{"id":1593,"date":"2013-04-22T07:00:23","date_gmt":"2013-04-22T06:00:23","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=1593"},"modified":"2015-03-10T19:32:14","modified_gmt":"2015-03-10T18:32:14","slug":"benoit-jeantet-et-dans-l-ennui-se-tordre-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/benoit-jeantet-et-dans-l-ennui-se-tordre-1\/","title":{"rendered":"Benoit Jeantet \u2022 Et dans l&rsquo;ennui se tordre (1)"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fbcdn-sphotos-e-a.akamaihd.net\/hphotos-ak-prn1\/67522_1481843919260_1360597_n.jpg\" width=\"100%\" title=\"les vaches de mon p\u00e8re\" \/><\/p>\n<blockquote><p>A farmer in the city quoi qu&rsquo;il en soit. Un jour, alors, il est sorti de son lit. A enfil\u00e9 une robe de chambre \u00e0 la sauvette. S&rsquo;est souvenu de la neige. Et qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plus jeune, avant.<\/p><\/blockquote>\n<p>Chaque matin, me dit-il, c&rsquo;est comme si tu mettais de la vieille huile dans un moteur neuf.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Bonjour tristesse, me dit-il. Repose-toi si tu veux, moi, je repars au chagrin.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Le samedi matin, me dit-il, j&rsquo;aime bien me feuilleter les pages de ce catalogue o\u00f9 il est question de t&rsquo;installer une piscine l\u00e0 o\u00f9 tu pourras jamais, m\u00eame pas en r\u00eave.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Alors c&rsquo;\u00e9tait donc hier soir et c&rsquo;\u00e9tait m\u00eame un hier soir o\u00f9 David Bowie est entr\u00e9 dans la cuisine avec Lou Reed, m\u00eame que, me dit-il. Alors c&rsquo;\u00e9tait si soudain et j&rsquo;avais tellement mes frigos vides qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas trop tra\u00een\u00e9 dans les parages, en fait. Toute fa\u00e7on, Lou Reed, il est devenu con comme c&rsquo;est pas permis. L&rsquo;a bonne mine, tiens, avec ses binocles de prof de philo que trop d&rsquo;herbes ha\u00eftiennes auraient d\u00e9fonc\u00e9 pour mille ans. David, lui, ah non, c&rsquo;est pas la m\u00eame. Oh mais rien \u00e0 voir, je te dis. Du tout, du tout. L&rsquo;autre c&rsquo;est z\u00e9ro et un chiffre. David, la classe \u00e0 deux cents pour cent, tu vois. Et putain quand il a fait comme \u00e7a : \u00a0\u00bb Av\u00e9 vu quellequechoz for le dinner ? Hum, hum ? La putain de sa m\u00e8re de classe. Ouais.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Il n&rsquo;arr\u00eatait pas de leur r\u00e9clamer des preuves d&rsquo;amour, me dit-elle. Parait que tous les mauvais parents font \u00e7a.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>J&rsquo;ai install\u00e9 une piscine, juste en dessous de mes yeux, me dit-elle. La tristesse \u00e0 d\u00e9bordement, c&rsquo;est l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>C&rsquo;est souvent, me dit-il, que mes r\u00eaves r\u00e9sonnent comme un vieux chant de bivouac.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Au d\u00e9but, me dit-elle, j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 d&rsquo;avoir un destin d&rsquo;oiseau sur la branche. Je sais, c&rsquo;\u00e9tait un peu idiot. Un peu b\u00e9b\u00eate. D&rsquo;autant que le solf\u00e8ge et moi. Voil\u00e0. Et puis j&rsquo;ai d\u00fb vieillir, comme on vieillit. Comme le corbeau blanc, un jour, est devenu noir. Comme \u00e7a.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>La vie, plus j&rsquo;y pense, me dit-il et alors lui c&rsquo;est ce genre de gar\u00e7on chez qui l&rsquo;enfance n&rsquo;est pas r\u00e9solue \u00e0 mourir, du moins pas tout de suite, les r\u00eaves r\u00e9sistent, les r\u00eaves entendent bien crever l&rsquo;arme \u00e0 la main, debout, casoar et gants blancs, oui, bref, la vie, me dit-il, tu vois c&rsquo;est comme un film. Le film, pour qu&rsquo;il soit r\u00e9ussi, que ce soit un grand film, un beau film tant qu&rsquo;\u00e0 faire,avant que ta cam\u00e9ra elle commence \u00e0 tourner autour des acteurs, \u00e0 venir les prendre par la main, une belle main de cam\u00e9ra \u00e0 poigne de givre-dans le cas contraire, si ta cam\u00e9ra et sa main sans cesse au milieu de la mort, sans cesse au milieu de la vie, elle ont pas envie de venir se les chercher, les acteurs, si elles se sentent pas le moins du monde attir\u00e9es par eux, l\u00e0 ce sera mort d&rsquo;entr\u00e9e ton truc. Pfuit les sortil\u00e8ges du ci-n\u00e9-ma-oui donc, avant que ta cam\u00e9ra elle commence sa petite danse du ventre autour de ce monde minuscule en mouvement-vivre, tu dirais qu&rsquo;ici \u00e7a se r\u00e9sume \u00e0 cette formule magique : Moteur&#8230; Moteur demand\u00e9&#8230; Action. Ensuite, parce que c&rsquo;est forc\u00e9 qu&rsquo;on passe tous par ces moments-l\u00e0, l&rsquo;\u00e2ge, les doutes tout \u00e7a, ensuite et pour peu que ce sale d\u00e9sir de mort te vienne, alors t&rsquo;aurais qu&rsquo;\u00e0 gueuler \u00a0\u00bb coupez\u00a0\u00bb. C&rsquo;est d&rsquo;une simplicit\u00e9 d&rsquo;ancien testament. Voil\u00e0. T&rsquo;aurais qu&rsquo;\u00e0.- oui donc, avant que ta cam\u00e9ra elle se sente tant soit peu concern\u00e9e par le spectacle des hommes et eux, les acteurs, ils aimeraient bien qu&rsquo;on les entra\u00eene dans l&rsquo;autre monde, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, au pays de la vie \u00e9ternelle, tu vois, avant \u00e7a, il lui faut une histoire, des mots, quelque chose qui d\u00e9clenche un geste simple mais pr\u00e9cis. Simple. Pr\u00e9cis. Pur. Ta cam\u00e9ra c&rsquo;est comme le stylo de quelqu&rsquo;un qui \u00e9crit. Comme le pinceau d&rsquo;un peintre, si tu veux. La vie donc, plus j&rsquo;y pense, me dit-il, plus je me dis que c&rsquo;est comme au cin\u00e9ma. Que c&rsquo;est rien qu&rsquo;une sombre affaire de d\u00e9sirs et de manques. Salut.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Ma vie est grise, me dit-elle. Et pourtant, plus jeune j&rsquo;avais, comme tout le monde, de ces impatiences dans les yeux, d\u00e8s qu&rsquo;on m&rsquo;offrait une rose.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Ce qui me fascine avec la vie, vois-tu, me dit-il, c&rsquo;est quand tu dis : deux rue des boulets plus deux demis chambr\u00e9s et que \u00e7a fait pas quatre.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Le m\u00e9tro, ce matin-l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait rien qu&rsquo;une for\u00eat de jambes, me dit-il. Et elle alors avec ses collants noirs, t&rsquo;aurait dit un arbre \u00e9gar\u00e9 au bord de la route.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas trente-six fa\u00e7ons de se raconter, me dit-il. Il n&rsquo;y a que des narrations favorables.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>La premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai perdu une dent, me dit-il, c&rsquo;est \u00e0 peine si je t&rsquo;en ai voulu.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>La vie ? Une grande pompe \u00e0 vide, me dit-il.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un matin de sept ans et demi, un matin toute blonde, me dit-il. Il a suffi que ce matin se mette, comme \u00e7a blondement, \u00e0 me sauter sur les genoux, pour que j&rsquo;arr\u00eate enfin de faire la gueule.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>La premi\u00e8re fois que je suis n\u00e9e, me dit-elle, j&rsquo;ai eu du mal \u00e0 te reconna\u00eetre. M\u00eame quand tu m&rsquo;as fait bonjour, mes yeux n&rsquo;en croyaient pas leurs oreilles.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Au d\u00e9but, me dit-elle, on s&rsquo;est couch\u00e9 dans les herbes folles. On regardait le fleuve et nos amours se ma\u00e7onnaient dans l&rsquo;indiff\u00e9rence. Le cidre \u00e9tait bu. La honte \u00e9tait bio. Et puis est venu le temps de l&#8217;embauche. Alors on a quitt\u00e9 l&#8217;embouchure de la jeunesse.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Le printemps ? Trop facile, le printemps, me dit-elle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A farmer in the city quoi qu&rsquo;il en soit. Un jour, alors, il est sorti de son lit. A enfil\u00e9 une robe de chambre \u00e0 la sauvette. S&rsquo;est souvenu de la neige. Et qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plus jeune, avant. 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