{"id":103,"date":"2010-01-30T19:55:53","date_gmt":"2010-01-30T19:55:53","guid":{"rendered":"http:\/\/hors-sol.net\/revue\/?p=103"},"modified":"2010-11-12T15:16:35","modified_gmt":"2010-11-12T15:16:35","slug":"100109","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hors-sol.net\/revue\/100109\/","title":{"rendered":"Michel Woelffl\u00e9 | Le\u00e7ons de t\u00e9n\u00e8bres"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em>Michel Woelffl\u00e9 est \u00e9crivain, vid\u00e9aste, performer. Il  participe \u00e0 de nombreux projets de cr\u00e9ation dans la rue et autours  d&rsquo;\u00e9v\u00e8nementiels. Lisant Blanchot depuis fort longtemps, il nous propose  une approche du <\/em>Tr\u00e8s-haut<em>.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>1,<\/strong><\/p>\n<p>Etait-il tard ?&#8230; On me voulut dans l&rsquo;ombre.<\/p>\n<p>Mon visage \u00e9tait-il cette loi ? J&rsquo;y demeurai pourtant. Je le  sentais qui y prenait place. Mes mains ne pouvaient toutefois  enti\u00e8rement le parcourir. Pos\u00e9es sur lui en maints endroits longtemps  elles h\u00e9sitaient. Sous elles, ma chair mon miroir. Et toute chose  touch\u00e9e le devenait. Miroirs oui chaque chose chaque \u00eatre dans lesquels  je voyais se former entre ombre et lumi\u00e8re, la chair. L&rsquo;impossible aveu  de la chair.<\/p>\n<p>Salle d&rsquo;attente o\u00f9 se d\u00e9fient corruption et f\u00e9condit\u00e9.<\/p>\n<p>Mes mains laissaient libre source au temps. Lignes, os, sang.  Entretiens que les miroirs refusent. Jour apr\u00e8s jour elles cherchaient  la fid\u00e9lit\u00e9, mais le temps ne peut promettre. Langue de silence et de  nuages. Derri\u00e8re lui mon visage. Immobile. Horrifi\u00e9. D\u00e9couvrant son  impatience \u00e0 envahir mes traits. Mes mains lui appartenaient. A la  longue pourtant, elles entrevirent la diversion. Je les vis pr\u00e9f\u00e9rer  quelques traces sur les murs. Des relev\u00e9s, des doutes. Avides de ces  pierres s&rsquo;effritant sous la connaissance. Elles escroqu\u00e8rent ma pens\u00e9e  jusqu&rsquo;au grognement.<\/p>\n<p>Elles vid\u00e8rent ces murs. Leurs l\u00e9gendes apparurent. Je crus bient\u00f4t  apercevoir les reflets d&rsquo;un feu, des lambeaux de m\u00e9moire depuis bien  longtemps, peut-\u00eatre peu, sans nom. Sans mot pr\u00e8s de mes l\u00e8vres. Sans  danse. Je tremblais \u00e9norm\u00e9ment. Tout \u00e9tait suspect. Pendant ce temps je  marchais moins ; puis peu. J&rsquo;exag\u00e9rais. J&rsquo;exag\u00e8re sans doute.<\/p>\n<p>Lorsque l&rsquo;ombre sembla se d\u00e9sint\u00e9resser de moi, mes mains sans  h\u00e9sitation regagn\u00e8rent mes poches. Serr\u00e8rent le vide. Qui eut pu les  croire et que savaient-elles ? Les hommes \u00e9taient l\u00e0 dit-on, et  certainement on me les montra : un soleil de bras, de jambes qui  s&rsquo;agitaient. Tr\u00e8s proches semblait-il. J&rsquo;approchai encore. Qu&rsquo;advint-il ?<\/p>\n<p>Leur loi me suivit lorsque je m&rsquo;\u00e9loignai. Pourquoi ? Disparut-il  quelque chose avec moi ?&#8230; Je parlais seul. J&rsquo;entendais seul. \u00ab\u00a0Rien  n&rsquo;est. Disparais !\u00a0\u00bb L&rsquo;ombre et la loi se mimaient. Entre eux le souvenir  de ma chair refus\u00e9e me poursuivait dans l&rsquo;oubli.<\/p>\n<p>&#8230; Je m&rsquo;absentai, oh Je m&rsquo;absentai ! Je crois bien que jamais je ne  parvins au monde. Je restai enfoui l\u00e0 o\u00f9 ma m\u00e8re n&rsquo;accoucha jamais.  Jamais je ne me connus. Jamais le monde. Jamais la vie, jamais la  douleur. Jamais jamais. Jamais fut ma vie. Je devins ignorant. L&rsquo;absence  disparut de mon nom.<\/p>\n<p>Pourtant on crut me voir. Certaines fois en certains lieux certains  se crurent mes amis et t\u00e9moign\u00e8rent m&rsquo;avoir aper\u00e7u. Se souvinrent  d&rsquo;actes o\u00f9 nous \u00e9tions m\u00eal\u00e9s. Ils en vinrent \u00e0 me montrer des  photographies. J&rsquo;apparaissais \u00eatre un homme, souvent jeune regardant au  travers de fen\u00eatres un monde invisible. La belle preuve ! J&rsquo;\u00e9cartais des  rideaux, rien ne pesait dans ma main. L&rsquo;image semblait attendre.  Respirais-je ? Aucune photo ne le montrait. Personne ne semblait s&rsquo;en  souvenir.<\/p>\n<p>Un jour on me tendit un petit portrait o\u00f9 j&rsquo;apparaissais inquiet.  Etait-il possible que je le sois, je n&rsquo;avais rien connu. L&rsquo;\u00e9tais-je pour  cette raison ? Il \u00e9tait difficile de le croire, ma pens\u00e9e \u00e0 chaque  instant refusait toute objection. Tous aimaient cette image o\u00f9 ils  croyaient enfin pouvoir saisir cette douleur qui ressemble le plus \u00e0  l&rsquo;homme. Je la multipliais et la fis distribuer. J&rsquo;en gardais une que je  fis agrandir. Pourquoi ? La regarder ne m&rsquo;offrit aucune r\u00e9ponse.  Etait-ce moi ? Je ne respirais toujours pas. Peut \u00eatre moins.<\/p>\n<p>L&rsquo;attente est une des formes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de l&rsquo;absence. Elle nous confie  aux hasards. Elle tisse une inqui\u00e9tante foi&#8230; elle d\u00e9figure l&rsquo;infini  d&rsquo;un visage. Les portraits distribu\u00e9s montraient cette habitude. Ce fut  mon sort. Cette vision de moi qui s&rsquo;\u00e9tirait comme un reptile. Cette  inqui\u00e9tude sur ce visage que tous s&rsquo;entichaient \u00e0 reconna\u00eetre, leur  fascination, tout m&rsquo;effa\u00e7a du monde. Que voyais-je ? Tous pourraient  vous le dire d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>Je vis soudain un chien. A terre j&rsquo;aper\u00e7us cet animal qui suivit un  ange. Cet ange \u00e9tait-il l&rsquo;invisible souffrance d\u00e9livr\u00e9e ? Entre deux  mots je pressentais. Je devins ainsi. J&rsquo;\u00e9tais et je n&rsquo;\u00e9tais pas. Le  principe aveugle du chaos. Quelquefois un hoquet dans la bouche d&rsquo;un  homme.<\/p>\n<p>Notez bien que tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes sans m&rsquo;attrister ne me plaisaient  gu\u00e8re. J&rsquo;eusse voulu parfois aimer. Qui s&rsquo;en souciait ? On me d\u00e9sirait  comme un r\u00eave. Le compagnon d&rsquo;un r\u00eave. Un simulacre. J&rsquo;\u00e9tais charg\u00e9 des  espaces que la solitude refuse. D\u00e9sespoirs&#8230; qui me souffla ce mot  multiple ? Il fourmillait de r\u00eaves. De magnifiques fourmis au demeurant  cruelles et efficaces ne s&rsquo;interrompant jamais, d\u00e9vorant ce qu&rsquo;elles  \u00e9taient.<\/p>\n<p>L&rsquo;ennui me poussait au songe. Je me d\u00e9fiais d&rsquo;\u00eatre un chien  perm\u00e9able \u00e0 cet enfer. L&rsquo;ennui me plaisait. Visiteur immortel. Les  damn\u00e9s que je rencontrai nourrirent le chien et s&rsquo;\u00e9chapp\u00e8rent avec lui.  La piti\u00e9 d&rsquo;aboyer me fut refus\u00e9e. Eux, des damn\u00e9s ! Je fuis. On me  rattrapa, on me peignit. Par\u00e9 de couleurs et de masques, on me cloua.  Parfois on me br\u00fblait. Je ne br\u00fblais pas. On me jetait \u00e0 l&rsquo;eau. Je ne  coulais pas. Pourtant je ne nageais pas. Je ne me sauvais pas non plus.  On fit cela maintes fois. On montrait mes bras vides. Mes mains seules.  Ouvertes. Photographies. Ces anciennes  processions de l&rsquo;absence me  refusaient toute m\u00e9tamorphose. Mon r\u00eave demeurait. Il obstruait ma mort.  Est-ce ainsi ? Qui portait mes apparences ? Qui devinait \u00e0 ce point mes  formes et les recouvrait ? Et d&rsquo;ailleurs qui faisait ce r\u00eave?<\/p>\n<p>Le r\u00f4le de chien me plut. Je sentais le scrupule. J&rsquo;accourais \u00e0 la  peur, je me d\u00e9fiais de l&rsquo;innocence au point de la suivre sans cesse. Je  la sentais proche des oublis que la m\u00e9moire jalouse. Ainsi avais-je ce  ma\u00eetre ? Qui n&rsquo;en a qui ne veut exister ?<\/p>\n<p>Je me roulai dans la morale, je l&rsquo;affichai. Je la reniai. Je mentais \u00e0  nouveau. Ce fut sans importance. Vraiment, tout chien doit apprendre  cette vertu s&rsquo;il veut rester fid\u00e8le. J&rsquo;adorais cette v\u00e9rit\u00e9. A vrai dire  toute chose inutile. Qu&rsquo;y avait-il d&rsquo;autre ? Je voyais des hommes : que  faisaient-ils ? Ils \u00e9taient sans pouvoir et avides. Ils \u00e9taient ainsi.  Ils voulurent me l&rsquo;apprendre, mais apprend-on \u00e0 un chien autrement qu&rsquo;\u00e0  ob\u00e9ir ? Ma peau de chien tremblait mais aucun mot connu ne calme cet  oc\u00e9an. J&rsquo;avais m\u00e9pris d&rsquo;une chair qui n&rsquo;\u00e9tait pas la mienne. D&rsquo;un sang  sans parole. Un chien doit mordre s&rsquo;il veut savoir. J&rsquo;\u00e9tais n\u00e9 au milieu  de leurs tourments, incapable d&rsquo;avoir peur et pourtant ne comprenant  qu&rsquo;elle.<\/p>\n<p>Je compris leur dieu. Un chien qui voulait les aimer. Ils appelaient la soumission, je ne pr\u00e9f\u00e9rai rien.<\/p>\n<p>Ce dieu se dressa un jour devant moi, qui peut le croire ? Il me  toisait, orgueilleux. Semblable \u00e0 d&rsquo;autres les bras ouverts&#8230; Paradoxes  et ressemblances ne m&rsquo;\u00e9meuvent pas. Je soupirai. Derri\u00e8re lui le ciel.  Toujours plus vaste. Plus simple.<\/p>\n<p>Je l&rsquo;\u00e9cartais. J&rsquo;\u00e9cartais leur ciel. Je vis le monde. Je lui  dessinais un ciel qui venait de moi. J&rsquo;occupais ce ciel qui m&rsquo;occupait.  Je riais. Qu&rsquo;avais-je donc tant attendu ? Je ne le sus jamais. Je revins  \u00e0 ce qui fut mon nom. Je revins \u00e0 l&rsquo;absence. Puis \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>Un petit soleil neuf descendait le fleuve, j&rsquo;avan\u00e7ais sur le seuil.  Le deux mille deuxi\u00e8me hiver d&rsquo;un matin inconnu. D\u00e9sormais je  connaissais mes r\u00eaves. Mes r\u00eaves ne quittent pas mes yeux. La fatigue de  les avoir port\u00e9s, sauv\u00e9s des nuits, descendait le fleuve l\u00e0-bas&#8230; Je  ne fermais pas la porte. Qui l&rsquo;avait close ?<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9crivis que je la connaissais.<\/p>\n<p>Je le lui \u00e9crivais mais je ne parlais pas d&rsquo;elle.<\/p>\n<p>Je sus que ma m\u00e9moire confluait \u00e0 l&rsquo;ombre.<\/p>\n<p>Alors j&rsquo;entendis.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Ta bouche \u00e9tait ce puits o\u00f9 se jettent les morts. Pierres qui  tarissaient tes sources. Tu honorais le d\u00e9sespoir. Tu sais d\u00e9sormais que  la solitude a toujours un pass\u00e9 qui combat l&rsquo;amour. Ta chute est celle  des larmes refus\u00e9es. Crois en cette source qui te revient.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>.\/..<\/p>\n<p><strong>2,<\/strong><\/p>\n<p>Maurice Blanchot n&rsquo;\u00e9crit pas. Maurice Blanchot n&rsquo;a jamais \u00e9crit aucun  livre. L&rsquo;\u00e9criture est \u00e0 Maurice Blanchot ce que le coquillage est au  bernard-l&rsquo;hermite. La pens\u00e9e de Maurice Blanchot habite l&rsquo;\u00e9criture comme  si celle-ci \u00e9tait une coquille vide. Ecrire c&rsquo;est habiter, c&rsquo;est mettre  en mouvement une forme vuln\u00e9rable. Mais c&rsquo;est aussi, h\u00e9las laisser une  trace. Alors il y a le recours \u00e0 l&rsquo;ombre. Crayonner, meure le plus  d&rsquo;ombre possible sur la lumi\u00e8re des mots. Retourner aux t\u00e9n\u00e8bres  originelles. Celles qui ne connurent point la lumi\u00e8re. S&rsquo;enfoncer dans  les profondeurs sous-marines, faire de la coquille de l&rsquo;\u00e9criture la  protection n\u00e9cessaire pour s&rsquo;enfoncer vers les lieux qui ne connurent  aucun corps, aucune image, aucun mot, aucun son. Les lieux sans  conscience que les mots de la conscience ne supportent pas. Cette  profondeur est absence. Absence \u00e0 tel point qu&rsquo;elle ne connut pas le  chaos. Ici la mati\u00e8re de l&rsquo;homme est toute mati\u00e8re. Sans aucune trace,  sans aucun espoir, sans aucun d\u00e9sespoir. Ecrivant Maurice Blanchot  lib\u00e8re la premi\u00e8re trace de vie, l&rsquo;ombre jusqu&rsquo;\u00e0 ce que ne subsiste plus  que le doute, ou l&rsquo;efface si il s&rsquo;av\u00e8re que prenne forme un visage qui  lui ressemblerait. Rien ne doit appara\u00eetre qui puisse situer l&rsquo;horizon  de celui qui \u00e9crit. Rien ne doit faire miroir, car tout miroir est  \u00e9cran. Ce n&rsquo;est pas le ciel qui sugg\u00e8re l&rsquo;infini. Il n&rsquo;y a pas de ciel.<\/p>\n<p>Ainsi Thomas p\u00e9n\u00e9trant l&rsquo;eau et nageant &#8211; comme le rameur, sans ramer  &#8211; lib\u00e8re nos angoisses en n&rsquo;en ressentant aucune. L\u00e0 encore la  perm\u00e9abilit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre lui permet l&rsquo;exp\u00e9rience consciente de la fusion.  Se pose la question de l&rsquo;instinct. Thomas-Blanchot est-il sans instinct  de conservation ? Je ne suis pas qualifi\u00e9 pour r\u00e9pondre. Je sugg\u00e8re que  le tigre ne se d\u00e9vore pas lui-m\u00eame. Que l&rsquo;abeille ne vole pas son propre  miel. Que la cr\u00e9ation ne refuse pas celui qui (re)vient vers elle.  S&rsquo;agirait-il d&rsquo;une pirouette que de dire que nous sommes en elle comme  un Thomas dans l&rsquo;eau. Qu&rsquo;\u00e9crire, (trouver sa coquille) c&rsquo;est dire oui.  C&rsquo;est r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel, au vertige.<\/p>\n<p>Maurice Blanchot \u00e9crivant ne partage pas. Le vertige, l&rsquo;appel ne se  d\u00e9crivent pas. La dur\u00e9e elle-m\u00eame est une toile qui capture l&rsquo;univers.  Au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;avanc\u00e9e la toile derri\u00e8re nous dispara\u00eet, mais  il n&rsquo;y a pas de chute. Nous sommes ce point de non-retour que Kafka  d\u00e9signait comme \u00e9tant celui qu&rsquo;il fallait atteindre. Nous n&rsquo;allons nulle  part. L&rsquo;\u00e9criture est une trace que l&rsquo;\u0153il comme un d\u00e9sert absorbe, que  la pens\u00e9e dissimule dans ses sables. Thomas immerg\u00e9 ne nage que pour  apprivoiser notre pens\u00e9e. Il mime. Il invente la mer. C&rsquo;est un plasma.  Celui que nous invoquons pour Dieu. Par le mot Dieu. Ici \u00ab\u00a0r\u00e9sum\u00e9 ?\u00a0\u00bb par  le mot livre. Les mots construisent, puis d\u00e9truisent. Fluent et  refluent&#8230; Repoussent la propre mati\u00e8re infinie de l&rsquo;homme, celle qui  con\u00e7oit et d\u00e9con\u00e7oit la mer, l&rsquo;homme. L&rsquo;homme et sa nage. L&rsquo;homme et sa  geste. Thomas l&rsquo;imposteur est un livre qui nous apprend \u00e0 nager.<\/p>\n<p>..<\/p>\n<p><strong>3,<\/strong><\/p>\n<p><em>Je vais l&rsquo;\u00e9crire comme je le v\u00e9cus, car l&rsquo;\u00e9criture n&rsquo;est pas faite  pour expliquer. Il faut bien que les mots fracturent la pens\u00e9e et  reconstituent le chaos. Il faut bien que l&rsquo;on soit oblig\u00e9 de se  r\u00e9veiller. Dormai-je ? Je n&rsquo;en suis pas s\u00fbr. Nous nous rendons compte de  si peu de choses que je ne suis pas non plus certain que nous ne soyons  pas tous morts et que nous ne le sachions pas.<\/em><\/p>\n<p><em><em>Je voulais qu&rsquo;il m&rsquo;arriv\u00e2t ce que je ne comprenais pas<br \/>\nJe le voulais.<br \/>\nMes r\u00eaves \u00e0 ce propos se brisaient et cherchaient a me r\u00e9veiller<br \/>\nJe n&rsquo;eus de cesse que soulev\u00e9s de toutes parts<br \/>\nIls forment de ma vie des blocs du pire chaos de pens\u00e9es qui soit<br \/>\nMais enfin c&rsquo;\u00e9tait cela<br \/>\nJe d\u00e9sirai le chaos &#8211; il apparut<\/em><\/em><\/p>\n<p><em><em>J&rsquo;allumais.<br \/>\nL&rsquo;Oeil crev\u00e9 de vitraux<br \/>\nL&rsquo;Oeil rempli de sable<br \/>\nL&rsquo;Oeil silice<\/em><\/em><\/p>\n<p><em><em>Je me pr\u00e9cipitai contre moi-m\u00eame<br \/>\nAvais-je donc, besoin de tant d&rsquo;ennemis ?<br \/>\nMes nerfs ne sont pas faits pour la paix<br \/>\nIls l&rsquo;ont je ne sais pourquoi<br \/>\nEn Sainte Frayeur<\/em><\/em><\/p>\n<p><em><em>Qu&rsquo;adviendrait-il s&rsquo;il y avait en moi la paix ?<br \/>\nIls ne le veulent savoir<br \/>\nBlanchot me montra cela<\/em><\/em><\/p>\n<p><em><em>Mon instinct dans tout mon corps qui est au-dela de ma pens\u00e9e me le commande ainsi.<br \/>\nRefuse.<\/em><\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><em>Et ma Vie qui est au-del\u00e0 de tout ce que je ne conna\u00eetrai  jamais, refuse. Ob\u00e9issant \u00e0 mon nerf aveugle et invisible. Despote d&rsquo;une  \u00e2me en fuite et qui me hait sans me conna\u00eetre. Oh ! je ne dis pas que  toutes ces choses ont tort et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas \u00e7a et l\u00e0 dans tout cela de  forts beaux arbres qui guident mes pas et dominent ce qu&rsquo;il faut  craindre. Mais ma pens\u00e9e veille au milieu d&rsquo;eux. Je la vois faire le  tour des troncs sit\u00f4t qu&rsquo;elle s&rsquo;habitue. Elle conna\u00eet les bucherons. Les  hommes qui aiment les for\u00eats d&rsquo;hommes couch\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p><em>Et les arbres regardent mes mains vides et je pense moi aussi qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui est venu me voir un homme fatigu\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><em>Je sais d\u00e9sormais ce qui me concerne. J&rsquo;ai perdu. Mais j&rsquo;ai cela.  Et sinon je n&rsquo;aurai rien eu. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 dress\u00e9 \u00e0 me soumettre et ne me  soumets pas. Je me soumets donc \u00e0 n&rsquo;\u00eatre pas.<\/em><\/p>\n<p><em>O\u00f9 est donc ce dieu qui dans l&rsquo;enfance me d\u00e9livrait ?<\/em><\/p>\n<p><em>Quand je jetais mon visage au fond du puits, en fragmentant les eaux sur la terre, je ne pensais qu&rsquo;\u00e0 ce qui allait germer<br \/>\nJ&rsquo;ai vu sur l&rsquo;arbre de printemps dans le parfum de ses fleurs<br \/>\nTous les chemins de la Vie<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Michel Woelffl\u00e9 est \u00e9crivain, vid\u00e9aste, performer. Il participe \u00e0 de nombreux projets de cr\u00e9ation dans la rue et autours d&rsquo;\u00e9v\u00e8nementiels. Lisant Blanchot depuis fort longtemps, il nous propose une approche du Tr\u00e8s-haut. 1, Etait-il tard ?&#8230; On me voulut dans l&rsquo;ombre. Mon visage \u00e9tait-il cette loi ? J&rsquo;y demeurai pourtant. 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