{"id":1651,"date":"2013-04-29T11:02:55","date_gmt":"2013-04-29T10:02:55","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=1651"},"modified":"2013-05-06T21:45:14","modified_gmt":"2013-05-06T20:45:14","slug":"luc-garraud-le-chef-de-gare","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/luc-garraud-le-chef-de-gare\/","title":{"rendered":"Luc Garraud \u2022\u00a0Le chef de gare"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/luc_garraud.jpg\" rel=\"lightbox[1651]\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/luc_garraud.jpg\" alt=\"luc_garraud\" width=\"200\" \/><\/a><br \/>\n<strong>Hors-Sol<\/strong> publie une s\u00e9rie de nouvelles de Luc Garraud, botaniste et \u00e9crivain. Ce sont des vignettes qui attrapent o\u00f9 il faut, sensibles et rev\u00eaches, et la langue singuli\u00e8re accompagne l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a brille d&rsquo;intelligence. Nous sommes heureux de l&rsquo;accueillir, chaque mois, dans ce premier feuilleton de 2013.<\/p>\n<p>Les photos sont du m\u00eame.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/garraud_griottes.jpg\" rel=\"lightbox[1651]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/garraud_griottes-297x300.jpg\" alt=\"garraud_griottes\" width=\"297\" height=\"300\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-1583\" \/><\/a><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Le train s\u2019est arr\u00eat\u00e9 quelques minutes, deux hommes ont sorti le cercueil du grand hall de gare et l\u2019ont charg\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, dans le dernier wagon, ficel\u00e9 sur une banquette pour qu\u2019il ne roule pas. <\/p>\n<p>Les wagons sont noirs de monde. C\u2019est un jour triste d\u2019enterrement. Le chef de gare n\u2019est pas mont\u00e9 dans le train pour accompagner sa femme qui va reposer dans la roche, entre les pierres du cimeti\u00e8re qui domine la plage. C\u2019est un jour d\u2019empierrement.<\/p>\n<p>Un chef de gare \u00e7a ne voyage pas. <\/p>\n<p>Le train a d\u2019abord ralenti et puis, doucement, s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 peine. Il est reparti dans un grincement comme une chenille de fer articul\u00e9e. Les voyageurs sont tristes derri\u00e8re les vitres. C\u2019est une sale journ\u00e9e de chien qui restera \u00e0 jamais dans la m\u00e9moire du lieu.<\/p>\n<p>Il y a sur un grand panneau au bord du quai \u00e9crit en lettres blanches: <\/p>\n<p><center><em>Aujourd\u2019hui je laisse courir le chien<\/em><\/center><\/p>\n<p>C\u2019est ce jour-l\u00e0, ce jour-l\u00e0 pas comme les autres, que commen\u00e7a l\u2019\u00e9criture du chef de gare.<\/p>\n<p>Le quai est vide, mais le quai parle chaque jour, depuis.<\/p>\n<p>Il n\u2019est plus vraiment d\u00e9rang\u00e9 par le monde, il ne refuse rien, aucun train ne s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n<p>Le chef de gare vit de formules. Il \u00e9crit bien visible sur un panneau au bord du quai :<\/p>\n<p><center><em>Je vais faire parler le quai<\/em><\/center><\/p>\n<p>Le lendemain au matin :<\/p>\n<p><center><em>Le chien sans laisse s\u2019est lass\u00e9 de courir<\/em><\/center><\/p>\n<p>Le soir au retour :<\/p>\n<p><center><em>Le chien se lasse d\u2019\u00eatre d\u00e9tach\u00e9<\/em><\/center><\/p>\n<p>Et puis les jours suivants :<\/p>\n<p><center><em>Le chien s\u2019est d\u00e9tach\u00e9 des choses depuis longtemps<\/em><\/center><\/p>\n<p>Un chien voyage toujours \u00e0 pied, jamais en train, jamais.<\/p>\n<p>Au bout de deux semaines, le chien n\u2019avait toujours pas retrouv\u00e9 sa niche.<\/p>\n<p>La vie a repris son cours et le train aussi. <\/p>\n<p>Le train c\u2019est une machine ancienne pour transporter des gens de plaine, les mener en montagne, peu de gens de montagne le prennent. Le territoire est tr\u00e8s accident\u00e9, le train ballote sur les rails et la nature du terrain suffit \u00e0 terrifier les voyageurs et m\u00eame davantage certains jours de grand vent. Le long de la voie, il reste des b\u00e2timents longs comme des terrains de foot, larges comme deux piscines olympiques, ils ont servi de d\u00e9p\u00f4ts et de gares annexes dans le pass\u00e9. Tous pareils ou presque \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur : de grandes banquettes rouges en cuir craquel\u00e9, des dossiers us\u00e9s \u00e0 pompons et des festons sales et dor\u00e9s d\u2019une autre \u00e9poque.<\/p>\n<p>En entrant, en face des yeux, une pendule est arr\u00eat\u00e9e depuis longtemps. Il y a un seul lustre accroch\u00e9 \u00e0 une poutre m\u00e9tallique au plafond, avec des dizaines d\u2019ampoules au phosphore, qui donnent le teint jaune. Sur le mur du c\u00f4t\u00e9 gauche dans le hall, une grande fresque repr\u00e9sente un laboureur et ses deux b\u0153ufs, elle fait face \u00e0 l\u2019entr\u00e9e triomphante en gare d\u2019une locomotive \u00e0 vapeur, en trompe-l\u2019\u0153il, on voudrait pouvoir l\u2019\u00e9viter.<\/p>\n<p>Deux de mes s\u0153urs sont all\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole avec ce train. J\u2019\u00e9tais du voyage aussi, nous tournions autour du m\u00eame \u00e2ge. Mes deux s\u0153urs et une amie qui les accompagnait faisaient mon bonheur. On \u00e9tait une esp\u00e8ce de bande accroch\u00e9e par le c\u0153ur. Un jour, j\u2019ai chang\u00e9 de place pour ne plus entendre leurs folies quotidiennes. Deux grands gars sont arriv\u00e9s de nulle part et ont pris ma place d\u2019habitude, d\u2019un coup comme \u00e7a. J\u2019ai regard\u00e9 \u00e7a d\u2019un \u0153il et m\u00eame des deux par-dessus le dossier de la banquette. On est entr\u00e9s dans le tunnel et l\u2019obscurit\u00e9 est devenue interminable, plus longue que tout, \u00e7a a dur\u00e9 le temps qu\u2019il faut pour que \u00e7a arrive.<\/p>\n<p>J\u2019aime le roulis du train, j\u2019aime le bruit de la machine, juste le temps d\u2019apprendre un peu de m\u00e9canique et de conduite et je suis devenu \u00e0 dix-neuf ans conducteur du train des montagnes. J\u2019ai donc eu ce jour-l\u00e0 deux beaux-fr\u00e8res d\u2019un coup, ils le sont encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Le train s\u2019arr\u00eate deux fois par jour \u00e0 Brillant-Sombre, le matin vers sept heures trente et le soir un peu apr\u00e8s vingt heures. Un quai \u00e9troit, long avec des bancs en bois peints en rouge et en blanc, c\u2019est une toute petite gare. Le train ramasse tout le monde, c\u2019est long de faire le parcours en entier, il faut de la patience pour supporter les cent-douze kilom\u00e8tres du voyage et ses dix-huit arr\u00eats.<\/p>\n<p>Ici en traversant les montagnes, c\u2019est le train qui fait le lien. Que personne n\u2019ait pr\u00e9vu de descendre et que naturellement en arrivant sur le quai il n\u2019y ait personne non plus qui attend pour monter, le train s\u2019arr\u00eate, une minute ou deux, un temps, pour dire.<\/p>\n<p>\u00c0 Brillant-Sombre, c\u2019est bien \u00e7a qui arrive aussi, mais avec une diff\u00e9rence, le conducteur a toujours quelques mots en plus \u00e0 dire, des mots au chef de gare, le m\u00eame qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 vu le matin, qu\u2019il reverra le soir. Prendre son temps pour \u00e9changer chaque matin des nouvelles de la famille. Le chef de gare de la toute petite gare o\u00f9 on s\u2019arr\u00eate est le beau-fr\u00e8re du conducteur. Le chef de gare de la toute petite gare, il a connu sa femme dans un tunnel. Il y a des \u00e9changes de paquets, de mots, de sourires, d\u2019\u00e9critures sur des papiers griffonn\u00e9s, des enveloppes blanches cachet\u00e9es et myst\u00e9rieuses. Quelquefois le ton monte, puis retombe aussi sec. Il n\u2019y a que six minutes pour parler, pour se dire des mots, il y a rarement de diff\u00e9rents, du matin au soir, le roulis du train porte conseil. <\/p>\n<p>C\u2019est un train journalier, la premi\u00e8re gare sur le trajet est immense, elle est sur le plateau aride et sans un arbre, au point le plus haut du parcours. La Grande Gare a \u00e9t\u00e9 construite pour transporter les ouvriers de la bauxite, et leurs familles.<\/p>\n<p>Il n\u2019a \u00e9t\u00e9 extrait en tout et pour tout que quelques tonnes de bauxite en surface, tout \u00e9tait pr\u00eat, mais plus cher qu&rsquo;ailleurs, alors la gare est rest\u00e9e. C\u2019est toujours une voie tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e, la seule par la montagne pour rejoindre la plaine au nord en venant de la c\u00f4te.<\/p>\n<p>Passer le petit col entre deux collines, celui qui regarde la mer, qui fait monter, laiteuse, la mar\u00e9e en brume juste sous les fen\u00eatres \u00e0 glissi\u00e8res et se sentir d\u2019un coup fig\u00e9 par l\u2019odeur du varech.<\/p>\n<p>Le chef de gare de la grande toute petite gare a fait son temps au-del\u00e0 de la voie dans l\u2019usine de son oncle o\u00f9 les pions \u00e9taient boug\u00e9s par des pions. \u00c0 vouloir passer son temps \u00e0 faire encore plus vite et encore plus vite, il \u00e9tait devenu chef de gare en embrassant une fille dans un tunnel, un baiser interminable. Il ne voyait plus personne et plus personne ne le voyait depuis qu\u2019il \u00e9tait seul, depuis le d\u00e9part en train de sa femme pour le cimeti\u00e8re de pierres. Sa femme, la deuxi\u00e8me s\u0153ur du conducteur du train des montagnes. <\/p>\n<p><center><em>Je ne suis pas seul<\/em><\/center><\/p>\n<p>La phrase \u00e9crite sur le panneau du quai fit grand bruit ce matin-l\u00e0, pos\u00e9e comme \u00e7a, sans fard, ni trompette, au passage du matin, au regard de tous. On pensa la m\u00eame chose en m\u00eame temps. Le veuf joyeux s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 une fille, sortie on ne sait d&rsquo;o\u00f9, venue de nulle gare, le train ne s\u2019arr\u00eatait plus. Elle avait quoi de plus que la morte, pour prendre si t\u00f4t sa place encore chaude.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e fut tourment\u00e9e dans chaque t\u00eate. Les discussions sans fin et st\u00e9riles. En approchant de la gare au retour ce soir-l\u00e0, alors que le toit du Monde avait sembl\u00e9 s\u2019\u00e9crouler tout au long de la journ\u00e9e. Le train ralentit plus que de coutume et \u00e0 la lueur des phares on a pu lire, tous, sur le grand panneau :<\/p>\n<p><center><em>Je ne suis pas seul, vous \u00eates l\u00e0<\/em><\/center><\/p>\n<p>Les visages d\u2019un coup se sont \u00e9clair\u00e9s, des sourires et quelques larmes. Le train est pass\u00e9 du sombre \u00e0 la lumi\u00e8re, il a rajeuni de cent ans en un instant. On aurait voulu qu\u2019il n\u2019arrive jamais, qu\u2019il continue toute la nuit sa route enchant\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Chef de gare de la Grande Gare balayait on ne sait quand le quai, des petites t\u00e2ches journali\u00e8res.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait toujours propre, tellement t\u00f4t le matin qu\u2019il oubliait d\u2019\u00e9teindre la lumi\u00e8re du quai, en allumant trop tard ou en \u00e9teignant trop t\u00f4t certaines fois, cela ne devait pas servir \u00e0 grand chose, peut-\u00eatre \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p>Son long po\u00e8me en marche pouvait associer des phrases d&rsquo;un jour \u00e0 l\u2019autre, il y avait aussi des s\u00e9ries plus longues, le plus souvent elles se suffisaient \u00e0 elles-m\u00eames :<\/p>\n<p><center><em>Je suis une graine lourde dispers\u00e9e par le vent<\/em><\/center><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait, \u00e0 chaque passage du train, toujours particulier. On attendait de lire, on se passionnait, on \u00e9tait impatient de rentrer en gare, dans une gare o\u00f9 on ne s\u2019arr\u00eate pas comme \u00e0 l\u2019habitude mais o\u00f9 on passe au ralenti, bien diff\u00e9rente, une gare qui fait passer le voyage plus rapidement. M\u00eame, si par je ne sais quelle \u00e9tourderie, on avait oubli\u00e9 de regarder un soir ou un matin, en train de penser ailleurs sur l\u2019instant, au passage, on ne mettait pas longtemps \u00e0 demander \u00e0 son voisin s&rsquo;il avait vu la phrase.<\/p>\n<p>Un jour, chacun dans son sommeil, personne n\u2019avait fait attention au ralentissement, personne n\u2019avait rien vu, on a demand\u00e9 \u00e0 tout le train. C\u2019est le conducteur de la machine, toujours attentif et rassurant, qui l\u2019annon\u00e7a pour tout le monde au micro, la phrase prit ce soir-l\u00e0 une signification, un sens bien particulier :<\/p>\n<p><center><em>Les lentilles ne voient rien la nuit<\/em><\/center><\/p>\n<p>C\u2019est vrai qu\u2019on aurait loup\u00e9 quelque chose, surtout que le lendemain matin ce fut encore plus \u00e9nigmatique : <\/p>\n<p><center><em>Elles sont sourdes aussi<\/em><\/center><\/p>\n<p>Pendant plus de quinze jours, on ne parla que de lentilles, tout fut d\u00e9clin\u00e9, on ne comprenait pas tout, sorties du contexte journalier \u00e7a ne voulait rien dire, mais \u00e0 la suite et dans le rythme soutenu des jours, \u00e7a ressemblait \u00e0 un bout de po\u00e8me sur la vie, sans aucun doute, \u00e0 moins que ce ne soit un peu plus compliqu\u00e9 que \u00e7a : <\/p>\n<p><center><em>Je suis un caillou marbr\u00e9 de brun comme une lentille<\/p>\n<p>Je me cache comme les lentilles dans les cailloux<\/p>\n<p>Le dessin sur ta peau est un emprunt aux pierres<\/p>\n<p>Je me cache sur ta peau<\/em><\/center><\/p>\n<p>Il parlait tous les jours aux voyageurs du train.<\/p>\n<p>Plus jeune, il avait fait le tour du monde sur les rails, rien ne le destinait \u00e0 devenir solitaire, ni chef de gare :  <\/p>\n<p><center><em>Je me sens sur\u00e9quip\u00e9 pour la solitude<\/em><\/center><\/p>\n<p>Au quotidien, on le savait un peu taciturne et sombre, certains jours ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment la joie : <\/p>\n<p><center><em>La mort est un doux voyage<\/em><\/center><\/p>\n<p>, le matin pour l\u2019aller,<\/p>\n<p><center><em>J\u2019ai le droit d\u2019attraper toutes les maladies du monde<\/em><\/center><\/p>\n<p>, le soir au retour.<\/p>\n<p>Heureusement \u00e7a ne durait pas tr\u00e8s longtemps:<\/p>\n<p><center><em>Berbec a \u00e9t\u00e9 mauvais<\/em><\/center><\/p>\n<p>On avait tous vu le match de la veille o\u00f9 Berbec avait manqu\u00e9 l\u2019immanquable, face au but vide, on \u00e9tait bien tous de son avis, mais un peu moins tout de m\u00eame, quand il nous proposa de remplacer, sur son message du soir au retour, Durand par Duchamps dans les cages avec pour argument qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0il arr\u00eate tout les yeux ferm\u00e9s\u00a0\u00bb, on s\u2019est tout de m\u00eame dit, faut voir.<\/p>\n<p>On pensa un temps, tous ceux du train, que le chef de gare de la grande petite gare abandonnerait son quai pour un autre. Qu\u2019il demanderait \u00e0 voyager en levant la main, pour faire arr\u00eater le train de son beau-fr\u00e8re, pour monter dedans. Lui qui ne l\u2019avait plus pris depuis le coll\u00e8ge.<\/p>\n<p>Alors un matin comme chaque matin, on avait esp\u00e9r\u00e9 en relisant les phrases dans nos t\u00eates, on se le disait depuis plusieurs jours, \u00e7a va se faire. Voir pour la premi\u00e8re fois sa silhouette inconnue de beaucoup, le voir lancer son bras au conducteur, lui faire un signe, m\u00eame un petit, mais \u00e7a n\u2019est jamais arriv\u00e9. Le lendemain et les jours suivants non plus, la vie du train a repris son cours et les phrases aussi.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u2019attraction \u00e0 chaque passage, une gare arr\u00eat\u00e9e qui regarde passer le train deux fois par jour, c\u2019est tout \u00e0 fait normal. Une gare o\u00f9 l\u2019on ne s\u2019arr\u00eate plus, \u00e7a arrive aussi, elles sont de plus en plus abandonn\u00e9es aux herbes et aux arbres. Mais une gare o\u00f9 l\u2019on ralentit pour lire au bord du quai, le temps et la vie qui va, ce n\u2019est pas banal. Une gare de d\u00e9cor de cin\u00e9ma, pour jeter un regard sur ce qui se passe, pour alimenter la journ\u00e9e et la nuit en questions, un lieu de fabrique.<\/p>\n<p><center><em>Les jours sombres je vis dans une cage les choses sont claires m\u00eame la nuit<\/em><\/center><\/p>\n<p>On retrouva un carnet avec des phrases comme \u00e7a, ou d\u2019autres comme celles-ci:<\/p>\n<p><center><em>Je cherche un monde qui n\u2019est pas en guerre<\/em><\/center><\/p>\n<p>ou<\/p>\n<p><cneter><em>Je suis sur le quai d\u2019o\u00f9 partent tous les voyages<\/em><\/center><\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Le train a arr\u00eat\u00e9 sa course depuis longtemps, il a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un bus qui fait la liaison plus rapidement. Il ne prend pas la m\u00eame route et s\u2019\u00e9carte assez souvent du trac\u00e9 de la voie du chemin de fer. <\/p>\n<p>La grande petite gare du po\u00e8te est toujours en place. Toutes les autres gares ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9es. Depuis dix ans le train ne circule plus, mais chaque matin et chaque soir, il y a toujours une phrase nouvelle que plus personne ne lit. On a d\u00e9truit la voie en soulevant chaque traverse comme on t\u2019arrache une dent.<\/p>\n<p>Ce matin, sur le quai, le chef de gare est parti en voyage. <\/p>\n<p><br ><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hors-Sol publie une s\u00e9rie de nouvelles de Luc Garraud, botaniste et \u00e9crivain. Ce sont des vignettes qui attrapent o\u00f9 il faut, sensibles et rev\u00eaches, et la langue singuli\u00e8re accompagne l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a brille d&rsquo;intelligence. Nous sommes heureux de l&rsquo;accueillir, chaque mois, dans ce premier feuilleton de 2013. Les photos sont du m\u00eame. 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