{"id":1645,"date":"2013-04-29T10:25:23","date_gmt":"2013-04-29T09:25:23","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=1645"},"modified":"2013-05-26T15:10:11","modified_gmt":"2013-05-26T14:10:11","slug":"benoit-jeantet-et-dans-l-ennui-se-tordre-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/benoit-jeantet-et-dans-l-ennui-se-tordre-2\/","title":{"rendered":"Benoit Jeantet \u2022 Et dans l&rsquo;ennui se tordre (2)"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fbcdn-sphotos-e-a.akamaihd.net\/hphotos-ak-prn1\/67522_1481843919260_1360597_n.jpg\" width=\"100%\" title=\"les vaches de mon p\u00e8re\" \/><\/p>\n<blockquote><p>A farmer in the city quoi qu&rsquo;il en soit. Un jour, alors, il est sorti de son lit. A enfil\u00e9 une robe de chambre \u00e0 la sauvette. S&rsquo;est souvenu de la neige. Et qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plus jeune, avant.<\/p><\/blockquote>\n<p>Alors la vie s&rsquo;est assise en terrasse, me dit-il. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Elle portait une jolie robe \u00e0 bretelles et des escarpins plats. La robe \u00e9tait un peu courte. Bref. J&rsquo;aimais bien ses lunettes, sinon. Des lunettes de psy. Ses lunettes, \u00e7a lui donnait un air professionnel et bienveillant, tu vois. Elle a command\u00e9 un jus d&rsquo;orange avant de d\u00e9croiser ses jambes. C&rsquo;\u00e9tait les jambes d&rsquo;une fille perdue. Des jambes qui revenaient au pays apr\u00e8s avoir fait le mauvais coup. Celui de trop, peut-\u00eatre. On ne sait pas.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>L&rsquo;amour fait la roue, me dit-elle. Je sens que ce samedi, d\u00e9j\u00e0, nous encercle.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Viens voir, me dit-elle, tu dirais l&rsquo;amour assis, l\u00e0-bas, sur ce banc. Non?<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>C&rsquo;est un mercredi comme \u00e7a dans la vie, me dit-elle. Qu&rsquo;on me donne un bout de table. Si possible en terrasse. Un r\u00eave. Blond ou brun, je m&rsquo;en fous. Et m\u00eame si ce r\u00eave me fait mourir le c\u0153ur apr\u00e8s coup. Peu importe. Qu&rsquo;on me donne un semblant de futur. Entre les pieds d&rsquo;une chaise et la rue. M\u00eame si c&rsquo;est court. Le deuil en violet j&rsquo;en peux plus.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Non mais, les grottes, me dit-elle, je trouve \u00e7a super \u00e9rotique.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais tellement aim\u00e9 \u00e7a, les endives, me dit-il. \u00c7a fait prol\u00e9taire du sexe, je trouve.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Cette fille, me dit-il, c&rsquo;\u00e9tait comme un go\u00fbter retrouv\u00e9 au fond d&rsquo;un vieux sac. Elle avait une t\u00eate de petit beurre et moi je la bouffais des yeux.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>On buvait nos bi\u00e8res, me dit-il. Le jour d\u00e9clinait. On se parlait pour la premi\u00e8re fois comme si c&rsquo;\u00e9tait la derni\u00e8re, en y mettant tout ce qu&rsquo;on pouvait trouver de rires et de franchise. Pas loin, un homme \u00e9tendu par terre. Saoul. T&rsquo;aurais dit que, d\u00e9j\u00e0, il vomissait la lune.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Je ne suis pas folle, me dit-elle. C&rsquo;est juste que je me trompe beaucoup.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Mon mari a pratiqu\u00e9 l&rsquo;onanisme de tr\u00e8s longues ann\u00e9es, me dit-elle. Puis, soudain, il s&rsquo;est mis au jus d&rsquo;ananas.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><br \/>\nHier, me dit-il, j&rsquo;ai suivi une fille dans la rue. La fille, dans le fond, je m&rsquo;en foutais. Ce qui m&rsquo;intriguait, c&rsquo;\u00e9tait cette queue de cheval qui lui descendait jusqu&rsquo;au milieu du dos. Cette queue de cheval, tu aurais dit qu&rsquo;elle respirait.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Mon premier chagrin d\u2019amour s\u2019appelait Lucie, me dit-il. En principe, Lucie, voil\u00e0, c&rsquo;est la lumi\u00e8re. En principe c&rsquo;est \u00e7a. Mais prudence. Prudence. On ne sait pas. On ne sait plus. C&rsquo;est qu&rsquo;on approche des rumeurs de la quarantaine. C&rsquo;est que le monde, vers cet \u00e2ge, je sais pas pour vous, monsieur, je sais pas, une chose est sure, moi \u00e7a me donne de l&rsquo;effort, le monde, vers cet \u00e2ge. Ah \u00e7a oui.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Le Latin, me dit-elle, c&rsquo;est une langue tr\u00e8s ancienne qui a fini par s&rsquo;\u00e9teindre et voil\u00e0. Les langues, c&rsquo;est comme les flammes. Je vois les choses comme \u00e7a. Et si donc plus personne pour souffler dessus, elles finissent par s&rsquo;\u00e9teindre \u00e0 petit feu, pfuit, et alors \u00e7a devient des cendres. Ces cendres, le vent va ensuite se les disperser aux quatre coins du triste monde et alors, en retombant, elles se m\u00e9langeront \u00e0 la terre. Deviendront des poussi\u00e8res comme les autres. Et on n&rsquo;en entendra plus jamais parler.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Le vieux metteur en sc\u00e8ne, me dit-il, ah \u00e7a oui, il l&rsquo;aimait le caf\u00e9 de Maman. Une fois, il lui a m\u00eame dit qu&rsquo;il aurait mieux fait de se marier avec une femme comme elle. Une qui, au moins, savait faire le caf\u00e9. Au lieu de \u00e7a, il avait \u00e9pous\u00e9 une dizaine d&rsquo;actrices. Certaines, c&rsquo;\u00e9taient de vrais gar\u00e7ons manqu\u00e9s. D&rsquo;autres, des com\u00e9diennes r\u00e9ussies. Il disait. Mais toutes buvaient du th\u00e9 vert, pouah, et au bout du compte alors il avait divorc\u00e9. <\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Maman qui le voyait venir, avait toujours su que derri\u00e8re chaque artiste avec un grand A se cache un s\u00e9ducteur avec un petit s, Maman avait louvoy\u00e9 par politesse, vous savez, feignant d&rsquo;\u00eatre \u00e9tonn\u00e9e que toutes ces histoires ne lui aient pas encore donn\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de faire un film. D&rsquo;\u00e9crire une pi\u00e8ce, tout \u00e7a. Et lui alors \u00e7a l&rsquo;a fait beaucoup rire, cette petite strat\u00e9gie d&rsquo;\u00e9vitement. Puis il a dit cette chose que je n&rsquo;oublierai pas de sit\u00f4t. Il a dit qu&rsquo;une oeuvre d&rsquo;art, \u00e7a ne pouvait pas \u00eatre un r\u00e8glement de comptes. Non. \u00c7a ne pouvait pas.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Moi, alors, me dit-elle, mon petit truc en plume, \u00e7a consiste \u00e0 faire r\u00e9sonner l&rsquo;infiniment grand, l&rsquo;infiniment petit et la dimension humaine. Je suis chanteuse de rue et ma voix c&rsquo;est tout rouge sanglant. Parfois, les gens, c&rsquo;est limite si je les fais pleurer. Y&rsquo;en a m\u00eame quelques-uns, oui, des qui restent l\u00e0, abasourdis, le cul par terre. Oui. J&rsquo;ai une belle voix. Peut-\u00eatre qu&rsquo;ils se sentent g\u00ean\u00e9s. Je m&rsquo;en fous, \u00e7a me fait toujours un peu de compagnie.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Alors, c&rsquo;\u00e9tait le printemps, me dit-elle. Alors il attendait l&rsquo;explosion d&rsquo;\u00e9nergie, de sinc\u00e9rit\u00e9 et de joie. Mais comme il est allergique au pollen. Enfin, voil\u00e0.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Elle parle peu, me dit-il, mais quand elle nomme les choses, je leur trouve un go\u00fbt pas pareil.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Les merles roulent leurs trilles, me dit-il. Moi, c&rsquo;est juste une cigarette. Je sais pas chanter.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><br \/>\nLui, tu sais, me dit-elle, il habite un pays o\u00f9 la douleur ne s&rsquo;entend pas. Dans son village natal, une fois par an, on se levait au milieu de la nuit pour tuer les morts.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A farmer in the city quoi qu&rsquo;il en soit. Un jour, alors, il est sorti de son lit. A enfil\u00e9 une robe de chambre \u00e0 la sauvette. S&rsquo;est souvenu de la neige. Et qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plus jeune, avant. Alors la vie s&rsquo;est assise en terrasse, me dit-il. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. 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