Guillaume Vissac • t • 03

Nous somme très honorés d’accueillir pour l’été une série de Guillaume Vissac intitulé t. Guillaume Vissac est auteur et éditeur. Il est l’une des valeurs sûres de la littérature à venir. Il publie ses textes ainsi que son journal et une traduction quotidienne d’Ulysse de Joyce sur son site Fuir est une pulsion.
A suivre tous les jeudis.

 

un chien ou une bête

Celui-là est simple. On écoutait savoir en quoi celui-là était plus simple qu’aucun autre rêve que chacun d’entre nous on aurait pu avoir à sa place. À force de marcher en file indienne sans savoir où aller on avait fini par parler à voix haute et raconter des rêves qui nous avait léchés durant la nuit. Ce n’était pas encore ritualisé ni rien. Ça le deviendra. C’est spontané. C’est l’action d’émettre un geste, le geste de dire. Celui-là est simple, il dira. Ça se passe dans un building, c’est dans un grand bureau. Je suis censé appeler au téléphone quelqu’un (c’est un truc d’entreprise c’est quelqu’un d’important) et lui donner mon nom. Avant qu’on me passe le téléphone je révise sur un carnet pour savoir quel est le nom que moi je dois lui donner. C’était tout. Il a fini comme ça. Effectivement, c’était simple. Quelqu’un a pissé sur les mûres au niveau du sol, elles sont toutes goutteleuses. Du coup, on ne peut pas les bouffer. C’est un chien ou une bête, il dira, encore un pied dans le rêve et l’autre entre le rêve et là et tout simplement pas ravi qu’on revienne si rapidement à la vie matérielle. Très simple. Mais non, a dit une voix de fille, c’est humain. Il y a des mûres mangées dans ce bourbier de ronces. Quelqu’un veut dire pourtant mais on ne l’entend pas. Moi peut-être. Le soleil se prend dedans, c’est de l’onde, c’est de l’ombre. J’avais faim. Quelqu’un est venu me toucher les épaules. C’était plein de tendresse ou de tristesse, ce geste, et le soleil a viré de bord à cause des branches qui pliaient quand on marchait près d’eux, les arbres, et que les arbres chuchotaient sur le passage des corps en file indienne (nos corps). Je vais me retourner. Il y a toujours cette main dans mes épaules pendant qu’on marche en file indienne, nous tous, alors je vais me retourner. Mais c’est pas de la tristesse. C’est pas la faim non plus. C’est beaucoup plus simple que tout ça.

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