{"id":1363,"date":"2012-12-11T18:27:53","date_gmt":"2012-12-11T17:27:53","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=1363"},"modified":"2013-06-19T23:30:44","modified_gmt":"2013-06-19T22:30:44","slug":"arno-bertina-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/arno-bertina-1\/","title":{"rendered":"Arno Bertina (1)"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Alors que la rentr\u00e9e litt\u00e9raire battait son plein, <em>Hors-Sol<\/em> revenait avec son auteur, sur l&rsquo;un des livres importants de 2012, <em>Je suis une aventure<\/em>. L&rsquo;entretien se se divise en trois parties, avec une surprise \u00e0 la fin !<\/p><\/blockquote>\n<p>Je suis sorti du m\u00e9tro avec les indications d&rsquo;Arno griffonn\u00e9es sur un papier. Passer le petit pont, d\u00e9boucher sur une place, la traverser, faire quatre cents m\u00e8tres environ, trouver la Poste, traverser en face, descendre la rue.<\/p>\n<p>Une fois cette rue descendue, je ne tombe pas sur les immeubles pr\u00e9vus, mais sur un parc municipal ; je tourne en rond, je relis mon papier ; je remonte vers la Poste, je leur demande o\u00f9 se trouve cette rue : la guicheti\u00e8re ne sait pas. Je panique, je retourne au m\u00e9tro, je v\u00e9rifie toutes les indications.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au bout d&rsquo;un certain temps que je r\u00e9alise que je ne suis pas sorti \u00e0 la bonne station de m\u00e9tro, mais \u00e0 celle d&rsquo;avant (dont le nom est tellement proche). Je reprends le m\u00e9tro, descends \u00e0 la bonne station, passe le petit pont, d\u00e9bouche sur une place, la traverse, fais quatre cents m\u00e8tres environ, trouve la Poste, traverse en face, descends la rue. Cette fois-ci est la bonne, et c&rsquo;est avec trente-cinq minutes de retard que je retrouve notre h\u00f4te.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.editions-verticales.com\/fiche_ouvrage.php?id=340\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.editions-verticales.com\/data\/GrandeCouv\/340.jpg\" title=\"jsua\" \/><\/a> <font face=\"verdana\" size=\"2\"><i>Je suis une aventure<\/i>, Verticales, 2012<\/font><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>HS \u2014 <em>Je suis une aventure<\/em>&#8230; C\u2019est un gros livre, pr\u00e8s de 500 pages, ce n\u2019est pas rien, et on a l\u2019impression qu\u2019il y a un vrai plaisir \u00e0 l\u2019\u00e9crire. Il y a une histoire et mille histoires dans ce livre, et on a l\u2019impression qu\u2019il est difficile \u00e0 l\u2019auteur de mettre un terme \u00e0 l\u2019aventure, d\u2019achever et on est toujours renvoy\u00e9 (enfin c\u2019est le parcours du personnage principal qui veut \u00e7a aussi) vers d\u2019autres paysages, vers d\u2019autres parages. On sent un vrai plaisir d\u2019\u00e9criture qui serait comme une confiance dans le r\u00e9cit. Est-ce que l\u2019auteur se laisse porter par le r\u00e9cit, par ces m\u00e9andres ? On a l\u2019impression d\u2019un flux, d\u2019un fleuve ; est-ce que tu as cette impression de te laisser porter ou tout est-il ma\u00eetris\u00e9 du d\u00e9but \u00e0 la fin ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Je vais d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pondre sur la question du plaisir. Aucun de mes livres n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans la douleur. Je les ai tous \u00e9crits port\u00e9 par ce plaisir que tu indiques. L\u2019id\u00e9e \u00e0 laquelle je tiens en disant \u00e7a : y compris les plus \u00ab difficiles \u00bb \u00e0 lire (ce n\u2019est pas un mot \u00e0 moi), y compris les plus \u00ab c\u00e9r\u00e9braux \u00bb (c\u2019est encore moins un mot \u00e0 moi). <em>Anima motrix<\/em> est un livre difficile et c\u00e9r\u00e9bral m\u2019a-t-on-dit \u2014 je ne me reconnais dans aucune de ces deux images mais peu importe \u2014 mais c\u2019est un livre que j\u2019ai \u00e9crit en \u00e9tant fr\u00e9quemment surexcit\u00e9 par ce qui \u00e9tait en train de se passer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du manuscrit. Quand je me heurte \u00e0 une difficult\u00e9 (une phrase qui r\u00e9siste, une id\u00e9e qui me fuit, un probl\u00e8me de construction), cette difficult\u00e9 n\u2019abime pas le plaisir d\u2019\u00eatre en train de travailler \u00e0 \u00e7a. Car le livre m\u2019aide \u00e0 les surmonter. Les solutions et les ressources sont l\u00e0, \u00e0 port\u00e9e de main si l\u2019on est tr\u00e8s concentr\u00e9, si l\u2019on ne perd pas de vue la combustion. <\/p>\n<p>Il y a des difficult\u00e9s, c\u2019est tr\u00e8s construit, c\u2019est hyper construit, mais pour autant \u00e7a s\u2019\u00e9crit dans une esp\u00e8ce de fluidit\u00e9. Pourquoi je tiens \u00e0 cette id\u00e9e ? Pour prouver que ce n\u2019est pas si c\u00e9r\u00e9bral que \u00e7a. L\u2019image de Stendhal \u00e9crivant \u00e0 cheval \u2013 \u00e9videmment c\u2019est une image, il n\u2019y a pas de r\u00e9alit\u00e9 derri\u00e8re cette image \u2013 c\u2019est vraiment une image qui me parle. Je cherche \u00e7a en \u00e9crivant (<em>Anima motrix<\/em> ou <em>Je suis une aventure<\/em>) : que le lecteur lui-m\u00eame puisse \u00eatre embarqu\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire avoir le sentiment d\u2019\u00eatre sur une machine qu\u2019il contr\u00f4le peut-\u00eatre \u00e0 certains moment, comme une moto, et peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 d\u2019autres moments il ne la contr\u00f4le pas trop, comme un cheval&#8230; L\u2019id\u00e9e est de proposer des vitesses au lecteur, et que ces vitesses aient quelque chose d\u2019\u00e9bouriffant, de joyeux. Encore une fois : toute ma pratique de l\u2019\u00e9criture est \u00e0 mille lieux d\u2019\u00eatre une pratique romantique, c\u2019est-\u00e0-dire qui serait li\u00e9e \u00e0 la douleur, \u00e0 l\u2019angoisse, \u00e0 la page blanche, \u00e0 la th\u00e9rapie&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 C\u2019est ce qu\u2019on ressent effectivement tr\u00e8s fortement : une joie du r\u00e9cit.<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Eh bien toute mon ambition est l\u00e0 : que cette joie se sente, que le joie et la surprise \u00e9prouv\u00e9es en \u00e9crivant&#8230; Il faut quand m\u00eame voir que ces bouquins l\u00e0 par exemple (<em>Anima motrix<\/em> c\u2019est trois ans, <em>Je suis une aventure<\/em> c\u2019est cinq ans) \u00e0 aucun moment j\u2019en suis \u00e0 me demander comment finir \u2013 je ne parle pas du plan, du sc\u00e9nario, mais bien des s\u00e9ries de relectures et corrections. J\u2019aurais pu garder <em>Je suis une aventure<\/em> encore un an, il aurait pu bouger, il aurait encore pu bouger un peu, mais je ne voulais pas tourner la page, je n\u2019en avais pas ma claque, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s heureux de le voir encore bouger. Simplement \u00e0 un moment, le d\u00e9sir que j\u2019ai de rester dedans devient un tout petit peu moins fort que le d\u00e9sir que j\u2019ai de me projeter dans le projet suivant. C\u2019est \u00e7a qui commande le fait de dire \u00ab Allez il est m\u00fbr, \u00e7a va, \u00e7a fait 6 mois que les corrections que j\u2019apporte sont marginales, qu\u2019elles ne font plus bouger la structure \u00bb&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Le gros \u0153uvre est fait.<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 C\u2019est \u00e7a, le gros \u0153uvre est fait ; ou alors c\u2019est que je ne suis plus capable de le r\u00e9inventer, le gros \u0153uvre, tu vois. A un moment tu es trop dedans, tu t\u2019es trop habitu\u00e9 \u00e0 la configuration des lieux&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Ou alors c&rsquo;est un autre livre&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Exactement. C\u2019est exactement ce qui s\u2019est pass\u00e9 pour les premiers romans (le personnage f\u00e9minin qui apparait dans le dernier chapitre du <em>Dehors<\/em> donne naissance \u00e0 la cantatrice d\u2019<em>Appoggio<\/em> qui finit par fuir en Italie et c\u2019est le d\u00e9part d\u2019<em>Anima motrix<\/em>). Tu sais c\u2019est un peu l\u2019histoire de Pygmalion ; tu r\u00eaves d\u2019\u00eatre port\u00e9 toi-m\u00eame par la somme des vitesses que tu essaies de mettre dans le livre. C\u2019est en partie illusoire, presque utopique, mais enfin \u00e7a motive puissamment. \u00c7a ne revient pas \u00e0 dire que le livre s\u2019\u00e9crit tout seul \u2013 ce serait beaucoup trop romantique \u2013 mais dans une certaine situation, dans tel personnage, j\u2019ai mis tellement d\u2019\u00e9nergie, par exemple, que les sc\u00e8nes m\u00e9lancoliques d\u2019abord imagin\u00e9es (\u00e0 l\u2019\u00e9poque du plan) ne fonctionnent plus. Ecrire le livre a infl\u00e9chi l\u2019id\u00e9e premi\u00e8re. Je suis un peu oblig\u00e9 d\u2019\u00e9couter la le\u00e7on du livre, et de nourrir cette \u00e9nergie ; alors il ne peut pas se calmer, ou bien cette situation, ce personnage, ne peuvent que s\u2019emballer. Je ne peux pas, je ne veux jamais \u00eatre celui qui calme le jeu.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 L\u2019\u00e9nergie ce serait le r\u00e9cit. <em>Anima motrix<\/em> et <em>Je suis une aventure<\/em> sont dans le mouvement, et c\u2019est cette \u00e9nergie-l\u00e0 qui permet de tenir 400, 500 pages ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Oui, alors le mouvement, c\u2019est un autre truc, \u00e7a nous emm\u00e8ne ailleurs. Tous mes personnages sont en mouvement, et ils sont tous en train de fuir, aussi. Il sont tous en mouvement concr\u00e8tement, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils voyagent. Parce que la litt\u00e9rature me permet d\u2019\u00eatre en mouvement int\u00e9rieurement, presque de mani\u00e8re naturelle, m\u00e9taphorique, j\u2019imagine imm\u00e9diatement les personnages en mouvement, eux aussi. Et ce mouvement est cr\u00e9ateur : il va jusqu\u2019\u00e0 la m\u00e9tamorphose (aussi bien int\u00e9rieure que physique), mais on reviendra peut-\u00eatre l\u00e0-dessus plus tard.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Oui on sent \u00e7a, qu\u2019il s\u2019agisse du r\u00e9cit, ou le personnage, ou encore de ses aventures, on sent intuitivement qu\u2019il y a quelque chose de la m\u00e9taphore ; et ce qui est tr\u00e8s frappant dans ces livres, c\u2019est le rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ; lorsque l\u2019auteur veut parler du monde r\u00e9el, on a l\u2019impression que le r\u00e9cit est une esp\u00e8ce de m\u00e9ta-langage. Je ne sais pas si \u00e7a rejoint ce que tu viens de dire. Je travaille beaucoup sur l\u2019espace et sur la po\u00e9sie dans le r\u00e9cit ; \u00e0 la limite tu serais un po\u00e8te du r\u00e9cit, mais ce n\u2019est pas tellement dans la langue, le mot ou le syntagme que cela se manifeste, mais c\u2019est dans la phrase g\u00e9n\u00e9rale, le chapitrage, l\u2019enveloppe globale du livre ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Ah oui, c\u2019est certain. J\u2019ai beau lire beaucoup de po\u00e9sie contemporaine \u2013 \u00e7a me passionne \u2013 je sais que si j\u2019ai une force, si j\u2019en ai une effectivement, elle n\u2019est pas de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 : je suis incapable de cette concentration-l\u00e0 [de la po\u00e9sie], et si ce que je fais est de qualit\u00e9 c\u2019est justement dans la direction oppos\u00e9e. C\u2019est de construire une structure, de poser des r\u00e9seaux, donc de faire revenir tel th\u00e8me, transform\u00e9, de le faire r\u00e9appara\u00eetre \u00e0 un autre endroit, de penser le livre comme un ensemble de chambres d\u2019\u00e9cho. C\u2019est l\u2019ampleur ou la dilatation qui permettent qu\u2019arrive quelque chose de beau dans ce que j\u2019\u00e9cris, ce n\u2019est que rarement, tr\u00e8s rarement je crois, du c\u00f4t\u00e9 du pr\u00e9cipit\u00e9, de la synth\u00e8se, de la m\u00e9taphore po\u00e9tique.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 C\u2019est musical, le roman comme des partitions&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Voil\u00e0, un petit peu, alors qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse, la po\u00e9sie, m\u00eame avec cette dimension-l\u00e0, \u00e9videmment, la po\u00e9sie va travailler sur des choses beaucoup plus imm\u00e9diates. Moi, cette imm\u00e9diatet\u00e9, je n\u2019en suis pas du tout capable, tu vois, j\u2019ai besoin de d\u00e9layer, de construire, et c&rsquo;est pour \u00e7a que de temps en temps, quand je dois faire une lecture d\u2019un passage, je suis un peu embarrass\u00e9 parce que&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Parce que c\u2019est cinquante pages qu\u2019il faudrait lire, ou cent pages&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Oui voil\u00e0 chaque passage que je pourrais lire me semble beau parce qu\u2019il est connect\u00e9 \u00e0 d\u2019autres passages, et il me faudrait tout expliquer pour que les gens puissent vraiment saisir le sel du truc, quoi. Je pense que d\u2019ailleurs c\u2019est un petit peu \u00e7a l\u2019id\u00e9al du roman : aucune page d\u00e9tachable de l\u2019ensemble, quoi. Evidemment il y a toujours des morceaux de bravoure dans un roman, qu\u2019on peut extirper pour une lecture publique, mais enfin bon\u2026 \u00c7a me rappelle une sortie de Claude Simon. Il s\u2019en \u00e9tait pris \u00e0 quelqu\u2019un qui l\u2019interrogeait en disant : \u00ab J\u2019ai trouv\u00e9 dans <em>Le jardin des plantes<\/em> une phrase qui r\u00e9sume parfaitement l\u2019ensemble \u00bb, et lui r\u00e9pond que non, aucune phrase ne peut pr\u00e9tendre \u00ab r\u00e9sumer parfaitement l\u2019ensemble, autrement je n\u2019aurais \u00e9crit que cette phrase \u00bb.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Comme il n\u2019y a pas une seule phrase dont on puisse se passer dans l&rsquo;ensemble&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Faut esp\u00e9rer, mais c\u2019est moins certain&#8230; Ensuite tu me disais le mouvement est une sorte de m\u00e9ta-langage. Oui, mais \u00e7a n\u2019est pas conscient, \u00e7a n\u2019est pas voulu. L\u00e0, on descend dans la cuisine. L\u2019\u00e9criture et la lecture d\u00e9placent des choses int\u00e9rieurement, elles me permettent de respirer mieux en me mettant en mouvement, et il en va de m\u00eame \u2013 un peu naturellement \u2013 pour les personnages ; eux-m\u00eames sont d\u00e9boussol\u00e9s, \u00e9bouriff\u00e9s par le&#8230; Mais ce qui arrive au personnage, ou le mouvement des personnages n\u2019est pas construit comme une m\u00e9taphore, \u00e7a n\u2019est pas voulu comme une m\u00e9taphore. Je vois juste que c\u2019est certainement connect\u00e9 mais \u00e0 aucun moment je ne me dis \u00ab Tiens je vais mettre mes personnages en voyages et ce sera la m\u00e9taphore de l\u2019\u00e9criture \u00bb. <\/p>\n<p>A ce sujet l\u00e0, Fran\u00e7ois B\u00e9gaudeau \u2013 qui m\u2019a beaucoup parl\u00e9 de <em>Je suis une aventure<\/em> \u2013 m\u2019a dit une chose int\u00e9ressante : \u00ab Dans <em>Je suis une aventure<\/em> il y a peut-\u00eatre trop de d\u00e9placements pour les devenirs que tu cherches \u00e0 raconter \u00bb et il a cit\u00e9 Deleuze, une phrase magnifique : \u00ab Il faut rester calme pour ne pas effrayer les devenirs \u00bb. Je ne connaissais pas cette phrase, je l\u2019ai trouv\u00e9e fantastique, appliqu\u00e9e \u00e0 une critique de <em>Je suis une aventure<\/em>. Oui je suis fascin\u00e9 par les devenirs, oui c\u2019est ce que j\u2019essaie de traquer en permanence pour les personnages : j\u2019essaie de cr\u00e9er les condition d\u2019un devenir possible pour les personnages, et donc \u00e7a passe par le voyage, par le mouvement, par le fait de se frotter au r\u00e9el, par l\u2019\u00e9paisseur des corps autour, du paysage, et peut-\u00eatre effectivement j\u2019en fait de trop sur ce plan-l\u00e0. Sans doute Deleuze a-t-il raison sur ce point, peut-\u00eatre Fran\u00e7ois a-t-il vu juste, \u00e7a pourrait \u00eatre tr\u00e8s beau aussi d\u2019essayer de montrer ces devenirs dans un cadre moins agit\u00e9&#8230; Bon c\u2019est une id\u00e9e&#8230; \u00e7a ne donnerait pas le m\u00eame livre du tout, mais je pense qu\u2019un jour peut-\u00eatre \u00e7a m\u2019int\u00e9ressera d\u2019essayer de faire quelque chose de plus pos\u00e9 qui soit en m\u00eame temps, sous la surface, tout aussi mobile. <\/p>\n<p>Et d\u2019ailleurs peut-\u00eatre est-ce un petit peu \u2014 sauf que je ne le formule que comme \u00e7a maintenant \u2014 ce que je veux montrer dans <em>Ma solitude s&rsquo;appelle Brando<\/em> : poser un petit peu les choses, avoir une forme de livre plus calme, ou moins d\u00e9concertante, en esp\u00e9rant que ce que je d\u00e9crivais de cet homme-l\u00e0, soit toujours aussi ouvert ou dynamique ou dynamisant&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Peut-\u00eatre est-ce le d\u00e9fi de l\u2019\u00e9crivain, ou de la fiction, de capturer cette \u00e9nergie dont tu parles ? C\u2019est rigolo que tu me cites Deleuze ; je viens de me rendre compte, je n\u2019avais pas fait gaffe, que les deux titres des deux romans se r\u00e9pondent un peu : dans <em>Anima motrix<\/em> il y a motrix, dans <em>Je suis une aventure<\/em> il y aventure, \u201cce qui vient, est sur le point de venir\u201d \u00e9tymologiquement. Est-ce que ce sont deux livres sur deux personnage en d\u00e9placement ou bien est-ce que ce ne sont pas plut\u00f4t des romans qui se traiteraient de la fiction, deux livres sur l\u2019\u00e9criture m\u00eame, en somme ?<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Encore une fois, cet aspect l\u00e0 n\u2019est pas vraiment conscient, ou s\u2019il l\u2019est ce n\u2019est pas ce qui me retient au premier chef&#8230; Mais je dirais plus que \u00e7a : \u00e7a pourrait \u00eatre conscient, parce que j\u2019adore aller aussi sur le terrain critique, j\u2019aime bien regarder mes livres de l\u2019ext\u00e9rieur, mais je me l\u2019interdis. Pourquoi ? Parce qu\u2019il y a vraiment une chose que je d\u00e9teste \u2014 mais \u00e7a, \u00e7a me regarde, je n\u2019en fais pas une loi avec laquelle faire la le\u00e7on aux autres \u2014 c\u2019est que je n\u2019aime pas l\u2019id\u00e9e d\u2019\u0153uvres de cr\u00e9ation (par opposition maladroite aux essais) qui parlent de l\u2019\u00e9criture. Pour moi, \u00e7a, c\u2019est la fin du mouvement. Mais encore une fois, je n\u2019en fais pas une loi, je parle de moi. C\u2019est la fin du mouvement ! \u00ab Eh bien voil\u00e0, c\u2019est un pur circuit ferm\u00e9. Je parle de ce que je suis en train de faire&#8230; \u00bb Tous les auteurs qui disent leur impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9crire\u2026 Mais \u00e9crire ce n\u2019est pas simplement \u00e9crire, de mani\u00e8re \u00e0 ce point intransitive, car on ne peut faire avec le langage ce que certains peintres ont r\u00e9ussi \u00e0 faire avec la peinture, avec la couleur. Le langage qui est la base de l\u2019\u00e9criture est autrement impur, c\u2019est-\u00e0-dire plus nettement et irr\u00e9ductiblement signifiant que la couleur ou que l\u2019univers des formes. L\u00e0 encore je n\u2019en fais pas une loi ; je dis simplement que cette impuret\u00e9 du langage, fondamentale, le fait que le m\u00eame mot puisse servir \u00e0 Rimbaud dans un po\u00e8me et \u00e0 ma fille quand elle me demande de lui sortir un nouveau rouleau de papier toilette, cette impuret\u00e9-l\u00e0 me passionne, c\u2019est \u00e0 partir d\u2019elle que je veux \u00e9crire. Toutes les approches de la litt\u00e9rature par son versant intransitif m\u2019ont nourri \u00e0 un moment ; j\u2019ai \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par Blanchot et puis en fait, dans le moment m\u00eame de cette fascination, j\u2019ai senti que ce n\u2019\u00e9tait pas le territoire que je voulais explorer, parce que j\u2019avais besoin que chaque livre ou chaque ligne \u00e9crite soit comme ouvrir une fen\u00eatre, parce que le reste de la vie sociale me semblait trop angoissant ou \u00e9touffant, j\u2019avais besoin qu\u2019\u00e9crire ou lire ce soit une fa\u00e7on de tourner le dos, fa\u00e7on sauvage et violente, \u00e0 cet \u00e9touffement-l\u00e0, et l\u2019occasion de multiplier les contacts physique avec le monde dans la page \u00e9crite.<\/p>\n<p>Encore une fois : il y a une partie du livre qui peut \u00eatre lue ainsi, effectivement, comme une m\u00e9taphore de l\u2019\u00e9criture \u2013 a fortiori dans <em>Je suis une aventure<\/em> car il y a trois figures d\u2019\u00e9crivains qui sont l\u00e0 (l\u00e0 c\u2019\u00e9tait conscient). On peut lire <em>Je suis une aventure<\/em> comme un livre de lecteur ; je parle de trois auteurs : qui sont-ils, pourquoi je les place ensemble, comment je les fais r\u00e9agir les uns avec les autres, c\u2019est une des intrigues du roman, \u00e7a. <\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Et Rodgeure : c\u2019est l\u2019un de ces auteurs ? Un quatri\u00e8me auteur, ou&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Non, je n\u2019ai pas pouss\u00e9 le truc jusque l\u00e0. Je le consid\u00e8re comme quelqu\u2019un d\u2019infiniment cr\u00e9atif, mais d\u2019une mani\u00e8re qui \u00e9chappe \u00e0 la sph\u00e8re de l\u2019art. Qu\u2019est ce que \u00e7a veut dire \u00eatre cr\u00e9atif ? Heu, je vais continuer sur&#8230; Tu me demandais tout \u00e0 l\u2019heure quels liens on peut faire ou voir entre mes diff\u00e9rents bouquins\u2026 Voir comment je passe de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, comment ils dialoguent les uns avec les autres, ce sont des choses qui me passionnent&#8230; <em>Je suis une aventure<\/em> est connect\u00e9 \u00e0 deux livres : <em>Anima motrix<\/em> et <em>Ma solitude s&rsquo;appelle Brando<\/em>. Qu\u2019est-ce qu\u2019il prend \u00e0 <em>Anima motrix<\/em> ? Dans <em>Anima motrix<\/em> il est d\u00e9j\u00e0 question d\u2019un essaim d\u2019\u00e9tourneau et quand j\u2019ai eu fini le livre, tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s, j\u2019ai eu le sentiment que je n\u2019avais pas exploit\u00e9 la folie de ce truc-l\u00e0. Et vraiment d\u00e8s ce moment-l\u00e0 je me suis dit \u00ab Tiens je veux reprendre \u00e7a, il faut que je revienne \u00e0 ce moment-l\u00e0 pour repartir et rebondir plus loin \u00bb. A \u00e7a s\u2019est connect\u00e9 le Trait\u00e9 du zen et de l\u2019entretien des motocyclettes, de Pirsig, parce que Pirsig \u00e9tudie la notion de \u201cQualit\u00e9\u201d, ce ne serait ni une philosophie du sujet ni une philosophie de l\u2019objet, ce serait une sorte de synth\u00e8se entre les approches occidentales et orientales. Or j\u2019avais le sentiment qu\u2019il n\u2019abordait pas tant que \u00e7a les cons\u00e9quences de ce truc-l\u00e0 sur l\u2019identit\u00e9. J\u2019avais le sentiment d\u2019aborder le point aveugle de son enqu\u00eate. J\u2019avais le sentiment qu\u2019on pourrait essayer d\u2019\u00e9crire une esp\u00e8ce de suite, un livre fr\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p>Je reviens maintenant \u00e0 <em>Ma solitude s&rsquo;appelle Brando<\/em>, j\u2019essaie de faire le portrait d\u2019une libert\u00e9 rare, d\u2019un type qui a exp\u00e9riment\u00e9 quelque chose d\u2019assez \u00e9trange. La plupart du temps, les gens qui s\u2019estiment libres, ou qui veulent manifester cette libert\u00e9, le font de mani\u00e8re trop tapageuse. Dans un d\u00eener de famille, quelqu\u2019un s\u2019engueule avec tous les autres : \u00ab  Vous n\u2019\u00eates que des cons, votre vie pue, je me casse, je suis plus libre que \u00e7a \u00bb, etc. Il balance \u00e7a sur la table et il s\u2019en va. Eh ben moi je trouve \u00e7a douteux ; si tu es libre, tu n\u2019as pas besoin de te mesurer \u00e0 des gens qui ne le sont pas. Cet homme-l\u00e0, celui dont je parle dans <em>Ma solitude s&rsquo;appelle Brando<\/em>, qui est un grand-oncle, est toujours rest\u00e9 proche de sa famille, qui \u00e9tait bien moins libre que lui, et pourtant il a v\u00e9cu sa vie pleinement, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il ne s\u2019est pas interdit grand chose apparemment, sur le plan de ses d\u00e9sirs et des entorses \u00e0 la morale de son temps, et de son milieu ; il a \u00e9t\u00e9 heureux, c\u2019\u00e9tait un homme \u00e9panoui, en paix avec lui-m\u00eame apparemment. Ce qui est marrant, c\u2019est que ce n\u2019est qu\u2019une fois le livre termin\u00e9 que j\u2019en suis venu \u00e0 dire les choses de cette fa\u00e7on : ce mec-l\u00e0 a \u00e9t\u00e9 libre sans s\u2019inventer d\u2019ennemi. Cette formule, apparue une fois le livre termin\u00e9, m\u2019a permis de rebondir. Ce rebond, c\u2019est <em>Je suis une aventure<\/em>. L\u00e0 aussi dans l\u2019expression \u201cune libert\u00e9 sans ennemi\u201d, il y a un truc que je n\u2019ai pas fini d\u2019explorer. Donc d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019identit\u00e9 en mouvement \u2013 en l\u2019emmenant vers des choses peut-\u00eatre plus d\u00e9concertantes et folles que dans <em>Anima motrix<\/em> \u2013, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 cette libert\u00e9 sans ennemi : ce sont deux des trucs nourriciers de <em>Je suis une aventure<\/em>.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Tu as dit beaucoup de choses qui suscitent en moi plein de questions, mais je vais essayer de tenir mon fil tout de m\u00eame pour ne pas trop se disperser. Ce que tu viens de dire c\u2019est ce qui permet aussi de beaucoup s\u2019ancrer dans le r\u00e9el, donc en prenant ces personnages, ces auteurs sur lesquels tu travailles, d\u2019en choisir un qui est hyper r\u00e9el, transfigur\u00e9 par la sport, par les m\u00e9dias, etc&#8230; Est-ce que c\u2019est cette libert\u00e9 sans ennemi qui te permet de jouer et de faire jouer la r\u00e9alit\u00e9 dans la fiction, par la fiction ? <\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Oui, je vais aller dans ta direction. Cette libert\u00e9 sans ennemi, elle a plein de versants diff\u00e9rents, et un de ces versants est de penser que le r\u00e9el, la r\u00e9alit\u00e9, sont compos\u00e9s de choses totalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes les unes par rapport aux autres, et en m\u00eame toutes compl\u00e8tement connect\u00e9es. C\u2019est ce qui fait que dans le livre, il y a des \u00e9l\u00e9ments du r\u00e9el le plus \u00e9c\u0153urant, au sens du plus consistant&#8230;<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Le plus vulgaire&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Le plus vulgaire, oui, mais m\u00eame le plus \u00e9pais. F\u00e9der\u00e8re c\u2019est typiquement \u00e7a : une figure \u00e0 la fois d\u00e9j\u00e0 historique ou l\u00e9gendaire ET une figure d\u2019actualit\u00e9 (on en entend parler \u00e0 la radio, etc). Mais ce c\u2019est pas glorieux, paradoxalement, car le prosa\u00efque l\u2019emporte toujours. Les auteurs dont je parle, Thoreau, Pirsig \u2013 beaucoup moins connu \u2013, et \u00e0 la fin John Muir, ont tous les trois des statuts vraiment diff\u00e9rents les uns des autres, mais c\u2019est l\u2019histoire des arts et des id\u00e9es, c\u2019est le r\u00e9el dans sa dimension la plus noble. Or Thoreau appara\u00eet sous les traits d\u2019un fant\u00f4me, c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose qui est tout sauf s\u00e9rieux, r\u00e9el, r\u00e9aliste. Quand tu dis \u201clibert\u00e9 sans ennemi\u201d, c\u2019est exact que \u00e7a se retrouve \u00e0 plein de niveaux, dans le sens o\u00f9 il ne faut ne jamais avoir sur les choses une vison manich\u00e9enne, \u00e9troite ; pourquoi faire intervenir des fant\u00f4mes ou des aspirants fant\u00f4mes ? Parce que le r\u00e9el \u2014 l\u00e0 je vais dire des inepties, mais des inepties qui ne se retrouvent pas tant que \u00e7a dans l\u2019esth\u00e9tique \u2014 le r\u00e9el est totalement hybride.<br \/>\nUn exemple : durant le trajet pour venir ici, tu as pens\u00e9 \u00e0 G\u00eanes, tu \u00e9tais perdu dans la g\u00e9ographie de G\u00eanes, tu n\u2019\u00e9tais pas, mentalement, \u00e0 Vanves o\u00f9 je t\u2019attendais, mais dans le nord de l\u2019Italie. Et moi je me demandais s\u2019il t\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 quelque chose, si l\u2019un de nous pensait \u00e0 un autre jour, etc. Il y a l\u00e0 une multitude de plans qui se superposent et s\u2019entrem\u00ealent, qui deviennent totalement ind\u00e9m\u00ealables. C\u2019est typiquement ce que j\u2019ai envie de d\u00e9signer. Je vais donc montrer \u00e0 la fois le bus qui te klaxonne \u2013 du r\u00e9el agressif bien consistant, bien pr\u00e9sent \u2013 et je vais essayer de tout faire pour qu\u2019il puisse y avoir dans la m\u00eame phrase le bus 126 qui fait la jonction Porte d\u2019Orl\u00e9ans-Saint-Cloud, et la g\u00e9ographie de G\u00eanes dans laquelle tu te baladais \u00e0 nouveau&#8230;<\/p>\n<p>Faire des livres qui soient tram\u00e9s de mani\u00e8re tr\u00e8s tr\u00e8s fine, et que tout \u00e7a soit mis sur le m\u00eame plan, parce que dans nos vies, m\u00eame si on n\u2019y fait pas gaffe, tout est sur le m\u00eame plan. Moi ce que j\u2019aurais envie de reprocher, parfois \u2013 \u00e0 certains films, \u00e0 certains livres \u2013, c\u2019est de rendre tout \u00e9tanche, ou tout horizontal, plat. L\u2019\u00e9diteur va te sugg\u00e9rer de mettre un point \u00e0 tel ou tel endroit pour faire deux phrases \u00e0 partir d\u2019une seule, au motif que la phrase commence \u00e0 Paris et se termine \u00e0 G\u00eanes \u00bb&#8230; Bon eh bien, non, moi je n\u2019ai pas de point dans la t\u00eate, pas plus que toi qui dans Vanves se prom\u00e8ne \u00e0 G\u00eanes. Car c\u2019est justement \u00e7a que je veux montrer : l\u2019incroyable vie de nos cerveaux.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 Et puis du monde, qui est \u00e0 la fois et r\u00e9el et fictionnel, mais en m\u00eame temps.<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Oui ! Les morts qui nous hantent. Ces choses sont tr\u00e8s concr\u00e8tes, c\u2019est ce qui provoque la m\u00e9lancolie, qui fait qu\u2019on va mal r\u00e9pondre \u00e0 la buraliste. Mais c\u2019est tr\u00e8s beau \u00e7a, parce que la buraliste elle va dire \u00ab Quel connard ce mec  \u00bb alors que non ! Si elle savait \u00e0 quoi tu penses au moment o\u00f9 tu oublies de la remercier&#8230; Tout d\u2019un coup, il y a du d\u00e9calage, et il est tr\u00e8s beau ce d\u00e9calage.<\/p>\n<p><strong>HS \u2014 C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 joue le livre, l\u2019\u0153uvre d\u2019art ; c\u2019est une mati\u00e8re possible pour l\u2019art et c\u2019est ce qu\u2019il devrait faire ; malheureusement souvent il est trop d\u2019un cot\u00e9 ou trop de l\u2019autre (et plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du r\u00e9el)&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>AB \u2014 Le fantasme est celui-l\u00e0 : montrer le r\u00e9el \u00e9norme, gros de tout \u00e7a, ind\u00e9m\u00ealable. Parce que quand tu t\u2019arr\u00eates, ensuite, t\u2019as des palpitations ; tu t\u2019es fait klaxonner par le bus et tu t\u2019es vu mort. R\u00e9sultat ton esprit galope \u00e0 nouveau, il part dans une autre direction folle&#8230; Mais c\u2019est&#8230; Alors tu t\u2019assoies sur un banc pour te calmer. Et quand tu es calm\u00e9, tu te dis que tout ce que tu as v\u00e9cu l\u00e0 en cinq minutes, c\u2019\u00e9tait d\u2019une densit\u00e9 ! Au d\u00e9but du XX\u00e8me, joie, le monologue int\u00e9rieur a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 ou perfectionn\u00e9 pour essayer de capter ce truc-l\u00e0. Mais le monologue int\u00e9rieur (\u00eatre dans la t\u00eate de quelqu\u2019un) ne me suffit pas ; ce qui m\u2019\u00e9meut, ce que je trouve magnifique humainement, c\u2019est de montrer les cons\u00e9quences de ce flux int\u00e9rieur sur l\u2019ext\u00e9rieur, toutes les disruptions, les connexions, que \u00e7a cr\u00e9e avec le dehors&#8230;<\/p>\n<p align=\"right\"><i><a href=\"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/entretien-avec-arno-bertina-2\/\">\u00c0 suivre&#8230;<\/a><\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que la rentr\u00e9e litt\u00e9raire battait son plein, Hors-Sol revenait avec son auteur, sur l&rsquo;un des livres importants de 2012, Je suis une aventure. L&rsquo;entretien se se divise en trois parties, avec une surprise \u00e0 la fin ! Je suis sorti du m\u00e9tro avec les indications d&rsquo;Arno griffonn\u00e9es sur un papier. 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