{"id":1613,"date":"2012-04-27T09:04:14","date_gmt":"2012-04-27T08:04:14","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=1613"},"modified":"2013-04-27T09:34:29","modified_gmt":"2013-04-27T08:34:29","slug":"benoit-vincent-proces-verbeux-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/benoit-vincent-proces-verbeux-1\/","title":{"rendered":"Beno\u00eet Vincent \u2022 Proc\u00e8s verbeux (1)"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Beno\u00eet Vincent travaille <a href=\"http:\/\/amboilati.org\" target=\"_blank\"><em>Ambo(i)lati<\/em><\/a>. Il rassemble des statuts Facebook sous le titre de <a>Proc\u00e8s verbeux<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>1. Les nouvelles \u00e9taient tellement mauvaises (crise, r\u00e9chauffement climatique, violences, m\u00e9t\u00e9o et Philippe Meyer) qu\u2019il a mis La jeune fille et la mort, et dans la cuisine, a agit\u00e9 son corps dessus.<\/p>\n<p>2. Le monde \u00e9tait tellement obsc\u00e8ne qu\u2019il \u00e9tait d\u2019avance entendu que ce ne seraient jamais pour ses qualit\u00e9s litt\u00e9raires qu\u2019on appr\u00e9cierait son prochain roman, libre adaptation de la vie pour le moins rocambolesque de John C. Holmes.<\/p>\n<p>3. Et c\u2019est ainsi qu\u2019il partit trois jours en Ard\u00e8che, sur le plateau, pour une formation sur les Syst\u00e8mes d\u2019information g\u00e9ographique.<\/p>\n<p>4. Des deux c\u2019est lui qui pr\u00e9f\u00e9rait le pain \u2014 et se coltinait de devoir finir celui de la veille, car il avait horreur de g\u00e2cher quand, tout chaud, le quotidien craquait de d\u00e9sir presque \u00e9rotique.<\/p>\n<p>5. Sur la route, \u00e0 dix kilom\u00e8tres de distance, il a crois\u00e9 soit deux salamandres, soit deux bracelets br\u00e9siliens g\u00e9ants.<\/p>\n<p>6. N\u2019avait qu\u2019un r\u00eave Antoine, \u00eatre r\u00e9incarn\u00e9 en un truc maigre. R\u00e9incarn\u00e9 en os. En os de poulet si possible.<\/p>\n<p>7. Il s\u2019est bien sectionn\u00e9 un doigt en cuisinant son premier chou farci ; mais les convives n\u2019y ont vu que du feu.<\/p>\n<p>8. Pascal n\u2019avait pas abandonn\u00e9 son projet d\u2019un roman mettant en sc\u00e8ne Brunehilde, fille d\u2019un paysan du VIe si\u00e8cle, destin exceptionnel \u00e0 la charni\u00e8re des civilisations.<\/p>\n<p>9. Intrigu\u00e9e par le s\u00e9rieux boxon que faisaient les pois chiches qui trempaient, quelle ne fut pas la surprise d\u2019Orcanette de d\u00e9couvrir, derri\u00e8re la planche \u00e0 d\u00e9couper, un r\u00e9seau de prostitution de scutig\u00e8res v\u00e9loces.<\/p>\n<p>10. Alors qu\u2019il fouine dans la grange de son p\u00e9p\u00e9 Edmond, K\u00e9vin d\u00e9couvre, stup\u00e9fait, une collection de disques vinyles de post-punk et se demande bien \u00e0 quoi cela peut servir. Il d\u00e9cide alors de se branler sur les pochettes.<\/p>\n<p>11. Soudain Louis, alors qu\u2019il coupait la betterave d\u2019un bortsch en \u00e9coutant cet op\u00e9ra pour Espagnol catarrheux, Tommy, fut submerg\u00e9 des larmes du mat\u00e9rialisme romantique. Il assassina sa femme et nourrit une profonde aversion pour tout ce qui se r\u00e9clamait du corps social.<\/p>\n<p>12. Eliette Faure disait qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas de Forcalquier, mais de Banon, o\u00f9 son p\u00e8re avait eu le premier garage. En v\u00e9rit\u00e9 sa famille venait d\u2019Oppedette, et leur arriv\u00e9e \u00e0 Forcalquier \u00e9tait pour le moins obscure. Elle en r\u00e9citait d\u2019ailleurs le blasonnement lors de sommeils tortueux : \u00ab de sinople \u00e0 un ours d\u2019or ; coup\u00e9 d\u2019or \u00e0 un pal de gueules \u00bb.<\/p>\n<p>13. Serge avait mis en t\u00e9l\u00e9chargement ill\u00e9gal cinq Vissotsky diff\u00e9rents, ou plut\u00f4t cinq fichiers diff\u00e9rents du m\u00eame disque de Vissotsky, en esp\u00e9rant cette fois qu\u2019il n\u2019obtiendrait pas que des vid\u00e9os amateurs de tuning ou de triple p\u00e9n\u00e9tration + \u00e9jac anale.<\/p>\n<p>14. Chaque matin et puis chaque soir, alors qu\u2019elle prend la route qui de Saint-Rem\u00e8ze m\u00e8ne \u00e0 Vallon-Pont-d\u2019Arc, o\u00f9 elle est h\u00f4tesse \u00e0 l\u2019OT, Marie-H\u00e9l\u00e8ne examine, ausculte et peaufine. La meilleure \u00e9pingle. Le beau pr\u00e9cipice. Le lieu plus sauvage. Les boustrigas. L\u2019\u00e9boulis. Un beau vol, un beau vol et un bel atterrissage, loin, loin et glorieux, loin et glorieux et seule, hors-cadre, en dehors du monde, enfin soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>15. Alors qu\u2019elles rentraient du bal folk de la Tour du Pin, Maeva et Loana l\u2019ont d\u00e9cid\u00e9. C\u2019est le dessin de la guirlande lumineuse devant la mairie de Saint-Jean-de-Soudain qu\u2019elles tatoueront comme un tribal juste au-dessus de leurs fesses.<\/p>\n<p>16. Et Richard suit avec grande attention le petit-huit, le mouvement torsad\u00e9 qu\u2019a effectu\u00e9 le caillot de sang lorsqu\u2019il l\u2019a crach\u00e9 dans les toilettes. Soumis lui aussi aux lois physiques, s\u2019en sort bien, esth\u00e9tique, les m\u00eames lois qui r\u00e8glent la maladie qui r\u00e8gne sur son corps.<\/p>\n<p>17. Cependant, vers 7h40, alors que les gamins du premier rentraient du r\u00e9veillon faits comme des kakis, leur grand-m\u00e8re s\u2019est mise \u00e0 gueuler, a voulu \u00e0 tout prix sortir de son grabat et s\u2019est plant\u00e9e sur le seuil en gueulant \u00e9ructant grognant Moi aussi rrh je veux y aller rhh danser grrrhe. Le syndic dont les membres ont p\u00e9niblement patient\u00e9 minuit pour se f\u00eater la bonne ann\u00e9e s\u2019est r\u00e9veill\u00e9 p\u00e9niblement, et de mauvaise humeur. Il a d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, en s\u00e9ance extraordinaire tenue ce jour dans le couloir, qu\u2019on extrade la vieille, \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir la d\u00e9pecer sur place.<\/p>\n<p>18. Pino aime la biblioth\u00e8que municipale. Alors qu\u2019il a quitt\u00e9 l\u2019\u00e9cole \u00e0 13 ans, tous les jours il y fait sa sieste. Il y fait chaud, c\u2019est propre et lumineux et il y a des jeunes filles de partout. Il se munit du sempiternel volume de Leopardi (\u00e7a lui rappelle vaguement quelque chose, ce nom), et ne le lit pas. Il s\u2019endort dessus, en prenant soin de ne pas le tacher avec les \u00e9cailles de la nuit.<\/p>\n<p>19. Mario aime la librairie Feltrinelli. Depuis qu\u2019il est \u00e0 la retraite, \u00e7a fait onze ans, tous les jours il y fait sa sieste. Il y fait chaud, c\u2019est propre et lumineux, et il y a tous les journaux \u00e0 disposition, et m\u00eame un petit caf\u00e9 (ou du reste il ne va jamais). Il se munit du sempiternel volume de Benedetto Croce (\u00e7a lui rappelle vaguement quelque chose ce nom), et ne le lit pas. Il s\u2019endort dessus, en prenant soin de ne pas l\u2019\u00e9quarrir de ses gestes brusques de b\u00eate d\u2019ouvrier portuaire.<\/p>\n<p>20. Drame au 121 bd St Germain. Jean-Ren\u00e9, passablement \u00e9m\u00e9ch\u00e9, tenait le couteau \u00e0 hu\u00eetre point\u00e9 sur son sternum et s\u2019est mis \u00e0 crier \u00e0 Louis-Maurice : \u00ab si tu oses r\u00e9p\u00e9ter que Jean Paulhan est de droite, je me fais hara-kiri \u00bb. Margarida, la bonne, ne savait pas si elle pouvait amener les caf\u00e9s.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Beno\u00eet Vincent travaille Ambo(i)lati. Il rassemble des statuts Facebook sous le titre de Proc\u00e8s verbeux. 1. 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