{"id":1448,"date":"2013-01-14T06:00:23","date_gmt":"2013-01-14T05:00:23","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=1448"},"modified":"2013-01-21T18:07:22","modified_gmt":"2013-01-21T17:07:22","slug":"arno-bertina-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/arno-bertina-3\/","title":{"rendered":"Arno Bertina (3)"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Suite et fin (?) de l&rsquo;entretien, entam\u00e9 <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/entretien-avec-arno-bertina-1\/\" target=\"_blank\">ici<\/a> puis <a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/entretien-avec-arno-bertina-1\/\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a>, avec Arno Bertina \u2014 o\u00f9 il est question d&rsquo;Afrique, de politique, et d&rsquo;\u0153uvres compl\u00e8tes<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>HS \u2014 Alors \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces \u00e9l\u00e9ments laiss\u00e9s \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019imaginaire et de la fiction, on sait et on voit que tu es toujours tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9 aussi du r\u00e9el. Ainsi dans <i>Je suis une aventure<\/i>, il y a ce long passage en Afrique. On ne pensait pas, en d\u00e9butant le livre, qu\u2019on en arriverait l\u00e0. Quelle place repr\u00e9sente l\u2019Afrique dans toute cette histoire\u00a0? Pourquoi \u00eatre all\u00e9 en Afrique, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cet endroit de la fiction alors m\u00eame que de ton c\u00f4t\u00e9, tu dis que l\u2019Afrique est un fil conducteur, pr\u00e9sent dans tous les livres\u00a0? C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s fort dans <i>Anima motrix<\/i> bien s\u00fbr&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 C\u2019\u00e9tait sans doute plus pr\u00e9gnant dans <i>Anima motrix<\/i>, plus imm\u00e9diat\u2026<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Oui. Qu\u2019est-ce que tu veux, je ne sais pas\u2026 combattre ou d\u00e9noncer ou promouvoir ? Pourquoi l\u2019Afrique ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014\u00a0 C\u2019\u00e9tait plus imm\u00e9diat dans <i>Anima motrix<\/i>, mais l\u2019Afrique n\u2019est pas moins n\u00e9cessaire \u00e0 <i>Je suis une aventure<\/i>\u2026 Ces deux Afriques sont li\u00e9es comme les deux faces d\u2019une pi\u00e8ce. Pour te r\u00e9pondre, je dois revenir un peu en arri\u00e8re. Ma hantise personnelle, ce sont les livres discoureurs. C\u2019est ma hantise car c\u2019est mon penchant naturel. Je d\u00e9teste \u00e7a, \u00e7a me fait peur chez moi, et j\u2019essaie donc de traquer ces trucs-l\u00e0 dans ce que je fais. Bien. Etant donn\u00e9 que j\u2019avais ce plan de discussion sur les m\u00e9rites compar\u00e9s de Thoreau et Pirsig, j\u2019y allais tout droit, \u00e0 ce livre discoureur que je ne voulais pas \u00e9crire ! Ou si je n\u2019en faisais pas un livre discoureur, je risquais en tout cas d\u2019\u00e9crire un livre sans dehors, c\u2019est-\u00e0-dire sans myst\u00e8re, qui contiendrait d\u00e9j\u00e0 les discours qu\u2019on pourrait articuler \u00e0 partir de lui. (Un de mes grands bonheurs de lecture, <i>Les trap\u00e9zistes et le rat<\/i>, d\u2019Alain Fleischer, m\u2019avait fait la m\u00eame impression\u00a0: j\u2019avais \u00e9crit dix pages pour la revue <i>Critique<\/i>, en ayant l\u2019impression \u2013 une fois l\u2019article \u00e9crit \u2013 que je n\u2019\u00e9tais pas parvenu \u00e0 r\u00e9inventer le livre.) Je reviens \u00e0 <i>Je suis une aventure<\/i>\u00a0: je devais faire en sorte que ce plan de discussion Thoreau\/Pirsig prenne en charge sa part d\u2019intrigue. Que ce ne soit pas une dissertation, m\u00eame mal fagot\u00e9e. Dans les imaginaires, l\u2019Afrique noire est hant\u00e9e par diff\u00e9rentes formes de mort (famines, guerres ou gu\u00e9rillas, dictatures de dictateurs ou de grands soci\u00e9t\u00e9s pilleuses de richesses, sida, et m\u00eame les safaris, etc.) Lors d\u2019un s\u00e9jour au Mali, en 2009, j\u2019ai aussi vu le contraire, qu\u2019on dit moins et que j\u2019ai ramass\u00e9 dans la sc\u00e8ne de la r\u00e9paration du taxi-mobylette. A Bamako, \u00e0 Mopti, \u00e0 Djenn\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s surpris par \u00e7a\u00a0: rien ne meure jamais l\u00e0-bas, tout est r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 tout le temps. Une mobylette est toujours r\u00e9par\u00e9e, un v\u00e9lo n\u2019est jamais cass\u00e9, il est toujours r\u00e9par\u00e9. S\u2019il est trop cass\u00e9, absolument toutes les pi\u00e8ces vont \u00eatre r\u00e9utilis\u00e9es pour faire autre chose, disons une cocotte minute. Voil\u00e0 encore un exemple de non-contradiction et une illustration, surtout, de la lutte invraisemblablement efficace contre la mort, toutes les morts, mort symbolique, mort r\u00e9elle, etc. Tout est imm\u00e9diatement dans le cercle ou dans les cycles de la vie. Pour l\u2019Europe qui est hant\u00e9e, effray\u00e9e par l\u2019id\u00e9e de la mort, ce qui est vraiment au centre du roman puisque F\u00e9d\u00e9r\u00e8re est justement fascin\u00e9 (au sens estomaqu\u00e9, paralys\u00e9) par cette mort-l\u00e0 (effrayante, symbolique, r\u00e9elle et tout), aller en Afrique est un choc, voir cette r\u00e9paration de la mobylette pendant deux heures sur un bout de trottoir par \u00e0 peu pr\u00e8s tous les hommes du quartier, l\u00e0 o\u00f9 lui aurait estim\u00e9 que le truc \u00e9tait fini et qu\u2019il fallait acheter une autre mobylette, c\u2019est une le\u00e7on grandiose, dynamisante, euphorisante. L\u00e0 o\u00f9 on a tous vu de la mort en estimant la mobylette foutue, quelqu\u2019un voit tout de suite par quel moyen il est possible de la remettre en circulation. Voil\u00e0 la le\u00e7on\u00a0non professorale de l\u2019Afrique. Cette inversion cr\u00e9e un point aveugle dans le roman, me semble-t-il, qui tend le plan de discussion Thoreau\/Pirsig.<\/p>\n<p>Puis les envoyer en Afrique c\u2019\u00e9tait aussi prendre F\u00e9d\u00e9r\u00e8re par surprise\u00a0: au joueur suisse qui ne donne jamais prise \u00e0 rien, je fais faire des choses invraisemblables, rocambolesque (voler sa propre statue par exemple, et fuguer, disparaitre des \u00e9crans de contr\u00f4le pendant quatre mois). Je voulais prolonger cette folie-l\u00e0, ent\u00e9riner la dimension romanesque, fictionnelle, et l\u2019emmener sur un territoire ou on ne le voit jamais car \u00ab\u00a0la plan\u00e8te tennis\u00a0\u00bb n\u2019a que quatre continents, elle est sans Afrique. Je n\u2019ignore pas les engagements humanitaires du vrai Federer, je veux juste dire qu\u2019on ne l\u2019y voit jamais en tant que joueur, l\u00e9gende vivante du tennis, jamais officiellement. L\u2019Afrique dans le roman c\u2019\u00e9tait donc une fa\u00e7on de pousser plus loin l\u2019usure du personnage, de l\u2019enfoncer encore plus dans la fiction, et de l\u2019arracher \u00e0 son d\u00e9cor ; c\u2019\u00e9tait le mettre au contact de ces \u00e9nergies-l\u00e0 qui sont des \u00e9nergies de vie, incroyables, et lui permettre de rebondir symboliquement pour se remettre lui-m\u00eame en chantier, en mouvement, etc. Pour l\u2019amener \u00e0 se rebricoler.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, c\u2019est une partie de la r\u00e9ponse \u2013 j\u2019ai oubli\u00e9 les autres&#8230;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/sebecorochambord.livreaucentre.fr\/files\/2012\/08\/04-Tombe-inachev%C3%A9e-de-Drissa-Coulibaly-%C2%A9-AnissaMichalon.jpg\" width=\"100%\" \/><\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Du coup est-ce que \u00e7a peut \u00eatre un territoire ou un moyen de faire que la politique fasse irruption dans le roman, ou pas du tout\u00a0? Parce que tu mentionnes l\u2019AQMI, les attentats en Europe, etc\u2026<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Je vais te r\u00e9pondre, mais je voudrais d\u2019abord compl\u00e9ter ma r\u00e9ponse sur le plaisir d\u2019\u00e9crire, et le fait d\u2019\u00eatre emport\u00e9 par le livre. Ce qui est assez dr\u00f4le, c\u2019est qu\u2019au moment o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 l\u2019\u00e9pisode africain, j\u2019ai dit \u00e0 mes potes \u00ab\u00a0Oui c\u2019est bon, je n\u2019ai plus qu\u2019une trentaine de pages \u00e0 \u00e9crire, je tiens la fin.\u00a0\u00bb En fait je leur ai dit \u00e7a pendant un an. \u00ab\u00a0\u2014\u00a0Mais tu as d\u00e9j\u00e0 dis \u00e7a il y a quinze jours. \u2014\u00a0Oui, c\u2019est vraiment ce que je croyais&#8230;\u00a0\u00bb Le truc s\u2019est mis \u00e0 germer tout seul. Je n\u2019en voyais jamais le bout, \u00e7a enclenchait un autre truc, et encore un autre. Tous ces d\u00e9veloppements de l\u2019intrigue me semblaient n\u00e9cessaires, appel\u00e9s par ce qui pr\u00e9c\u00e9dait, les 250 premi\u00e8res pages. Ce n\u2019est pas que je ne contr\u00f4lais plus, simplement que je n\u2019avais pas du tout anticip\u00e9 la f\u00e9condit\u00e9 de la premi\u00e8re moiti\u00e9 et du rebond africain.<\/p>\n<p>Les questions politiques maintenant. Pourquoi est-ce que je parle de l\u2019AQMI, du Sahara Occidental ? Dans ce livre, l\u2019enqu\u00eate est celle-ci\u00a0: comment un individu (F\u00e9d\u00e9r\u00e8re, mais aussi le journaliste qui l\u2019accompagne) peut retrouver le chemin du mouvement\u00a0; comment \u00e9tablir avec sa propre identit\u00e9 un rapport qui soit mobile et cr\u00e9atif. Ce qui s&rsquo;oppose \u00e0 \u00e7a, en tout cas pendant trois-cents pages, la figure repoussoir, c\u2019est \u00e9videmment Thoreau, qui dans ses livres ne cherche pas du tout cette mobilit\u00e9-l\u00e0. Ensuite, \u00e7a change, quoi, parce que rester dans une opposition \u00e0 Thoreau ce serait tomber b\u00eatement dans un pi\u00e8ge (devenir rigide alors qu\u2019on voulait d\u00e9noncer la rigidit\u00e9). A un moment, le journaliste narrateur aper\u00e7oit le pi\u00e8ge et il d\u00e9passe cette contradiction entre Thoreau et Pirsig. Je continue cependant d\u2019inscrire \u00e0 l\u2019horizon de cette d\u00e9ambulation plein de petites notations\u00a0: le personnage ach\u00e8te le journal et il est question d\u2019un attentat \u00e0 Strasbourg\u00a0; quand il volent la statue \u00e0 Londres, c\u2019est le soir d\u2019un autre attentat\u00a0; j\u2019\u00e9voque effectivement l\u2019AQMI quand le narrateur longe la c\u00f4te mauritanienne et traverse le Sahara Occidental, et le Front Polisario. Tout \u00e7a c\u2019est l\u2019arri\u00e8re plan, vraiment c\u2019est le fond de sc\u00e8ne de tout. Parce que \u00e7a repr\u00e9sente la pratique la plus morbide de l\u2019identit\u00e9. \u00ab\u00a0On a une revendication, voil\u00e0 notre identit\u00e9, je vais vous tuer pour que vous la reconnaissiez\u00a0\u00bb (l\u00e0 \u00e9videmment je cite\u00a0 <i>Le Lotus Bleu<\/i>). Tu vois, \u00e7a doit vraiment \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019arri\u00e8re-plan d\u2019un tableau, et non comme un surgeon r\u00e9aliste dans un truc rocambolesque. Autre exemple, l\u2019Europe dont les portes sont ferm\u00e9es, verrouill\u00e9es militairement \u2013 le dernier chapitres \u00e0 Ceuta c\u2019est l\u2019Union Europ\u00e9enne qui ne s\u2019imagine elle-m\u00eame que dans des fronti\u00e8res \u00e9tanches, barricad\u00e9es, sans quoi son \u00e9conomie et son identit\u00e9 s\u2019effondreraient en m\u00eame temps&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 L\u2019enclave de Ceuta qu\u2019on avait d\u00e9j\u00e0 vue dans <i>Anima motrix<\/i>&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Mais avec une r\u00e9sonance diff\u00e9rente, je ne disais pas exactement la m\u00eame chose&#8230; L&rsquo;Europe passe son temps \u00e0 vouloir se garder de cette d\u00e9tresse, et ce faisant elle se tue elle-m\u00eame, elle s\u2019asphyxie elle-m\u00eame. Son identit\u00e9 ne se touche plus que par la fermeture. Les connards qui parlent des racines chr\u00e9tiennes de l\u2019Europe c\u2019est \u00e9galement et toujours la d\u00e9finition la plus morbide de l&rsquo;identit\u00e9. \u00c7a me servait pour que Rodgeure se d\u00e9tache sur cet arri\u00e8re-plan, et qu\u2019on comprenne mieux la dimension politique et philosophique des \u00e9l\u00e9ments rocambolesques (la forme informe, la d\u00e9rive ivrogne, la passion sexuelle). Dans le roman j\u2019essaie d\u2019arracher F\u00e9f\u00e9r\u00e8re \u00e0 un fond d\u2019immobilisme et de morbidit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Tu viens d\u2019\u00e9crire avec Oliver Rohe <a href=\"http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/actualites\/20120904.OBS1208\/richard-millet-dans-le-rer.html\" target=\"_blank\">sur les soubresauts de l\u2019 \u201caffaire Millet\u201d<\/a>, chez Gallimard. Pourquoi, comment, \u00e0 quel moment avez-vous \u00e9prouv\u00e9 le besoin de vous exprimer \u00e0 ce sujet dans la presse\u00a0? Je voudrais dire en passant, pardon : Richard Millet a \u00e9crit des livres qui \u00e9ventuellement pourront \u00eatre lus. Mais je trouve sa sortie absurde\u00a0; si je voulais montrer ma diff\u00e9rence ou mon identit\u00e9, ce n\u2019est pas \u00e0 Ch\u00e2telet \u00e0 18h que j\u2019irais, parce que c\u2019est la plus grande gare d\u2019Europe, et que le monde entier y passe, mais plut\u00f4t loin de Paris un samedi soir, en banlieue, ou dans la campagne profonde, comme chez moi avec des populations bien blanches pourtant, et tout aussi \u201cidentitairement\u201d dangereuses.<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Cette sortie est tr\u00e8s significative, c\u2019est ce que nous avons voulu dire dans le texte du <i>Nouvel Obs<\/i>.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Je finis la charge\u00a0: je me disais aussi, Richard Millet ne fait pas \u00e7a inconsciemment, il a une intention. Je ne veux pas le sauver d\u2019une quelconque mani\u00e8re mais est-ce que ce n\u2019est pas non plus le r\u00f4le d\u2019un \u00e9crivain que d\u2019adopter une posture un peu excentrique dans un monde tr\u00e8s lisse, une posture diff\u00e9rente afin de provoquer, plus ou moins gratuitement, pour attirer l\u2019attention sur tel ou tel probl\u00e8me. Et du coup, en r\u00e9pondant, tous les deux, vous entrez dans son jeu, d\u2019une certaine mani\u00e8re avec vos noms d&rsquo;\u00e9crivains, non ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Evidemment. Mais oui ! Et pour parler d\u2019\u00e9criture pr\u00e9cis\u00e9ment, du point o\u00f9 \u00e9criture et politique se lient. On ne va pas sur le terrain de l\u2019anti-racisme, on parle d\u2019\u00e9criture. Au mois de f\u00e9vrier 2012 Richard Millet est invit\u00e9 sur le plateau de Fr\u00e9d\u00e9ric Tadd\u00e9i. Il parle alors de la station Ch\u00e2telet-les-Halles \u00e0 18h, pour dire une chose qui se trouvait d\u00e9j\u00e0 dans une de ses fictions. Mais l\u00e0 il parle en son nom. Ce n&rsquo;est pas de la litt\u00e9rature, mais bien lui, en tant qu\u2019individu. Ni Oliver, ni moi ne voyons cela en direct car aucun de nous n\u2019a la t\u00e9l\u00e9vision, mais le lendemain ou dans la semaine&#8230; Et on se demande si on ne ferait pas un papier, parce que vraiment c\u2019est&#8230; Finalement on ne l\u2019a pas fait, et c\u2019est dommage justement. L\u00e0 on la fait, alors que bon, beaucoup de monde avait d\u00e9j\u00e0 dit beaucoup de choses, et c\u2019est tr\u00e8s bien, et tant mieux. Mais on n\u2019avait pas besoin qu\u2019il en vienne \u00e0 \u00e9crire ses deux pamphlets six mois plus tard, pour savoir, nous, que quand il dit cette chose (\u00ab\u00a0Je suis le seul blanc \u00e0 Ch\u00e2telet\u00a0\u00bb) ce n\u2019est que l\u2019amorce d\u2019un d\u00e9lire. De quelle nature est ce d\u00e9lire\u00a0? Il repose sur un rapport tordu au dehors. Le dehors n\u2019est pas assez effrayant, je vais donc mentir, caricaturer, dire n\u2019importe quoi (\u00ab\u00a0Je suis le seul blanc \u00e0 Ch\u00e2telet\u00a0\u00bb), pour \u00e9lever le dehors \u00e0 ce point d\u2019effroi qui est le mien. Quelle est cette op\u00e9ration\u00a0? Il donne \u00e0 sa propre peur une dimension noble (en \u00e9tant politique), ou \u00e9pique (il est si heureux quand il se peint en guerrier libanais ayant soi-disant port\u00e9 les armes). Il prend la politique en otage avec sa trouille. Mais sa trouille n\u2019a rien de politique, avant cette prise d\u2019otage. Elle devient politique quand il fait dire n\u2019importe quoi aux mots, c\u2019est-\u00e0-dire quand il maltraite la langue fran\u00e7aise, et quand \u2013 qui plus est \u2013 il lui fait dire n\u2019importe quoi dans le champ politique (les questions de l\u2019identit\u00e9, de la race, et de la connexion entre identit\u00e9 nationale et religieuse).<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Vous \u00eates tous les deux chez Gallimard. Ce n\u2019est donc pas anodin, votre geste, ce n\u2019est pas rien&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 \u00c7a nous retombera sans doute dessus, on le sait, mais \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance. Tout le monde l\u2019a dit fasciste, raciste \u2013 de fait il est fascin\u00e9 par les armes \u00e0 feu, il dit fi\u00e8rement s\u2019en \u00eatre servi, avoir tir\u00e9 sur des gens. Il n\u2019y a pas \u00e0 barguigner\u00a0: le fasciste est celui qui est fascin\u00e9 par la force virile, par la mort, et la question raciale. Voil\u00e0, il est \u00e7a, qu\u2019il ait r\u00e9ellement tu\u00e9 ou tir\u00e9 sur des gens. Mais \u00e0 chaque fois qu\u2019on hurle \u00ab\u00a0Le raciste !, Le fasciste !\u00a0\u00bb \u00e7a porte assez peu, on nourrit son d\u00e9lire. En revanche, ceux qui lui disent \u00ab\u00a0Richard, tu es un grand \u00e9crivain, pourquoi dis-tu ces b\u00eatises-l\u00e0 ? \u00bb (Franz-Olivier Giesbert par exemple) disent quelque chose d\u2019horrible. D\u2019autant plus horrible que Millet sourit alors de contentement, il glousse et se rengorge. Nous demandons\u00a0: \u00ab\u00a0Un grand \u00e9crivain fait-il dire n\u2019importe quoi \u00e0 la langue\u00a0? Un grand \u00e9crivain peut-il se passer de toute enqu\u00eate au moment m\u00eame o\u00f9 il pr\u00e9tend dire quelque chose du r\u00e9el le plus prosa\u00efque, le plus concret\u00a0? De quelle nature est son regard, de quelle valeur est sa parole\u00a0s\u2019il m\u00e9prise la pr\u00e9cision alors m\u00eame qu\u2019il pr\u00e9tend dire quelque chose du pr\u00e9sent \u00bb. Tu comprends que je n\u2019attends pas la m\u00eame chose de Lewis Carroll par exemple\u2026<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Ce qui est effrayant c\u2019est que ce genre de positionnement que vous avez eu \u00e9tait relativement courant dans les ann\u00e9es cinquante et soixante&#8230; Aujourd&rsquo;hui des tas de gens, sous pr\u00e9texte d\u2019\u00eatre journaliste, psychanalyste, \u00e9crivain ou intellectuel, se permettent de dire des \u00e9normit\u00e9s et rien ne se passe, peut-\u00eatre parce que les gens s\u2019ennuient ou ont peur.<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Je pense qu\u2019il y a pire que \u00e7a\u00a0: c\u2019est le cynisme li\u00e9 au spectaculaire. Alain Finkielkraut fait un scandale et on dit \u00ab\u00a0Oui mais c&rsquo;est Finkielkraut.\u00a0\u00bb Puis \u00ab Rh\u00f4, mais c\u2019est \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, demain on aura oubli\u00e9\u00a0\u00bb&#8230; Richard Millet vient de dire des horreurs ! Comment \u00e7a tu auras oubli\u00e9 qu\u2019il vient d\u2019affirmer avoir tir\u00e9 sur des gens\u00a0?! Comment \u00e7a tu auras oubli\u00e9 demain ?!<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Dans ton actualit\u00e9 qui ne fait pas la une des journaux, il y a cette r\u00e9sidence \u00e0 Chambord. On ne s\u2019\u00e9loigne pas trop du propos, parce qu\u2019il y a l\u2019Afrique, l\u00e0 aussi pr\u00e9sente. C\u2019est un travail sur la photographie aussi, c&rsquo;est un peu la synth\u00e8se de tout ce qu\u2019on a dit, non ? L\u00e0 encore, pourquoi l\u2019Afrique, est-ce la m\u00eame Afrique dans <i>Je suis une aventure<\/i>, est-ce politique ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Oui, je crois&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 On passe du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne, un peu, l\u00e0&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Non, pas tant que \u00e7a. Pas du tout m\u00eame. C\u2019est un projet que j\u2019ai depuis deux ans avec la photographe Anissa Michalon, dont je connais bien le travail ; depuis sept ou huit ans elle photographie l\u2019immigration malienne (les hommes, les familles, les lieux fran\u00e7ais ou maliens). De ce travail-l\u00e0 nous avons extrait une trentaine d\u2019images concernant un sans-papier malien qu\u2019elle a connu, au destin tragique car il s&rsquo;est pendu \u00e0 la prison de Fresnes. Je voulais \u00e9crire sur ces images. Le domaine de Chambord m\u2019a propos\u00e9 de venir trois mois en r\u00e9sidence et dans le dossier de candidature j\u2019ai propos\u00e9 de travailler sur ces photographies. Gu\u00e9na\u00ebl Boutouillet m\u2019a propos\u00e9 de cr\u00e9er un blog qui corresponde \u00e0 la r\u00e9sidence d\u2019\u00e9criture et je me suis propos\u00e9 de r\u00e9diger un journal de travail (en ligne) durant ces trois mois. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 saisi tr\u00e8s vite par l\u2019immense d\u00e9calage entre le fait d\u2019\u00e9crire sur deux sans-papiers et le fait d\u2019\u00eatre en r\u00e9sidence dans un ch\u00e2teau royal, dans des conditions exceptionnelles (seul au milieu de la for\u00eat) etc. Le grand \u00e9cart vaut un texte \u00e0 soi seul, plusieurs textes peut-\u00eatre&#8230; Ensuite il est int\u00e9ressant de voir comment un tel lieu peut nourrir la cr\u00e9ation contemporaine et, alors que je veux travailler sur les sans-papiers en France, de voir de quelle mani\u00e8re la contemplation de Chambord peut faire avancer mon projet, faire que mon discours sur l\u2019\u00e9criture se d\u00e9place un peu, ou beaucoup, chamboul\u00e9 par Chambord&#8230; Je l\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 en \u00e9crivant sur les graffitis des murs du ch\u00e2teau, sur la clinique de La Borde\u2026 C\u2019est un billard \u00e0 trois bandes, ce qui n&rsquo;est jamais facile, parce que j\u2019y aborde en m\u00eame temps le livre en cours d\u2019\u00e9criture, Chambord et la question politique soulev\u00e9e par l\u2019existence des sans-papiers.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/sebecorochambord.livreaucentre.fr\/files\/2012\/10\/billet-11-copyright-arnobertina.jpg\" width=\"100%\" \/><\/p>\n<p>Ensuite, bien s\u00fbr, internet m&rsquo;int\u00e9resse&#8230; le type d\u2019\u00e9criture rendu possible par le web, qui existait d\u00e9j\u00e0 mais que le web permet de pousser, comme ton projet sur la ville de G\u00eanes, je trouve \u00e7a passionnant (formellement, intellectuellement). De la m\u00eame fa\u00e7on que certaines \u00ab\u00a0performances\u00a0\u00bb, il s\u2019agit d\u2019\u00e9tendre le champ de la litt\u00e9rature en se jouant des contraintes impos\u00e9es par le livre jusqu\u2019alors&#8230; Publier un livre normal sur le web m&rsquo;int\u00e9resse moins que le fait de me lancer dans une entreprise comme <i>GEnove, villes \u00e9puis\u00e9es<\/i>. \u00c7a, \u00e7a m&rsquo;int\u00e9resse beaucoup. Apr\u00e8s ce sont des questions d&rsquo;opportunit\u00e9s. Ce projet-l\u00e0, c\u2019est avec le Bec en l\u2019Air qu\u2019on l\u2019a construit, donc avec un \u00e9diteur traditionnel. Si quelqu\u2019un vient me voir pour concevoir un livre non-homoth\u00e9tique, je suis partant. Je ne veux pas faire de hi\u00e9rarchie entre internet et papier, les deux sont int\u00e9ressants, les deux appellent des textes diff\u00e9rents, des formes diff\u00e9rentes. Je tiens \u00e0 cette diversit\u00e9 des outils. Plus je dispose d\u2019outils pour op\u00e9rer le r\u00e9el (pardon, c\u2019est pompeux)&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 On va s\u2019acheminer vers la fin de cet entretien, qui est d\u00e9j\u00e0 long. As-tu une attention particuli\u00e8re \u00e0 la construction de ton \u0153uvre en tant qu\u2019\u0153uvre, et quelle est ton rapport \u00e0 cette construction-l\u00e0 ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Non, rien de programmatique ; l\u2019\u0153uvre (au sens tr\u00e8s sobre d\u2019ensemble des livres) se forme au fil des livres. J\u2019\u00e9cris <i>Le <\/i><i>Dehors<\/i>, puis <i>Appoggio<\/i>, et je pars \u00e0 la Villa M\u00e9dicis en 2004. L\u00e0 je pr\u00e9sente mon boulot aux autres pensionnaires (et je les \u00e9coute pr\u00e9senter le leur) et je me rends compte qu\u2019il y a des continuit\u00e9s fortes\u00a0; qu\u2019<i>Anima motrix<\/i> \u2013 roman auquel je commence \u00e0 travailler \u00e0 ce moment-l\u00e0 \u2013 s\u2019inscrit dans cette continuit\u00e9 et je vois d\u2019un coup des liens que je n\u2019avais pas soup\u00e7onn\u00e9s. C&rsquo;est pourquoi je n&rsquo;arr\u00eate pas de dire que ces trois livres forment un triptyque.<\/p>\n<p>Puis <i>Je suis une aventure<\/i> (2012) doit d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 <i>Anima motrix<\/i> (2006) et de l\u2019autre \u00e0 <i>Ma solitude s\u2019appelle Brando<\/i> <i>(2008)<\/i><i>.<\/i> Pendant quelques temps, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s soucieux que ces enchainements ou dialogues souterrains soient bien lisibles. J\u2019ai d\u2019ailleurs \u00e9crit <i>La <\/i><i>D\u00e9confite gigantale du s\u00e9rieux<\/i> pour expliquer discr\u00e8tement comment je passais d\u2019un livre \u00e0 l\u2019autre, quelle \u00e9tait peut-\u00eatre la destination de ce travail-l\u00e0. Et je l\u2019ai sign\u00e9 d\u2019un pseudonyme en partie pour ne pas casser cette dynamique du triptyque. Puis peu \u00e0 peu j\u2019ai senti que je ne pourrai pas tenir ce d\u00e9sir d\u2019ordre parce que \u00e7a allait cadenasser les choses, et heureux, l\u00e9ger, j\u2019ai l\u00e2ch\u00e9 la bride.<\/p>\n<p>Un jour \u00e0 la F\u00eate de l\u2019Huma, devant huit de mes livres publi\u00e9s par cinq \u00e9diteurs diff\u00e9rents, une dame m\u2019a dit \u00ab Eh ben dites donc, \u00e7a doit \u00eatre le bordel dans votre t\u00eate\u00a0\u00bb. J\u2019ai beaucoup ri avec elle ce jour-l\u00e0, elle me prenait un peu les doigts plong\u00e9s dans le pot de confiture, mais ce bordel est relatif\u00a0: je vois des logiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre, des routes et des chemins. Dans quelque temps, quand seront parus les deux ou trois prochains livres, notamment les projets li\u00e9s \u00e0 la photographie, cela se verra mieux. On verra appara\u00eetre des p\u00f4les, des ensembles. \u00c7a montrera peut-\u00eatre qu\u2019il ne s\u2019agit pas \u2013 \u00ab\u00a0malheureusement\u00a0\u00bb pas, j\u2019ai envie de dire \u2013 de dispersion. Mais qu\u2019au moins le p\u00e9rim\u00e8tre est vaste, ce qui serait d\u00e9j\u00e0 beau.<\/p>\n<p>D\u2019autant plus vaste peut-\u00eatre que \u00e7a bouillonne, en ce moment\u00a0; je ne pense qu\u2019\u00e0 \u00e9crire et malheureusement je ne peux \u00e9crire tout mon saoul ! Je suis tr\u00e8s \u00e9puis\u00e9 car je ne dors pas, mais je sens que je \u00ab\u00a0progresse\u00a0\u00bb en ce moment \u2013 ce sera le sujet d\u2019un billets sur le blog\u00a0: <a href=\"http:\/\/sebecorochambord.livreaucentre.fr\/2012\/09\/27\/la-joie-de-l%E2%80%99ecrivain-ne-se-reconnait-pas-dans-l%E2%80%99erection-du-crs\/\" target=\"_blank\">qu\u2019est que c\u2019est qu\u2019un \u00e9crivain qui progresse<\/a>\u00a0? Mon \u0153il s\u2019est affut\u00e9. Le texte sur les sans-papiers maliens est court, soixante pages, mais je suis tr\u00e8s content de l\u2019endroit o\u00f9 je me situe, par rapport aux photos mais aussi litt\u00e9rairement. L\u00e0, pour le coup, le cot\u00e9 discoureur est \u00e9cart\u00e9. Ce qui m\u2019a rendu euphorique cet \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre (m\u00eame restriction que ci-dessus) est tr\u00e8s organique parce que chaque livre donne naissance au suivant, \u00e7a c\u2019est tr\u00e8s certain, et dans cet aspect organique beaucoup de choses me d\u00e9passent. <i>Dompter la baleine<\/i>, ce tr\u00e8s petit livre publi\u00e9 par Thierry Magnier, je l\u2019ai \u00e9crit en deux semaines corrections comprises, en ne lui accordant pas plus d\u2019importance que \u00e7a au d\u00e9but. Mais j\u2019\u00e9tais content\u00a0: j\u2019avais l\u2019impression d\u2019avoir dans ce livre un \u00e9quilibre bizarre, que jusque l\u00e0 je n\u2019avais jamais approch\u00e9. Ce truc que je m\u00e9sestimais, m\u2019int\u00e9resse maintenant beaucoup, et j\u2019en suis \u00e0 me dire : est-ce que ce livre pour jeunes lecteurs ne va pas jouer le r\u00f4le d\u2019un pivot dans mon travail, tout en marquant une borne entre deux \u00e9poques ? J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 prendre des notes pour un autre roman, destin\u00e9 aux adultes ou en tout cas \u00e0 tout lecteur bienveillant, eh bien les toutes premi\u00e8res pages sont compl\u00e8tement influenc\u00e9 par ce que je crois avoir r\u00e9ussi avec<i> Dompter la baleine\u00a0<\/i>: quelque chose de tr\u00e8s simple \u00e0 lire, mais dense, et ambigu ou polys\u00e9mique. Chaque phrase vaut pour elle-m\u00eame et autre chose, pour la fable comme pour la situation concr\u00e8te.<\/p>\n<p>C\u2019est tr\u00e8s organique et parfois \u00e7a me d\u00e9passe&#8230; En fait le cerveau cr\u00e9atif est un cerveau qui va beaucoup plus vite que l\u2019intelligence discursive. Quand tu es en phase de bouillonnement, le cerveau cr\u00e9atif fonctionne extr\u00eamement vite tandis que l\u2019autre est \u00e0 la ramasse, donc tu fais des choses que tu ne comprends que bien plus tard.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Est-ce que \u00e7a veut dire que chaque livre est n\u00e9cessaire pour amener le suivant, comme tu disais, parce qu\u2019une \u0153uvre se construit patiemment, il faut lui laisser le temps de s\u2019\u00e9panouir, comme la vie se vit jour apr\u00e8s jour sans faire trop de plans sur la com\u00e8te ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Oui, ils se nourrissent tous. Exactement, c\u2019est comme la vie, mais c\u2019est aussi la m\u00eame chose \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un livre, entre ses diff\u00e9rents blocs ou ses diff\u00e9rentes intentions. Il m\u2019est arriv\u00e9 d\u2019\u00e9crire \u00e0 partir de plans ; pour d\u2019autres livres, le plan s\u2019invente de cinq chapitres en cinq chapitres, mais peu importe\u00a0; dans les deux cas, il faut que je reste libre, m\u00eame avec un plan je dois rester libre par rapport \u00e0 ce qui pourrait se passer, qui pourrait \u00eatre neuf et m\u2019emmener ailleurs&#8230;<\/p>\n<p>Et j\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 construire une \u0153uvre \u2013 notamment parce qu\u2019il y a derri\u00e8re ce d\u00e9sir quelque chose de tr\u00e8s narcissique. Beckett fait dire \u00e0 un personnage ou une voix, cit\u00e9 par Sam Shepard\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 le tort que j\u2019ai eu\u2026 m\u2019\u00eatre voulu une histoire, alors que la vie seule suffit.\u00a0\u00bb Je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre un peu myope, coll\u00e9 au livre que j\u2019\u00e9cris, rester tr\u00e8s attentif \u00e0 la forme qui s\u2019invente, en ne m\u2019occupant pas de la forme de mes \u00ab\u00a0\u0153uvres compl\u00e8tes\u00a0\u00bb parce que tu en viens ensuite \u00e0 te dire \u00ab\u00a0Je fais quatre livres sur \u00e7a, puis <i>pour compl\u00e9ter<\/i> j\u2019en fais trois autres sur \u00e7a\u00a0\u00bb, et tu entres dans une dynamique artificielle. Je pense que cette coh\u00e9rence-l\u00e0 existe, elle est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans mes choix, je ne dois pas chercher \u00e0 avoir la main intellectuelle dessus.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Quand tu seras mort&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014\u00a0Non, parce qu\u2019il y a des \u00e9tapes interm\u00e9diaires avant de mourir. Ce que j\u2019\u00e9cris se m\u00e9fie des choses englobantes, donc je ne vais pas chercher \u00e0 ressaisir tout ce bordel-l\u00e0 sur un plan coh\u00e9rent&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Le plan coh\u00e9rent c\u2019est peut-\u00eatre seulement la table qui porte tes livres \u00e0 la F\u00eate de l\u2019Huma ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Ou un mouvement plut\u00f4t qu\u2019une table. Et en 3D plut\u00f4t que sur un seul plan. Il y a des coh\u00e9rences qui ne sont pas g\u00e9om\u00e9trisables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suite et fin (?) de l&rsquo;entretien, entam\u00e9 ici puis l\u00e0, avec Arno Bertina \u2014 o\u00f9 il est question d&rsquo;Afrique, de politique, et d&rsquo;\u0153uvres compl\u00e8tes HS \u2014 Alors \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces \u00e9l\u00e9ments laiss\u00e9s \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019imaginaire et de la fiction, on sait et on voit que tu es toujours tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9 aussi du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[131,166,61,129],"tags":[341,339,314,342,249,340],"class_list":["post-1448","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chroniques","category-entretiens","category-genre","category-temoignage","tag-afrique","tag-anissa-michalon","tag-arno-bertina","tag-guenael-boutouillet","tag-oliver-rohe","tag-richard-millet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1448","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1448"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1448\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1510,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1448\/revisions\/1510"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1448"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1448"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1448"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}