque de Quillan tenait son assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Pour le moment, personne n&rsquo;a souhait\u00e9 en prendre la pr\u00e9sidence.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Et oui, me dit-elle, en 2013, juste apr\u00e8s la fin du monde, la fanfare \u201cTonton a faim\u201d f\u00eatera ses vingt ans d&rsquo;existence. Une tourn\u00e9e est pr\u00e9vue \u00e0 travers toute l&rsquo;Europe mais surtout les Corbi\u00e8res. Et sinon, j&rsquo;ai deux invits pour la f\u00eate de la ch\u00e2taigne et de l&rsquo;agneau du pays cathare. Tu viens ?<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Si, me dit-elle, Maman, c&rsquo;est bien ce que cela semble \u00eatre, alors ce serait une chose b\u00eate et sale que cette montagne froidement ex\u00e9cut\u00e9e par la brume, un certain dimanche 4 novembre, lors d&rsquo;une \u00e9ni\u00e8me attaque suicide pr\u00e8s de la fronti\u00e8re catalane. Et sinon, que le diable t&#8217;emporte toi et ta bonne fatigue du loisir, ta mobilit\u00e9 lente et silencieuse. Laisse-moi la place et mets la table- des assiettes \u00e0 soupe, hein- feignasse.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Le promeneur \u00e9tait en tongs, me dit-elle. Sur son tricot de corps on pouvait lire : \u00a0\u00bb Fran\u00e7ois frites fra\u00eeches\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Oui mais non, me dit-il, le turbot n&rsquo;est pas un poisson qui se mange vite.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><br \/>\nJe n&rsquo;ai pas couch\u00e9 pour r\u00e9ussir, me dit-elle. On a fait \u00e7a debout.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A farmer in the city quoi qu&rsquo;il en soit. Un jour, alors, il est sorti de son lit. A enfil\u00e9 une robe de chambre \u00e0 la sauvette. S&rsquo;est souvenu de la neige. Et qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plus jeune, avant. 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